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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 14:48

dans une tribune libre du Monde en ligne. Il a rappelé le mythe de Babel, la multitude des langues, dont les nombreuses formes des langues ou dialectes régionaux, et précisé que les langues peuvent aussi être un facteur d’isolement, voire de xénophobie, faute de compréhension mutuelle.


Après quoi il a rappelé la naissance de l’espéranto (Eo), et ses buts clairement définis, ambitieux : faciliter l’intercompréhension des hommes, de toute l’humanité.

« A l’autre bout de la langue de fermeture, locale, étroite, xénophobe, il existe une langue d’ouverture, globale, vaste, cosmopolite, universelle : l’espéranto. »

Il ne tombe pas dans le piège de ne voir dans l’anglais qu’une langue neutre. Derrière une langue, de multiples intérêts sont en jeu :

« Vérité de La Palice, elle est langue dominante parce que langue de la civilisation dominante. Parler l’anglais, même mal, c’est parler la langue de l’Empire. Le biotope de l’anglais a pour nom le dollar.

Mais cette langue agit aussi comme un régionalisme planétaire : elle est également fermeture et convention pour un même monde étroit, celui des affaires, du business, des flux marchands d’hommes, de choses et de biens. »

Avec son talent habituel de philosophe et de polémiste, sans être le moins du monde ni locuteur de l’Eo (à ma connaissance) ni militant espérantiste, il a ciselé quelques belles envolées, et une formule que j’ai bien aimée : « une utopie concrète ».

« L’espéranto propose d’habiter une langue universelle, cosmopolite, globale qui se construit sur l’ouverture, l’accueil, l’élargissement ; elle veut la fin de la malédiction de la confusion des langues et l’avènement d’un idiome susceptible de combler le fossé de l’incompréhension entre les peuples ; elle propose une géographie conceptuelle concrète comme antithèse à la religion du territoire ; (...) »

Le monde est ainsi fait qu’il n’est pas toujours facile d’aller à contre-courant des clichés ou des opinions majoritaires, surtout lorsqu’on est connu ; la plupart des médias roulent pour l’anglais lingua franca, et n’évoquent que rarement l’anglicisation de l’Union européenne, de crainte de paraître anti-européens... Quant à l’espéranto, seule la presse régionale évoque régulièrement les associations locales et les congrès annuels ; parfois la presse en ligne, plus timidement. Citons aussi les chroniques d’Albert Jacquard sur France Culture, en 2003 et 2004.

Mais peu de Français savent que quelques député(e)s français et européens y sont favorables, ou que c’est une alternative tout à fait crédible à l’anglais comme langue de communication européenne et mondiale : plus facile, donc plus démocratique (moins élitiste), plus équitable et plus internationale. Et l’Éducation nationale le refuse toujours en option au bac...

Michel Onfray, en tout cas, n’aura pas à rougir des personnalités qui se sont un jour déclarées favorables à l’espéranto : qui ne serait flatté de côtoyer Gandhi, Tolstoï ou Sapir, pour ne citer qu’eux ?
« Quelques citations sur l’espéranto »

 Mais le plus étonnant reste encore les réactions des lecteurs (il faut être abonné pour réagir), où l’on voit ressurgir vieilles craintes internationalistes, clichés et préjugés, en des déclarations à l’emporte-pièce qui témoignent surtout de la méconnaissance du sujet et d’une absence de réflexion sur la géopolitique des langues. 

Rappelons quelques évidences :

L’espéranto ne vise nullement à remplacer toutes les langues, à devenir la langue unique ni du monde, ni de l’Europe – ce serait aussi impossible qu’absurde, car chacun aime sa langue « maternelle » (qui est parfois paternelle) ou natale.

L’espéranto est aussi un plurilinguisme ! Français + Eo + autre langue selon les besoins professionnels, les langues locales ou régionales, les envies ou les traditions familiales. C’est un plurilinguisme rationnel, organisé pour surmonter - enfin - la barrière des langues, toujours d’actualité quoi qu’en disent les promoteurs de l’anglais mondial, malgré des investissements financiers et humains considérables durant des décennies.

Le plurilinguisme anglais-français-allemand, prôné officiellement par l’UE (mais officieusement abandonné au profit du seul anglais), s’il flatte notre amour-propre et notre propre amour du français, ne peut guère être qualifié d’équitable envers les 24 autres langues officielles de l’Europe... ou les 6 à 7000 autres du monde ! Et surtout, surtout, il n’a en rien permis de donner enfin à toute l’humanité le moyen de bavarder ou de clavarder.

A l’époque de la mondialisation, la barrière des langues n’est-elle pas anachronique ?

Promouvoir une langue simple et internationale n’empêchera nullement la traduction des romans en français, ni un pilote de chasse en formation d’apprendre l’anglais d’aviation pour apponter sur un porte-avion étasunien, ni un commercial de faire un peu de chinois - sachant que la meilleure langue pour vendre est celle du client.

Son artificialité est à peine supérieure à celle de la plupart des langues (beaucoup ont été remaniées : italien, russe, hébreu, indonésien etc.), puisque les mots (les radicaux) sont naturels, et pour certains millénaires - majoritairement latin-grec, un tiers germaniques et divers.

On confond souvent simplicité et simplisme : une langue simple, débarrassée des anomalies grammaticales, des scories du temps confusément empilées, peut être tout aussi précise et expressive.

L’Eo n’est pas parfait, mais c’est la langue construite la plus internationale et la seule qui ait convaincu au point de renouveler ses locuteurs à chaque génération et de se développer depuis plus de 120 ans : en quelque sorte le meilleur article en magasin dans le rayon "langue construite", le meilleur candidat comme langue de communication équitable.

L’espéranto, selon la formule d’Onfray, c’est « une utopie concrète », un plurilinguisme rationnel, la volonté d’essayer la raison plutôt que la sempiternelle lutte d’influence des langues, un rêve rationnel dans un monde de brutes cultivées où chacun veut imposer à l’autre sa propre langue.  

Quelques liens

Par souci d’équité, sur Le Point, un récent article de F. Martel qui est d’un avis diamétralement opposé, favorable à l’anglais à un point étonnant... Son titre est d’ailleurs explicite :" Français, pour exister, parlez English ! "

Un article en espagnol qui reprend l’historique des langues construites :

« Las lenguas de Babel »

Son défaut est qu’il les met toutes sur le même plan, ou plutôt s’il reconnaît que l’espéranto est la seule langue construite qui se soit réellement développée, il conclut sur le klingon, qui n’est qu’un jeu anecdotique, comme si l’auteur du papier voulait éviter de porter un jugement de valeur sur les différentes langues construites, sur leur vie réelle.

Sur Agoravox, le mythe de Babel, la version biblique et la babylonienne, moins connue.

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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 14:44

Cet acronyme signifie "enseignement des langues et culture d’origine".

Il s’agit de cours de « langue d’origine », destinés aux enfants issus de l’immigration, qui existent depuis une trentaine d’années dans certaines régions et pour certaines langues, dispensés hors temps scolaire mais dans l’établissement, par des enseignants payés par leur pays d’origine. Au primaire, et au collège.

Ils ont été institués pour faciliter l’intégration des enfants issus de l’immigration, tout en maintenant un lien avec leur langue et leur culture d’origine, mais semblent maintenant ouverts à tous les volontaires.

Huit pays ont signé des accords bilatéraux avec la France :

« pays signataires des accords ELCO, qui sont l’Italie, les pays du Maghreb, l’Espagne, le Portugal, la Turquie et la Yougoslavie. » (nota : la Serbie-Montenegro)

(Site officiel Eduscol, au milieu de la page)

A noter une certaine confusion, car selon la circulaire (en pdf) mentionnée sur cette page du site de l’Inspection académique de l’Essonne, « C’est le temps d’enseignement scolaire qui doit être privilégié (y compris le mercredi), l’utilisation du samedi restera donc exceptionnelle. » Temps scolaire ou extra-scolaire ?

On peut supposer qu’il s’agissait à l’origine d’un programme temporaire, mis en place à une époque où le besoin de main d’œuvre et d’immigration était grand, mais il semble bien qu’il se poursuive :

« Haut Jura : deux collèges proposent des cours de turc aux 6e à la rentrée

C’est une première sur l’académie de Franche-Comté : en septembre, les collégiens de Rosset et du Plateau pourront prendre le turc comme langue vivante. Espérons que ce genre d’initiative voit le jour dans d’autres villes.(…)

(...) Ces programmes officiels débouchent sur la même validation de compétence que celle que nous utilisons en langue vivante dans nos établissements. Les acquis des élèves doivent apparaître dans leurs livrets d’évaluation. »

(Turquie news)

Le programme ELCO est également cité dans un article du BLED (portail des Marocains résidant à l’étranger) qui traite de la difficulté qu’il y a à maintenir un lien entre les enfants issus de l’’immigration et leur langue d’origine.

« Les professeurs exerçant dans les écoles françaises dans le cadre de l’ELCO sont insuffisants. »

Mais il était prévisible que ce programme fasse naître quelques critiques, quelques doutes sur leur utilité en matière d’intégration ou de consolidation de la laïcité, ce qui expliquerait la discrétion qui règne à son sujet :

Une tribune libre franchement critique

« Les ELCO : 40 ans de propagande islamique au sein des écoles françaises

(…) Les services du ministère de l’intérieur ont appelé à plusieurs reprises l’attention des pouvoirs publics sur les risques liés aux ELCO : non respect du principe de laïcité ; encouragement du communautarisme ; diffusion du fondamentalisme. »

Un autre blog critique, celui de Nystagmus, qui rappelle que l’idée nous est venue du Canada, pays d’immigration par excellence :

« Toute ma scolarité, je l’ai faite dans le public. Et j’en suis fière et reconnaissante. C’est pourquoi je me sens si libre aujourd’hui de dire qu’elle fait parfois n’importe quoi. Et l’ELCO, c’est une hérésie républicaine. (…)

C’est ainsi qu’en France, à l’école de la République, des enfants d’origine turque apprennent dans des livres scolaires turcs, des programmes établis à Ankara. Et on s’étonne après que des gamins arrivent en cours d’histoire avec des idées bien arrêtées sur le génocide arménien.(…)

Voyez plutôt ce rapport de l’Éducation Nationale sur la laïcité à l’école, page 29 exactement :

« Plusieurs principaux nous ont dit avoir introduit ou conforté cet enseignement dans leur collège pour son rôle jugé utile de contrepoids laïque face à l’endoctrinement politico-religieux des élèves, ou encore apprécier tel enseignant pour sa capacité de médiation avec la population d’un quartier. »

Il ne s’agit pas de faire des enfants d’immigrés des citoyens à part entière. Il s’agit de tenter de contrôler une population qui, faute d’avoir été intégrée, vit en autarcie dans un ghetto où la République est absente.

(…) Rien n’empêche les enfants dont le français n’est pas la langue maternelle d’apprendre par leurs propres moyens la langue de leurs origines. Mais ce n’est pas à la République de s’en mêler. »

Une fois n’est pas coutume, je mets un lien vers un article qui me semble issu du Front National, que vous aurez deviné critique, lui aussi...

Même l’Inspection académique du Nord reconnaît les incohérences de ce programme, son « statut ambigu »

« "Les employeurs ne sont pas les payeurs". Ce sont les pays d’origine qui recrutent et rémunèrent les enseignants Elco, mais c’est le MEN (Ministère de l’Education Nationale, NDLR) qui les emploie, d’où une double tutelle : ils dépendent administrativement de leur ambassade, mais sont agréés et évalués par les services de l’inspection académique.

Les textes recommandent d’intégrer dans l’emploi du temps un enseignement d’Elco, qui ne doit pas pour autant s’effectuer au détriment des autres disciplines : double contrainte ! »

Un document assez complet de l’Académie de Montpellier, en pdf, évite toute langue de bois ou pédagol, pour dire les choses crument : « Elco et laïcité

1. Les programmes Elco, élaborés conjointement avec les pays concernés, ont l’aval du ministère de l’Éducation nationale.

2. Les textes rappellent que les contenus d’enseignement doivent être conformes aux principes républicains (mixité, égalité des chances, laïcité…).

3. Le fait religieux peut y être abordé, voire enseigné, en tant que fait culturel (cf. l’appellation “langues et cultures d’origine”), mais jamais à des fins de prosélytisme. Pour dire les choses plus simplement : parler de l’Aïd el Kébir ou du Ramadan, oui, apprendre des sourates du Coran, non. »

 Ce document conclut néanmoins que cet enseignement renforce la laïcité et qu’il faut le maintenir – ce qui ne saute pas aux yeux, reconnaissons-le.

 

À notre avis, c’est tout l’enseignement des langues qui est bloqué, rigide, structurellement lourd, complexe à gérer, sans but défini. Il fait cohabiter l’enseignement traditionnel des langues, de plus en plus tourné vers l’anglais (souvent aucun choix au primaire et en 6e) avec de nombreuses autres filières et structures comme EMILE, ELCO que nous venons de décrire, les sections européennes, mais aussi les bacs binationaux comme l’Abibac (franco-allemand), le Bachibac (Fr-Espagne) et l’Esabac (franco-italien) ), tous d’une redoutable complexité, comme on peut en juger en parcourant par exemple, les textes qui organisent l’Abibac franco-allemand...

On ne s’étonnera donc pas que la gestion de telles structures (programmes, professeurs, élèves, accords binationaux) soit kafkaïenne, prise en tenaille entre des buts incertains et des ressources variables, différentes selon les régions, les Académies voire les établissements, et soumises à des décisions politiques, elles aussi fluctuantes - renforcer l’allemand, privilégier l’anglais, etc.

On pourrait rétorquer que l’uniformité est stérile, que c’est un pas vers plus d’autonomie des établissements, vers la richesse de la diversité, mais ce ne sont que des arguties.

Le constat, c’est que les langues possibles pour un élève lambda sont conditionnées par de très nombreux paramètres, sauf celui de son choix, de ses goûts ! Sa volonté ne vient qu’après tous les autres facteurs, à la seule condition que la langue qu’il souhaite soit proposée et disponible dans son établissement !

L’enseignement des langues doit évoluer, c’est une affaire entendue, mais dans quelle direction ?

Comme on dirait dans le monde de l’entreprise, il faudrait un peu recentrer la question sur le client !

On parle souvent de simplification administrative, mais qui la voit mise en œuvre ? A notre avis, il faut fondre toutes ces structures disparates en un seul schéma général, simple, clair et souple, une refondation sur des bases modernes, adaptées au monde d’Internet, de la communication et de la mondialisation : liberté totale du choix de deux langues à valider, parmi toutes celles existant ou ayant existé (incluant donc le latin et le grec ancien), et complémentarité entre l’école et des structures extérieures à celle-ci : famille, associations parentales, pays partenaires (Instituts et/ou profs financés), établissements privés.

Il ne s’agirait en aucun cas d’une privatisation partielle de l’enseignement, car rien ne serait enlevé à l’école pour en transférer le travail au privé, et le coût aux parents : l’école continuerait d’offrir ce qu’elle souhaite ou ce qu’elle peut proposer, (le plus souvent l’anglais, et parfois quelques autres langues), tandis que les élèves souhaitant valider des langues non disponibles dans l’établissement devraient faire appel à des structures extérieures, quelles qu’elles soient, à charge pour eux de réussir au final un examen contrôlé exclusivement par l’Éducation nationale, à l’instar des nombreuses langues en option au bac.

« La Commission européenne a rejoint d’autres organisations internationales pour appeler à un meilleur financement de l’apprentissage des langues à l’école et à une meilleure promotion des opportunités de carrière et des professions d’interprètes et de traducteurs. »

Euractiv

A l’heure où les besoins en interprétation et traduction vont devenir aigüs, il est temps de débloquer le système, d’associer liberté et souplesse, car seule la souplesse permettra d’adapter les ressources aux besoins, pas la planification qui n’a réussi jusqu’à présent qu’à renforcer l’injustice que représente l’anglais lingua franca officieuse de l’UE.

Planifier la liberté des langues, n’est-ce pas une voie autrement ambitieuse ?

 Je reproduis donc ici ma proposition de réforme globale de l’enseignement des langues :

« Au primaire, choix entre quatre options :

1. anglais ou tout autre « grande langue » disponible

2. langue régionale

3. Programme Evlang d’éveil aux langues européennes, aux différents alphabets

4. Espéranto.

Pour l’anglais et les grandes langues, un enseignant peut tourner sur plusieurs écoles primaires. Pour Evlang, un enseignant intéressé peut s’en charger après quelques stages, car il utiliserait un riche support pédagogique. Pour l’espéranto, l’enseignement est largement plus facile que pour les langues classiques et le PDE (instit) tournerait là encore sur plusieurs établissements.

Au secondaire : libre choix de langues, parmi celles proposées dans l’établissement, ou à l’extérieur, dans les associations parentales (type aide aux devoirs), les boîtes privées, les Instituts de langues gérés et financés par les pays étrangers, ou les familles (ce qui serait une vraie valorisation des langues de l’immigration.

 Seule obligation : valider un niveau B1 dans une langue (plus réaliste que B2 pour tous les bacheliers), A2 dans une autre.

L’aspect culturel, inévitable critique des langues vues sous le seul angle de la communication, peut être élaboré par l’Éducation nationale, sous la forme d’un programme mis à disposition sur Internet, sous réserve d’être réaliste, correspondant à ce que les élèves savent réellement de la culture anglophone en terminale...

La validation du niveau restant dans tous les cas l’apanage de l’Éducation nationale. Les progrès technologiques sont tout à fait adaptés à une telle réforme, les fameuses TICE (technologies de la communication, visioconférences, etc.), comme on le voit dans cet article de La dépêche.

La question des langues n’est nullement pédagogique, mais politique : le tout-anglais ou la diversité, l’anglais obligatoire ou le libre choix de ses langues étrangères.
Sous couvert d’innovation pédagogique et de plan d’urgence pour les langues, d’enseignement de l’histoire dans une langue étrangère (laquelle ?!), c’est bien vers le tout-anglais qu’on nous dirige, de la maternelle à l’université. Rappelons que l’UE n’utilise que l’anglais dans ses relations avec le reste du monde (hormis un chouïa de français dans nos zones privilégiées), que notre président a un fort tropisme étatsunien, une politique atlantique affirmée, qu’il fait ses courses à pied en tee-shirt du LAPD, à moins que ce ne soit le FBI... Un détail ? Voire...

Libérez les langues vivantes ! »

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pour-une-autre-politique-des-63233

(à la fin de l’article)

D’autres précisions techniques et législatives se trouvent dans un précédent article :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pour-une-reforme-de-l-enseignement-34856

 

Textes de référence :

CIRCULAIRE N°  2001-222 « Habilitation des personnels chargés de l’enseignement des langues vivantes à l’école primaire »

B.O N°41 du 8 novembre 2001

http://www.education.gouv.fr/bo/2001/41/default.htm

Académie de Reims, renseignements divers

http://wheb.ac-reims.fr/ia51directeurs/spip.php?article46

habilitation des intervenants à école primaire

http://www.education.gouv.fr/bo/2001/41/default.htm

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3 juillet 2010 6 03 /07 /juillet /2010 23:07

Non, ce n’est pas une insulte, mais un constat : notre président vient d’utiliser une méthode digne de camelots et de bonimenteurs, classique en période de soldes, quoique illégale : annoncer une grande baisse des prix après les avoir augmentés !


Il a en effet demandé au Premier ministre, lundi, dans un courrier, la mise en œuvre de mesures pour réduire « vigoureusement » le train de vie de l’État - une véritable cure d’austérité, menaçant même de « sanctions » si ses consignes n’étaient pas respectées, alors qu’il est à l’origine du gouvernement le plus pléthorique que nous ayons jamais eu !
 
« Lutter contre les gaspillages à tous les niveaux de l’administration », écrit-il.
« Le nombre des collaborateurs fixé à un maximum de 20 personnes pour les ministres, et 4 pour les secrétaires d’État. Respect rigoureux de cette règle « dès la rentrée prochaine ». »
 
Il avait promis, en 2007, un gouvernement resserré, une équipe de « quinze ministres ». Une promesse non tenue, sans oublier celle de la parité hommes-femmes qui a volé en éclats comme la vaisselle dans une dispute conjugale.
Le Figaro avait d’ailleurs rapporté en 2009 une défense prémonitoire contre une hypothétique accusation de gouvernement pléthorique :
 
« Même avec quarante et un ou quarante-deux membres, on sera loin des gouvernements de Michel Rocard (48 membres en 1988) ou de Jacques Chirac en 1986 (44) », anticipe déjà un sarkozyste. »
 
Mais c’est par l’armada de conseillers ministériels que ce gouvernement a battu au final tous les records de ses prédécesseurs, et c’est Challenge.fr qui l’affirme - pas vraiment des gauchistes enragés :
 
« Le rappel est cruel. Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait promis de gouverner avec une équipe resserrée à 15 ministres. Cet engagement n’aura tenu qu’un mois, jusqu’au remaniement de juin 2007. Depuis, les troupes n’ont cessé de s’étoffer. Le gouvernement de François Fillon réunit désormais 19 ministres et 18 secrétaires d’État, là où celui d’Angela Merkel, en Allemagne, ne compte que 15 ministres et 3 adjoints. Le président s’est montré particulièrement inventif en nommant un ministre de la relance, théoriquement en CDD, un secrétaire d’État chargé des Aînés, ou encore un haut-commissaire aux Solidarités actives. Du coup, les effectifs des cabinets ministériels n’ont pas vraiment maigri, atteignant aujourd’hui le nombre de 626, contre 582 dans le gouvernement Jospin de 2001, selon le député socialiste René Dosière. Si l’on ajoute les fonctions « support » (secrétariat, sécurité...), le total s’élève à 3 277, contre 3 170 sous le gouvernement Raffarin de 2003, première statistique connue. Pas vraiment exemplaire... »
 
Et comme toujours, Nicolas Sarkozy en fait des tonnes.
 
Les abus en matière de frais de bouche seront sanctionnés : est-ce à dire qu’ils ne l’étaient pas ? Ou est-ce le coup de pied de l’âne à Jacques Chirac dont le mandat de maire de Paris demeurera à jamais dans la petite histoire de France pour son faste ?..
 
L’État doit être « exemplaire » - alors qu’on se contenterait volontiers d’une simple honnêteté ; il sera fait « un usage irréprochable de l’argent public », et les frais relatifs à la vie privée des ministres et secrétaires d’État devront être pris « sur leurs deniers personnels », comportement qui semblerait aller de soi.
 
Est-ce à dire que ministres et secrétaires d’État étaient jusqu’alors dispensés d’honnêteté, que la vertu n’était pas une condition sine qua non de l’accès aux plus hautes fonctions de l’État ? Le citoyen lambda a de quoi s’interroger !
 
Le communiqué officiel présente même une sorte de calendrier des mesures d’économie annoncées dans le train de vie du gouvernement : « septembre prochain », « d’ici 2012 », « d’ici 2013 », etc. Dont acte, mais après tant de scandales, à défaut de démissions jamais envisagées, quels que soient lesdits scandales, les Français eussent souhaité des mesures concrètes, pas un calendrier : nous avons connu les promesses en vrac de la présidentielle, voilà maintenant les promesses mensualisées !
 
Que notre président agisse au lieu de parler : il lui reste moins de deux ans pour prouver au peuple que le vice s’est transformé en vertu !
 
Nous n’aurons pas la cruauté de rappeler l’explosion du budget sondages et communication de l’Élysée de 2008 à 2009 (doublement) – oh et puis oui, rappelons-le...

Dans cette ambiance délétère, gageons que la livraison prochaine de « l’Air Force One » à la française (176 millions d’euros) ne va pas être un franc succès… Va-t-on le baptiser à la limonade pour faire preuve de modestie, comme on a supprimé la "garden-party" de l’Élysée  ?
 
Il faudrait d’ailleurs songer à lui trouver un nom plus respectueux de la francophonie que « Air Force One » : choisir entre « Austérité une » et « Bling-Bling One » !

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 13:09

Adaptation au français d’un texte existant sur l’espéranto et sur le russe, et peut-être d’autres langues.



1. Si vous remplacez un substantif par un pronom, utilisez-leur correctement.

2. N’oubliez pas l’accord du participe passé, et utilisé-le partout où il a été nécéssité.

3. Cependant, des accords non nécéssités ne doivent pas être apparus dans vos écrits.
 
4. Au boulot si vous convoquez Raoul Paul et Hervé n’oubliez pas les virgules si vous ne voulez pas qu’ils montrent votre rapport à tout le monde.

5. Mais n’abusez pas, pour découper vos textes, des virgules, fort utiles, surtout, pour les souffles courts, mais d’un usage délicat, comme en cuisine : pas assez, et ça manque, trop, et ça gâche tout. La ponctuation, ça s’apprend ;

6. Phrase incomplète – mauvais !

7. Si vous avez tendance à vous prendre pour Proust ou Cohen, si vous vous délectez à emboîter sans fin d’innombrables propositions sans vous perdre un instant dans une syntaxe alambiquée dont vous êtes le seul maître, n’oubliez pas que le lecteur moyen n’a pas vos capacités à ne pas vous perdre dans les méandres de votre texte, surtout si celui-ci est à cheval sur deux pages, car, en tournant la page, le risque est grand qu’il ne sache plus de quoi vous parliez vingt minutes plus tôt dans la même phrase.

8. Concernant les phrases inachevées.

9. Si tu veux qu’on te calcule bien, ne jacte pas rétro, et ne tchatche pas trop branché.

10. Qu’el que soit ton style, qu’il n’abuse pas de l’élision du « e » parce qu’en tout’ chos’, c’est la modération qu’elle est la meilleure.

11. Et pour quelle raison commencez-vous tant de phrases par « Et » ?

12. Les métaphores inadaptées sont comme un abominable crapaud qui, par ses ailes noires, occulte la lumière cristalline d’un ciel de métropole ; il faut donc tailler dans le lard de celles-ci - les métaphores, pas les métropoles, ni les crapauds.

13. Une petite remarque qui concerne la répétition, qui apparaît parfois dans des textes en vers comme en prose, qui sont publiés dans des journaux et des livres, qui sont imprimés chez nous ou à l’étranger, et qui obscurcissent la pensée que l’auteur écrivit, à qui nous voulions adresser ce treizième conseil, qui peut s’avérer précieux.

14. S’il avait advenu qu’un jour tu crusse que plus tard tu vis de ta plume, révise d’abord la concordance des temps.
 
15. Si votre œuvre est hyperpleine de néomots redondifiants, vous serez génial, ou à chier.

16. Si oncques du vieux françois était besoignos, vous devez assavoir que ceste chapitre le lecteur peut eschiver, s’il le juge laidure.

17. Les pronoms superflus, ils ne sont pas nécessaires.

18. Un usage maladroit de la préposition « de » peut être la cause de la disparition de l’intérêt du lecteur de l’œuvre de votre vie d’écrivain.

19. SVP, pt. trop d’abrev.

20. Concernant l’ordre des mots, attentifs devez être, car si en espéranto libre est l’ordre, et en russe relativement, une sage femme n’est pas une femme sage, et une close maison n’est pas une maison close.

21. Si vous veut écrivait, mieux valent sachez conjuguer les verbes.

22. Il ne faut jamais ne pas s’embrouiller dans les doubles négations du français, qui ne sont pas ni simples ni logiques.

23. Vintage ou rétro, buzz ou ramdam, mail ou courriel, en votre soul et conscience, il vous faudra choisir.

24. Les adjectifs chatoyants agrémentent les austères substantifs de vos élégantes phrases, comme les couleurs bariolées des fleurs étincelantes font la sauvage beauté des vallées alpestres, mais n’abusez quand même pas de ces p...... d’adjectifs !

25. « Si mes deux personnages monologuent côte à côte, peut-on appeler ça un dialogue ? ». Qu’est-ce que j’en sais, moi ? C’est vous l’écrivain !

26. Ne confondez pas "prendre le soleil" et "prendre du soleil" ; si vous en aviez réellement pris entre les mains, vous le sauriez.

27. Même avec un tsunami d’expressions journalistiques, une ouverture d’esprit qui fait honneur à votre mobilité européenne, votre problématique romanesque ne sera pas finalisée pour autant.

28. Allez chez le dentiste, ou allez au dentiste, chez le coiffeur ou au coiffeur ; l’essentiel c’est de trouver son chemin.

29. Vos pareils à deux fois ne se font point connaître, soit ; mais quand vous plagiez, évitez les classiques, parce que c’est eux, parce que c’est vous.

30. Le lion est le roi des animaux, le chien est le meilleur ami de l’homme, et l’homme est un loup pour l’homme - c’est pas faux, mais songez à mettre un minimum d’originalité dans vos écrits...

31. Les réminiscences inconscientes de vos lectures sont un droit inaliénable de l’écrivain, mais 80% de réminiscences dans un roman, c’est trop...
32. Monsieur l'Auteur, si vous lisez l'Anglophone dans le Texte, sachez qu'il ne faut pas poser ses majusCuls n'importe où.

33. Pacez vautre text ô corèctheur orteaugrhafiqu. Il ne son pa parfé, mé vouh non plut.

34. Si un écrivain sommeille en vous, laissez-le dormir ! Du moins jusqu’à ce qu’il soit bien reposé.

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 13:07

Lu dans le journal télé du Nouvel Obs (semaine du 22 au 28/05/10), au sujet de l’émission « En route pour la grande école », qui a présenté le soutien scolaire mis en place en terminale dans un établissement du Pas-de-Calais avec l’aide de Sciences-Po Lille, lequel souhaitait élargir son assise sociale.

« Ses parents ont peu de moyens et elle finit par renoncer. L’école en France peine à corriger les handicaps de départ. « Si j’avais bossé correctement l’anglais depuis le temps que j’en fais, j’en serais pas là », dit Maxime. Mais il n’y est pour rien ! On enseigne mal les langues en France. Seuls ceux à qui leurs parents ont pu payer un séjour à l’étranger ont une chance d’être bien notés au concours. »
 
« On enseigne mal les langues en France »

Sur quelles études scientifiques se base une telle affirmation péremptoire ? Aucune. Seulement sur des comparaisons avec des pays nordiques qui ont abandonné leur propre langue à l’université ! Et chacun sait que les plus faibles en langues étrangères, sont (en moyenne) les anglophones, et de loin. Ce cliché du supposé mauvais enseignement des langues est aussi tenace que la gomme à mâcher du capitaine Haddock, qui passe d’un passager à l’autre, avant de lui revenir à la sortie de l’avion. Ce cliché-là passe d’un journaliste à l’autre avec une étonnante facilité – grandement aidé par la propagande de l’UE et par des journalistes ne connaissant probablement rien des questions politico-linguistiques.

Si l’on suit le raisonnement (?) de cette journaliste, « les handicaps de départ » consistent essentiellement à ne pas pouvoir se payer de « séjour à l’étranger » , en l’occurrence la GB ou les États-Unis, car ce handicap empêche d’avoir le niveau requis en anglais au concours d’entrée à Sciences-Po Lille.

En fait, elle prend le problème à l’envers : ce sont quelques écoles de Sciences-Po qui ont décidé, de leur propre chef, d’imposer l’anglais comme matière au concours d’entrée, avec un fort coefficient, alors qu’il y a à peine quelques années, cette école laissait le choix entre diverses langues comme matière « langue étrangère ».

Rappelons que les grandes écoles prétendent se soucier de la fracture sociale, s’inquiéter de la diminution du pourcentage d’élèves issus de milieux populaires (souvenons-nous de Césariot, le fils polytechnicien de Marius dans la trilogie de Pagnol), alors même qu’en imposant l’anglais, et lui seul, à un fort coefficient, elles ne font que l’aggraver !

La formation de « managers » de haut niveau qui est l’argument de toutes ces écoles ne représente qu’une poignée d’élèves par an ! Rien n’empêche les rares professions qui auront l’usage d’un niveau de grande maîtrise de se perfectionner durant leurs études.

Le directeur de l’IEP de Paris s’est d’ailleurs vu décerner le prix de la Carpette anglaise pour avoir imposé des cours en anglais (des matières du cursus enseignées en anglais) - ce qui est illégal.

Quelques précisions sur l’anglais à Sciences-Po et quelques liens dans la 2e partie de mon article sur Agoravox
Les tests d’anglais à Sciences-Po

Qui plus est, ces « élites » de quelques milieux spécifiques (surtout la finance et l’économie), n’en ont jamais assez : on lit déjà dans quelques conférences qu’il est souhaitable que leurs élèves aient à la sortie un niveau d‘anglais C2 (dans l’échelle CECRL en 6 niveaux), soit une maîtrise très rare, et que donc, en amont, l’école doit intensifier sa formation en, anglais. CQFD !

De cette exigence de quelques écoles supérieures favorables à l’hégémonie de l’anglais dans l’UE, la journaliste déduit comme eux que l’école publique, primaire et secondaire, doit s’adapter, s’aligner et produire des terminales dotées d’un meilleur niveau, ainsi de suite en cascade, jusqu’à des situations kafkaïennes où des parents stressés réclament des cours en anglais à la maternelle !
 
Et l’on voit prospérer le business de l’anglais et autres « baby-speaking » qui surfent sur l’angoisse parentale.

Selon l’un de leurs élèves, la certification en langue que Sciences-Po a confiée à un organisme dépendant du British Council revient à 300.000€ par an ! Or, l’IEP est un établissement public (à statut particulier) ; le tropisme anglophile d’une poignée de gens donc coûte des sommes inouïes au pays (rappelons au passage que la télé French 24, que nous n’avons pas le droit de regarder, nous coûte 100M/an).

La GB refuse l’euro, obtient régulièrement des dérogations, protège ses paradis fiscaux (les îles anglo-normandes et les trusts) - et, non contents de ça, il nous faut la soutenir financièrement !

La palme de l’esclavagisme linguistique et de la trahison des clercs va sans conteste à Sciences-Po Reims, qui a récemment choisi pour 2010 de faire TOUS ses cours en anglais ! Leur idéal pour l’avenir de la France est probablement la situation de la Norvège ou de la Suède, dont le vocabulaire scientifique et technique doit dater de plus d’une décennie, dont les enfants regardent les dessins animés en anglais, et dont quasiment aucun étranger n’envisage d’apprendre la langue...

Voilà le destin souhaité pour la France et pour l’Union européenne dans ces étranges écoles venues d’ailleurs, si étranges qu’il faudrait faire une radio de la main à tous leurs dirigeants pour voir s’ils n’ont pas une malformation du petit doigt, comme les extraterrestres de la vieille série télé Les envahisseurs... Car je ne vois guère d’autre explication à cette trahison des intérêts francophones au profit des intérêts anglophones – in fine, il ne s’agit que de pouvoir et de pognon.
 
Un petit groupe de gens ont décidé que l’anglais devait devenir la langue mondiale et la lingua franca de l’Europe, l’ont imposé au concours d’entrée, rejetant la diversité linguistique et l’égalité des peuples prônées à la naissance de l’Union, ont imposé des cours directement en anglais, et prétendent maintenant forcer l’ensemble des élèves de France à se plier à leur idéologie !

Et voilà comment une journaliste, consciemment oui pas, se fait le jeu des intérêts anglophones dans un hebdomadaire certes de qualité, mais qui a fait de l’anglicisation de l’UE un sujet tabou : pas un article, pas une ligne sur les questions linguistiques gênantes.

On pourra penser qu’il ne s’agit que d’un minuscule article d’un journal télé, sur une émission vite oubliée. Eh bien non ! Un journal télé touche des millions de lecteurs, qui eux-mêmes expliqueront à leurs enfants que si l’anglais est imposé à l’école primaire, c’est pour leur bien, que c’est la langue mondiale, la clé de leur avenir, et qu’ils en auront besoin s’ils deviennent dentistes, plombiers, maires, députés ou musiciens !

Cette « innocente » rubrique a de fait participé au formatage des esprits.

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 13:03

Cette histoire s’est passée dans un parc de la ville de Samara.
(Article d’origine.)

Des vétérans, chanteurs amateurs, interprétaient des chansons sur la guerre devant un public où se trouvaient également de nombreux vétérans qui écoutaient en fredonnant.

Lorsque le chœur entonna la chanson "Smouglianka,
deux jeunes hommes, ne faisant visiblement pas partie des vétérans, s’approchèrent et se mirent à écrire dans leurs calepins. Notaient-ils les paroles ?.. Si seulement…

Puis les vétérans entonnèrent "Feu éternel" (Youtube), et les hommes notèrent à nouveau quelque chose. Et ainsi de suite jusqu’à la fin du concert, quand les "artistes" se rendirent à un modeste buffet, où ils burent un peu de cognac et reçurent de petits cadeaux.

Le choeur de vétérans a tout récemment appris qui étaient ces hommes mystérieux : les "fans" aux calepins se révélèrent être des collaborateurs de la Société des auteurs de Russie (RAO). Après le concert, ils firent un rapport qui fut envoyé… chez le procureur.

La raison est la suivante : l’administration de la ville, qui a organisé le concert, n’avait pas le droit de permettre aux vétérans d’interpréter des chants patriotiques sans avoir acheté la licence chez la RAO. Autrement dit, il faut payer pour chaque chanson interprétée ! Les vétérans, évidemment, n’avaient pas d’argent - ce sont les autorités de la ville qui ont dû casquer. C’est ce que dit la loi sur les droits d’auteur.

C’est ainsi, mais ça sonne comme un blasphème la veille du Jour de la victoire (9 mai), quand il faut rendre hommage aux vétérans, plutôt que de leur rappeler des problèmes de licences…

Marina Mouradova, porte-parole de la RAO :
« Nous avons une politique souple envers les concerts caritatifs. Si pour un concert commercial nous prenons 5% de revenus, les organisateurs d’un concert caritatif ne nous doivent qu’un pour cent. »

Le compositeur Anatoli Novikov et le poète Iakov Chvedov (auteurs de "Smouglianka") ne sont plus de ce monde, mais la fille du compositeur, Marina Novikova (82 ans) est encore en vie. Elle a été très impressionnée par cette nouvelle.
« Je suis stupéfaite, - avoua-t-elle. - Je comprends qu’il y a la loi, grâce à laquelle je reçois des versements - des sommes très petites, croyez-moi. Mais je n’ai aucune exigence envers les organisateurs de concerts gratuits, où on interprète des chansons de mon père. Que les vétérans chantent gratuitement. Et l’anniversaire de la victoire - c’est sacré ! »

Le poète Ilia Reznik a dit :
« La RAO a mis ces adhérents devant un choix : soit ils font semblant s’être contents, soit ils quittent cette organisation et protègent leurs droits tout seuls. »

Cependant, sans cette organisation un artiste se retrouve sans secours. Pendant les 16 ans de son existence, la RAO a eu le monopole du marché, ayant supprimé tous les concurrents - les organismes qui proposaient aux organisateurs des conditions plus favorables.

De plus, le fonctionnement de cette organisation n’est pas des plus clairs… En 2009, la RAO a perçu 2,8 milliards de roubles, ses locaux se trouvent au centre-ville de Moscou (où le foncier est très cher), et d’impressionnants travaux de rénovation ont été engagés… Mais est-ce que les artistes reçoivent leur dû ?

Selon Andreï Agapov, impresario :
« Pendant 5 ans, j’ai organisé à Moscou les concerts de Slava Polounine, en payant à la RAO ce qu’il faut. Ça fait 5,5 millions de roubles environ. Mais… Polounine n’a toujours pas vu cet argent. Et la RAO évite de répondre. »

PS : Librement traduit de l’article original par des espérantistes russophones. Apprenons l’espéranto, la langue internationale équitable, « open source ».
 
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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 12:53

Et diverses nouvelles sur les langues.
Le député de la Somme, M. Olivier Jardé (Nouveau Centre) a posé une question écrite au ministre, lors des séances de l’Assemblée nationale. Et si, pour une fois, le ministre a évité le honteux copier-coller des nombreuses réponses négatives émises par ses prédécesseurs, le fond reste le même : niet, même pas en option au bac !

(Question N° : 61840
Question publiée au JO le : 27/10/2009 page : 10095
Réponse publiée au JO le : 20/04/2010 page : 4509)
http://questions.assemblee-national...

Texte de la question :
« M. Olivier Jardé attire l’attention de M. le ministre de l’éducation nationale sur l’absence de place accordée à l’espéranto. Alors que le Président de la République ne cesse de répéter que le monde du XXIe siècle ne sera pas uniforme mais bien multipolaire, c’est bien la prééminence de la langue anglaise qui persiste dans notre système éducatif. Ce qui est valable au niveau politique et économique l’est également au niveau linguistique. Certes, l’espéranto, en tant que langue neutre, n’est pas rattaché à une culture, mais elle délivre un message de paix et de fraternité essentiel à transmettre à notre jeunesse dans ce nouveau siècle. Comme l’ont démontré de nombreux rapports d’experts, l’espéranto prépare d’une manière très efficace à l’apprentissage des autres langues vivantes. Le rapport Grin analyse, de manière pertinente, l’injustice économique que la situation actuelle engendre. Aussi, l’apprentissage de l’espéranto ne peut continuer à être rejeté de l’enseignement ou laissé à la simple initiative des établissements scolaires. Il souhaite donc savoir si le Gouvernement compte promouvoir l’enseignement de l’espéranto dès l’école primaire ou, à défaut, faire au moins l’objet d’une initiation durant la scolarité de chaque Français. »

Texte de la réponse
« L’espéranto est une langue porteuse d’un bel idéal de fraternité et de neutralité. Parlé par des millions de locuteurs dispersés de par le monde, l’espéranto ne réunit malheureusement pas les conditions nécessaires pour faire l’objet d’un enseignement institutionnalisé à l’école. Enseigner l’espéranto en vue de former des locuteurs qui puissent communiquer à l’international implique que cette langue soit suffisamment diffusée dans le monde pour en permettre une utilisation effective et pratique ; dispose d’un statut officiel ; soit porteuse d’une culture et d’un patrimoine culturel riche. L’espéranto n’est actuellement pas en mesure de concurrencer certaines grandes langues internationales comme l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le russe et le français dont la maîtrise s’avère aujourd’hui bien plus essentielle que l’espéranto ; aussi bien dans les domaines de l’économie, de la diplomatie, du tourisme que de la recherche. En outre, l’espéranto n’est pas non plus aujourd’hui reconnu comme langue de travail dans les grandes organisations internationales. La place de la culture, prépondérante dans l’enseignement des langues vivantes en France, impose par ailleurs que la langue étrangère ou, régionale enseignée soit porteuse d’un patrimoine culturel riche et vivant. Il s’agit pour l’élève de mettre en perspective sa propre culture par rapport à celle de l’autre pour comprendre ce qui constitue chacun dans sa différence. Il s’agit aussi de sensibiliser l’élève aux variations linguistiques (accents, patois, registres de langue...) qui font le « sel » de la langue. C’est bien l’accès à la complexité d’une culture et à la richesse interne d’une langue qui rend l’apprentissage particulièrement motivant pour les élèves. L’espéranto qui ne dispose pas encore du statut de langue maternelle, se construit actuellement une culture propre qui reste encore bien jeune. Néanmoins, rien ne s’oppose à ce que d’ores et déjà des établissements scolaires qui le souhaiteraient, mettent en place une initiation à l’espéranto dans le cadre d’activités péri-éducatives locales. »

Que penser de cette réponse ?

Tout d’abord féliciter le député Jardé de son initiative sur un sujet ignoré des grands médias nationaux.

Le ministre répond que l’espéranto ne présente pas les critères d’un enseignement institutionnalisé. Pourtant, les services du ministère savent fort bien que les associations espérantistes demandent aussi depuis longtemps quelque chose de simple à mettre en place - l’option au baccalauréat, aux côtés des nombreuses langues possibles, plus d’une quarantaine :

« I.2 Épreuves facultatives orales
Peuvent faire l’objet d’épreuves facultatives orales, les langues suivantes : allemand, anglais, arabe, chinois, danois, espagnol, grec moderne, hébreu, italien, japonais, néerlandais, polonais, portugais, russe, basque, breton, catalan, corse, gallo, langues mélanésiennes, langue d’oc (auvergnat, gascon, languedocien, limousin, nissart, provençal, vivaro-alpin), langues régionales d’Alsace, langues régionales des pays mosellans, tahitien.
I.3 Épreuves facultatives écrites
Peuvent faire l’objet d’épreuves facultatives écrites les langues suivantes : albanais, amharique, arménien, bambara, berbère, bulgare, cambodgien, coréen, croate, finnois, haoussa, hindi, hongrois, indonésien-malaysien, laotien, lituanien, macédonien, malgache, norvégien, persan, peul, roumain, serbe, slovaque, slovène, suédois, swahili, tamoul, tchèque, turc, vietnamien.
Cas particulier : les candidats à l’épreuve de berbère choisissent, lors de l’inscription à l’examen, l’un des trois dialectes suivants :

- berbère Chleuh ;

- berbère Kabyle ;

- berbère Rifain. »

Ces dernières décennies, le ministère a maintes fois utilisé comme argument le grand nombre de langues déjà éligibles, une lourde charge qui rendrait impossible l’ajout de l’espéranto. Mais après chaque refus diverses langues furent régulièrement acceptées, jusqu’à aboutir au nombre actuel, toujours sans l’espéranto ! Cet argument est donc fallacieux, surtout quand on sait le coût infime d’une langue supplémentaire en option au bac.

Les réponses de divers ministres sont lisibles sur le site de SAT-Amikaro :

« Cet éventail représente par ailleurs une très lourde charge en terme d’organisation de l’examen qu’il ne saurait être question d’accroître par l’ajout d’épreuves supplémentaires. Pour toutes ces raisons, il n’est pas envisagé d’introduire une épreuve d’espéranto au baccalauréat. »

Il est dommage que l’EN ne fasse pas preuve de la même ouverture d’esprit que les deux universités françaises qui viennent d’ajouter l’espéranto aux langues possibles dans l’option « langues rares » :

« La langue internationale espéranto ne pouvait plus être ignorée, écrit M. Kerdilès. Reconnue par l’Unesco depuis 1954, énormément utilisée dans les E-mails, rendue visible par une wikipedia de 100 000 articles, diffusée sur de nombreuses radios, sans oublier son édition spéciale du Monde Diplomatique, il fallait bien reconnaître que pour le milieu universitaire, elle était devenue incontournable. » (nota : M. Kerdilès est le doyen de la FLSH - Faculté des lettres, langues et sciences humaines de Mulhouse) (Le Pays)

Autre argument inusable, la culture :
« C’est bien l’accès à la complexité d’une culture et à la richesse interne d’une langue qui rend l’apprentissage particulièrement motivant pour les élèves. »
Quand on lit ça, on se demande si le ministre a déjà eu des élèves en face de lui...En tout cas, ça ne correspond pas du tout à ce que me racontaient mes enfants de la motivation de leurs petits camarades de CM2 face à l’anglais débité par une assistante native, auquel ils ne comprenaient pas un traître mot !

Ou encore un classique : on privilégie les langues très répandues.
« L’espéranto n’est actuellement pas en mesure de concurrencer certaines grandes langues internationales comme l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le russe et le français dont la maîtrise s’avère aujourd’hui bien plus essentielle que l’espéranto (...) »

Sans être mensonger, cet argument n’en est pas moins fallacieux, car cette phrase laisse penser que l’élève est libre de choisir parmi ces quatre langues de grande diffusion celles qu’il souhaite étudier (sans oublier l’allemand, le chinois et l’italien, non cités). Or, il n’en est rien : pour la plupart des enfants du primaire et de nombreux 6e, il n’y a AUCUN choix. L’anglais est imposé, l’allemand rarement proposé ; quant à l’espagnol, l’arabe et le russe... Les plus anciens se souviennent sans doute de leur présence, leur souvenir flotte dans les couloirs de nos écoles comme un fantôme linguistique !

Bref, cette réponse un rien prétentieuse et hautaine masque mal le fait que la liberté de choisir ses langues étrangères est un concept totalement étranger à l’Éducation nationale, qui verse plutôt dans la planification. Et cette planification est depuis la calamiteuse réforme du primaire massivement orientée vers l’anglais, alors même que les TICE (technologies de la communication) permettraient un total libre choix à coût constant.

A notre avis, la vérité est à chercher ailleurs, dans l’inconscient collectif de nos dirigeants qui laissent l’anglais devenir la langue de l’Union européenne, du moment que le français demeure deuxième langue de travail - l’allemand ne l’étant plus guère sur le terrain.

Nous faisons d’ailleurs preuve du même impérialisme linguistique que les USA et la GB, avec certes des moyens financiers réduits et une influence politique plus modeste, mais l’esprit est le même qui nous fait promouvoir l’enseignement bilingue en Roumanie :
«  Le Sénat est saisi du projet de loi, adopté par l’Assemblée nationale, autorisant l’approbation de l’accord sur l’enseignement bilingue entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Roumanie, signé à Bucarest le 28 septembre 2006.(...)
Cependant, notre présence culturelle et linguistique est de plus en plus menacée par la montée en puissance de l’anglais en Roumanie. »

C’est bien pour cela que nous n’interdisons pas l’enseignement d’autres matières en anglais (sections européennes, programme EMILE), bien qu’il soit probablement contraire à la loi Toubon et anticonstitutionnel.

Comment se rebeller contre l’intrusion de l’anglais dans les autres matières scolaires quand nous soutenons à l’étranger ce que les intérêts anglophones veulent développer chez nous ?
Par souci d’objectivité, on peut lire le site Emilangues.

Cette problématique n’est pas une spécificité francophone, contrairement à ce que certains veulent faire croire en parlant « d’arrogance française » :

«  Dernières nouvelles d’Alsace  : L’Allemagne a lancé hier une campagne pour la défense de sa langue face à un tsunami d’anglicismes qui déferle sur la patrie de Goethe. La campagne est menée par le ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, pour qui « l’allemand est le langage des idées » et « la langue la plus parlée en Europe » »
(Inttranews)

« Le Sénat étudie un projet de loi qui obligerait les juges de la Cour suprême à être bilingues et presque tous les sénateurs conservateurs se préparent à voter contre ce projet de loi. »

« La ville de Shangai fait la chasse au chinglish en prévision de l’exposition universelle de 2010 » (APLV)

Ici la décision contestée du Sénat espagnol de débattre désormais dans les cinq langues nationales ! En recrutant nombre d’interprètes, comme l’ONU ou l’UE.
(Courrier international)
Et le même sujet en espagnol. (Presseurop)

Est-ce une avancée ou un recul, une richesse ou une complication ? Certainement pas une simplification administrative...

Je passe sur la Belgique, sur les difficultés de nombreux pays d’Afrique où les enfants ne peuvent recevoir un enseignement dans leur langue maternelle du fait du grand nombre de dialectes.

Ces quelques exemples puisés au hasard de l’actualité montrent bien, s’il en était besoin, que la question linguistique est entière et mondiale.

Cette obstination à privilégier sa propre langue, voire à l’imposer aux autres - qui nous maintient dans ce qu’on peut appeler la guerre des langues ou une lutte d’influence - nous empêche de réfléchir à la communication entre citoyens européens, et, d’une manière plus globale, à l’incommunicabilité qui règne entre Humains.
 
Est-il logique qu’à l’heure où la planète s’est rétrécie, où les activités de chacun retentissent sur tous, qu’il s’agisse d’économie, de politique ou de pollution, nous ne puissions discuter avec notre prochain, notre frère de l’espèce humaine ? C’est anachronique. Il nous faut trouver un moyen de garder chacun notre culture et notre spécificité, tout en disposant d’un moyen de communiquer. La diversité culturelle, aussi utile que la diversité biologique, ne doit pas priver l’espèce humaine d’un moyen de communication moderne.

Or, à ce jour, quel que soit le critère retenu (le rapport temps d’étude/efficacité, la neutralité et l’internationalité), il ne fait guère de doute que le meilleur candidat est l’espéranto, la langue équitable.

Pourtant, l’espéranto est négligé, tandis que les solutions technologiques bénéficient depuis des décennies d’investissements considérables, alors que les congrès annuels d’espéranto se déroulent depuis un siècle sans interprète aucun, et ont donc largement prouvé son efficacité !
Les solutions technologiques, au contraire, sont des pis-allers qui font à peine plus que du mot à mot, des « traductions » bourrées de contresens, faute d’une véritable intelligence artificielle qui comprenne les niveaux de langues, la polysémie et l’analyse globale de la phrase. Mais c’est un marché porteur, un secteur de plusieurs milliards de clients potentiels... Rien d’étonnant à ce que les industriels de ce milieu ne parlent jamais de l’espéranto ! Sans oublier les « baby-speaking » et autres business florissants, parfois douteux scientifiquement.

Dernier effet d’annonce en date :
« 24-02-2010 (Le Monde) La montée en puissance de la traduction automatique : Au fil des ans, nous avons appris à ajouter rapidement de nouveaux langages à Google Traduction. Pour nous, c’est devenu facile ; cette année, nous avons décidé de nous concentrer sur un plus grand défi et d’améliorer la qualité de notre service de traduction automatique." Alfred Spector, le vice-président chargé de la recherche et des projets chez Google, est sûr de lui : les subtiles difficultés de la traduction automatisée peuvent être résolues à brève échéance. "Notre approche, c’est ’l’intelligence hybride’, la combinaison de l’informatique et des apports humains, grâce aux suggestions de nos utilisateurs." »

Cinquante ans qu’on nous parle de brève échéance ! L’objectivité et l’honnêteté ne sont pas les vertus premières de ce milieu ; je renvoie à mon article « La traduction automatique : intox et effets d’annonce !  »

Autre exemple, le projet MONNET :
« Un nouveau projet financé par l’UE réalise des programmes Internet multilingues qui faciliteront la présentation et la récupération d’informations en ligne, dans plusieurs langues. Ces programmes répondront aux besoins des administrations, de l’industrie et des entreprises qui veulent tirer pleinement parti du potentiel d’Internet en matière de diffusion d’informations. »

Promettre, ça n’engage à rien, et c’est une bonne façon d’obtenir des subventions européennes ou un financement par les sociétés de capital-risque. D’ailleurs, c’est même chiffré :
« Le projet MONNET (« Multilingual ontologies for networked knowledge ») a démarré en mars cette année et a reçu 2,4 millions d’euros au titre du thème « Technologies de l’information et de la communication » du septième programme-cadre (7e PC). »

Alors que l’espéranto est disponible aujourd’hui, finalisé en somme, gratuit, facile, équitable et « open source », tout pour déplaire ! Pas d’ Iphonique, de Googleparleur, de Conversomobile ou autre futurs traducteurs de poche qui nous seront demain vendus très cher.

La machine contre l’esprit humain, la gratuité contre le consumérisme...

De ce point de vue, il est dommage que l’Éducation nationale fasse preuve d’un tel obscurantisme, ou, plus poliment, d’une telle frilosité sur une question essentielle à l’humanité.

Pour finir dans la bonne humeur, bravo à Télélangue qui détourne à son profit cette manie de promettre une méthode miracle pour apprendre les langues (tâche dont l’extrême difficulté est souvent cachée), avec une pub de gélules pour apprendre l’anglais en quelques jours, avant de conclure que ce n’est pas chez eux, eux c’est du sérieux (je raconte de mémoire).
Apparemment, ils étaient déjà coutumiers de l’humour, je ne connaissais pas celle de l’ascenseur...

Encore un peu de sourire sur la question, en Italie.
 
Seul point positif de la réponse du ministre : son rappel que les chefs d’établissements sont libres d’organiser ou d’accepter l’espéranto dans leurs locaux, au titre d’activités d’éveil "péri-éducatives locales", c’est-à-dire dans le temps extrascolaire. Ça tombe bien, car comme le disait Léo Ferré en parlant d’autre chose, l’espéranto, c’est extra !
 

 

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 00:50

C’est un sujet qui revient régulièrement dans les médias, ou dans les blogs, il n’y a donc aucune raison pour que Agoravox se prive du plaisir de polémiquer sur cette question passionnelle - une passion qui remonte à notre vécu scolaire, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses frustrations. Chacun a donc son avis sur la question.


Il est bon de rappeler d’emblée que rechercher l’égalité des chances ne signifie pas soutenir l’égalitarisme, pas plus que le nivellement par le bas. Ces accusations essentiellement idéologiques et politiques polluent souvent ce débat.

Tâchons donc de retrouver un peu d’objectivité. Que demande-t-on aux notes ? De noter les élèves, c’est-à-dire de les évaluer (ou plus précisément leur compétence ponctuelle dans une matière), de les classer (les méchantes langues disent "trier" !) en fonction des exigences scolaires et sociales...

Accessoirement, elles ont une fonction de stimulus, et inversement de punition -en somme elles jouent à elles seules le rôle de la carotte et du bâton !

Enfin, elles peuvent avoir une fonction disciplinaire, un outil présumé efficace dans la tentative des enseignants de retrouver l’ambiance studieuse d’une classe du bon Topaze...

Je ne cesse de m’étonner de la fréquence à laquelle mes enfants évoquent leurs notes et leurs moyennes - faudra que j’en fasse la moyenne hebdomadaire !

J’ai donc failli oublier ce point essentiel : les notes rassurent les parents ! Mais les inquiètent lorsqu’elles sont mauvaises, auquel cas elles servent là encore de baromètre : de même que la courbe de croissance surveille la santé, les notes sont censées être le baromètre objectif de la santé scolaire des enfants, voire de leur santé mentale tout court, et un fort indice de leur avenir professionnel et de leur statut social.

On mesure les enjeux énormes que l’on fait reposer sur ces notes et ces moyennes... Il y a presque un côté magique, cérémoniel à cette fonction, une sacralisation.

Devant l’importance qu’on leur attribue, la moindre des choses était de vérifier que cette confiance aveugle est fondée. Or, non seulement une étude scientifique sur l’objectivité des notes est possible, mais elle a depuis longtemps été faite !

« Cette façon façon d’évaluer les connaissances des élèves est aléatoire et biaisée de multiples façons. Les spécialistes le savent depuis longtemps, mais pas le grand public. Cela reste tabou. », déclare Bruno Suchaut, directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation, au Nouvel observateur (25-31 mars 2010).

Les faits sont sans appel : les notes à l’école sont d’une grande subjectivité, et celles du bac, qu’on suppose objectives à cause de son organisation complexe et de sa correction anonyme, le sont à peine moins.

Pour obtenir une note "juste" au bac, il faudrait faire la moyenne de 127 correcteurs en philo, 78 en français, 13 en maths - des matières les plus subjectives au plus objectives.
 
On fait reposer l’avenir des élèves sur une notation très aléatoire !

Durant la scolarité, d’autres facteurs interviennent pour rendre injuste la notation :


— l’absence de référentiel fiable pour chaque matière et chaque année scolaire ;

— la différence énorme entre établissements, au point que le rectorat de Paris pondère les notes fournies par les lycées.
 
-- Les notes auraient peut-être de la valeur, si on les respectait ! Deux exemples vécus illustrent bien ce point : une prof de secondaire avait fait refaire la dictée après correction, sans quoi la majorité de la classe aurait eu zéro... Ce n’est pas idiot sur le principe (corriger ses erreurs et apprendre), par contre ça interroge grandement sur la valeur des notes ! Un autre avait fait faire en histoire un contrôle de type QCM, qui permet dans une matière aux notes en général basses d’avoir une bonne note, voire un 20/20, et a expliqué aux élèves que c’était pour relever la moyenne – celle-ci ayant été mise à mal par le brevet blanc, notoirement noté plus sévèrement afin que les élèves ne relâchent pas leurs efforts.
Ces deux exemples montrent bien que les notes, loin de former un suivi objectif de l’élève, s’apparentent plutôt à la cuisine, où l’on relève le goût quand c’est trop fade, on bricole, on adapte à la situation.

-- Quant à la différence entre 12 et 14 en arts plastiques sur des sujets du genre "construisez une oeuvre qui parle au spectateur" ou toute autre formulation alambiquée... plus subjectif que ça, tu peux pas !

- Non seulement il n’y a pas réellement de référentiel national sur lequel baser la notation, mais la comparaison n’est même pas pertinente d’une classe à l’autre dans le même établissement ! Si une des classes (du même âge) a un prof qui tente de suivre le programme, alors qu’une autre en a fait seulement les deux tiers, progressant beaucoup plus lentement, un enfant de la première qui, en fin d’année, a 14 de moyenne n’est pas à égalité de progression et de niveau avec un enfant de l’autre classe qui a lui aussi 14 de moyenne : l’année suivante, l’un des deux aura un retard considérable ! Bref, en l’absence de référentiel constant, les notes sont très subjectives.


Certains biais tiennent à l’inévitable subjectivité de l’enseignant lui-même :


— effet courbe de Gauss : tendance inconsciente à ajuster les notes pour obtenir dans la classe une courbe de Gauss, c’est-à-dire une majorité de « moyens », une minorité de faibles, et une autre minorité d’excellents élèves ;

—  l’ordre des copies corrigées ;

—  l’image globale que se fait l’enseignant de l’élève ;

— le niveau de la classe ;

— les préjugés personnels, comme éventuellement l’ethnie, le sexe : les garçons pourraient mieux faire, quand les filles sont présumées au maximum !

La suppression des notes et son remplacement par d’autres systèmes ayant les mêmes buts - évaluation, stimulation, orientation et sélection - est tout à fait possible, et d’autres pays l’ont fait, sans catastrophe nationale. Aux dernières nouvelles, ils n’ont pas sombré dans l’égalitarisme, le communisme ou n’importe quel « -isme », et ne forment pas des ingénieurs incapables de faire un pont ou des dentistes ne sachant pas distinguer la droite de la gauche.
Au primaire, de nombreux enseignants utilisent l'évaluation des compétences par items acquis/en cours d'acquisition/pas acquis - ce qui d'ailleurs leur demande probablement plus de travail !

En France, de nombreux adultes ont connu au collège ou même au lycée une autre formule que les notes, et sans drame aucun : personnellement, j’ai connu la notation en 5 lettres, ABCDE, qui n’a nullement empêché de nous évaluer ni de différencier les flèches des « peut mieux faire », comme votre serviteur. Remarquer aussi que 5 lettres, pondérées par plus ou moins, ça fait une notation sur 15, soit très similaire !

D’autres ont connu A, B, C, d’après ce que j’ai lu sur un forum.

Le débat annexe à celui-ci concerne le redoublement, car une fois évalués, il existe quelques élèves dont les notes ont été très très faibles tout au long de l’année, notamment dans les matières principales. Pour eux se pose la question du redoublement. En fait, elle ne se pose plus guère, car l’inutilité du redoublement, voire sa nocivité, est une notion acquise par tous les professionnels, ce me semble : on peut toujours trouver un exemple contraire, mais il est avéré que l’avenir scolaire d’un élève qui redouble au primaire ou au secondaire sera laborieux. En outre, sur le plan psychologique, je le trouve terrible - une sanction doublée d’une humiliation, et si l’on ajoute à cela qu’en changeant de classe d’âge il perd tous ses copains, le redoublement est une véritable double peine. D’ailleurs, les parents peuvent légalement déjà s’y opposer.

La vraie solution est dans le signalement de l’élève au maître suivant, et dans une organisation scolaire qui permette le suivi et le soutien personnalisé des élèves en difficulté, par l’instit lui-même (Finlande) si l’emploi du temps dégage du temps l’après-midi, ou par un autre maître spécialisé dans le soutien - type RASED (Réseau d’aide et d soutien aux élèves en difficulté).
Espérons que le nouvel emploi du temps qui sera bientôt expérimenté dans une centaine d’établissements permette justement aux profs de dégager un petit créneau en fin d’après-midi pour le soutien individualisé, ou le tutorat, même si le but principal est l’augmentation du sport pour renforcer la cohésion sociale et diminuer la violence scolaire - ça vaut la peine d’essayer cette formule.
 
C’est aussi l’avis de la Cour des comptes, qui recommande l’accompagnement plutôt que le redoublement, cher et inefficace, dans un rapport ici cité par le site Les Cahiers pédagogiques.

Il est certain qu’au primaire, et même au secondaire, on peut très facilement se passer de notes : A, excellent, B bien, C doit progresser, par exemple.

Mais dans ce cas, il serait bon de maintenir et de renforcer la stimulation voire la punition, en redonnant du lustre et du cérémonial à de nombreuses étapes de la scolarité. Nous manquons globalement de rituels sociaux, à preuve cette renaissance permanente des bizutages, souvent dans leur forme la plus débile, parce que gérés par des jeunes personnalités en construction, et pas toujours les plus fines...

Qui se souvient qu’aux alentours de 1950, la fin de l’école primaire était récompensée par un beau diplôme comme en ont mes parents, d’une taille d’environ 50 cm par 25 ?

Ainsi, grâce à une ritualisation de tableaux d’excellence remis à chaque fin d’année aux plus méritants, éventuellement assortis de prix accessoires pour une progression significative ou des circonstances particulières, l’absence de notes ne s’opposerait pas à l’évaluation faite par le prof, pas plus qu’à la reconnaissance du mérite personnel et de l’excellence.

Le côté punition/sanction peut être assuré par une série de mauvais résultats signalés par le prof ; quelle différence entre une suite de mauvais résultats notifiés aux parents par le professeur et une suite de zéros, sinon une espèce de foi magique dans les nombres - qui n’est pas sans rappeler certaines superstitions.

Un autre débat est de savoir si sélectionner aussi tôt est utile... La France semble être le pays qui sélectionne le plus tôt, bien qu’on s’en défende, et celui où les inégalités scolaires en fonction des origines sociales est le plus grand ; les grandes écoles ont reconnu ce déclin de la promotion sociale, cette baisse du pourcentage d’élèves d’origine populaire, sans qu’on en trouve vraiment la raison.

Malheureusement, certains établissements supérieurs augmentent cette ségrégation sociale en imposant l’anglais, et lui seul, au concours d’entré, à un bon niveau et avec un fort coefficient...
(mon article d’AV)

Car la question des notes débouche souvent sur un débat entre les tenants d’une école de la sélection, d’une éducation à l’ancienne où le maître dispense son savoir à des élèves attentifs et respectueux, et les partisans d’une école qui vise l’épanouissement, l’éducation, la socialisation, le développement personnel de l’enfant. A notre avis, ces deux visions ne sont pas incompatibles, et les opposer stérilise le débat. En tout cas, il est toujours utile de rappeler que pour des millions d’enfants, aller à l’école est un rêve, un luxe dont ils sont privés, totalement ou très jeunes...

A notre avis, la suppression des notes au primaire et au secondaire ne s’opposerait nullement à l’évaluation, à l’orientation et la sélection.

Quelques liens pour approfondir :

"Et maintenant ils veulent supprimer les notes à l’école"
(Marianne, article contre la suppression).
Blog de Brighelli, mais je n’ai pas trouvé de papier qui en parle spécifiquement.
Un article de Maulini, instituteur à Genève, avec de nombreuses références sur l’historique de la notation.
Très intéressant entretien à l’occasion d’un livre de deux sociologues Christian Baudelot et Roger Establet sur l’école en France.
Le site Educobs, reprenant en partie l’article papier cité plus haut, avec quelques commentaires intéressants.
L’école finlandaise, sur Les Cahiers pédagogiques.
 

 

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11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 11:44

Selon le Canard enchaîné, cinq policiers qui assuraient la protection de Nicolas Sarkozy, lorsqu’il a fait le malaise ayant entraîné son évacuation par hélicoptère et quelques heures d’observation à l’hôpital, ont été promus - non pas d’un, mais de deux échelons. Les représentants de l’administration auraient manifesté une certaine gêne en annonçant à la commission paritaire (syndicats-État) cette décision exceptionnelle.

 
Éliminons d’emblée l’idée paranoïaque que cette promotion récompenserait le silence des cinq policiers sur un mystérieux malaise, car cela signifierait qu’il y a dans cet accident de santé un élément à garder secret vis-à-vis des citoyens électeurs…
 
Il s’agit donc simplement d’une distinction accordée à cinq fonctionnaires d’élite dont le mérite fut – outre leur bon comportement – d’être au bon endroit au bon moment.
 
Certes, ce n’est pas donné à tout le monde, et j’en connais qui cherchent désespérément à être au bon endroit au bon moment, vivant l’appareil photo à la main dans l’espoir du cliché qui leur assurera gloire et fortune (surtout fortune), quelles que soient les circonstances : écrasement aérien, Tom Cruise avec dix femmes scientologues sur une plage naturiste du Midi - n’importe quoi, pourvu que les magazines pipole l’achètent un bon prix.
 
Le hasard n’est pas condamnable, pas plus que les millions de Français qui placent leurs espoirs de vie meilleure dans un billet de loterie – la vie elle-même est une vaste loterie. Mais cette promotion inattendue et plus que généreuse ne manquera pas de poser quelques problèmes, car elle est l’antithèse absolue de la promotion au mérite, cette idée si républicaine.
 
Voici venu le temps du hasard, du tirage au sort, bon ou mauvais. Vous êtes un commissaire ou un préfet en poste, alors que notre président est chahuté par des manifestants malgré un dispositif policier renforcé : vous êtes muté, c’est le mauvais sort. Vous êtes garde du corps lorsqu’il fait un malaise : c’est le bon karma, le destin vous sourit.
 
A la limite, plus la peine de se fatiguer, de tirer le maximum des maigres qualités que dame Nature vous aura accordées... Autant s’en remettre au hasard et attendre votre minute de gloire en sirotant un pastis.
 
Cela dit, il serait très exagéré de dire que notre président ait inventé quoi que ce soit : il est déjà de tradition de promouvoir au grade supérieur ou d’octroyer la légion d’honneur à un membre des forces de l’ordre tombé en service, ou, moins triste, d’accorder une distinction à l’humble citoyen qui a sauvé quelqu’un de la noyade. A récompense égale, mieux vaut assister à un malaise que prendre une balle, ce ne sont pas les policiers qui nous contrediront.
 
On peut aussi penser que cette promotion exceptionnelle de deux échelons à la fois a été décidée sans aucune intervention du chef de l’État, qu’elle est le fait d’un lèche-botte de première classe. Les plus idéalistes seront convaincus que notre président va protester et infliger un blâme au vil flagorneur qui sévit dans les hautes sphères de la police, dès que cet indigne fonctionnaire aura été identifié…
 
Si ce n’était pas le cas, je plains sincèrement notre président, car - rendez-vous compte - à chaque footing, jogging, course à pied ou montée d’escaliers un peu raides, il sera entouré de policiers qui n’auront qu’une seule pensée à l’esprit : « Pourvu qu’il fasse un malaise ! ».
 
Pas forcément un gros malaise comme le précédent, hélicoptère à l’appui, mais juste de quoi obtenir une promotion et mettre du beurre dans les épinards, sans être obligés de travailler au noir pour des émirs arabes en goguette.
 
On imagine les discussions dans les ménages policiers : « Chérie, cette fois ça y est, on va l’avoir notre pavillon, les collègues m’ont dit qu’il avait l’air fatigué, les yeux cernés, et c’est moi qui suis de service pour les jours suivants… »
 
Pire : imaginez que pour des raisons de sécurité, l’itinéraire du footing soit modifié et qu’il y ait un rude escalier, genre la butte Montmartre ; comment, dans l’ambiance parano de notre époque, le premier personnage de l’État ne soupçonnerait-il pas un complot ?
 
Comment ne serait-il pas gagné par de mauvaises pensées : ça n’en finit pas… je parie qu’ils ont rallongé l’itinéraire exprès…
 
En Corée du Nord, on fusille pour moins que ça.
 
Finalement, cette exceptionnelle promotion de cinq policiers, dont le fait de gloire est d’avoir été placés là par les hasards du service, est dommageable pour tout le monde, pour l’ensemble des policiers comme pour notre président lui-même : les gardes du corps ne pourront s’empêcher d’avoir de mauvaises pensées, de souhaiter qu’un malaise survienne à leur illustre protégé, tandis que celui-ci soupçonnera ses gardes de guetter un moment de faiblesse, un essoufflement, une pâleur soudaine, la goutte de sueur en trop sur le front, le pas qui ralentit : « Qu’est-ce qu’il a à me regarder, celui-là, il n’est pas censé guetter les terroristes alentour ? ».
 
Et voilà comment un noble geste de gratitude pourrit l’ambiance républicaine d’un quinquennat que rien, jusque là, n’avait terni.
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 22:48

(Un rapport sur la francophonie, et un rapport sur l’anglais à l’université)

Dans un récent rapport du Conseil économique, social et environnemental sur la francophonie, présenté l’été dernier par la psychanalyste Julia Kristeva, professeur à Paris 7, parmi 133 propositions et recommandations pour défendre et soutenir la francophonie, on en trouve une stupéfiante : développer les cursus anglophones dans les universités françaises !


C’est formulé d’une façon alambiquée, en recommandant une diminution du niveau en français exigé à l’inscription, le pré-requis, mais le sens est clair (presque !) par cette phrase :
« une partie de celles-ci pouvant se faire dans la langue code (l’anglais) qui assure l’apprentissage des contenus globaux ».

Étant dans la totale incapacité de comprendre en quoi cela peut aider la francophonie, je laisse la parole aux brillants membres du groupe de réflexion qui ont rédigé ce rapport, intitulé « Le message culturel de la France et la vocation interculturelle de la francophonie ».

Le rapport complet est téléchargeable.

"Revoir la question des pré-requis en français
Il serait opportun d’examiner la possibilité d’assouplir les conditions actuellement imposées à l’inscription dans l’enseignement supérieur français quant à la maîtrise de la langue française, et de développer davantage les dispositifs existants de préformation en français, avant le début du cursus ; mais surtout, pour les sciences exactes en particulier, il serait judicieux de prévoir une formation en français au cours des études, une partie de celles-ci pouvant se faire dans la langue code (l’anglais) qui assure l’apprentissage des contenus globaux, avant l’affinement de la capacité de penser en langue française. L’initiative de nombreux établissements d’offrir leurs formations en langue anglaise, soit en cours d’été, soit en cours spécifiques, et de plus en plus en master est un moyen provisoire indispensable à l’intégration de ces futures élites dans nos institutions académiques et dans la culture française en général. Le catalogue de ces formations en anglais, présenté par CampusFrance, est un instrument utile pour faciliter la mobilité des étudiants. " (souligné en gras par nous)

Le "moyen provisoire" a toutes les chances de devenir une intégration européenne anglophone définitive !

Beaucoup de ces cursus sont nés pour recevoir des subsides du programme Erasmus mundus, destiné aux étudiants étrangers hors-UE. Ceux-ci ne feront qu’une partie du programme en France. Or, un étudiant chinois ou vietnamien qui suit des cours en anglais pendant neuf mois, sachant qu’il va ensuite poursuivre en Allemagne puis en Pologne, par exemple, n’aura aucune motivation pour apprendre le français, du moins pour aller au-delà de la traduction de « Where are the girls ? », et, pour les plus motivés : « Combien ces six saucisses ici ? ».

D’accord sur les recommandations d’améliorer l’accueil de la future élite étrangère, l’aide au logement, le tutorat et autres suggestions, mais pour des étudiants qui comptent faire plusieurs années de formation en France, et surtout, en français.

Tout développement de cours en anglais ne fait qu’accélérer l’anglicisation de l’UE, pompeusement appelée intégration universitaire européenne.

Mais il faut reconnaître que ce rapport est très riche, presque trop, car on y trouve tout et son contraire : on peut y lire les critiques sur la tendance de l’UE à n’utiliser que l’anglais à l’étranger, en même temps que la recommandation de développer son usage en France !

A l’aide d’extraits du rapport, on pourrait fabriquer deux articles totalement contradictoires sur la francophonie, l’un sur l’air de « tout va bien », la francophonie a certes décliné à certains endroits, mais le nombre de locuteurs augmente, notamment en Afrique, et les perspectives sont bonnes, l’autre sur l’air de « tout va mal », on est foutus, les élites de l’ancien pré-carré français passent à l’anglais, l’UE n’utilise plus que l’anglais, sauvons les meubles car c’est tout ce qui nous reste !

Pour le « tout va bien » :

« Contrairement à l’anglais qui régresse au sein de certaines régions des États-Unis au profit de l’espagnol, le français n’a jamais été autant parlé, et le nombre de ses locuteurs augmente pour des raisons démographiques, aussi bien en France qu’en Afrique. 115 millions de personnes font un usage quotidien du français, soit 7,7 % de plus qu’en 1990, et 61 millions en ont un usage « partiel ». »
Pour le « tout va mal » :

« Face à l’anglais dominant dans les échanges internationaux, dès 1975, la France s’est dotée d’une loi qui impose le français, en France même, dans les activités d’un certain nombre de secteurs afin d’assurer la protection des consommateurs (notices et modes d’emploi) ou celle des salariés (offre d’emploi). Cette loi est, dans l’ensemble, bien appliquée dans ces domaines où la nécessité de la présence du français est reconnue par tous. En revanche, cette même loi, dont la refonte en 1994 a fait l’objet d’une polémique, impose aussi une présence minimale du français (dans les documents présentant les programmes) pour les colloques internationaux qui se déroulent très souvent en anglais. Cette prescription, qui n’est assortie d’aucune sanction en cas de manquement, est très mal respectée par nos concitoyens qui n’en voient pas l’intérêt et la jugent rétrograde. »

« La France a la chance que sa langue soit une des langues officielles de presque toutes les organisations internationales, et beaucoup de pays considèrent que cette situation est un héritage qui ne se justifie plus. »
 
Naturellement, on peut voir dans cette contradiction le signe d’un rapport complet et mesuré, qui prend en compte la complexité de la vie, les fluctuations des rapports de force.

Mais on peut aussi y voir la peur de recommander une francophonie offensive, parfois une certaine naïveté, des clichés ou un étonnant aveuglement sur certains points, notamment sur l’école et le plurilinguisme européen.

A notre avis, plusieurs tabous limitent la pertinence de ce rapport :

— Ne jamais s’opposer à des réalisations de l’UE.
De petites critiques ici ou là, oui, et le grand recul du français et de l’allemand comme langues de travail de l’UE est clairement noté :
« De fait, à partir de l’entrée du Royaume-Uni dans l’UE, il cesse d’être la seule langue de communication à Bruxelles pour être progressivement devancé par l’anglais. Ce recul s’est accéléré brutalement après la chute du mur de Berlin. »

Mais pas question de proposer l’annulation des programmes Erasmus mundus (anglophones) dans nos universités, ni rappeler que ces cours en anglais sont anticonstitutionnels, la langue du pays, et donc de l’enseignement, étant le français.

De même, l’intégration universitaire européenne n’est jamais remise en cause, alors même que ce processus de Bologne est une cause majeure de l’anglicisation des établissements supérieurs et, en cascade, des lycées et du primaire.

De même, le plan « Réussite en licence », lancé en 2008, n’est nullement critiqué :

« (...) prévoit l’enseignement obligatoire de l’anglais, à raison de deux heures par semaine, dès la première année de licence et l’introduction à terme d’une deuxième langue. »

Idem pour l’usage quasi-exclusif de l’anglais dans les relations extérieures de l’UE, notamment en Asie, qui fait de l’Union le meilleur missionnaire de l’anglais mondial, tabou parmi les tabous s’il en est...

De même, aucune mention que l’embryon d’armée européenne est totalement anglophone, comme toutes les structures de coopération issues de l’UE... car ce serait critiquer la construction européenne elle-même, ou du moins souligner un de ses plus gros bobards, le plurilinguisme institutionnel.

Il convient, pour les auteurs du rapport, de se montrer de fervents pro-européens :

 « Faire de la notion même de culture européenne un axe essentiel des politiques culturelles de l’UE et des États membres ».
 
— Ne jamais remettre en cause la position de l’anglais comme lingua franca mondiale

Celui-ci est même qualifié d’un nouvel et étrange sobriquet : la « langue code ».
Il convient de ne pas apparaître trop combatif sur les terrains où l’anglais est déjà maître des lieux : le rapport ne reviendra pas sur le protocole de Londres (la traduction des brevets) gagné haut la main par l’anglais.

Rien ne sera proposé dans le domaine des sciences, alors que les possibilités d’une promotion énergique du français existeraient là aussi, pas seulement dans le domaine culturel, comme par exemple la création par les pays francophones de revues scientifiques d’expression française, voire l’obligation de publier d’abord en français, ou la création d’un index des chercheurs francophones - toutes ces pistes seront ignorées.

Un autre récent rapport, réalisé par le Pr Marc Chesney, de l’Université de Zurich, intitulé « Enjeux et conséquences de l’utilisation de l’anglais pour les études d’économie et de gestion à l’université » confirme justement l’avancée des « masters » anglophones, ainsi que les biais du classement de Shangaï des universités. Il analyse également en détail les avantages procurés au monde ango-saxon par l’hégémonie de leur langue dans la plupart des grandes revues scientifiques.

« En ce qui concerne l’enseignement dans le domaine de l’économie et de la gestion, les informations suivantes sont obtenues pour un échantillon représentatif d’universités réputées d’Europe continentale. De nombreux programmes ont complètement basculé vers l’anglais. D’autres, sont susceptibles de le faire, ou sont bilingues.
Sur un total de 153 Masters recensés, 44 utilisent exclusivement l’anglais et 31 sont bilingues (anglais ainsi que la langue nationale). Au sein de cet échantillon de Masters, l’anglais est ainsi devenu la première langue d’enseignement, très loin devant le français ou l’allemand par exemple qui dans ce groupe ne seraient la langue exclusive que de respectivement 10 et 11 Masters. La même tendance est observable dans une moindre mesure, dans les autres domaines d’enseignement. Les accords de Bologne ont accentué ce phénomène. »

Parmi les raisons invoquées par les professeurs qui sont favorables à cette évolution, on trouve sans surprise la question financière :
« Des programmes développés conjointement par plusieurs Universités en Europe, seraient susceptibles de recevoir une aide financière de Bruxelles. Conjointement signifie bien sur en anglais. » 

« Un tel basculement génère des situations cocasses, pour ne pas dire ridicules. Un professeur de langue maternelle française peut ainsi être amené à enseigner en anglais face à un public constitué uniquement d’étudiants francophones. »

Les étudiants étrangers peuvent même parfois être recrutés dans les pays francophones sur la base de leurs capacités en anglais, voire être encouragés à parfaire d’abord leur anglais par un séjour en GB, afin d’être mieux à même de suivre les cours en France !

L’homogénéisation des enseignements à laquelle cette évolution conduit est également évoquée, alors que la recherche a besoin de diversité de pensée, d’approches multiples.

« Il est donc aujourd’hui quasiment impossible de s’appuyer sur des articles dans une autre langue que l’anglais pour effectuer une carrière universitaire. Les articles publiés dans d’autres langues sont même parfois mal perçus. Ce qui est écrit en anglais, à qualité égale, a aujourd’hui plus de poids que ce qui est rédigé par exemple en français. C’est un phénomène qui est connu dans le domaine cinématographique par exemple. »

Le fait que la langue des congrès soit presque systématiquement l’anglais n’est pas neutre non plus, pas plus que les éditeurs ne peuvent éviter de favoriser des collègues avec lesquels ils ont davantage de relations.

Toutes choses qui sont passées sous silence dans le rapport Kristeva sur la francophonie... (hormis la question des congrès) mais analysées en détail par le Pr Chesney.


— Ne jamais débattre de l’ambigüité des situations post-coloniales

Notamment au sujet du bilinguisme français langue étrangère-langue maternelle. Comment critiquer chez nous l’enseignement de l’histoire en anglais (programme Emile et sections européennes) si on soutient ailleurs la même chose en notre faveur ?
Ce problème délicat est contourné par une formule, du genre : lorsque le français donne accès à la modernité.

Le droit à recevoir un enseignement dans sa langue maternelle - un débat très actuel, qui recoupe d’ailleurs les revendications des langues régionales - est néanmoins évoqué :

« La question de la langue d’enseignement, centrale dans les processus cognitifs, fait l’objet de peu d’avancées. Plusieurs pays francophones ont engagé des expériences sans les généraliser : l’apprentissage du code écrit se fait à partir de la langue parlée, tandis que le français est enseigné d’abord à l’oral, puis à l’écrit, pour devenir la langue d’enseignement à partir du primaire. La multiplicité des langues locales rend ce sujet extrêmement difficile : il pose le problème de la formation des enseignants et celui de l’édition des manuels scolaires. Le CESE souhaite que l’AFD poursuive les études sur cette question déterminante pour la qualité de l’éducation et de la présence du français en Afrique subsaharienne, et qu’elle encourage le développement de l’enseignement en langue locale chaque fois que la situation linguistique le permet. »

On se dédouane à peu de frais d’une certaine gêne post-coloniale par quelques mots :


« Le CESE souhaite que l’AFD poursuive les études sur cette question déterminante pour la qualité de l’éducation et de la présence du français en Afrique subsaharienne, et qu’elle encourage le développement de l’enseignement en langue locale chaque fois que la situation linguistique le permet. »

Mais il est plus simple et intellectuellement plus confortable d’entonner le grand air des Lumières :

« Et j’aimerais, pour terminer, citer Léopold Sédar Senghor pour lequel « La francophonie, c’est cet humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire ». »

— Ne jamais proposer la liberté de choisir sa ou ses langues étrangères à l’école

Toujours raisonner selon une planification : « faire apprendre une langue », voire une coercition puisqu’il s’agit d’imposer.

Pour le coup, la liberté des langues est un concept trop révolutionnaire pour la France des Lumières !

— Ne pas critiquer trop ouvertement les politiques.

Et un peu de flatterie ne nuit pas : on mentionnera donc au passage l’Union pour la Méditerranée, soulignant son rôle (potentiel...) dans les échanges culturels, et on félicitera le gouvernement pour son action en faveur de la francophonie :
« La France, qui joue un rôle particulièrement actif pour promouvoir la diversité linguistique en Europe, a inscrit le plurilinguisme parmi les priorités de sa Présidence (...) »

Pourtant, dans ce rapport les critiques feutrées ne manquent pas :

« Il juge regrettable que les prescriptions de la loi sur l’emploi de la langue française ne soient pas toujours appliquées et insiste pour qu’elles soient suivies avec rigueur et pragmatisme lorsqu’elles concernent la protection de consommateurs et des salariés. »

« Il pense cependant que les instructions données aux agents de l’État devraient être mieux adaptées afin qu’elles soient effectivement suivies. »

« La France et l’Allemagne ont une responsabilité majeure à l’égard de leurs propres langues en Europe : c’est à elles, conjointement, qu’il appartient de faire respecter la diversité dans les langues de travail des institutions. »

« Le déni de l’héritage national et la ruée de certaines élites vers l’anglais, au détriment du français qui recule dans le monde, font le terreau des revendications souverainistes du populisme. »

France 24, la télé en anglais payée par les Français sans avoir le droit de la regarder, est à peine égratignée... « Mieux » : son développement est recommandé, en chicanant simplement sur les détails :
« Il est, par ailleurs, indispensable qu’AEF dispose de financements nécessaires et élevés, pour aider la montée en puissance de France 24. »
« La diffusion de France 24 en anglais dans la péninsule Ibérique n’est pas forcément pertinente, elle est discutable en Afrique du Nord. »

Pas question de remettre en cause l’existence même de French 24, alors que son essence est de diffuser en anglais, une volonté politique maquillée en plurilingue à l’aide de quatre heures d’arabe. La diffusion au monde de la pensée française est sacrée ! On a la grosse tête ou pas...

Le chapitre sur la culture en Europe (Arte, etc.) aurait pu proposer une télévision publique européenne, une mise en commun de quelques programmes, doublés ou sous-titrés.

Ah oui, on peut quand même y trouver des passages involontairement humoristiques :

« Demander à l’UE d’être un acteur essentiel pour la promotion de la diversité culturelle et du multilinguisme. » Poliment ?

« La diversité linguistique européenne est en train de créer des individus
kaléidoscopiques capables de défier et le bilinguisme du globish (global English) imposé par la mondialisation, et cette bonne vieille francophonie qui peine à sortir de son rêve versaillais, pour en faire l’onde porteuse de la tradition et de l’innovation dans le métissage. Un sujet polyphonique émerge, citoyen polyglotte d’une Europe plurinationale. Le futur Européen sera un sujet singulier au psychisme intrinsèquement pluriel, parce que trilingue, quadrilingue, multilingue. »

On croirait lire les délires soviétiques sur
l’Homo sovieticus, l’Homme nouveau !

L’Homo europeanus ne sera pas seulement polyglotte mais kaléidoscopique et polyphonique ! Symphonique même, oserais-je affirmer. Pour l’heure, il n’est qu’anglophonique, mais l’avenir nous dira de quoi le futur sera fait !

Au total, les bonnes remarques sont un peu noyées dans ce rapport touffu, édulcorées par le ton volontairement modéré, et le refus de toute proposition musclée qui donnerait l’image d’une francophonie offensive, alors que nous sommes déjà le seul pays de l’UE qui lutte pour préserver la position de sa langue...

Pour l’école, il est proposé d’apprendre une deuxième langue étrangère. Pour l’UE, la traduction et l’usage de trois langues de travail.

On voit l’originalité du propos... énième variation en son genre. Un rapport très riche, précis, pertinent, mais pauvre en suggestions.

Les auteurs ne voient d’autre solution qu’entériner un médiocre anglais « code », en compensant cet aveu inexprimé (ou alambiqué) par un mythique multilinguisme. Comme toujours, la seule alternative crédible (càd. réaliste, faisable), l’espéranto comme langue seconde ou troisième commune des Européens, n’est même pas cité.

Au fond, ce que ce rapport recommande sans oser l’écrire clairement, c’est de se faire discrets, d’être satisfaits de notre deuxième place dans l’UE, de ne pas remettre en cause l’hégémonie linguistique de l’anglais, de ne pas contrarier les intérêts anglosaxons.
Cent-seize pages qu’on peut résumer en trois mots : « Pas de vagues » !

Réintégration dans l’OTAN, stages de formation des pilotes de chasse, services de renseignement, les liens historiques entre la France et le monde anglosaxon sont anciens et très étroits, c’est une affaire entendue (quoique avec les néocons et autres fanatiques, ou les mensonges de Gordon Brown à qui on doit aujourd’hui d’être en guerre, il y aurait beaucoup à redire), mais notre amitié avec le monde anglo-saxon me rappelle toujours cette vielle blague de l’ex-URSS :

Un officiel soviétique discute de la nouvelle récolte avec un représentant d’un pays frère :

- Alors, comme d’habitude, on partage en frères ?

- Ah non ! Cette fois, on fait 50-50 !

Bien que le vocable de guerre des langues n’ait pas été utilisé dans un rapport si policé, la réalité de la lutte d’influence entre les langues, les liens entre culture et influence linguistique y sont explicites :

« La situation internationale place l’ambition d’une « diplomatie d’influence » devant la nécessité de trouver un nouveau souffle. Précurseur par l’importance qu’elle accorde à l’action culturelle de sa politique étrangère, et en ce qu’elle maintienne cette perspective aujourd’hui, en pratique et de plus en plus la France se laisse rejoindre, rattraper, voire dépasser par les initiatives culturelles internationales de ses voisins européens (Angleterre, Allemagne, Espagne), mais aussi par celles des « pays émergents », comme la Chine, qui ne lésinent ni sur les moyens ni sur les efforts d’imagination pour implanter hors de leurs frontières leur message culturel. »

Les Chinois ont d’ailleurs fait preuve d’un humour très « british », pince-sans-rire : à l’accusation feutrée de ce que la multiplication récente des Instituts Confucius pourrait avoir d’impérialiste, ils ont répondu qu’ils se sont inspirés du British Council, des Goethe-Institut et des Alliances françaises !

Article du Point, signalé par l’APLV - Association des professeurs de langues vivantes :

« Afin d’accroître son influence et de rassurer le reste du monde sur ses ambitions de développement pacifique, la Chine a multiplié ces dernières années l’installation d’instituts Confucius sur les cinq continents. Ils sont débordés par leur propre succès ! »

« Jamais, nous n’aurions imaginé, voilà cinq ans, qu’il y aurait un tel engouement pour l’apprentissage du chinois. Aujourd’hui, plus de 40 millions d’étrangers apprennent notre langue (dont 36 millions d’origine chinoise). »

Seule alternative à ce comportement impérialiste, où chacun cherche à augmenter l’influence de sa langue, tout en soutenant mordicus qu’on ne soutient que notre culture et notre économie (peut-être en toute sincérité tant les trois sont intimement liés) : favoriser une langue neutre internationale, une langue-pont entre les cultures, ce qui n’empêcherait nullement tous les amoureux de notre culture d’apprendre le français – si tant est que notre "particularisme français" ne devienne pas une culture européenne intégrée...

Ça tombe bien, cette langue-pont existe depuis un siècle : l’espéranto. Et, à ce titre, les nations l’ont soit combattue, soit méprisée, tant cette possibilité contrevient à une lutte d’influence si ancienne qu’elle nous semble à tous naturelle.
 
L’espéranto comme langue-pont, quoique centenaire, est un concept encore révolutionnaire - en tout cas trop pour que ce rapport précautionneux le mentionne, fût-ce d’un seul mot, pas plus qu’il n’a osé accuser trop ouvertement certains aspects de l’UE, ou proposer de soutenir la francophonie par des mesures qui nuiraient aux intérêts du monde anglosaxon, comme financer des publications scientifiques francophones ou un mode de classement des chercheurs qui tiendrait compte des autres langues, stopper Erasmus mundus, fermer France 24, et autres mesures musclées.

A ménager la chèvre et le chou, la francophonie se retrouve aphone dans l’UE !
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