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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 23:55

L’anglais s’est infiltré dans le carnet de santé des enfants.


A la page des vaccins, sous le très connu des papas et mamans « rougeole, oreillons, rubéole », qu’un laboratoire bien inspiré avait simplement appelé « ROR » (un autre s’appelant « Priorix »), on trouve maintenant, juste dessous, la mention « measles, mumps and rubella » !

Pourquoi ?

La première hypothèse, c’est par souci de clarté : en effet, imaginons qu’une maman soit saisie d’un terrible doute, hésite entre rougeole et jaunisse :
« Voyons.. la rougeole, c’est laquelle, la maladie qui rend la tête toute rouge, ou toute jaune ? »
Grâce à la précision de l’anglais, tout devient clair :
« Ah ! oui, bien sûr : ce sont les measles, donc c’est la tête toute rouge. »
 
Deuxième hypothèse, plus probable : ce serait une fois de plus à cause de l’UE.
Dans un premier temps, le laboratoire Sanofi-Pasteur MSD a débaptisé son vaccin francophone, le ROR, pour le rebaptiser MMR (measles, mumps and rubella).
 
L’explication probable du labo (je dis "probable", parce qu’il ne s’est pas donné la peine d’en fournir une explication, ni aux familles ni aux professionnels concernés…), c’est l’AMM européenne (autorisation de mise sur le marché).

Cette mesure radicale ne paraissait pourtant pas indispensable puisque le français est une des trois langues de travail de l’Europe (était ?)…
 
A moins qu’il ne se soit agi d’un hommage à Pasteur, le célèbre savant anglais ?
 
Doc en pdf sur la dénomination officielle du vaccin MMRvaxPro° (Commission de la transparence)

Ainsi, le premier pas a été fait au nom de l’UE, sous un prétexte technique.
On peut en rapprocher les noms de nombreux jouets (gun, supergun, mégagun, killer-gun, ou toy, destroy-toy, killer-toy, etc.), ainsi que l’étiquetage alimentaire en anglais que de puissants lobbys cherchent à imposer, pour éviter à la fois le multilinguisme et la transparence... Un joli coup double, qui a pour l’instant échoué.
Après quoi le deuxième pas est fait au nom du premier, ainsi de suite.

J’en vois déjà qui soupirent d’ennui et se disent "bof, une ligne en anglais dans le carnet de santé, et alors ? Pas de quoi en faire un fromage. Ce n’est qu’une broutille, sauf pour les paranos et les adeptes de la théorie du complot."
Pourtant, ne dit-on pas dans la langue de Shakespeare : "Chi va piano va sano e va lontano" ? Les randonneurs savent combien de chemin on peut faire en quelques heures par de simples petits pas.

En d’autres termes, ces avancées successives de l’anglais sont tout sauf des broutilles : elles préparent l’opinion à l’officialisation de l’anglais comme langue administrative de l’UE, voire comme deuxième langue nationale de la France.
 
À la vérité, de nombreux ministères travaillent déjà en anglais, sur des documents anglophones envoyés sans traduction par l’UE (Défense nationale, Finances), mais il ne faut pas le dire, c’est secret-défense ; selon le Canard enchaîné, une certaine ministre de l’Économie et des Finances annote en anglais les documents destinés à son équipe ...

Regardez par exemple la carte d’identité belge : ils ont carrément anticipé la dérive monolingue de l’UE, alors que rien ne les y obligeait : l’anglais n’est pas une de leurs trois langues nationales, et le français, qui, lui, est une de celles-ci, était déjà une des langues de travail de l’Union. Rien ne les obligeait donc à utiliser l’anglais sur leur carte d’identité, sinon leur reconnaissance de sa primauté dans l’UE.

Voyez la propagation du pire franglais chez Citroën, détaillée dans l’article de Denis Fainsilber sur Lesechos.fr (20 octobre 2009), et rapportée par l’Observatoire du plurilinguisme :

« Du côté des entreprises, des clients de choix en ce moment, certains concessionnaires ont reçu le titre de « business center », ce qui signifie en clair qu’ils devront, en liaison avec les « national account managers », suivre de près la « car policy » des sociétés de leur agglomération. Et gare aux distributeurs qui n’appliqueront pas les nouvelles normes commerciales : le siège se livre systématiquement au « mystery shopping », stratégie que l’on qualifie plus communément de « clients mystères », chargés de noter ce qu’ils voient. »

Ça vaut le coup de lire cet article, il y a plein d’autres exemples de ce jargon délirant ! Le général De Gaulle serait probablement consterné, lui qui a échappé à un attentat dans la célèbre DS, voire grâce à celle-ci et à son chauffeur.

2. L’anglais obligatoire à Sciences-Po
 
Cette dérive progressive n’a été possible qu’avec la complicité active de certains décideurs, au gouvernement, certes, mais aussi dans les établissements d’enseignement supérieur, complicité dont le dernier avatar est l’obligation de l’anglais à Sciences-Po.

Il y a seulement deux ans, un étudiant pouvait obtenir son diplôme en validant la langue vivante étrangère de son choix, au très bon niveau exigé par cette école supérieure très sélective (C1 du cadre commun, soit plus que « fluent »). Maintenant, malgré la présence de nombreuses langues dans ces établissements de Paris et de province, c’est anglais obligatoire, sinon, pas de diplôme...
« L’obtention du diplôme de Sciences Po est conditionnée, à partir de l’année universitaire 2009-2010, à la validation d’un niveau en anglais au moins équivalent au niveau C1 du cadre européen de référence des langues. 

- Ce niveau est validé en fin de cursus par certification externe en cours de validité ou par un examen interne. 

- L’apprentissage de l’anglais est réalisé par le biais d’enseignement en présentiel, d’enseignements en e-learning et, pour ceux qui souhaitent un complément d’encadrement, par des permanences de langue. »
(Doc en pdf)

Les langues (en général) à Sciences-Po
« 4/ L’anglais est—il obligatoire ?
L’anglais est obligatoire pour les élèves non-anglophones en premier cycle et en cycle du master. »

Et la justification de cette obligation :

« L’obtention du diplôme doit être conditionnée à une accréditation qui soit un standard mondialement lisible : il en va de la qualité de l’insertion professionnelle de nos diplômés, au coeur de notre mission. »

Il s’agit pourtant d’un établissement public français (doté d’un statut particulier, une fondation privée d’utilité publique, qui gère aussi l’Institut d’études politiques de Paris), ce qui n’a pas empêché cette mesure, probablement anticonstitutionnelle (mais qui songe à demander son avis au Conseil constitutionnel à ce sujet ?), et contraire à l’esprit européen.

« l’État lui alloue chaque année une subvention globale destinée à financer la masse salariale, les dépenses pédagogiques et les dépenses de fonctionnement et de maintenance ; les Conseils répartissent librement ces ressources entre les dépenses qui leur paraissent prioritaires ; »

Au fond, la France a déjà reconnu son déclassement comme ex-langue de travail de l’UE.
Pire : elle l’a favorisé !

Ainsi, malgré les protestations de quelques associations (DLF, AFrAV) et les actions en justice de quelques syndicats pour le droit de travailler en français en France (cela ne devrait-il pas être évident ?), l’UE et ses affidés aveugles acceptent sans broncher que l’anglais devienne la langue administrative de la nouvelle nomenklatura, celle qui place ses enfants dans les maternelles bilingues français-anglais, engage des nounous anglophones, passe ses fins de semaine à Londres ou « aux States », et multiplie les sections dites « européennes » dans les lycées, ou soutient l’enseignement des sciences et de l’histoire en anglais, la toute nouvelle aberration annoncée par notre président avec le « plan d’urgence des langues » !

Cette dérive de l’UE en matière de « multilinguisme » a lieu sans aucun débat parlementaire ni citoyen. L’idéal européen d’égalité des peuples s’est transformé en deux classes sociales, les native english, seigneurs et maîtres qui ont obtenu toutes les dérogations demandées (« opt-out »), et les autres.

Jouets, vaccins, étiquetage alimentaire, écoles primaires, secondaires, sections européennes, enseignement de matières en anglais (programmes EMILE), Erasmus mundus : pas à pas, tantôt par de petits pas (carnet de santé), tantôt par des pas de géants (Sciences-Po), l’UE poursuit sa marche linguistique vers le tout-anglais !

Certains croient encore à la sincérité de l’UE lorsqu’elle récite son mantra « multilinguisme ».
Laissons donc la parole à l’accusé : voici le tout récent site officiel européen sur la coopération.
On y trouve bien quelques documents en français et en espagnol, mais le site est monolingue anglophone.

On peut aussi consulter l’IDABC (Interoperable Delivery of European eGovernment Services to public Administrations, Businesses and Citizens), ancêtre du futur programme ISA (« Interoperability Solutions for European Public Administrations »), c’est-à-dire, « solutions d’interopérabilité pour les administrations publiques européennes »,
et la liste de ses projets.
Edifiant !
 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:33

N.Sarkozy vient d’annoncer un plan d’urgence pour les langues étrangères.
On ne peut plus aller sur la Toile ou allumer une radio sans tomber sur une énième variation du supposé faible niveau des Français en anglais... L’auto-flagellation continue de plus belle !


1. Tout d’abord, où est l’urgence ?

Un plan d’urgence pour les langues : on croit rêver ! Famine, chômage, logement, accès à l’eau potable pour un milliard de personnes, misère, exploitation sexuelle, mines antipersonnel, pandémies - ça ce sont des urgences !
 
Autrefois, on ne présentait jamais la question des langues à l’école comme une « urgence ». L’école jouait son rôle, celui d’une initiation à une ou deux langues étrangères, car c’est son rôle, sans que la pédagogie y soit pour quelque chose, et nul n’y voyait le moindre problème !

Alors d’où vient ce sentiment d’urgence ? Je veux dire, outre le fait que c’est devenu une méthode de gouvernement : un plan d’urgence pour tous et tous votent pour moi ! Pourquoi, ces dernières années, la question des langues à l’école s’est-elle transformée en intense masochisme à la française ?

Tout simplement à cause de la construction européenne !

C’est seulement depuis que le multilinguisme européen a tourné au tout-anglais que cette propagande est devenue si forte dans les médias, qui relaient aveuglément les sondages vaseux d’Eurobaromètre. Car en répétant sans cesse que les Européens doivent apprendre des langues, l’UE tente de masquer la vérité de l’UE où les élites n’utilisent et ne soutiennent que l’anglais, tandis que les Européens se comprennent toujours aussi mal...

Rappelons qu’il n’existe aucune étude scientifique sur le niveau en langue, qu’il s’agisse d’anglais ou d’une autre langue, mais seulement des sondages approximatifs : on peut avoir de moins bons résultats, comme les Hongrois, les Portugais ou les Espagnols, parce qu’on est plus modestes ou plus réalistes. A la question « Maîtrisez-vous une langue étrangère ? », le réaliste répondra « Non » !

L’urgence n’est pas dans les langues, mais dans une clarification de la communciation dans l’UE, au niveau administratif, mais également cityoyen, entre les Européens. Comment croire qu’il y aura un jour une opinion publique européenne, des partis politiques transnationaux, des médias européens, sans qu’on se comprenne ?

Ce qui est urgent, c’est que l’on fasse sur les langues un débat citoyen, dans les médias et au Parlement !

2. Il y a quelques jours, j’ai entendu Radio Nostalgie parler du faible niveau des Espagnols en langues - comprenez "l’anglais" (ça change un peu des Français, mais le principe est le même), et voici qu’une radio du secteur Nîmes-Avignon-Marseille reprend les mêmes clichés :

« La secrétaire générale de l’APLV répond aux questions de la rédaction de Raje.fr : méthodes d’apprentissage et propositions de Nicolas Sarkozy. »
L’émission de Raje.fr (doc audio à télécharger)

(APLV , association des professeurs de langues vivantes)

Elle ne remet absolument pas en question l’axiome du supposé faible niveau en anglais, alors qu’il est évident qu’il s’agit de manipulation, de propagande basée sur des sondages par auto-questionnaires.
 
L’impossibilité de choisir ses langues étrangères et la diversité linguistique en chute libre dans nos écoles ne seront pas abordés... Le financement croissant du business extra-scolaire de l’anglais par l’État et les régions non plus...

Le fait qu’elle soit professeur d’anglais a-t-il un rapport avec cette vision partielle de la question ? Aucune idée.

Soyons honnête : elle a fort justement rappelé que l’anglais était une langue germanique, et à ce titre plus facile pour les Allemands ou les Suédois. Elle a également rappelé qu’il était très difficile sur le plan phonétique, en ajoutant assez curieusement que « le français était une langue non accentuée », alors que l’accent tonique est fixe, sur la dernière syllabe prononcée.

Rappelons qu’en raison de la phonétique aberrante de l’anglais, sans aucune règle (ou alors innombrables lorsqu’un livre tente de les décrire), la dyslexie est beaucoup plus fréquente en GB qu’en Italie...  (doc en pdf)

Et certains veulent imposer à la maternelle ou au CP une langue aussi difficile, à un âge où le français est à peine balbutiant !

L’animateur a involontairement mis les pieds dans le plat (comme lorsque les enfants disent crûment ce que les adultes cachent), en parlant de l’introduction de l’anglais à l’école primaire, ignorant probablement que la réforme des langues au primaire avait été intitulée initiation AUX langues ! Dans sa naïveté, il a touché du doigt une vérité que l’on veut cacher : l’anglais est imposé à l’école primaire, avec de rares exceptions, car aucun choix n’est organisé.

On eut droit aussi à l’habituelle suggestion de gens bien intentionnés (Jean-louis Nandrini, secrétaire général de l’enseignement scolaire à l’EN) qui veulent nous imposer des films en VO ! De quel droit ? C’est fou, combien de gens sont prêts à faire notre bonheur à notre place ! Heureusement que les télévisions n’ignorent pas quelle chute d’audience cela entraînerait...
Il faudrait que quelqu’un explique à ces pédagogues enfermés dans leur tour d’ivoire que la plupart des gens, après une journée de boulot, veulent se détendre devant un bon film aux dialogues compréhensibles, et non pas aller au cours du soir toute leur vie ! Que si beaucoup de pays n’ont pas de doublage, c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens financiers d’avoir une industrie cinématographique développée. Qu’au moins on ait le choix grâce au numérique.

Comme d’habitude, on eut droit à la comparaison avec la Suède, dont le niveau d’anglais est si élevé, entre autres car ils regardent des films en anglais depuis l’enfance : pas un mot sur le déclin du suédois que personne ne veut apprendre, sur le débat interne en Suède au sujet de l’anglais, sur la perte du vocabulaire scientifique et technique, faute d’être actualisé depuis des décennies... Veut-on cet avenir pour le français ?

Finalement, le seul moment de l’émission où l’on échappa à la langue de bois fut le micro-trottoir auprès de lycéens (au tout début de l’émission) : ceux qui ont été interrogés se désintéressent des langues vivantes, jugées trop difficiles ou inutiles pour pour le métier envisagé... Enfin un peu de bon sens.

Eh oui ! Si l’anglais est actuellement indispensable à une fraction de certaines professions, si d’autres langues sont très utiles selon le métier et le lieu, la plupart des gens n’ont ni l’occasion ni l’envie d’apprendre une langue étrangère !

Et comme cela s’oublie beaucoup plus vite qu’une langue natale, le peu appris à l’école s’évapore si l’on ne pratique plus.
 
Nous avons peu à peu rendu l’anglais quasiment obligatoire (95% ?), de la maternelle à certains établissements supérieurs (comme Sciences-Po Paris), sans vote ni débat, sans oser le dire, et en attendant la VO à la télévision... Et il ne faudra pas venir pleurer sur le déclin de la francophonie (ici au Maroc) , alors que diverses universités organisent des cursus anglophones pour des étudiants qui autrefois venaient étudier en français, entre autres mille exemples.

Cette attitude est une reconnaissance de fait de l’administration anglophone de l’UE, un abandon de la diversité linguistique.

Les exemples de la « guerre des langues », de leur lutte d’influence, sont visibles tous les jours dans les médias. Chacun a constaté la montée en puissance du chinois. Mais d’autres langues sont concernées, qui montrent qu’une large partie du monde n’accepte pas réellement l’anglais comme langue mondiale et soutient les siennes : Amérique du Sud, Asie, Russie.

Mohamed BENRABAH, linguiste, dans son dernier livre, « Devenir langue dominante mondiale. Un défi pour l’arabe », (Droz, Genève, 2009), commente une ancienne étude prospective du British Council et s’interroge sur l’avenir de l’arabe.

La question des langues à l’école n’est absolument pas pédagogique mais politique ! De même que celle de l’apprentissage précoce des langues... Y coller de grands mots comme « neurosciences » n’y changera rien : on ne parle pas de commencer les langues à la maternelle, mais l’anglais.
 
Cette émission de radio est révélatrice pour deux raisons  :

— il n’a été question que du niveau d’anglais à l’école : d’aucune autre langue !

— il n’a été abordé QUE l’aspect pédagogique... JAMAIS l’aspect politique !


L’obstination des professeurs de langue est étonnante, à ne considérer les langues à l’école que sous l’angle pédagogique (des classes allégées, de l’oral, des heures, des séjours linguistiques - jamais évalués, au bilan carbone douteux !), refusant de voir la disparition progressive des autres langues à l’école...

Alors qu’une réforme serait simple et à coût constant.

Laissez aux élèves le libre choix de leurs langues étrangères. Libérez les langues !

Où est l’urgence ? Dans le niveau en anglais ?
Le chômage, l’endettement du pays, les misères humaines sans nombre, ça ce sont des urgences.
 
Et il faudrait en finir avec une ambigüité persistante : parlons-nous des langues à l’école ou du niveau d’anglais ? Tant qu’on ne répondra pas sans hypocrisie à cette question, le débat sur l’enseignement des langues sera faussé, bâti sur des mensonges et des manipulations.
P.-S.




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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:32

Nicolas Sarkozy vient d’annoncer un « plan d’urgence » pour les langues qui comporte quelques éléments surprenants – dont un anticonstitutionnel.
Et peut-on réellement « faire apprendre » une langue, comme on le lit souvent ?


« Il a également prôné le développement "systématique" de "l’enseignement en langues étrangères de certaines disciplines fondamentales", citant l’histoire, les sciences ou l’éducation physique et sportive. »
Le Nouvel Obs.com

On croit rêver : Nicolas Sarkozy appelle à violer la Constitution ! Car la langue du pays est le français, ce qui veut dire que chaque élève a le droit de suivre sa scolarité en français, d’obtenir tout diplôme en français, exception faite des spécialités – traducteurs, filière langues, etc.
Va-t-on aussi enseigner le français en anglais ?

En outre, comme nous l’avons détaillé dans un autre article, ces programmes Emile sont impossibles à généraliser pour des raisons logistiques, structurelles : trop complexes, trop de profs bilingues à former ou à recruter, trop coûteux, ne répondant pas à un besoin réel de tous les élèves mais plutôt à un petit groupe, en un mot : absurdes.

La francophonie est déjà en déclin avancé depuis que l’UE est devenue anglophone de fait, sinon de droit, comme en témoigne cet article de Courrier international  :

« Malgré les milliers de billets gratuits et une cérémonie d’ouverture “merveilleuse”, les Jeux de la francophonie de Beyrouth n’ont pas attiré la foule. La faute à la France elle-même, qui semble se désintéresser de son héritage linguistique. »
Et on veut faire reculer le français dans les écoles, au profit de l’anglais, toujours favorisé, jamais nommé...

Pour cela, on embauche des milliers de natifs anglophones (à quel coût ?), alors même qu’on diminue régulièrement le nombre de postes dans l’Éducation nationale, qu’on démantèle le Rased (Réseau d‘aide et de soutien aux enfants en difficulté). Tout cela n’a pas de sens : on sabre dans le budget de l’Wducation nationale pour favoriser le développement du business privé de l’anglais !

« 67 assistants étrangers, en grande majorité anglophones, viennent d’arriver dans la Loire. Leur mission, aider les élèves, du primaire au secondaire, à s’exprimer à l’oral » (Le Progrès)

Il est bien précisé dans l’article que ces assistants n’ont « pas vocation à enseigner », mais seulement à parler et à faire parler les enfants en anglais. Ce sont des citoyens lambdas, dont la principale qualité est d’être natifs anglophones !

Voilà à quoi a abouti cette calamiteuse réforme du primaire : imposer l’anglais (pas de choix organisé) à la plupart des enfants, lutter contre le chômage en GB, et diminuer le financement des écoles au profit de boîtes à anglais et d’assistants anglophones...
A défaut de devenir « fluent », nos chers petits auront au moins appris ce qu’est le « business » !

Enfin, vouloir faire de tous les Français des bilingues (comprenez français-anglais, même si cette fois, on a pris garde de parler de « langues » et non d’anglais) est soit une illusion, soit un mensonge démagogique.

Un récent article du Monde, « La langue arabe chassée des classes », vient à point nommé illustrer l’illusion que l’on peut « faire apprendre » une langue étrangère !

« Du haut en bas de la pyramide de l’éducation nationale, on déplore "un abandon de l’arabe", selon les termes de l’inspecteur général d’arabe, Bruno Levallois. »
« Dans l’enseignement secondaire, les effectifs sont faméliques : 7 300 collégiens et lycéens étudient la langue arabe, soit deux fois moins qu’à la fin des années 1970. »

Le cas de l’allemand à l’école a pourtant bien montré les limites de la planification :

« La promotion de la langue du partenaire est au cœur de la coopération culturelle franco-allemande. Elle est inscrite dans l’accord culturel franco-allemand de 1955 et dans le Traité de l’Elysée de 1963 conclu entre les deux pays. Il a été convenu dans la déclaration commune à l’occasion du 40ème anniversaire de la signature du traité franco-allemand, le 22 janvier 2003, de prendre toute une série de mesures pour inciter un nombre d’élèves plus grand encore à s’intéresser au pays voisin et à sa langue. »

Certes, on a réussi à remonter les chiffres jusqu’aux enivrions de 15% :
« En France, à la rentrée 2008, le nombre d’élèves apprenant l’allemand dans le second degré a progressé en pourcentage (15,4 % en 2008, 15,3 % en 2007) et s’est stabilisé en effectifs (823.277 en 2008, 823.376 en 2007). Le nombre d’élèves apprenant l’allemand en 6e « bilangue » continue de progresser »

« Les efforts se poursuivront dans les deux pays en particulier pour encourager l’apprentissage précoce de la langue du partenaire (9,5 % des élèves apprennent l’allemand en France dans le primaire , 4,4 % pour le français en Allemagne). »

Cette planification digne de l’ex-URSS va d’ailleurs jusqu’à l’absurde, au point de soutenir l’allemand près de l’Espagne ou de l’Italie !
Malgré cela, certaines classes bilangues ont dû être supprimées faute de volontaires pour l’allemand.

Qui plus est, ce ne sont que des chiffres de présence d’élèves assis sur le banc d’une classe, pas ceux du niveau de langue dans les neurones des terminales concernés !
Personnellement, faute de motivation et de l’avoir pratiquée, je « confesse » (ce n’est pas un péché mais un phénomène tout à fait naturel) que mon niveau dans ma seconde langue étrangère est retombé, quelques dizaines d’années plus tard, pas loin du zéro absolu, disons A1 dans la nouvelle échelle CERCL (Cadre commun de référence en langue). Et en anglais LV1, A2 ou peut-être B1 en compréhension passive...

Je n’en tire ni honte ni fierté, ce sont des faits qui devraient obliger nos pédagogues à un peu de réalisme.

Sachant que la motivation est le facteur essentiel de l’apprentissage d’une langue étrangère, il est vain en ce domaine de croire possible le pilotage du cerveau d’une population scolaire tout entière !

— Il faudra un jour admettre que les langues étrangères ne sont pas une matière scolaire comme les autres, tout simplement parce qu’il s’agit d’autant de matières qu’il y a de langues.

Là où un seul prof de chimie suffit (par exemple), il faudra trois, voire quatre profs de langue : anglais, allemand, espagnol, etc. autant que de langues qu’on veut proposer dans l’établissement...

— Admettre qu’une langue étrangère est un immense travail. Une tâche qui nous occupe déjà deux décennies dans notre propre langue en immersion permanente ; et pourtant, malgré cela, qui peut réussir la dictée de Pivot ?

Et après la scolarité obligatoire, beaucoup de gens n’ouvriront rien d’autre que le journal quotidien à la page du sport et des gros titres.

Alors, dans une langue étrangère... c’est pire, car ça s’oublie bien plus vite que la langue maternelle ! Même en visant un petit niveau relativement « fluent », qui n’est somme toute que moyen (aisance, mais pas forcément compréhension de divers niveaux de langue, d’argot, de l’humour, des références culturelles, des tournures idiomatiques), il faut réviser à la baisse tous les objectifs délirants entretenus par la propagande européenne qui prétend qu’un mythique multilinguisme généralisé évitera le tout-anglais.


— Admettre au final que l’école ne peut être le lieu que d’une initiation plus ou moins poussée
(hors soutien extra-scolaire, week-ends à London et vacances aux States), sans que les méthodes pédagogiques soient en cause.


— Admettre que la succession de méthodes miracles (cabines de langue, assistants, technologies Internet, aujourd’hui l’oral, davantage d’oral) confirme la difficulté de l’apprentissage des langues, et l’obstination qui n’a conduit qu’au tout-anglais.

— Que la plupart des gens n’ont ni le temps ni l’envie d’apprendre une langue étrangère à un bon niveau, ni l’occasion de pratiquer régulièrement, étant déjà fort occupés par leur propre travail, le remboursement des emprunts, les réparations de la bagnole, et j’en passe... Qu’on veut regarder un bon film doublé en français, et non prendre des cours du soir toute sa vie ! Ou au moins avoir le choix de la VO ou VF.

Ah, oui ! Pourquoi tout le monde devrait-il devenir traducteur-interprète quasi-professionnel, alors qu’on ne demande pas aux polyglottes et traducteurs de devenir chimistes, plombiers, jardiniers ou architectes ?

— Que la question de la communication dans l’UE est intimement liée à celle des langues à l’école.


— Que la question des langues est avant tout politique et bien peu pédagogique, mais que c’est un sujet tabou à cause de la construction européenne.

Le dogme, c’est qu’un Européen doit être mobile (un peu à la manière des Marocaines ou des Roumaines obligées d’abandonner leurs enfants quelques mois pour travailler dans des serres surchauffées d’Espagne, au milieu des pesticides, ou des Polonaises routières), et qu’on ne saurait être mobile sans anglais.

Houla ! Pourquoi tant de pessimisme, me direz-vous ? Pas du tout. Ce sont des problèmes multifactoriels, mais assez simples : il existe d’autres possibilités de réforme pour garantir la diversité linguistique et une certaine égalité des peuples au sein de l’UE.

Seulement, les lobbys pro-anglais sont monstrueusement influents et empêchent tout débat européen à ce sujet, sous couvert du mantra « multilinguisme » (à répéter jusqu’à en être convaincu).

 La réforme de l’enseignement des langues dont nous avions tracé les contours existe déjà pour partie en Espagne (doc en pdf)  :

« Une alternative impliquerait de mettre l’accent de l’apprentissage des langues sur des institutions d’apprentissage hors du cadre formel de scolarisation. Cela se produit en Espagne, où la diversification linguistique prend place pour l’essentiel au travers du réseau de plus de deux cents écoles de langues périscolaires subventionnées, ou Escuelas Oficiales de Idiomas (EOI). Ces établissements offrent au public, y compris aux élèves de l’enseignement secondaire, une pluralité de langues européennes et noneuropéennes : dès l’âge de 14 ans, les élèves peuvent apprendre une nouvelle langue étrangère, et à partir de 16 ans, ils peuvent poursuivre l’étude d’une langue entamée à l’école. »

Je partage l’avis européen qu’il faut libéraliser l’enseignement des langues, ou mieux : le libérer  !

Que le choix de la ou des langues étrangères à étudier soit totalement libre, parmi une large palette de langues, pour valider un niveau B1 dans une langue (plus réaliste que B2 au bac pour tous) et un niveau A2 dans une deuxième. Une telle réforme serait plus facile à mettre en place qu’on pourrait le croire, quasiment à coût constant.
 
Car rappelons que le coût du tout-anglais est extrêmement élevé, un montant gardé jalousement secret - assistants natifs, TICE, stages Darcos, manuels divers, validation par Cambridge, stages chez les familles anglophones (cet été en Bretagne, 450€ la semaine), subventions régionales, tout ceci rapportant beaucoup à la GB, directement ou indirectement.

Le deuxième rapport sénatorial Legendre, huit ans après la série de recommandations faites dans le premier, reconnaît (poliment) l’échec total de la politique des langues – hormis pour les tenants du tout-anglais :

« Or, les résultats sont loin d’être à la hauteur des attentes, et la distorsion n’en est que plus flagrante entre les plaidoyers officiels et l’observation de leur traduction concrète. Aussi, tout en s’inscrivant dans la continuité des réformes entreprises, le ministre actuel Luc Ferry reconnaît également la nécessité de mener une politique plus volontariste en ce domaine.
En effet, la tendance au resserrement de l’offre linguistique s’est confirmée au fil des années : le tropisme vers le choix anglais - espagnol tend à marginaliser de plus en plus la part dévolue aux idiomes de nos partenaires européens ou de grands espaces mondiaux. »

Le rapport conclut en s’interrogeant : 
« (...) le Président de la République n’a-t-il pas rappelé, au nombre des défis adressés au système scolaire, la nécessité d’améliorer et renforcer l’enseignement des langues ?
A partir d’un état des lieux du paysage linguistique scolaire actuel, il s’agit de s’interroger sur les blocages auxquels se heurtent les velléités de diversification affichées par les ministères successifs, (...) Au-delà de tout effet de palabre, il est aujourd’hui primordial et urgent de se donner les moyens de mener une véritable politique de diversification, ne cédant ni au fatalisme ni à la facilité, et fondée sur un enseignement rénové. Les enjeux méritent un engagement alliant volontarisme et persistance. Bis repetita placent...
L’enseignement des langues vivantes ne saurait passer à côté du défi de la diversification, pour que vivent les langues, toutes les langues, régionales, minoritaires ou les plus parlées... »

Dans ce rapport on voit bien les questions, mais où sont les réponses ?

Notre proposition de réforme  :

Au primaire, choix entre quatre options
 : 1. anglais ou tout autre « grande langue » disponible 2. langue régionale 3. Programme Evlang d’éveil aux langues européennes, aux différents alphabets 4. Espéranto.

Pour l’anglais et les grandes langues, un enseignant peut tourner sur plusieurs écoles primaires. Pour Evlang, un enseignant intéressé peut s’en charger après quelques stages, car il utiliserait un riche support pédagogique. Pour l’espéranto, l’enseignement est largement plus facile que pour les langues classiques et le PDE (instit) tournerait là encore sur plusieurs établissements.

Au secondaire : libre choix de langues, parmi celles proposées dans l’établissement, ou à l’extérieur, dans les associations parentales (type aide aux devoirs), les boîtes privées, les Instituts de langues gérés par les pays étrangers, et les familles (ce qui serait une vraie valorisation des langues de l’immigration.
 
Seule obligation : valider un niveau B1 dans une langue (plus réaliste que B2 pour tous les bacheliers), A2 dans une autre.

L’aspect culturel, inévitable critique des langues vues sous le seul angle de la communication, peut être élaboré par l’Éducation nationale, sous la forme d’un programme mis à disposition sur Internet, sous réserve d’être réaliste, correspondant à ce que les élèves savent réellement de la culture anglophone en terminale...

La validation du niveau restant dans tous les cas l’apanage de l’Éducation nationale. Les progrès technologiques sont tout à fait adaptés à une telle réforme, les fameuses TICE (technologies de la communication, visioconférences, etc.), comme on le voit dans cet article de La dépêche.

Encore une fois, la question des langues n’est nullement pédagogique, mais politique : le tout-anglais ou la diversité, l’anglais obligatoire ou le libre choix de ses langues étrangères.
Sous couvert d’innovation pdagogique et de plan d’urgence pour les langues, d’enseignement de l’hsitoire dans une langue étrangère (laquelle ?!), c’est bien vers le tout-anglais qu’on nous dirige, de la maternelle à l’université. Rappelons que l’UE n’utilise que l’anglais dans ses relations avec le reste du monde (hormis un chouia de français dans nos zones privilégiées), que notre président a un fort tropisme étatsunien, une politique atlantique affirmée, qu’il fait ses courses à pied en tee-shirt du LAPD, à moins que ce ne soit le FBI... Un détail ? Voire...

Libérez les langues vivantes !
P.-S.

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:31

Certes, comme le dit Marianne dans son excellent article, il mérite le prix Nobel du chic type, et, contrairement à son prédécesseur, il n’a pas (pas encore ?) envahi de pays étranger.


Et alors ? Moi aussi, je suis un chic type, et je n’ai pas squatté le jardin public qui jouxte ma villa, un terrain pourtant revendiqué par ma famille depuis trois générations d’avocats.

Les troupes de ce grand homme d’État, je suis désolé de le rappeler, occupent deux pays étrangers ; je me suis laissé dire qu’ils s’y battent pour de bon. Alors que moi, mes soldats de plomb sont depuis longtemps remisés dans un carton à chaussures bien ficelé, soigneusement rangé dans un placard par mesure de sécurité.

D’ailleurs, la vocation pacifiste m’est venue tout jeune : déjà, ma première arme était un pistolet à bouchon, et mon arme de secours, dissimulée à la cheville, - un pistolet à eau, c’est dire. Alors qu’Obama… Je ne veux pas accuser sans preuve, mais dans un pays qui a le culte des armes et de l’autodéfense, ça ne m’étonnerait pas qu’il ait fréquenté les stands de tir et sache démonter un automatique aussi vite que Jack Bauer, les yeux fermés. Qu’est-ce qui me prouve qu’il n’a pas fait de safari au Kenya ? Un safari-fusil, plutôt qu’un safari photo ou un retour sur la terre de ses ancêtres ?

Néanmoins, vis-à-vis du jury Nobel, je me dois d’être honnête, et je confesse qu’en deux périodes de ma vie ma flamme pacifiste fut plus que vacillante. Tout d’abord, au service militaire (!), où je tirai cinq cartouches et réussis un tir groupé très honorable, aux dires de mon instructeur qui me demanda : « Tu voudrais pas faire une formation de tireur d’élite, par hasard ? ». Ça semblait être un compliment. Son instinct de soldat aurait-il décelé en moi quelques dispositions innées pour la violence ? Une beuverie du samedi soir qui se termina en pugilat renforça mes doutes.

Cette crise morale me poussa à faire une psychothérapie, qui mit au jour la source de ma propension à la violence, un lointain souvenir profondément enfoui : un traumatisme dans la cour de récréation de mon école primaire.

Alors que j’avais entamé une difficile négociation bilatérale avec un costaud du CM2 au sujet du vrai propriétaire d’une jolie bille multicolore, un coup de poing au ventre trancha le litige en sa faveur... La violence permettrait donc de résoudre les conflits ? Cette découverte fut extrêmement perturbante, surtout lorsque je lus plus tard, au lycée, que de grands stratèges avaient soutenu cette idée...

On ne dira jamais assez, à quel point les cours de récréations sont dangereuses, et combien de vocations de petits chefs de guerre sont nées de ces conflits, aussi intenses que fugaces, qui paraissent anodins aux adultes que nous sommes, gavés de feuilletons télé ultra-violents.

Comment nos enseignants pourraient-ils deviner que les coups donnés et reçus par de délicates menottes sont l’engrais qui fera germer les Idi Amin Dada ou les Pol Pot de demain ? Que les pleurs et les sanglots si vite effacés forment les névroses et les complexes de supériorité de bon nombre de nos dirigeants ?

C’est seulement à la fac que ma conscience pacifiste se réveilla : alors que je me battais avec un rival pour conquérir une fille (je sais maintenant que c’est une méthode valable pour les cerfs et les loups, mais moins pertinente pour les humains), celle-ci en eut subitement assez de notre comportement de jeunes coqs, et partit avec un troisième larron !

Le séducteur de la belle était un odieux baratineur, je crois même qu’il est devenu diplomate ou politicien, enfin bref : un menteur professionnel. Et devant cette preuve irréfutable du pouvoir du verbe, je compris enfin la vanité de la violence.

J’affichai dans ma chambre le célèbre poster de la jeune fille déposant une fleur au canon du fusil d’un soldat étatsunien. Sans me vanter, à cette époque-là de ma vie, Gandhi, à côté de moi, aurait passé pour un caractériel. Depuis, je n’ai jamais dérogé à cette ligne de conduite : j’attends que les fourmis aient traversé avant de passer, et j’ai épousé la religion la plus pacifiste que j’aie pu trouver - le bouddhisme.

Selon ses enseignements, je veux bien renoncer à tout, mais renoncer au prix Nobel en faveur d’un gars qui a un budget militaire de 680 milliards de dollars, ça passe mal... Je ne suis pas encore assez zen.

Et qu’a donc fait Obama pour mériter ce Nobel ? Essentiellement, militer en faveur du désarmement nucléaire. La belle affaire !

Moi aussi, mais en plus, j’ai appelé ici même, sur Agoravox, et par deux fois, à interdire les bombes à sous-munitions et les mines anti-personnel, ces armes tueuses de civils très appréciées des USA et de nombreux autres pays non-signataires.

En plus, je veux que tout le monde s’aime sur la Terre, et je n’ai pas hésité à l’écrire. Alors, franchement : qui est le plus pacifiste de nous deux ?

Je ne vois qu’une seule explication à ce déni de justice : le jury du Nobel ne me connaît pas, alors qu’ils ont entendu parler d’Obama par la télévision. À une époque, on ne voyait que lui, alors évidemment, être aussi connu qu’un présentateur télé, pour le Nobel de la paix, ça aide !
Mais l’avenir se chargera de me rendre justice : déjà le Pentagone lui réclame des troupes supplémentaires pour la guerre en Afghanistan, et le jour où il devra soutenir un bombardement des centrales nucléaires iraniennes, il se dira qu’il aurait mieux fait de me le laisser, ce prix !
P.-S.

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:30

J’ai récemment lu cette phrase : « on peut s’y rendre par un sentier jeepable ».
Comme moi, vous aurez compris de quoi il s’agissait : l’auteur n’a pas voulu dire que le sentier, tel un « transformer » de dessin animé, pouvait se métamorphoser en jeep après quelques contorsions, ni que la vidange des jeeps de collection était autorisée sur le bord du chemin, mais tout simplement que ce sentier était praticable en jeep.


Euh… avant tout, rassurez-moi : vous avez compris la même chose ? Ouf.
Ce n’est pas un exploit, me direz-vous, mais tout de même - si on y réfléchit, c’est assez étonnant : ce mot « jeepable », association du substantif « jeep » et du suffixe « -able » ne se trouve dans aucun de mes dictionnaires, je ne l’avais jamais vu auparavant, et pourtant je l’ai immédiatement compris.

Lorsque l’auteur de cette phrase a eu besoin du concept, il a intuitivement fabriqué ce mot sur le modèle bien connu de "faisable", "incroyable", "enviable", "valable" et du classique mais bien peu galant « baisable » ; après quoi, nous, lecteurs, avons immédiatement compris le néologisme.

La langue est un outil étonnant, car même si très peu de langues ont dépassé les mille ans d’existence sans être transformées au point de devenir autres, les mécanismes grammaticaux et les schémas de pensée des différentes langues ont bien des points communs.

La plupart fonctionnent ainsi – du moins la plupart de celles que j’ai étudiées sur les 6000 et quelques que la Terre compte ! - par association d’idées, par juxtaposition de concepts, en faisant largement appel à l’intuition et à la contextualité (chère à la langue anglaise).

Certains amateurs de langues construites souhaiteraient une langue quasi-mathématique, où un mot n’aurait qu’un sens et un seul, mais cette vision d’une langue est totalement abstraite, contraire à la réalité linguistique telle que nous la connaissons depuis des siècles, en un mot : inhumaine.

L’espéranto a ceci de génial qu’il a systématisé le fonctionnement naturel de notre esprit : ce suffixe « -able », qui correspond en espéranto à « -ebl », est applicable à toute racine, quelle qu’elle soit, du moment que le résultat a un sens.

Et le principe s’étend à tous les affixes (préfixes et suffixes), comme, par exemple, « neĵipebla », en français « injeepable », qui serait compréhensible aussi, quoique surprenant et de peu d’utilité. On lui préfèrerait probablement une périphrase, comme : impraticable en jeep.

Comme quoi, les langues sont des objets vivants, qui évoluent dans le sens que nous leur donnons. Les dictionnaires ne reflètent jamais qu’un instantané de la langue, chassant des termes désuets, acceptant de nouveaux vocables, même polysémiques comme "coach" (entraîneur, précepteur, répétiteur, gourou, mentor, etc.)
 
Beaucoup d’écrivains ont parsemé leur oeuvre de néologismes. Dumas disait qu’on peut violer l’histoire à condition de lui faire de beaux enfants, il en est de même avec les langues.
Créoles, verlan, SMS, les langues vivantes sont une matière en perpétuel mouvement, en pleine évolution sous nos yeux.
Personnellement, j’aime bien « essencerie », les station-services de l’Afrique francophone, et le désormais classique « courriel » qui fait presque jeu égal avec « mél » ou « mail ».
 
Dans la plupart des langues, les siècles ont accumulé des obstacles (sémantiques, étymologiques) à une généralisation de l’usage des affixes, restreignant notre liberté langagière.
 
Parallèlement, il y a souvent un trop-plein, comme pour les noms de métier qui peuvent finir par "ier" (plombier), "-iste" (trompettiste), "-eur" (chanteur), "-ien" (politicien), "-ome" (agronome), voire d’autres finales (astronaute, pilote, maire, militaire).

Autre mécanisme, la dérivation, qui n’est pas toujours possible en français :
"frère" donne "fraternel", mais "cousin" ne donne pas "cousinel", ni "cousal", ni "cousoïde".
En espéranto, la dérivation (ici adjectivale) est systématiquement possible : "frato" donne "frata", "kuzo" donne "kuza".

L’espéranto a été construit pour être simple et régulier. Ce que les critiques qualifient d’artificiel est en fait rationnel, c’est-à-dire débarrassé des scories qui font le charme des langues mais aussi leur immense difficulté et leur incroyable gourmandise en mémoire - comme nos ordinateurs !

Simplicité, économie de mémoire, rigueur, « intuitivité », ces qualités proviennent tout simplement de la généralisation de mécanismes courants.

En fait, la juxtaposition d’idées concerne davantage les substantifs que les affixes. Ce mécanisme s’appelle l’agglutination, très fréquente en espéranto, qui permet de former des mots à partir du vocabulaire de base, ce qui économise là aussi de la mémoire : les embruns des vagues sont ainsi de la poussière de mer (poétique, non ?) : « marpolvo ».
 
En français aussi, on utilise l’agglutination : aqua/culture, moto/nautisme, psycho/drame, mais cette méthode est souvent remplacée par l’interposition de la préposition « de » : « bord de mer » - « marbordo » en espéranto.

Les mots-valises sont une variante de l’agglutination, « néologisme formé par l’amalgame de deux autres mots existants » (Littré), comme courriel (courrier + électronique), ou « vélib » (vélo + liberté).

Dans les langues flexionnelles (ou fusionnelles, ou synthétiques), les éléments qui s’assemblent peuvent se voir modifiés, raccourcis comme ici pour « vélib » ou « courriel ».
Dans les langues agglutinantes, les radicaux demeurent inchangés, et « courriel » se traduit en espéranto par « ret-mesaĝo » (message d’Internet).

L’espéranto est finalement l’enfant de toutes les langues, une synthèse de ce que l’esprit humain a mis des siècles à peaufiner ; pas la perfection, mais la plus efficace et la plus internationale des langues construites.

Le but étant de proposer au monde une langue véhiculaire très largement plus facile à apprendre (au moins dix fois), donc accessible au plus grand nombre, même à ceux qui ont peu de temps à consacrer à l’apprentissage des langues étrangères, ou peu d’occasions de pratiquer avec des natifs.
C’est aussi une langue équitable, chacun devant fournir un effort similaire, une langue dans laquelle chacun retrouve des éléments familiers, et des éléments étranges car étrangers.
Ce qui n’empêche nullement d’apprendre, selon les besoins professionnels, l’anglais ou la langue d’un pays d’expatriation.
Et puis, quel plaisir d’apprendre une langue que l’Éducation nationale persiste à refuser, même en option au baccalauréat ! Un pied-de-nez au nationalisme, à l’obscurantisme et au conservatisme.

L’honnête homme du XXIe siècle se doit d’avoir des notions d’espéranto, comme l’a fort bien dit Tolstoï :

"Les sacrifices que fera tout homme de notre monde européen en consacrant quelques temps à l’étude de l’espéranto sont tellement petits, et les résultats qui peuvent en découler tellement immenses, qu’on ne peut pas se refuser à faire cet essai." (Léon TOLSTOÏ (1828 - 1910), écrivain russe)
(Site Vortareto – citations)

Et si le vocabulaire est plus facile pour nous, Européens, ce n’est pas une langue indo-européenne, car c’est une langue agglutinante comme le chinois et le vietnamien ; sa plus grande facilité que le français ou l’anglais est aussi une réalité pour tous les Asiatiques.

Laissons conclure un linguiste :

"La nécessité logique d’une langue internationale dans les temps modernes présente un étrange contraste avec l’indifférence et même l’opposition avec laquelle la majorité des hommes regarde son éventualité. Les tentatives effectuées jusqu’à maintenant pour résoudre le problème, parmi lesquelles l’espéranto a vraisemblablement atteint le plus haut degré de succès pratique, n’ont touché qu’une petite partie des peuples.
La résistance contre une langue internationale a peu de logique et de psychologie pour soi. L’artificialité supposée d’une langue comme l’espéranto, ou une des langues similaires qui ont été présentées, a été absurdement exagérée, car c’est une sobre vérité qu’il n’y a pratiquement rien de ces langues qui n’ait été pris dans le stock commun de mots et de formes qui ont graduellement évolué en Europe."

(Edward SAPIR, linguiste américain, Encyclopaedia of Social Sciences, 1950, vol. IX, p. 168)
P.-S.
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:29

Sur-titre
Titre :
Vers un conflit territorial chez les profs ?
Sous-titre
Descriptif :
Chapeau

Certains veulent étendre l’enseignement des langues étrangères d’une façon encore peu courante : en empiétant sur d’autres matières !
Et présentation d’une nouvelle discipline scolaire : l’enseignement de l’Histoire des arts.

VOIR EN LIGNE :
Texte

Quelques acronymes reviennent souvent sur ce sujet : Emile (Enseignement d’une matière intégrée à une langue étrangère), DNL (discipline non linguistique) et FLE ou FLME (français langue étrangère).
C’est un système qui existe déjà de façon marginale, par exemple l’histoire en anglais, la philo en allemand, etc. Actuellement, dans 70% des cas il s’agit de l’histoire-géo.

1. On peut situer la naissance de cette idée surprenante en 1992, dont voici les textes fondateurs.

Le site officiel Emilangues explique que c’est un grand succès, mais les rapports européens se plaignent que le développement des programmes Emile marque le pas, alors qui croire ?

2. Une chose est sûre : il s’agit d’un énorme casse-tête logistique

Car il faut des professeurs capables d’enseigner une matière dans une langue étrangère, des élèves capables de comprendre ces cours avec d’autres mots que leur langue natale, et suffisamment maso pour ça ! Ai-je envie d’ajouter : ainsi que des parents prêts à leur faire courir ce risque...
Tout cela suffit seul à expliquer la stagnation des programmes Emile, essentiellement présents dans les sections dites européennes ou internationales de quelques lycées, où celles-ci servent de filières d’élite déguisées, remplies par les enfants d’une sorte de nomenklatura européenne qui prépare ses descendants à lui succéder aux affaires.
Mais l’UE n’est pas seule à promouvoir cette méthode qui profite essentiellement à l’anglais : c’est également très en vogue dans la francophonie, pour enseigner le français langue étrangère.

La difficulté structurelle est reconnue, même par ses partisans :
« L’enseignement d’une matière intégré à une langue étrangère requiert des compétences multiples : connaissance de la matière enseignée, de la langue cible, et compétences pour enseigner une matière à travers une langue autre que celle utilisée dans le programme d’études ordinaire. »

3. Quelle est la genèse de cette idéologie ?

« Les premières expériences en matière d’enseignement EMILE sont généralement liées à des situations particulières comme l’existence de plusieurs langues officielles d’Etat, de langues régionales ou de langues minoritaires, dans une région frontalière. Au Luxembourg, à Malte, pays dans lesquels ce type d’enseignement est généralisé à tous les établissements scolaires, les débuts de l’enseignement EMILE remontent au XIXème siècle.
L’EMILE a néanmoins véritablement commencé à se diffuser en Europe dans le cadre de l’enseignement des langues étrangères dans les années 90. »

En somme, on a voulu étendre à tous les pays de l’UE ce qui était au départ une difficulté spécifique des pays à plusieurs langues officielles ! Comme si la construction européenne n’était pas suffisamment difficile...

4. Les justifications pour réclamer une extension des programmes Emile


Comme toujours en pédagogie, en l’absence de preuves expérimentales, le dogme en vigueur se pare de belles envolées lyriques, ou, à défaut, jargonneuses...

« Par ailleurs, la réalisation de ce double objectif exige la mise en place d’une approche particulière de l’enseignement : l’apprentissage de la matière non linguistique se fait non pas dans une langue étrangère, mais avec et à travers une langue étrangère. Il implique donc une approche plus intégrée de l’enseignement. Il exige ainsi des enseignants une réflexion spécifique non plus sur l’enseignement des langues uniquement, mais sur le processus d’enseignement en général. »

Comment contester un tel idéalisme sans passer pour un horrible réactionnaire inculte ?

5. Quelles matières sont concernées ?

«  Dans l’enseignement secondaire, une douzaine de pays privilégient les matières scientifiques et/ou les sciences sociales pour l’enseignement EMILE. Pour la moitié d’entre eux, le choix est élargi aux matières artistiques et à l’éducation sportive. En raison de la large autonomie accordée aux établissements pour la mise en pratique de l’enseignement EMILE, le temps d’enseignement qui y est consacré peut varier fortement. »

A la limite, si l’on en croit les plus enthousiastes, les autres matières devraient remercier les profs de langue ! Car il s’agirait de nouvelles méthodes d’enseignement, d’une synergie - action coordonnée favorable aux deux parties :

« quelles synergies entre enseignement de langues et discipline non linguistique ? Les sections européennes ou de langues orientales proposent une approche renouvelée de l’apprentissage des langues vivantes. Elles sont fondées sur l’apprentissage renforcé d’une langue vivante étrangère au collège, puis sur l’enseignement d’une matière en langue étrangère - la discipline non linguistique (DNL). Ce dispositif original au sein duquel sont scolarisés près de 230.000 élèves permet d’accroître leurs compétences en langue et de proposer de nouvelles méthodes d’enseignement. »

Et il y aurait des ingrats pour ne pas s’enthousiasmer ?

6. Qu’en pensent les autres profs ?

Il est difficile de connaître les réactions des professeurs devant ces tentatives d’empiéter sur leur domaine... Sont-ils contents, neutres, dubitatifs, sceptiques, hostiles ? Réservés, à tout le moins...

Pourquoi ne demandent-ils pas la réciprocité ? Suggérons-leur de porter la contre-attaque - pardonnez ce langage martial - chez l’adversaire .

Imaginons le prof de maths se rendant chez la prof d’anglais :

— Le programme est trop lourd, pourrais-tu leur faire les équations du second degré pendant les heures d’anglais ? Après tout, les maths sont un langage universel.

— Euh... e ne suis pas très forte en maths, et ce ne serait pas dans l’intérêt des élèves...

L’affaire pourrait se compliquer par l’intervention d’un troisième professeur, aboutissant à des négociations tripartites.
Et pourquoi, dans le futur, ne pas imaginer une extension de cette transversalité, une sorte de bourse d’échanges entre matières scolaires ?


— Chère collègue, entre deux tubes à essai, ne pourriez-vous pas faire réviser l’accord du participe passé à nos élèves communs ?

— Désolé, j’ai justement promis à Serge de faire les guerres napoléoniennes à l’occasion d’un cours sur la métallurgie et les canons.

— Mmm, et vous, Serge, pendant le cours d’histoire ? Après tout, les historiens manient bien le français.

— Ca peut s’envisager, si vous vous chargez d’expliquer la révolution industrielle, toute cette misère sociale, ça me flanque chaque année le bourdon.

— Topez-là !

— Je mets ça par écrit, et on fait signer notre protocole d’accord par le proviseur

— Non, la nouvelle circulaire dit qu’il faut que ça remonte à l’inspection académique...

— Quand j’y pense... Mes parents, profs à la retraite, me parlent parfois de leur époque, quand les choses étaient simples, quand chacun enseignait seulement sa matière ! Vous imaginez ça, cet isolement, cette répétition stérile des mêmes choses ?

— Oui, mais il faut reconnaître que ça devait être plus peinard...

— C’est le progrès, ma chère ! Nous devons à nos élèves d’appliquer toutes les innovations pédagogiques. On n’arrête pas le progrès.

— Non, mais on peut arrêter les cours !

— Ah ! Voilà enfin quelque chose qui n’a pas changé ! (Rire général) »

Chacun s’éloigna en songeant à cette époque un peu fruste où les enseignants se contentaient de leur matière, ignorant les délices de la complémentarité, les joies de la transversalité, le temps jadis où des sigles aussi abscons qu’EMILE et DNL étaient inconnus.

C’est une fiction, mais pour combien de temps ? Ne dit-on pas « à chacun son métier » ?
 
7. Une nouvelle discipline.

Le court dialogue de fiction ci-dessus ne l’était pas tant que ça, car la transversalité a déjà débarqué dans nos écoles, à l’occasion de l’enseignement de L’Histoire des arts, une nouvelle discipline présentée dans le Bulletin officiel d’août 2008 (doc en pdf).

« Aux trois niveaux du cursus scolaire, École primaire, Collège, Lycée, l’histoire des arts instaure des situations pédagogiques transdisciplinaires. [...]
Sans renoncer à leur spécificité, le français, l’histoire – géographie – éducation civique, les langues vivantes et anciennes, la philosophie mais aussi les disciplines scientifiques, économiques, sociales et techniques et l’éducation physique et sportive, s’enrichissent de la découverte et de l’analyse des œuvres d’art, des mouvements, des styles et des créateurs. [...] Elle favorise chez les professeurs d’autres façons d’enseigner, notamment le travail en équipe, elle leur permet de croiser savoirs et savoir-faire, d’acquérir des compétences nouvelles et d’aborder des territoires jusque-là peu explorés. »

On comprend qu’il faille partager le boulot, car le champ d’étude est vaste :

« L’enseignement de l’histoire des arts couvre la période qui va de la Préhistoire aux temps actuels sur des aires géographiques et culturelles variées. »

Et il recouvre toutes les facettes de la création artistique :

« - Les « arts de l’espace ». - Les « arts du langage » - Les « arts du quotidien » - Les « arts du son » - Les « arts du spectacle vivant » - Les « arts du visuel » »

[...] Ces domaines artistiques sont explorés dans leurs manifestations patrimoniales et contemporaines, populaires et savantes, nationales et internationales, occidentales et non occidentales. Sur le plan technique, ils sont abordés dans leurs productions artisanales et industrielles, traditionnelles et innovantes. »

On savait déjà la tendance de nombreux enseignants français à ne pas suivre le manuel (ah ! le bon vieux temps des six volumes du Lagarde et Michard...), jugeant peut-être ces méthodes dépassées, préférant la modernité douteuse de la photocopieuse ou privilégiant des documents spécialement choisis par le prof pour leur non-appartenance à un manuel !

En outre, le manuel simplifie trop le travail de l’élève : en cas d’absence pour raison médicale, il lui suffit de demander par téléphone aux copains quelles leçons il a raté, quelles pages, alors qu’avec les méthodes modernes, il faut courir chez eux emprunter la leçon, la recopier ou la faire photocopier par les parents... Le travail devient familial, favorisant les liens sociaux, surtout si le copain ou la copine habite à quinze bornes !

Ironie de la pédagogie : lorsqu’on demande une recherche Internet à un élève - que ceux qui n’ont pas accès à la Toile se débrouillent avec l’ordi de l’école - on retombe inévitablement sur la forme moderne du manuel du temps jadis : Wikipedia ! Clin d’oeil de la Toile à l’éternel recommencement de l’Histoire ?

Quoi qu’il en soit, cette nouvelle discipline semble avoir échappé dès sa naissance à la fatalité des manuels honnis et des programmes rigides, car si l’on excepte l’école primaire (« Dans le premier degré, les œuvres étudiées sont choisies par les professeurs à partir de la « liste de référence » du programme de l’École primaire), la liberté du professeur est à l’image de celle de l’artiste : sans limite.

« Dans le second degré, la « liste de référence » est remplacée par des « listes de thématiques » conçues pour assurer cohérence et sens à l’enseignement de l’histoire des arts. Quelques pistes d’étude et repères sont proposés aux professeurs, à titre indicatif. Les professeurs puisent librement dans ces listes qu’ils complètent éventuellement. Le choix des oeuvres est laissé à leur appréciation. »

Je passe sur la liste des objectifs, dont la brièveté et la modestie ne sont pas les qualités premières... Détails dans le même document pdf en lien.

Trêve d’ironie facile, revenons à la pédagogie : outre la transversalité, cette nouvelle discipline prévoit de nombreux partenariats avec les institutions culturelles, musées, universités, écoles d’art, lieux de spectacle, médiathèques, villes historiques et collectivités régionales.
Comme on le voit, cette nouvelle discipline ne manque ni d’ambition ni de souffle, elle qui remplace ce qu’en d’autres pays, ou en d’autres temps, on appelle plus modestement « dessin » !

Les élèves auront-ils seulement le temps de peindre, avec toutes ces visites de galeries et de musées ? Y aura-t-il encore un budget pour acheter de l’argile et des tubes de peinture quand les nombreux déplacements en bus auront été payés ?

Apprendront-ils encore la perspective, la façon d’ombrer une sphère au crayon, ou s’initieront-ils seulement au signifiant d’une compression de César, et à la profondeur spirituelle d’un tableau uniformément rouge ? L’avenir nous le dira.

8. Toujours la question de l’anglais

De même que pour l’apprentissage précoce, il s’agit de politique bien plus que de pédagogie : à part un peu d’allemand dans certaines sections, qui a entendu plaider pour des programmes Emile en italien, espagnol, grec ancien, russe ou arabe ?

« L’apprentissage intégré d’un contenu et d’une langue (AICL) a été largement introduit. Cependant, l’expansion de l’AICL est tout à fait lente dans la plupart des pays et, hors les langues minoritaires et régionales, et quelques arrangements transfrontaliers, cela concerne habituellement l’anglais. Cette méthode a aussi tendance à concerner l’enseignement au moyen de la langue étrangère de matières qui ne font pas partie du cœur même du programme. »

«  L’anglais est enseigné à 90% des élèves européens
Dans treize pays européens, la première langue étrangère enseignée est obligatoirement l’anglais. Et même lorsque le choix leur est laissé, les élèves et leurs parents tendent à opter pour l’anglais, qui est aujourd’hui la langue la plus enseignée dans les écoles primaires. 90% des élèves européens apprennent l’anglais au cours de leur scolarité obligatoire. Lorsqu’une deuxième langue étrangère est enseignée, il s’agit majoritairement du français ou de l’allemand. »
Au passage, on admire la subtilité du français qui a permis à l’auteur de ce passage d’éviter d’écrire que l’anglais est imposé en France à l’école primaire ! (Ah ! Les charmes de l’ambigüité...)

9. Mais il s’agit aussi de francophonie !

Il y aurait 1 800 000 élèves dans le monde à suivre un enseignement bilingue langue maternelle et francophone

 Il suffit de comparer la carte des anciennes colonies françaises avec les pays où le français survit pour voir que l’influence des langues et le colonialisme sont historiquement liés. Cela n’empêche nullement que certains l’apprennent par goût pour notre culture et nos valeurs, mais cette volonté de promouvoir l’enseignement de matières en français nous paraît malsaine, car ce sont à la base les mêmes mécanismes impérialistes qui font soutenir Emile en anglais dans nos propres écoles.

Un article de N. Ezoof sur l’Express, rapporté par le site APLV, analyse en détail une situation locale où la trace du colonialisme historique est évidente, de même que les difficultés inhérentes au multilinguisme, ce qui nous change un peu des exemples traditionnels de l’Afrique du Nord ou de l’Asie, puisqu’il s’agit de l’île Maurice :

« Mais « nous savons très bien que la maîtrise de l’apprentissage de ces langues standardisées n’a été réservée qu’à quelques privilégiés du système. Pour la majorité de ceux qui ont été scolarisés, cela a abouti à un “Français je conné, anglais I debrouille” », explique, à cet effet, Jimmy Harmon, coordonnateur du pré-professionnel au BEC. « Le constat est que les Mauriciens sont des semi-lingues. En général, nous écrivons bien l’anglais mais avons de la difficulté à le parler couramment, nous parlons bien le français mais nous l’écrivons de plus en plus mal, » poursuit-il. L’apprentissage des langues à Maurice, insiste Jimmy Harmon, est toujours basé sur le modèle colonial. L’introduction officielle du « kreol morisyen » à l’école, assure-t-il, nécessiterait un programme différent de celui de l’enseignement des autres langues. »

Au passage, seuls les naïfs seront surpris d’apprendre qu’un lycée français de l’étranger organise régulièrement des conférences en anglais pour ses sections européennes  :
« Une conférence par mois faite par des Anglo-saxons qui résident à Phnom Penh. Ces intervenants sont volontaires et sont invités à venir s’adresser aux élèves de section européenne dans leur salle de classe. »

La France soutient le tout-anglais dans l’UE parce que nous sommes encore les numéros deux, comme on se planque derrière le caïd à la récré, de même qu’on développe les programmes Emile en anglais parce que nous espérons maintenir les nôtres en français.

On ne s’étonnera donc pas que la revue "Le français dans le monde" traite souvent des aspects pédagogiques de cet enseignement bilingue, comme dans cet article de Duverger, « Favoriser l’alternance des langues ».

« Les enseignants de DNL ont, bien entendu, des besoins spécifiques qui relèvent de la formation dans leur discipline. Mais, sur le plan linguistique, plutôt que d’apprendre durant des mois un français de communication approfondi en FLE, accompagné de l’apprentissage de la conjugaison de tous les verbes rencontrés à tous les temps, comme j’ai pu le constater à diverses reprises, l’urgence est de donner les moyens de maîtriser un français de communication spécialisée qui réponde aux réels besoins des enseignants et qui puisse les rendre capables de transmettre, en français, les savoirs/savoir-faire disciplinaires et de mener les activités relatives à leur discipline.
De fait, le vocabulaire de la spécialité enseignée leur est déjà familier en langue maternelle. »
(Le Français dans le monde)

En France, on n’ose pas critiquer les programmes Emile, tout simplement parce que le français est, après l’anglais et avec l’allemand, la langue la plus concernée... Critiquer EMILE reviendrait à s’autoflageller !

« Dans la grande majorité des pays proposant un enseignement EMILE, les langues cibles sont à la fois des langues étrangères et des langues régionales et/ou minoritaires, voire une seconde langue d’État. L’anglais, le français et l’allemand sont les langues étrangères les plus souvent enseignées. »

Sans compter qu’en France, c’est anticonstitutionnel, car l’article 2 dit que la langue de la République, et donc de l’enseignement, est le français – dérogation bien légitime pour les langues régionales, ce que n’est pas l’anglais : pas encore...

En somme, nous soutenons à l’étranger ce qui est à peine légal chez nous !

10. Qu’en dit l’UE ?

Les rapports sur la question générale des langues confirment la domination de l’anglais :

« Au niveau primaire, presque tous les pays commencent par l’enseignement de l’anglais. Les exceptions sont généralement les pays bi- ou multilingues qui donnent la priorité à leurs langues nationales (Finlande, Luxembourg, etc.), ou les pays dans lesquels une proportion significative de la population scolaire étudie à l’école dans une langue autre que la langue nationale (Estonie, Lettonie, etc.). »

De même, il est explicitement dit que la question est politique :

« Pour trouver du temps dans le programme afin que les élèves puissent apprendre deux langues étrangères (ou plus) au cours de leur scolarisation obligatoire, de nombreux pays enseignent maintenant une première langue étrangère dès les premières classes de l’enseignement primaire, au lieu de le faire jusqu’à quatre années plus tard comme c’était le cas jusqu’à présent. Et ceci est le résultat des décisions politiques dans tous les cas. »

« L’éducation est de plus en plus considérée comme une marchandise »
Doc en pdf, (1.1 libéralisation dans les systèmes d’éducation)

11. La réforme de l’enseignement des langues dont nous avions tracé les contours existe pour partie en Espagne :

« Une alternative impliquerait de mettre l’accent de l’apprentissage des langues sur des institutions d’apprentissage hors du cadre formel de scolarisation. Cela se produit en Espagne, où la diversification linguistique prend place pour l’essentiel au travers du réseau de plus de deux cents écoles de langues périscolaires subventionnées, ou Escuelas Oficiales de Idiomas (EOI). Ces établissements offrent au public, y compris aux élèves de l’enseignement secondaire, une pluralité de langues européennes et noneuropéennes : dès l’âge de 14 ans, les élèves peuvent apprendre une nouvelle langue étrangère, et à partir de 16 ans, ils peuvent poursuivre l’étude d’une langue entamée à l’école. »

Je partage l’avis européen qu’il faut libéraliser l’enseignement des langues, ou mieux : le libérer ! Que le choix de la ou des langues étrangères à étudier soit libre, parmi une large palette de langues, pour valider un niveau X dans une langue (LV1) et un niveau Y dans une deuxième (LV2). Une telle réforme serait plus facile à mettre en place qu’on pourrait le croire, quasiment à coût constant.
 
Et rappelons que le coût du tout-anglais est extrêmement élevé, un montant gardé jalousement secret - assistants natifs, TICE, stages Darcos, manuels divers, validation par Cambridge, stages chez les familles anglophones (cet été en Bretagne, 450€ la semaine), subventions régionales, tout ceci rapportant beaucoup à la GB, directement ou indirectement.

Réf. : le site officiel des sections dites européennes, Emilangues, déjà cité, avec un article assez mesuré sur les sections européennes .
Un article et une discussion sur Nouvelle-Europe

Conclusion

Sous couvert de pédagogie, c’est encore une fois de politique qu’il s’agit, et même de colonialisme ou post-colonialisme, c’est-à-dire maintenir l’influence du français à l’étranger – et pourquoi pas si c’est par goût de notre culture – tout en imposant l’anglais comme langue de l’UE, de la maternelle à l’université.

Ce petit côté missionnaire peut paraître assez anachronique ; il est pourtant en matière de langues toujours d’actualité, car les pays influents, loin de s’en remettre à une concurrence « libre et non faussée », sont au contraire dans ce domaine très interventionnistes et subventionnent largement leurs langues au travers d’organismes dédiés aux manifestations culturelles (British Council, Alliance française, Goethe-Institut, Rousski Mir, Institut Confucius, etc.).

Ces programmes Emile d’enseignement dans une langue étrangère - idée saugrenue et un poil masochiste consistant à étudier des matières fondamentales dans une autre langue que sa langue natale (ou principale) - sont quasiment impossibles à généraliser, pour des raisons logistiques (d’autant plus si on l’envisage en d’autres langues que l’anglais), et peut-être tout simplement parce que ça ne répond pas à un besoin réel de l’ensemble des élèves.

Il s’agit d’une sorte d’enseignement à deux vitesses, avec des élèves choisis sur dossier dès la 4e pour intégrer ces filières d’élite déguisées que sont les sections européennes et internationales de quelques lycées branchés.
Des structures spécialement adaptées aux enfants de "l’élite", à ceux qui séjournent régulièrement en pays anglophone, ainsi que marginalement quelques "native english" scolarisés en France, les formater à l’idée de l’UE anglophone, bref : les préparer à succéder à leurs parents.

Derrière les programmes FLE ou Emile, c’est l’antique lutte d’influence entre les langues qui est à l’oeuvre, la guerre des langues, leur statut, reflet de la puissance des pays concernés.

D’une manière générale, c’est tout l’enseignement des langues qui marche sur la tête, faute d’envisager la question globalement : la communication dans l’UE et dans le monde.

Les solutions sont toutes sous nos yeux, seule la décision politique demeure : imposer le tout-anglais ou organiser le libre choix des langues à l’école ? Comment, au pays des droits de l’Homme, ainsi que nous aimons le rappeler, l’idée de laisser choisir ses langues étrangères peut-elle nous être aussi... étrangère ?

Et pour l’an prochain, selon une source éloignée du ministère, les pédagogues des IUFM mettent la dernière main à un concept révolutionnaire : enseigner le français en anglais !

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:29

M. Orban, Commissaire européen chargé du multilinguisme, de l’éducation et du dialogue interculturel, a participé en Suède, le 8 septembre à Stockholm, à un colloque en faveur d’un langage juridique simple dans les textes européens, afin qu’ils soient accessibles à chacun.
La traduction des-dits textes dans toutes les langues européennes a été elle aussi jugée nécessaire, au nom de la diversité et de l’égalité d’accès aux documents. Mais les faits contredisaient ces belles théories, car l’anglais fut la langue utilisée par la plupart des conférenciers, y compris les Suédois...

VOIR EN LIGNE :
Texte

D’ailleurs, on entend un rire étouffé (de lui-même ou du public ?) lorsque le commissaire Orban annonce qu’il parlera en anglais, puis, comme en guise d’excuse, que le conférencier suivant parlera, lui, en suédois...

Présentation en français de sa conférence, sur le site de la présidence suédoise de l’UE.

« Orban n’était pas le seul à souligner ce point au cours du séminaire. Sture Allén, professeur et membre de l’Académie suédoise, a lui aussi abordé le problème engendré par l’interprétation des différences linguistiques et culturelles dans les textes. (...) D’après Allén, l’objectif à atteindre est de faire en sorte qu’il y ait des interprètes capables de traduire dans chacune des 23 langues officielles de l’EU (...) »

Selon le média espérantophone Libera folio, (« Laŭ raporto de Hokan Lundberg kaj aliaj fontoj ») M. Orban a rencontré le lendemain quelques parlementaires suédois ; il les a incités à parler suédois lors des réunions européennes. Il a fait remarquer que beaucoup d’entre eux utilisaient l’anglais à Bruxelles, ce qui menaçait le statut de la langue suédoise et pouvait favoriser des malentendus. Alors que lui-même n’avait pas parlé roumain (sa langue natale) avec interprétation, mais anglais...

Lors des questions-réponses après son allocution, l’espérantophone Hokan Lundberg a rappelé qu’il semblait toujours y avoir un malentendu de la part des autorités de l’UE au sujet de l’espéranto, qui ne s’oppose pas à la diversité linguistique de l’UE, mais se propose au contraire comme outil interculturel, une langue dont la facilité est elle-même une bonne base linguistique et pédagogique pour étudier ensuite d’autres langues tout en disposant d’un moyen de communication (c’est le sens général, et non la traduction littérale de ses propos) :

« Ŝajnas ke ni E-istoj daŭre estas iom miskomprenataj de EU-moŝtoj. Kiu diris ke Esperanto volas unulingvismon ? Ja estas tute male. Aŭ ili ne bone aŭskultas, aŭ ili iel *volas* miskompreni la Esperanto-movadon, por havi pretekston ne rilati kun ĝi ? Eble indus havi kampanjon en Eŭropo pri "Esperanto - bona bazo por lerni kaj konatiĝi kun aliaj lingvoj kaj kulturoj", komentis Hokan Lundberg poste. »

Même la ministre suédoise de la justice, Beatrice Ask, a fait son allocution en anglais et non dans sa propre langue.
(sur la deuxième photo, pointer la souris sur le « + » à droite au milieu de la bordure, ce qui permet de faire défiler les vidéos d’une douzaine de participants)
(sur l’onglet français, il est répondu : « no movies found »...)

Inversement, certains ont volontairement utilisé leur langue, comme K.L. Lönnroth, Directeur général de la traduction à la Commission européenne, qui a salué de quelques phrases en anglais avant d’annoncer qu’il passait au suédois.

Sture Allén, professeur et membre de l’Académie suédoise, a lui aussi fait sa communication (« language as cultural communication ») en suédois. Sauf erreur de ma part, il a aussi abordé l’importance de l’utilisation de sa propre langue afin qu’elle ne s’appauvrisse pas dans les domaines scientifiques. Il a rappelé que ceux qui ont comme langue natale l’anglais, et, dans une certaine mesure, le français, sont avantagés dans toute situation de communication ; il a donc conclu sur l’importance de fournir aussi souvent que possible des services d’interprétation.
Gageons que sa communication ne sera pas celle à laquelle on fera le plus de publicité !

Remarquons aussi que le site de la présidence suédoise de l’UE est en trois langues : suédois, anglais et français. Exit l’allemand, pourtant une des trois langues de travail...
Cela montre une fois de plus que seule une langue qui défend son rang est respectée.

Et que de trois langues de travail, nous sommes tombés à une seule, je vous laisse deviner laquelle - les bonnes réponses gagnent un compte ouvert dans les paradis fiscaux des îles anglo-normandes, billets de voyage à retirer au British Council.
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:27

Sur-titre
Titre :
Connaissez-vous Atlantis ? Un dérivé d’Erasmus mundus
Sous-titre
Descriptif :
Chapeau

Il ne s’agit pas de l’Atlantide, le continent européen englouti, ni de la navette Atlantis, mais d’un nouveau programme européen (2008) de coopération et d’échanges universitaires entre étudiants, centré, celui-ci, sur les USA et le Canada.

VOIR EN LIGNE :
Texte

« L’Union européenne consacre 6,8 millions d’euros
à la coopération universitaire avec les pays industrialisés d’Amérique du Nord »

Ou sa description par les USA :

La liste des projets sélectionnés en 2009 pour les USA-UE (doc en pdf) est accessible par le site européen d’Atlantis, qui se trouve être monolingue anglophone, mais qui en doutait ?

Il est particulièrement difficile de trouver le détail de la ou des langues d’enseignement… mais les « journalistes-citoyens » ne se laissent pas abattre par l’opacité de l’UE !

« English is by far the most commonly used language of instruction, but the majority of responding institutions indicate that their programs offered language training both at home and abroad. » (Europa)

En clair, tous les cours seront en anglais, et les étudiants pourront faire quelques heures d’initiation au dialecte autochtone, en option entre la visite des bodegas, le dîner choucroute-bière, ou la soirée flamenco authentique !

«  – la version originale anglaise faisant foi » Tiens ? Le français n’est plus la langue du juridique dans l’UE ? C’était pourtant son dernier domaine privilégié…

Le dossier de candidature pour les universités ne manque pas de sel, humour noir ou hypocrisie ?

« The form must be completed in one of the 23 official languages of the European Union. However, bear in mind that all partners have to be able to endorse the common proposal.”

Autrefois, les étudiants étrangers, s’ils souhaitaient faire des études chez nous, les faisaient en français - c’était clair, assez logique et naturel, non ? Actuellement, au nom de l’intégration de l’enseignement supérieur européen (quoi que cela veuille dire), on a mis sur pied des programmes communs à trois pays, de quelques mois chacun, et malgré ce que des monolingues disent sur la facilité d’apprendre des langues étrangères... personne n’a envisagé de demander à des étrangers hors-UE d’apprendre successivement le français, l’anglais et l’allemand pour les utiliser consécutivement pendant les quelques mois de stage !

Et quelle est la conséquence de cette volonté farouche d’accouplement européen des établissements supérieurs ? Les écoles supérieures et facultés qui ont mis un doigt dans l’engrenage des subventions européennes Erasmus, Erasmus mundus et maintenant Atlantis, organisent de plus en plus de cours en anglais - illégaux en France car anticonstitutionnels ! Mais on s’en tape, ce n’est que la Constitution française.
 
La morale de cette histoire, comme dirait le grand Shakespeare, immortel auteur de la fable "Le Corbeau et le Renard", longtemps après que l’UE fut devenue officiellement anglophone, le Corbeau francophone, honteux et confus, jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

En plus, certains sont fiers de leur abandon du français ! Comme l’ECE, Ecole de commerce Bordeaux-Lyon :

« L’ECE est la 1ère Business School en France à obtenir un financement de la Commission Européenne pour la mise en place d’un diplôme transatlantique permettant à ses étudiants de bénéficier d’un TRIPLE diplôme européen et américain. »

« Les élèves suivent un cursus totalement en anglais en management, marketing et finance durant le 1er semestre de 3ème année à l’ECE Lyon qui débute par une session intensive linguistique et culturelle. Ils enchaînent le second semestre à l’Université de Linköping en Suède. Ils effectuent ensuite leur dernière année de formation aux Etats-Unis, avec une spécialisation dans les technologies de l’information, afin d’obtenir un diplôme bac+4 (Bachelor américain). »

Les Etats-Unis, quoique massivement endettés auprès de la Chine, sont toujours ravis d’investir en faveur de l’anglais, que ce soit en Amérique du sud ou en Europe :
« Les subventions accordées conjointement par l’UE et l’Etat Fédéral US permettent non seulement le bon fonctionnement de ce programme (nombreuses visiting sessions, voyages d’études, encadrement personnalisé, cours de haut niveau…), mais aussi l’octroi de Bourses d’études très significatives aux étudiants (1 200€ par mois). »

« L’ECE est donc l’Ecole pionnière en France pour Atlantis, programme très complexe à monter et à gérer, mais qui préfigure le futur « Erasmus » entre l’Europe et les Etats-Unis. »

En tout cas, ils ont très probablement raison sur un point, ce programme préfigure le future de l’UE anglophone !

La présentation qu’en fait l’université Bordeaux 1 :
« MASTERS EN PARTENARIAT INTERNATIONAL nouveau Master en partenariat international états-Unis/ europe : « international interdisciplinary Master- laser Materials and interactions (iiM-lMi) » retenu dans le cadre du programme euro-américain atlantis »
(doc en pdf )

Une synthèse des programmes coopératifs entre pays, par Patricia Pol, Vice présidente- Université Paris-Est, Expert de Bologne (Doc en pdf) qui consent simplement à signaler parmi la liste des problèmes rencontrés par ce type de programmes le mot « langue », sans plus de précisions…A gros problème, petit commentaire !

Personnellement, mon anglais n’étant pas suffisant pour un « master » Atlantis aux « States », je vais me rabattre sur la rediffusion de la série Stargate Atlantis (photo), doublée en français car c’est bien plus agréable que la VO, et ça maintient une industrie cinématographique francophone active en faisant travailler les doubleurs.
 
Se détendre en soutenant la francophonie, quoi de plus satisfaisant pour l’esprit ?

Cette UE anglophone vendue aux multinationales (on s’apprête à confier la pharmacovigilance clé en mains à l’industrie pharmaceutique) vaut-elle vraiment tous les sacrifices que sa construction nous impose, à commencer par le déclin de la langue française ? Le débat est open, c’est quand même plus important pour notre avenir que l’open de tennis, non ?

Après Erasmus mundus, Atlantis est donc le nouveau cheval de Troie de l’anglais dans l’UE, laquelle n’en avait pourtant nul besoin… A ce stade-là, on peut parler de troupeau de Troie !
 
Quant on voit comment ont fini les Troyens dans le film avec Brad Pitt en samouraï méditerranéen blond aux yeux bleus (!), grande épopée sur le culte du guerrier et notre trouble fascination pour la barbarie qui nous habite, quand on voit combien la sempiternelle lutte pour le pouvoir n’a pas changé d’un iota, on se dit que la guerre des langues a encore de l’avenir...
 
En parlant de Méditerranée : les Romains ont jadis imposé leur civilisation et le latin jusqu’aux confins de la Bretagne, marquant même leur territoire par le mur d’Hadrien, et maintenant voici que, grâce à l’UE, l’anglais va progressivement se répandre sur ces eaux bleues ! Ironie de l’Histoire.

Ou encore, sous forme de devinette pour les petits Européens : sachant que l’intégration universitaire aboutit à l’anglicisation des universités, à quoi aboutira l’intégration de la Méditerranée ?
Overview.
Europe’s shared seas and particularly the largest of them, the Mediterranean, bring both growth and jobs, but only good governance and integrated management may secure their sustainable exploitation.
In the Mediterranean, over twenty different coastal states share one marine space hosting diverse and intense maritime activity and at the same time facing problems which cannot be solved by States or industries acting alone. »
Et aussi : Integrated Coastal Zone Management

L’intention est bonne, mais on ne voit pas bien pourquoi chaque État ne serait pas fichu de faire des stations d’épuration s’il avait la moindre fibre écolo, ou le moindre respect pour une mer qui a joué un rôle si important dans l’histoire des peuples qui la bordent. Sans parler des Japonais qui épuisent les thons.

Mais cette arrivée en force de l’anglais en Méditerranée n’est que justice : après tout, Shakespeare n’est-il pas l’immortel auteur de L’Illiade et l’Odyssée ?
 
Dans un monde multipolaire, il est probable que l’UE a sauvé l’anglais du déclin. Temporairement ? That is the question.
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:25

Ou comment truquer facilement quelques études scientifiques.

VOIR EN LIGNE :
Texte
Soyons direct : les firmes de type multinationale ou grosse société nationale mentent comme elles respirent, et n’ont que faire de la santé publique, tant qu’elles n’y sont pas incitées par la poigne d’un état ou la vigilance des acteurs de la société civile. Certes, les états ne sont pas des anges, mais qu’a-t-on inventé de mieux, sous réserve de prévoir des contre-pouvoirs par des élections libres, des assemblées, une vie associative et des médias indépendants ?

Laissons à d’autres le soin de développer la défense des industriels, qui ont de fait quelques arguments à faire valoir, en général l’emploi et son double le chômage, la concurrence internationale, la mondialisation et les incertitudes scientifiques, l’investissement, l’innovation, la nécessité du profit, la rémunération des actionnaires...
Naturellement, en disant qu’ils se moquent de la santé publique, on ne prétendra pas qu’ils vont jusqu’à vidanger le circuit de refroidissement de la centrale nucléaire voisine sur votre pelouse (quoique les armateurs vidangent sans scrupules dans la méditerranée ou devant le littoral Atlantique...), les choses sont plus subtiles que ça, et heureusement, les ingénieurs font leur boulot en améliorant les techniques et la sécurité ; amen. Voilà pour la défense.


Reste que les infos circulent mieux depuis Internet, et qu’il y a toujours quelque part des gens honnêtes qui font de vraies études scientifiques.
Eux dont autrefois la voix était étouffée, noyée dans le flot de contrevérités et de dissimulations, ou leur parole délaissée par les médias, peuvent voir aujourd’hui leurs analyses circuler beaucoup plus facilement.

 Il est maintenant tout à fait évident que pendant tout le vingtième siècle, les grandes entreprises ont menti, triché, truqué les études, corrompu ou compromis les scientifiques et les politiciens, saboté la réputation et la carrière des gens honnêtes, manipulé les médias, tout ça sur des sujets aussi divers et aussi graves sur le plan sanitaire que le plomb dans le carburant automobile, l’amiante, le benzène, la dioxine, les médicaments, le nucléaire, les pesticides.
les menteurs jouissent d’une retraite paisible et prospère, tandis que les scientifiques honnêtes ont subi les pires avanies. Il est même probable que les plus gros menteurs sont tous décorés de la légion d’honneur.

Il est même possible que les mensonges continuent, et que les mêmes méthodes éprouvées soient encore utilisées !

Le plus récent exemple de ces stratégies fut l’intense lobbying européen de l’industrie chimique pour édulcorer le protocole Reach.

J’entends déjà la critique : voilà des accusations bien lourdes sans aucune preuve !
Internet permet de faire circuler les preuves des agissements de ces nuisibles, de faire connaître au grand public des enquêtes et des livres comme par exemple ceux-ci :

L’Histoire secrète du plomb, Marcia Angell (ex-directrice du new England Journal of medecine, Ed. Allia, paris 2005,
La vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer, du même auteur, Ed. Mieux-être
Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin
Travailler peut nuire gravement à votre santé, Annie Thébaud-Mony,
Le grand secret de l’industrie pharmaceutique, de P. Pignarre

On pourrait penser que la désinformation requiert les services de prodiges des mathématiques, comme pour imaginer les produits financiers tels que la titrisation de prêts douteux, mais non, il suffit de techniques artisanales, de trucs de bonimenteurs, simples et efficaces comme toutes les techniques d’escrocs peaufinées depuis que le monde est monde, depuis que des hommes trompent les autres ...

Des chercheurs (Gennaro V. et Tomatis L.) ont soigneusement vérifié les études épidémiologiques financées ou soutenues par l’industrie pétrolière, sur les effets toxiques de l’exposition professionnelle à certaines substances, et ils ont relevé de nombreux biais méthodologiques aboutissant à une large sous-estimation des risques au travail.

Qui s’étonnera que 60% des études conduites par des chercheurs indépendants de l’industrie mettent en évidence un risque, contre 14% de celles financées en tout ou partie par l’industrie ?

A titre d’exemple, voici quelques-unes de ces astuces toutes simples :

La dilution :
ne pas séparer les travailleurs exposés (ou soupçonnés d’être exposés) de tous ceux de l’entreprise concernée, ce qui dilue fortement le risque et peut fortement le sous-estimer in fine.
La répartition erronée :
mal répartir les travailleurs, par exemple en mettant des gens exposés dans le groupe témoin des non exposés. Dans certains cas, on a conclu que les travailleurs exposés étaient en meilleure santé que autres !
Témoins mal choisis
Si on compare à la population générale, car les travailleurs sont – en moyenne- en meilleure santé, du fait que la population générale comprend des inaptitudes totale ou partielle à l’emploi.
Choisir un temps d’exposition trop court, pour des affections qui peuvent se révéler des années ou des décennies plus tard (cancers).
Interpréter l’absence de surveillance comme une absence d’exposition.

On ajoutera l’obstruction, la rétention de données, la non-publication d’études défavorables, le gain de temps, les experts salariés ou subventionnés par les firmes, la pression sur les opposants, sur les supérieurs des scientifiques rétifs, sur l’administration, les politiques, les médias ; et on comprendra l’étendue de la panoplie anti-vérité à leur disposition !

Il est bon de rappeler que l’UE s’apprête à confier la surveillance des médicaments aux compagnies pharmaceutiques... à déstructurer les réseaux nationaux déjà en place au profit de structures européennes totalement opaques où les labos seront juges et partie, pourront faire jouer toute la gamme des manœuvres dilatoires, comme cela a été le cas pour le Vioxx° et le Zyprexa°.
Grâce à l’UE, ces firmes seront encore mieux armées pour mentir !

Il faut soutenir le Collectif Europe et médicament, fort de 60 organisations de 12 pays membres de l’UE, qui a fait de nombreuses contre-propositions à cette idée ultralibérale et délirante.

Au fait, savez-vous qu’un médicament, pour obtenir son autorisation, ne doit pas montrer qu’il apporte au patient quelque chose de plus que les autres médicaments disponibles sur le marché, mais simplement qu’il n’est pas pire ?!

Il faut savoir que l’Europe que l’on construit est ultralibérale et anglophone.
 
Autrefois, les gens croyaient tout ce qui était écrit dans les journaux "mais c’est écrit dans le journal !" ; aujourd’hui, nous avons tendance à croire ce que disent les études scientifiques. Or, elles peuvent être truquées, mal faites, biaisées, mensongères, voire imaginaires (récente affaire aux USA d’un médecin ayant publié une vingtaine d’études fictives, très favorables aux médicaments étudiés), elles peuvent même être enterrées lorsqu’elles déplaisent aux commanditaires !

Seul un état fort peut équilibrer le poids phénoménal de ces multinationales dont le seul horizon est la courbe des profits.
A l’échelle de l’Union européenne, notre avenir ou celui des générations suivantes est conditionné par les choix que nous ferons, de lâcher la bride à l’industrie en les intronisant juges et partie, ou de créer de véritables instances de santé publique, indépendantes, dont les experts publieront leurs conflits d’intérêt, qui ne cèderont ni au chantage, ni au lobbying, ni à la corruption.

(Nota : ces explications parcellaires sont basées sur l’énorme travail de documentation et de synthèse réalisé par l’équipe de La revue Prescrire, pour son numéro spécial d’août 2009, Environnement et santé.
Les erreurs, digressions ou hors-sujets sont tous de l’auteur !)
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:24

Sur-titre
Titre :
Pourquoi nous sommes tous des cobayes...
Sous-titre
Descriptif :
Chapeau

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, du moins sous la plume des esprits bien faits, et il arrive parfois que l’on tombe ainsi sur une explication lumineuse qui vous frappe comme une évidence.
C’est à mon avis le cas de cet extrait du livre d’Annie Thébaud-Mony, «  Travailler peut nuire gravement à votre santé », où il est expliqué comment l’histoire des risques professionnels s’apparente à de l’expérimentation humaine !

VOIR EN LIGNE :
Texte
« Selon Lorenzo Tomatis, qui a dirigé le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pendant douze ans (1982-1993), les industriels ont acquis un rôle d’« acteurs » influents au sein même des instances d’expertise du CIRC : ils ont réussi à imposer une hiérarchie des critères scientifiques de classement des cancérogènes dans le cadre du processus d’expertise établissant la liste officielle des substances reconnues cancérogènes.
 Ce choix met l’épidémiologie en position dominante, par rapport aux autres disciplines scientifiques, dans la détermination des agents cancérogènes. Les substances dont la cancérogénicité est démontrée par des travaux expérimentaux in vitro (sur des cellules animales le plus souvent) ou in vivo (sur l’animal vivant lui-même), ne sont plus prises en considération tant que l’hypothèse de cancérogénicité pour l’homme n’est pas vérifiée via les études épidémiologiques. En d’autres termes, en matière de qualification officielle des cancérogènes, seule l’expérimentation humaine vaut preuve.
 Cette expérimentation humaine est menée sans le consentement des travailleurs et des populations soumis aux risques – ainsi transformés en cobayes – jusqu’à ce que les épidémiologistes admettent que le nombre de morts ou de malades est « statistiquement significatif ». Rappelons ici qu’en épidémiologie des cancers, compte tenu du délai entre exposition et survenue de la maladie, il faut entre vingt et cinquante ans avant de pouvoir établir statistiquement l’existence d’un lien – possible, probable, certain ? – entre un type de cancer et une substance toxique !
(...)
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que les pays européens, en particulier la France, se dotaient de systèmes de protection sociale, le principe de précaution aurait pu prévaloir comme une des décisions politiques nécessaires en matière de prévention des cancers.
Une discipline expérimentale, la toxicologie industrielle, aurait dû s’imposer alors comme référence scientifique pour déterminer les limites du droit des industriels à faire commerce des produits dangereux. En effet, la toxicologie, domaine pluridisciplinaire à la croisée de la chimie, de la physique et de la biologie, permet d’identifier, en amont de la survenue du cancer, les mécanismes de cancérogenèse et la toxicité des produits en expérimentation in vitro puis in vivo.
 Pourtant, en dépit d’un demi-siècle d’expansion de l’épidémie de cancer, le choix politique qui perdure est celui imposé par les industriels : à savoir la quête de « preuves statistiques » de la toxicité des milliers de produits chimiques, des poussières ou des rayonnements auxquels sont exposés les travailleurs. Cela signifie attendre de pouvoir compter les morts ! »

Percutant, non ?

L’auteure parle également des rapports de force entre industrie et science, et des chercheurs sous influence. Par exemple, il est établi que l’interruption de la production d’amiante aurait pu se faire dès 1960, les éléments scientifiques étaient alors largement acquis ; le lien entre certaines pathologies pulmonaires et l’amiante avait été évoqué dès le début du 20e siècle !

Il est maintenant avéré que l’exposition aux pesticides est responsable d’une plus grande fréquence de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs, et probablement aussi de malformations génitales par exposition in utero. Or, on en trouve jusque dans le vin !

Le raisonnement de l’auteure cité ci-dessus ne s’applique donc pas seulement aux travailleurs exposés durant près d’un siècle à l’amiante, au plomb, à la silice du charbon (silicose), au benzène, et qui sont aujourd’hui encore les plus à risque (environ 5 millions de tonnes d’agents chimiques cancérogènes ou reprotoxiques utilisés en 2005 en France), car en ce qui concerne les pesticides, ce raisonnement s’applique à toute la population, des bébés au vieillards !
Nous sommes tous des cobayes !

Une veille sanitaire et une expertise indépendante, avec mention systématique des conflits d’intérêts (càd. scientifiques sous contrat avec l’industrie concernée) est un minimum à demander dans l’UE, qui pourtant s’apprête à confier la surveillance des médicaments à l’industrie pharmaceutique elle-même !

Récemment, le protocole Reach sur les produits chimiques ( publié au journal officiel de l’UE le 30 décembre 2006) a été l’objet d’un lobbying d’une ampleur encore jamais vue, pour édulcorer le texte, notamment par Bayer et Basf, mais aussi par les USA et l’administration Bush, et ils ont en grande partie réussi, même si on peut aussi présenter cet accord comme un progrès en matière d’écologie, comme la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. 

Ouf ! Après ce sujet indigeste, il faut ouvrir les fenêtres et respirer un grand bol d’air chargé de petites particules, mais seulement après avoir mis le masque acheté en prévision de la pandémie de grippe...

Nota : l’extrait du livre et ces explications parcellaires sont basés sur l’énorme travail de documentation et de synthèse réalisé par l’équipe de La revue Prescrire, pour son numéro spécial d’août 2009, Environnement et santé.
Les erreurs, digressions ou hors-sujets, par contre, sont tous de l’auteur !
 
Un article du Canard enchaîné sur les pesticides, signé J-L Porquet, trouvé sur le blog Krokette, facile à lire en zoomanrt une fois.
P.-S.


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