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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:39

L’Express a fait un article très détaillé sur Viktor Bout, trafiquant d’armes présumé (très très présumé..), dont la vie a inspiré le film d’Andrew Niccol « Lord of the war », et qui est détenu en Thaïlande depuis plus d’un an, après avoir été piégé par des agents de la DEA (anti-drogue des États-Unis).


 
 
« Gamin, il manie les langues étrangères comme d’autres assemblent les Lego. A 12 ans, il parle le persan et l’espéranto. Il poursuit ses humanités à l’Institut militaire des langues étrangères, le vivier de l’espionnage soviétique, quand, en 1991, l’empire implose. "Et là, du jour au lendemain, toutes les armes entassées par l’Armée rouge* pour préparer la Troisième Guerre mondiale se sont transformées en de vulgaires marchandises", souligne Vadim Kozuline, professeur au Centre d’études politiques de Moscou. »
(* Le vrai nom est l’Armée soviétique)

« Cette semaine, Alla est partie rejoindre son mari à Bangkok, pour l’épauler avant l’audience décisive du 29 avril. En prison, il a appris deux nouvelles langues : le thaï et le sanskrit. »

Comme à leur habitude en matière de langues étrangères, les journalistes ne font pas dans la nuance : cet homme a vraisemblablement pu apprendre en prison quelques notions de base du thaï et du sanskrit, mais n’a probablement pas « appris deux nouvelles langues », pas plus qu’on apprend le russe en un mois, même si c’est marqué sur la publicité d’un manuel !

Il n’est pas encore fixé sur son sort, suspendu à la demande d’extradition des Étas-Unis, et plaide non coupable.

Loin de nous l’idée de lui chercher des circonstances atténuantes, mais, comme tout trafiquant d’armes, il pourrait plaider qu’il n’a fait que suivre l’exemple des grands pays - États-Unis, Russie, Grande Bretagne, France - exportateurs d’armes et de haute technologie (missiles, nucléaire civil et probablement militaire), qu’il a appliqué les principes sacro-saints de l’économie libérale à sa petite entreprise familiale - florissante et mondialisée... Qu’il a suivi à la lettre le dogme de la concurrence libre et non faussée, cher à notre Commission européenne !

Il pourrait même soutenir que ses ventes ont (peut-être) tué ou mutilé moins d’enfants que les mines antipersonnel dont certains pays refusent toujours de signer l’interdiction (Russie, EUA, Chine, Israël, Pakistan, pour ne citer que les plus industrialisés).

L’amoralité des États trouve toujours à se justifier, mais pas celle des particuliers, c’est bien connu depuis la fameuse formule, de Jean Rostand, sauf erreur :

Tuez un homme - vous êtes un assassin,
Tuez-en dix vous - êtes un monstre,
Tuez-en 1 million - vous êtes un conquérant,
Tuez les tous, et vous êtes Dieu !

De toute façon, il plaide non coupable...
 
2. Dans les forums espérantistes, certains messages semblent juger préférable de ne pas en parler, pour ne pas nuire au mouvement espérantiste, un peu comme on cache un secret de famille un peu honteux.  

Personnellement, je pense exactement le contraire : enfin nous avons un beau pourri qui parle espéranto ou l’a jadis étudié, un authentique criminel, un mafieux qui mène grand train dans le monde entier grâce au trafic d’armes ! De plus, c’est une vedette dans sa branche, une sorte de Robert de Niro du missile premier prix, depuis que Hollywood s’en est inspiré.

Le mouvement espérantiste existe depuis 120 ans et, bien que son soutien demande en général un brin d’idéalisme, doublé d’un solide caractère pour affronter les sarcasmes, il a dû avoir son lot de magouilleurs, voire de voleurs. Mais s’il y en a eu, ce ne furent que des magouilleurs à la petite semaine, des gagne-petit du crime ; et encore le mot "crime" est-il peut-être un peu fort, car nul ne se souvient d’un seul de ces besogneux de la délinquance !

Depuis des décennies que les médias colportent des clichés sur les espérantistes, qu’ils nous décrivent en somme comme des hippies attardés, des végétariens fanatiques, des babas cools qui gardent leurs chèvres, un pétard au coin des lèvres, des zozos un peu dépassés par la mondialisation, voilà enfin un espérantophone totalement moderne qui peut nous aider à nous défaire de cette image ringarde !

A l’heure des révélations en cascade sur les patrons rapaces et le capitalisme de chacals, qu’y a-t-il de plus moderne qu’un trafiquant international, amateur de haute technologie, un homme de son temps, pour qui transmettre un achat de missiles sol-air par téléphone-satellite est un jeu d’enfant ?

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il nous faudrait dans le mouvement espérantiste d’autres criminels de ce calibre... mais un seul, ça nous place d’emblée dans le 21e siècle !

A la limite, ce serait mieux qu’il plaide coupable, de quoi faire la pige aux autres langues : l’anglais a son Madoff, et la finance dévoile ces temps-ci les noms de tellement de requins et de rapaces qu’on a du mal à suivre l’actualité...
 
De plus, les gens en général n’aiment pas la perfection, car elle est humiliante : face à un être qui serait parfait, on se sent minable, grossier, inachevé. Alors, ces espérantistes qui prétendent avoir la solution à la communication européenne ou mondiale, qui se targuent d’idéalisme et d’humanisme comme s’ils étaient le seuls à posséder ces qualités, qui s’étonnent qu’on ne reconnaisse pas plus vite la l’efficacité et l’élégance de l’espéranto, à leurs yeux évidentes, on comprend que ça puisse agacer.
 
Désormais, c’est fini tout ça, et si quelqu’un nous lance, très agacé :
— Vous avez la grosse tête ! Pour qui vous prenez-vous ? Vous vous croyez supérieurs ?
 
On pourra répondre :
— Mais pas du tout, regardez : Viktor Bout, le marchand d’armes, est espérantophone, je peux vous assurer qu’il n’est pas du tout idéaliste, et que son humanisme est très douteux...
 

3. Par contre, il y aurait beaucoup à dire que le fait que l’Express signale qu’à 12 ans il parlait l’espéranto.

Certes, c’est exact, et c’est dit sans malveillance aucune, sans l’ombre d’une allusion. Certes, cela n’occupe qu’une ligne d’un long article, par ailleurs passionnant et bien écrit, alors de quoi se plaint-on ?

Mais tout simplement que ce journal ne se souvient de l’existence de l’espéranto que lorsqu’un truand le parle !

Ou alors comme métaphore à tout faire pour journaliste en petite forme :
« En revanche, le langage des gestes, cet espéranto planétaire, situe avec éloquence le taux de popularité local du chef de l’Etat. » (du Congo)

« Fantômas lui avait appris, assurait-il, « la troublante éloquence du rêve, l’espéranto du silence. » (au sujet de Prévert)

Par contre, nulle mention dans l’Express en ligne, sauf erreur, des députées européennes espérantistes, des députés français qui soutiennent la demande de l’autoriser à l’école (en option au bac), de la liste EDE aux européennes qui le propose comme langue véhiculaire commune aux Européens (tout en gardant chacun sa langue et sa culture, of course), des chroniques de Jacquard à la radio, du Pr Reinhard Selten, prix Nobel d’économie (prix géré par la fondation Nobel), tête de liste EDE en Allemagne, de l’usage de l’Eo sur le site de la ville de Montpellier, ou pour les bateaux-mouches de Strasbourg, de la réception au siège parisien de l’Unesco, de son succès au festival des langues de Nankin... Bref, jamais aucune mention des progrès actuel et du nouvel élan de l’espéranto.

Jamais non plus aucun article sur la question de la communication dans l’UE. Le dernier que j’aie trouvé, toujours sur l’Express en ligne, c’est cet entretien avec Umberto Eco :

« Aucun pouvoir sur terre ne peut imposer une langue nationale ni une langue véhiculaire. Les langues sont en quelque sorte des forces biologiques. Indépendamment de cela, l’intérêt de l’anglais, c’est que, pour des raisons historiques ou même grammaticales, on peut plus facilement le martyriser que le français ou l’italien. Avec l’anglais, on peut donc parler pidgin et se faire comprendre. Et les anglophones acceptent tout. Peut-être que, dans un demi-siècle, ce sera l’arabe ou le chinois ! Mais, je le répète, comme je l’ai soutenu dans mon livre sur la recherche de la langue, on ne peut pas imposer une langue. La seule possibilité, c’est le polyglottisme sauvage ! »

Mais on a vu avec la crise financière que les experts et les spécialistes se trompaient tout aussi souvent que les autres, et l’intelligence incontestable d’Umberto Eco ne fait de ses déclarations que son avis personnel.

De plus, la démarche scientifique ne consiste pas à suivre un avis, aussi éminent soit-il (travers dans lequel la médecine est longtemps tombée), mais à expérimenter, à prouver. Or, à ce jour, l’UE refuse les malheureux milliers d’euros qui permettraient de vérifier que l’espéranto est très largement plus facile et plus rapide à apprendre que l’anglais ou le français, de tester sa fiabilité comme langue-pivot dans la traduction (tests de traduction et rétro-traduction après passage par la langue pivot).

Bref, peu me chaut qu’un criminel ait appris l’espéranto dans sa jeunesse. À la limite, ça banalise cette langue, ça détruit l’image ringarde que certains médias et certains « intellectuels » peu informés ou pleins de préjugés persistent à propager ; cela montre que l’espéranto existe aujourd’hui et existera demain, qu’il progresse. (Les cassettes pornos avaient soutenu le marché balbutiant des magnétoscopes, quand les appareils étaient très chers.)

Il est naturel que les médias citent incidemment que ce malfaiteur polyglotte fut ou est encore espérantophone, mais à la condition de ne pas boycotter toute autre information à son sujet, d’en parler aussi (et surtout) lorsque des citoyens honnêtes, anonymes ou connus, prennent position en sa faveur.

Les journaux régionaux maintenant rapportent sans manières les activités des associations locales ou les évènements ponctuels, mais le premier cercle des grands médias nationaux conserve un fonds de méfiance et de préjugés.


4. Soyons réalistes : à mesure que l’espéranto élargira son audience, la probabilité que des malfaiteurs l’apprennent augmentera !

A mesure que cette langue approchera de la « fina venko », c’est-à-dire de son usage large comme langue véhiculaire de l’humanité, ce pour quoi elle a été conçue, les locuteurs moins idéalistes se feront de plus en plus nombreux, et certains militants de longue date pourront légitimement regretter l’ambiance fraternelle et chaleureuse de la « movado » (mouvement) d’autrefois, comparable à la solidarité professionnelle que l’on peut ressentir dans de nombreux métiers, ou à la chaleur humaine de la vie associative.
 
Certes, je préfèrerais moi aussi que de grandes ONG réalisent enfin le potentiel de l’espéranto comme langue internationale et se mettent à l’utiliser en interne pour leurs équipes, mais il y a fort à parier que divers criminels se rendent compte eux aussi, un jour, qu’il leur est plus facile de commniquer en Eo qu’en anglais... Rien de ce qui est international ne leur échappe, ils savent utiliser la technologie la plus moderne, et le monde du crime s’est mondialisé bien avant la police et la justice !
 
Et comme l’a fait l’Express avec Viktor Bout et l’espéranto, je vous livre une info : certains trafiquants d’armes parlent anglais !
 
Qu’on se le dise, l’espéranto est une langue vivante, moderne, prometteuse, une langue d’avenir. La preuve : les grands malfaiteurs commencent à s’y intéresser !
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:38

Cette pandémie a de nombreux inconvénients pour les victimes, c’est indéniable, mais les médias vont nous en parler jusqu’à plus soif dans les prochaines semaines ; aussi ai-je choisi de faire le tour de ses nombreux avantages.

 
Même le gang des barbares a eu droit à un avocat... J’ajoute que je ne prends pas d’honoraires pour assurer sa défense.
 
1. Intéressons-nous d’abord à la personnalité du présumé coupable
 
Il a eu une enfance difficile, obligé de parasiter les autres pour se nourrir, exposé aux intempéries, traînant dans les ruelles comme tous les autres virus sans famille, rejeté de tous, son identité exacte est inconnue : les USA préfèreraient l’appeler "virus de la grippe mexicaine", et les Mexicains "virus de la grippe porcine"... 
 
Aux dernières nouvelles, pour ne déplaire ni aux uns ni aux autres, il semble qu’on s’oriente vers l’appellation AH1N1, avec un petit mystère sémantique : le A signifie-t-il "américaine", "anglo-saxonne" ou "anonyme" ? Ou le simple A de l’alphabet ?
 
Qui aurait cru que la diplomatie et le politiquement correct iraient se nicher jusque sous les microscopes...
 
Et quel plus grand signe de rejet que de se voir appeler par un numéro, un matricule de prison ou de camp de concentration ?
 
Par ailleurs, l’Egypte s’est fait remarquer en commençant l’abattage de 200 000 cochons innocents... Ailleurs, on craint des représailles contre les communautés coptes ou chrétiennes sous le fallacieux prétexte qu’ils mangent du porc. La voiture tue chaque année des centaines de milliers de personnes, ce n’est pas pour autant qu’on va abattre tous les arbres à caoutchouc ! 
 
Ce virus n’a pas fait cent victimes authentifiées qu’il sème déjà la zizanie chez les humains et provoque le retour des rites sacrificiels ! 
 
Notez que ces questions de frontières sont une affaire strictement humaine : le virus s’en moque, il a déjà allègrement franchi toutes les douanes, postes de contrôle, détecteurs de métaux et listes de noms suspects... Vous voyez un faux passager des services de sécurité tirer sur un virus dans un avion ? Et même quand on en attrape un, pas question de le renvoyer chez lui, aucun pays n’en veut ! 
 
Mais tout méchant qu’il est, c’est un être vivant, qui a droit à notre compassion. C’est une créature de Dieu, une de ses plus petites : ne faut-il pas protéger les faibles ? 
 
D’un autre côté (en politique, par exemple), il est connu qu’il existe certains petits dont il faut se méfier... Je pensais à Napoléon, naturellement, pas vous ?
 
 
2. Les avantages d’un scénario catastrophe où AH1N1 serait aussi épidémique que la grippe saisonnière et aussi mortel que le virus Ebola...
 
Cette méga-catastrophe est hautement improbable - je rassure de suite les âmes sensibles.
Mais imaginons le pire. Ce serait un cataclysme, la fin de la civilisation, sinon celle de l’humanité : plusieurs générations détruites, des ruptures en cascade dans la production dans tous les domaines, un hiatus dans la transmission du savoir, le retour au Moyen Âge : un fusil mais plus de cartouches, une voiture mais plus d’essence, un ordi qui ne s’allume pas, les encyclopédies sur DVD illisibles... le chaos.
 
Pourtant, je peux vous citer des milliers d’être vivants qui seraient ravis d’un tel revers de fortune pour l’humanité : dauphins, baleines, pandas, éléphants, tous les animaux en voie de disparition feraient la fête ! Nous les avons d’ailleurs fait citer comme témoins de la défense. Et si vous voyez un chimpanzé une bouteille de champagne à la main, ne cherchez pas plus loin, il trinque à la santé du virus H1N1 !
 
La Terre elle-même ne pourrait que s’en porter mieux : en quelques décennies, la pollution, couche d’ozone, pesticides, émissions de CO2, réchauffement climatique, tous ces maux seraient enfin sur la voie de la guérison. 
 
Peut-être serez-vous étonnés d’apprendre qu’il y aurait aussi des avantages pour les humains ! Du moins pour les 5% de survivants qui, une fois le deuil fait, s’éclateraient bien : vous approchez de la cinquantaine et vous n’avez pas de Rolex ? Qu’à cela ne tienne : entrez dans une bijouterie abandonnée, mettez cinq montres à chaque poignet et une poignée de diamants à chaque oreille, il n’y aura personne à la caisse ! Vous rêvez d’une maison de maître ? Pas de problème, allez dans les beaux quartiers et réquisitionnez celle que vous voulez, personne ne viendra vous faire des histoires.
 
Vous enviez Nicolas Sarkozy invité sur le yacht de Bolloré ? Facile : allez dans une belle marina, genre Monaco, mettez-vous à la barre du yacht qui vous branche le plus, prenez un air altier de puissant et riche capitaine, et partez faire une croisière plein gaz, avec les quelques survivantes que vous aurez invitées à bord, caviar à la louche offert par le virus. La grande vie !
 
Du moins tant qu’il y aura un peu de carburant dans les réservoirs, car plus question de faire le plein nulle part... Plus de livraisons, plus de carburant, plus de marchandises, plus de bouffe dans les magasins, ou alors il faudra disputer le peu qui reste sur les rayonnages avec des arguments balistiques : courez vite revoir la saga des Mad Max, histoire de peaufiner votre stratégie de survie !
 
Pour ceux qui veulent creuser la question : "Le dernier homme", de Margaret Atwood, formidable roman, fable futuriste autant que conte philosophique sur la nature humaine, la violence qui est en nous. "Le survivant", où Charlton Heston fait ses courses dans les magasins vides d’un New-York déserté (adapté de "Je suis une légende", de R. Matheson). Ainsi que les très nombreux récits de fin du monde, plus ou moins rapide, plus ou moins radicale. "Sur ordre", de Tom Clancy , une attaque terroriste au virus Ebola contre les USA, saignant, au propre comme au figuré...
 
Bon, désolé de décevoir les dauphins et les baleines qui lisent régulièrement mes articles, mais ces scénarios catastrophes sont absolument exclus : le virus, comme tout bon parasite, ne tuera pas l’espèce hôte, la mortalité de la grippe AH1N1sera probablement d’une petite fraction de un pour cent - un peu comme la grippe saisonnière. (La mortalité lors des graves pandémies qui servent de référence n’est en fait qu’une estimation, car le pourcentage total de malades dans la population n’a jamais été connu précisément.)
 
 
3. Les avantages d’une pandémie non pas catastrophique, mais grave :
 
En politique comme aux infos télévisées, une mauvaise nouvelle chasse l’autre ! 
Et ce serait tout bénéf pour certains que nous oubliions les 40 patates accordées à Tapie (arbitrage privé auquel le gouvernement aurait pu s’opposer), Madoff et la plus grande escroquerie pyramidale de l’histoire, la crise des subprimes et les révélations en cascade sur les giga-primes, bonus et parachutes dorés. 
 
Alors que le gouvernement redoutait une crise sociale comparable à mai 68, que les patrons prisonniers se multiplient, que la pétoche qui se répand parmi les élites (selon "Le Canard", Christine Ockrent sortirait depuis peu par la petite porte), soudain le miracle pour nos dirigeants : un truc à vous mettre le trouillomètre à zéro !
 
Et que fait-on quand on crève de peur ? On se regroupe derrière le chef !
 
Notre chef qui se voyait déjà poussé vers la sortie comme un De Gaulle (ce qui, au demeurant, serait assez flatteur), devient soudain l’homme qui va diriger quotidiennement le conseil de guerre contre le virus.
 
Plus la peine de regarder "NIH" ou "24 heures" : Jack Bauer est à l’Elysée, c’est Nicolas Sarkozy qui va fumer ce virus aux anti-rétroviraux et au lance-flamme - le karcher, c’était tout juste bon pour la banlieue.
 
Cette ridicule bestiole a peut-être sauvé le capitalisme de tous les inconscients qui appellent à le réformer !
 
Je pose la question publiquement : est-ce un hasard si la grippe s’appelle en fait Influenza, un agent d’influence ?
 
A moins que quelque divinité qui aurait placé toutes ses économies chez Madoff n’ait bidouillé cette vengeance mesquine envers les pauvres pécheurs que nous sommes ? Autre hypothèse : que les nombreux scandales de prêtres pédophiles aux USA et la clémence envers les autorités qui les ont couverts n’aient fâché le Très-Haut... ce qui expliquerait sa naissance sur le sol américain.
 
Mais c’est aux sommités religieuses qu’il appartient de se prononcer sur l’hypothèse du châtiment divin, comme on l’a autrefois dit de la grande peste.
 
Quoi qu’il en soit, financiers et politiques ne seraient cette fois pas les seuls bénéficiaires de la crise : aussi curieux que ça puisse paraître, une pandémie, c’est bon pour le moral ! A l’exception des victimes ou de leurs proches.
 
Eh oui : d’innombrables témoignages ont attesté l’intensité des émotions, durant les guerres, la soif de vie qui habite l’humanité pendant et après les conflits, l’envie de bouffer, de bâfrer, d’aimer, de baiser, car demain la mort peut survenir par une bombe ou un virus... La solidarité entre voisins, entre inconnus, se manifeste comme jamais durant les grandes crises (tsunami récent, tremblements de terre). On oublie les traites à payer (le banquier est-il seulement vivant ?), les contraventions impayées, l’huissier, l’arthrose, le harcèlement au travail et toutes les misères quotidiennes. Depuis qu’on se demande si on passera l’été, l’emprunt sur 25 ans pour le pavillon nous donne moins de tracas.
 
Bref, si on survit à une pandémie, on reprend goût à la vie ! C’est pas génial ? 
 
 
4. L’hypothèse basse, la plus probable :
 
Une pandémie modeste, un virus peu virulent (!), un gagne-petit parmi les microbes, un ringard de l’inframonde.
 
Ce serait naturellement une formidable nouvelle d’un strict point de vue sanitaire, mais le risque est grand d’imaginer qu’on s’est encore fait avoir : « Tout ça pour ça ? ». 
 
Déjà hier, avant même le pic de la pandémie, il s’est trouvé des esprits forts pour dire que tout ça est bidon, qu’il s’agit d’une gigantesque manip des laboratoires pharmaceutiques pour faire monter le prix des antiviraux, ou un complot du monde de la finance pour faire oublier leurs malversations, camoufler l’incroyable rapacité d’un milieu amoral, à l’utilité sociale douteuse.
 
« Pourquoi l’OMS a-t-il haussé le niveau d’alerte à 5 alors que la grippe annuelle fait davantage de victimes chaque année ? », se demanderait-on, sachant que 6 est une sorte de grande faucheuse qui court sur la planète.
 
Même les plus rationnels, qui acceptent que la prévention doit par définition se faire avant (!), ne pourront se départir d’un léger doute : considérant qu’on nous a tellement menti en 2008, sur le marché qui s’autorégule, sur la COB et la SEC, les vigilants gardiens de la haute finance, sur le mérite des grands « managers », comment être sûrs que nos responsables disent cette fois-ci la vérité ? 
 
 
5. Il semble donc que l’on se dirige vers une pandémie modeste. 
 
Des millions de personnes n’auront donc pas la possibilité de ressentir dans leur chair l’inextinguible soif de vie des survivants d’une catastrophe : il faudra se contenter de pousser un modeste « ouf » de soulagement. Les nombreux animaux en voie de disparition prendront leur mal en patience pour attendre le prochain virus, et l’espoir d’une subite extinction de l’espèce humaine.
 
Mesdames et messieurs les jurés, ce virus AH1N1, que les médias ont désigné à la vindicte populaire, n’est qu’un petit orphelin, un immigré clandestin apatride (Mexicain, Étatsunien ?) dont aucun pays ne veut.
 
Il nous a fait très très peur ? Ne nous vengeons pas sur lui de notre propre faiblesse !
C’est un faible, un perdant si on le compare au virus HIV - un vrai tueur celui-là - doublé d’un sadique qui vous bouffe à petit feu pendant des années, avant de vous achever... Ou encore le mystérieux prion, que l’on dit capable de résister à une stérilisation de deux heures dans un four ! Ou le terrible Ebola dont on ne parle qu’à voix basse dans les laboratoires P4 de haute sécurité.
 
L’humanité admire la force sans se l’avouer et méprise la faiblesse, mais plutôt que notre instinct, écoutons la voix de notre conscience : AH1N1 ne mérite-t-il pas les circonstances atténuantes devant le tribunal de la mondialisation ?
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:37

J’ai hésité entre vous entretenir de la crise financière et vous causer longuement de la pandémie de grippe américaine...

vous expliquer comment les antibiotiques sont inutiles, les antiviraux incertains, inutiles en prévention et « réservés » aux malades, leur improbable acheminement dans toute la France dans les délais (à administrer dans les tout premiers jours...), vous annoncer avec des trémolos d’inquiétude comment y en aura pas pour tout le monde en cas de pandémie niveau 6... Comment il faudra choisir entre la fabrication du vaccin contre celle-ci ou contre la grippe saisonnière, comment la Terre a été frôlée par un astéroïde il n’y a pas si longtemps, comment nous sommes tous condamnés à long terme, mais je me suis dit que vous allez l’entendre trois fois par jour dans les semaines à venir, et que la télévision allait prochainement dégorger de l’inquiétude jusqu’à la nausée !

Alors, j’ai finalement opté pour une anecdote qui date de l’ex-URSS.

Contrairement à ce que pensent les esprits chagrins qui critiquent tout ce qui est français et ne jurent que par les productions hollywoodiennes, le cinéma français était déjà à l’époque très apprécié du public soviétique, particulièrement les comédies en tout genre, avec Pierre Richard ou De Funès qui y étaient très connus, dans les films de Weber, Gérard Oury etc.

La comédie policière Les ripoux, de Claude Zidi, fut donc elle aussi un grand succès dans les villes de l’URSS. Il faut dire que le côté réaliste, l’accent de vérité porté par ce duo de flics - l’un jeune, idéaliste et ambitieux, l’autre désabusé et d’une rigueur morale toute relative, magouilleur à la petite semaine, corrompu mais humain - est internationalement reconnaissable. Quel pays n’a pas quelques policiers ripoux – excepté la France, je veux dire ?

Pourtant, les spectateurs ne pouvaient s’empêcher de trouver la fin bancale, en opposition au ton du film : ce flic déshonoré, ruiné, abandonné par son pote jamais venu le voir en prison, qui sort du pénitencier dans le brouillard, triste et solitaire - c’était exemplaire, mais ça ne cadrait pas avec l’ambiance générale de la comédie, sauf si le réalisateur avait absolument tenu à une fin moralisatrice.

Pas étonnant : la censure soviétique avait tout bonnement sabré le final où, après ses quelques pas dans la brume, Noiret entend soudain un bruit de sabots : ses amis ne l’ont pas abandonné, ils sont venus, ils ont même apporté avec eux le fruit de l’argent mal acquis, un canasson de course ! Quant à cacher l’amour du jeune flic incarné par Lhermitte pour une prostituée aussi séduisante que Grâce de Capitani, il aurait fallu couper la moitié du film... impossible.

Évidemment, en une époque où, dans la même année, on a eu droit aux malversations de Kerviel, aux parachutes dorés de banquiers renfloués par l’État, à l’escroquerie pyramidale d’un Madoff, le cheval de course de Noiret fait un peu petit bras... Mais pour la censure soviétique, le peuple ne devait pas penser que le crime pouvait parfois payer – en supposant que ledit peuple ne le sache pas déjà  !

Heureusement, même en ces temps préhistoriques d’avant l’ordinateur domestique, l’ancêtre d’Internet existait déjà : il s’appelait le bouche à oreille, merveilleuse source d’information, grâce à laquelle les gens se racontèrent assez vite la véritable fin de cette comédie. Et le peuple put avoir la confirmation qu’en France comme en Russie, le crime, petit ou grand, est parfois profitable...

Nota : toute ressemblance avec un crime ou un délit commis sur le sol français, ayant été profitable récemment à son ou ses auteurs, n’est que pure coïncidence. Les magistrats français sont promus en fonction de leur sens de la justice, de leur impartialité et de leur indépendance du pouvoir.
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:36

 

Deuxième partie, ou comment l’espéranto s’imposera comme une évidence... quand tout le reste aura été essayé !
(Remarque : l’article étant assez long, la conclusion est une sorte de résumé de l’article, qui peut être donc être lue directement)
On a vu dans la première partie comment les logiciels de traduction usent d’effets d’annonce, voire de boniments purs et simples quand ils annoncent la fin prochaine de l’apprentissage des langues étrangères...
 
Ce qui n’est au fond qu’une banale exagération publicitaire s’inscrit dans le problème plus général de la barrière des langues et des divers moyens par lesquels les hommes tentent de s’en affranchir, poussés par leurs besoins professionnels bien plus souvent que par la volonté de découvrir les autres langues et cultures.
 
Mais ces promesses répétées des constructeurs maintiennent dans l’esprit du public l’illusion que les machines seront la solution à la barrière des langues, ce qui, à l’heure actuelle, est tout sauf évident.
 
Rêver, c’est bien, mais pas si cela entretient nos illusions et nous empêche de tester d’autres idées, et d’avancer.
 
En parlant d’illusion, celle de la réussite du plurilinguisme officiel de la Belgique et de la Suisse commence à être perçue comme telle :
« La représentation équitable des quatre langues nationales dans l’administration fédérale n’est qu’une illusion. Le déséquilibre est particulièrement visible chez les cadres, selon une étude. Quant aux textes de loi, ils sont presque toujours rédigés en allemand. »
 
1. Les pédagogues aussi sont à la recherche de la méthode miracle pour surmonter la malédiction de Babel.
 
Petit historique, sans garantie d’exactitude chronologique :
ceux qui n’ont pas connu les cabines de langues ne sauront rien de cette ambiance de confessionnal (en général pour l’aveu de sa médiocrité en langue...), avec ses rangées d’élèves étrangement calmes, robotisés avec leurs écouteurs sur la tête. Pourquoi cette antique méthode existe-t-elle encore dans nos écoles, à l’heure des panneaux interactifs et des assistants natifs ? Tout simplement parce que c’est un moment béni pour des profs qui, en général, ne goûtent jamais à un tel silence dans leur classe !
 
Puis vinrent les séjours linguistiques, technique que le cinéma a beaucoup contribué à populariser grâce au film « À nous les petites Anglaises ». Devant le succès de cette méthode, innovante à l’époque, l’industrie du cinéma a développé cette pédagogie à l’intention des adultes, avec des classiques comme "À nous les grandes Allemandes", "À nous les Suédoises naturistes", "Examen oral en Italie".
 
Après un léger déclin, les séjours linguistiques connurent un très fort regain d’intérêt avec le film "L’auberge espagnole" et les programmes Erasmus, intérêt dopé par l’obsession de l’Union européenne pour la mobilité de la jeunesse laborieuse, tant vantée par les entreprises.
Pourtant, malgré la réputation internationale du french kiss, les résultats en matière de langues laissaient toujours à désirer.
 
Sans y voir de relation de cause à effet, ce fut alors au tour de l’oral de se voir promu au rang d’un dogme (faire toujours plus d’oral) et, comme dialoguer entre débutants est mortellement ennuyeux, on songea rapidement à l’importation de natifs. Comme tout dogme, il a ses extrémistes, selon lesquels il ne faut pas expliquer la grammaire des langues, mais simplement parler, parler, et faire répéter, répéter, pour s’imprégner de la langue comme une éponge absorbe l’eau. C’est un peu l’inverse de la torture par isolement sensoriel, où l’on supprime tous les sons : ici, on répète sans arrêt, sans arrêt, jusqu’à ce que l’élève avoue enfin sa lassitude et hurle : 
— Stop !
— In english, please.
— Stop ! 
— Ok.
 
Hélas, on eut beau importer à grands frais natifs et natives, toujours plus nombreux, toujours plus séduisants - rien n’y fit, il était toujours aussi difficile de progresser dans la langue de Shakespeare, et même dans celle d’un Texan. Pire : la propagande qui prétend l’anglais facile humiliait beaucoup d’élèves, au point de devenir contreproductive. L’humiliation n’étant pas une bonne pédagogie, il fallait trouver autre chose. 
 
Ce fut l’intercompréhension passive, cette imposture scientifique qui fait de distingués colloques, mais qui en quinze ans a produit largement plus d’articles pédagogiques que de résultats reproductibles ou de méthode compréhensible par le prof de langue moyen...
Ne faut-il pas voir la main du Malin dans le fait que l’intercompréhension soit elle-même incompréhensible ?
 
Récemment, les stages extra-scolaires du ministre Darcos firent la une des médias. Hélas, à peine nés, les voilà déjà contestés. Parallèlement, on a lancé les fameux TICE (technologies interactives de la communication) qui vont permettre aux élèves de dialoguer avec un vrai natif. 
Je ne sais pas pour vous, mais moi, passer d’une assistante d’anglais native, en chair et en os, à une assistante en seulement deux dimensions, prisonnière d’un écran mural, je n’appelle pas ça un progrès, mais une régression pédagogique... Les écrans plats, ça aplatit les formes !
Pour quelques euros de plus, je connais des sites où une native non seulement vous parle, mais ce qu’elle vous dit ne figure dans aucun programme scolaire... Et en plus elle se déshabille. C’est quand même autre chose, non ?
 
Ce sont pourtant deux approches non technologiques qui tiennent aujourd’hui la corde : l’apprentissage précoce des langues et le CECRL.
 
- Le CECRL, de son petit nom « cadre commun », est souvent présenté comme une innovation révolutionnant l’enseignement des langues, quand ce n’est qu’une échelle de niveau.
 
En fait de nouvelles méthodes d’enseignement, le Cadre commun est surtout à l’origine de nouveaux manuels scolaires à acheter... le bizness est partout !
 
Quelques précisions sur ce CECRL : défini par de nombreux ciritères à l’écrit et à l’oral, en écoute et en production, il reste malgré tout approximatif, car un niveau en langue ne peut être réellement mesuré, seulement estimé. Il n’est pas facile non plus de codifier les tests correspondants.
Le CIEP (Centre international d’études pédagogiques) vient de mettre en ligne des dialogues d’élèves, étalonnés selon l’échelle CECRL, dans six langues.
 
Pour ceux qui lisent le pédagol dans le texte, un article éclairant sur l’illusion que le Cadre commun va révolutionner l’enseignement, «  Les apports du CECRL en cours de Langues ».
 
 Un aperçu de sa conclusion :
« La prise en compte du CECRL dans notre enseignement va bien au-delà d’une évaluation spécifique des cinq activités langagières telle qu’elle est déjà prévue par les épreuves certificatives du DNB et du Bac STG. Elle induit des modifications de nos pratiques, bénéfiques pour notre enseignement parce qu’elle nous rapproche de nos élèves, qu’elle nous permet de mieux les accompagner, de mieux communiquer avec eux et de les impliquer davantage. »
 
Cette échelle consensuelle est réellement un vrai progrès, car les discussions sur les langues achoppent toujours sur l’imprécision de formules comme « parler anglais », « anglais fluent » (de même pour chaque langue), mais ce Cadre commun ne révolutionne en aucune manière l’apprentissage d’une langue étrangère, qui reste un grand défi.
 
Comme si les langues étrangères avaient changé parce qu’on s’est enfin mis d’accord sur un double décimètre des langues !
 
Chaque méthode qui s’avère ne pas faire de miracles est ainsi remplacée par une autre. La posture raisonnable serait de prôner le panachage de l’ensemble de ces méthodes, mais ce serait un suicide universitaire, car pour briller dans les congrès et stimuler une carrière, il est plus avantageux de promouvoir une « nouvelle » méthode que paraître manquer d’inspiration ! 
En pédagogie comme dans le business, il faut jeter le raisonnable aux orties, oublier le sens de la mesure, enfouir la vérité et en rajouter dans l’outrance :
« En 2 heures, l’apprenant a parcouru l’ensemble des structures de la langue, y compris les structures complexes »
 
Tout est bon pour obtenir un slogan induisant l’idée d’un temps minimum pour apprendre une langue !
 
- L’enseignement précoce des langues.
 
C’est une des voies pédagogiques dont on parle le plus actuellement, et la sortie récente de deux études scientifiques va sans nul doute relancer la pression médiatique à ce sujet. Nous en reparlerons prochainement, car ces deux études méritent un développement. Elles n’ont prouvé que peu de choses, essentiellement que l’apprentissage précoce n’était pas néfaste.. Primum non nocere, ce n’est déjà pas si mal, avouons-le !
 
Toute la question est de savoir dans quel but on organiserait cet enseignement précoce, en d’autres termes : s’il est favorable, favorable à quoi ?
 
Si l’on met de côté les pays à plusieurs langues officielles, et les familles multiculturelles pour lesquelles les raisons sont évidentes, force est de constater que derrière un débat pédagogique, c’est une question politique : l’anglais !
 
Qui a lu ou entendu des plaidoyers sur les bienfaits de l’enseignement précoce du grec ancien, des vertus de l’allemand, de l’espagnol, de l’arabe ou de l’italien en maternelle ?
 
 
2. La difficulté des langues attire aussi les charlatans de tout poil, comme les maladies chroniques font prospérer les guérisseurs.
 
Régulièrement, un institut ressort ses pubs basées sur de prétendues fréquences plus spécifiques d’une langue :
« Chaque langue se caractérise par des fréquences dominantes différentes et l’oreille n’est habituée qu’à celles utilisées par la langue maternelle. »
 
Où sont les références, les articles scientifiques à l’appui de cette théorie ?
 
Le problème est qu’on peut abêtir le public en passant par exemple des horoscopes dans des journaux ou à la radio : le bureau de vérification de la publicité dira que ce n’est pas de la publicité, la justice est débordée et s’en tamponne, et les journaux scientifiques sérieux ne se sentent pas concernés - et pour cause... c’est plus proche du charlatanisme que de la science.
 
 
3. Parmi les méthodes essayées par l’humanité pour surmonter la barrière des langues figure aussi la simplification des langues, du moins la suppression des complications peu utiles, dans la mesure du possible et de ce qui est acceptable par ses locuteurs.
 
La Chine va bientôt publier une nouvelle liste de caractères simplifiés. Son rôle comme langue de communication en Asie semble s’affirmer depuis quelques années, outre que la Chine implante partout dans le monde des Instituts Confucius (analogues des British Council, Alliance française, Goethe-Institut, Cervantès, Rousski mir), mouvement qui va de pair avec sa montée en puissance hors de la sphère asiatique.
 
Cette tentative a été contestée là-bas comme le fut chez nous la réforme de l’orthographe de 1990 :
« En 1986, la Commission d’État sur la langue a publié une liste de 2 235 caractères chinois simplifiés pour normaliser l’écriture chinoise ».
Cette nouvelle simplification de leurs idéogrammes, qui restent malgré tout redoutables pour nous, est peut-être voulue pour favoriser l’usage du chinois comme langue du commerce en Asie, voire en Europe... Elle participe donc aussi de ces tentatives de franchir la barrière des langues, en proposant une sorte de chinois « simplifié. »
 
Mais notons que c’est malgré tout un des rares gouvernements discrètement favorables à l’espéranto (le site China.org est polyglotte dont l’espéranto, forcément avec l’imprimatur officiel vu le régime du pays), avec la Pologne, la Tchéquie.
 
 
4. A notre époque de mondialisation, il est étonnant qu’on ne se préoccupe pas davantage de l’incommunicabilité entre les peuples.
 
Comment ne pas s’étonner qu’on fasse voyager des tomates, des jeans ou des jouets d’un bout à l’autre de la terre, que des plateformes téléphoniques nous appellent d’Inde ou du Sénégal, que des boîtes sous-traitent de l’informatique, de la finance, du dessin à l’autre bout du monde, mais que les hommes ne disposent pas d’un moyen simple de communiquer entre eux, quelle que soit leur langue d’origine, quel que soit leur pays ?
 
La barrière des langues est un effet de l’histoire, mais un véritable anachronisme dans la modernité. De même que l’ONU a été une avancée pour affronter en commun la complexité et les conflits de nos sociétés, surmonter la barrière des langues est assurément un des plus grands défis du 21e siècle.
 
Il ne s’agit pas de remplacer toutes les langues, richesse culturelle à conserver autant que possible, mais de disposer d’un moyen de communication international accessible au plus grand nombre de Terriens, tout en conservant chacun sa langue et sa culture spécifiques. 
(Que l’on parvienne ou non à communiquer facilement, on estime que 50 à 90% des quelques 6000 langues vont disparaître. Les linguistes estiment que le seuil de survie d’une langue est de dix-mille locuteurs.)
 
 
5. L’étrange attitude de certains linguistes, qui parfois ne voient pas la barrière des langues comme un problème.
 
Alors même que les efforts dans les technologies langagières prouvent la volonté de l’humanité de franchir la barrière des langues, certains linguistes semblent parfois nier l’existence même de cet obstacle !
 
Comme si leur amour des langues - respectable - les aveuglait. Leur seule réponse : apprenez les langues ! J’ai envie de leur réponde : apprenez la biologie, la dentisterie, le violon, le bricolage et le jardinage !
 
Bien évidemment, lorsqu’on réside longtemps dans un pays, pour des raisons personnelles ou professionnelles, il est tout à fait naturel d’essayer d’apprendre la langue dans la mesure de ses moyens, mais c’est un problème local et personnel qui n’a rien à voir avec la communication à l’échelle de la planète.
 
Même si nous parvenions tous à connaître trois langues à un certain niveau (et c’est déjà le cas pour pas mal de gens : des notions d’une langue régionale, plus une "grande langue"), cela ne changerait que peu de choses à la barrière des langues, même à l’échelle de l’UE.
 
Qu’il soit permis à un simple citoyen de demander à ces linguistes de bien différencier leur opinion (ils ne pensent pas, ou ne croient pas à une langue véhiculaire commune à l’humanité, ce qui est leur droit) des faits établis, les trésors d’intelligence déployés pour surmonter la malédiction de Babel, que ce soit par des ingénieurs, linguistes, grammairiens, ou des enseignants et leurs élèves - tout en gardant chacun sa langue et sa culture.
 
Il est bon de rappeler que les linguistes ne sont pas forcément des polyglottes, ils ne sont pas forcément à l’aise dans des langues qu’ils n’ont étudiées que sur le plan théorique ; l’analyse des langues est leur métier, pas la communication.
 
Nous avons tous vécu un jour l’impossibilité de se faire comprendre d’un étranger, ou à l’étranger, le ridicule et le profond malaise qu’engendre cette incompréhension.
La barrière des langues est le problème de tous, pas celui des linguistes !
 
 
6. Ces efforts se font selon trois grands axes : la traduction automatique, les méthodes pédagogiques, et une langue simple (simplifiée ou construite).
 
Pourquoi refuser d’expérimenter aussi la troisième voie ? Surtout quand on constate tous les jours les médiocres résultats des deux premières ! La méthode expérimentale, que maintenant toutes les sciences suivent peu ou prou, devrait aussi être appliquée à la question de la communication mondiale.
 
Nota : il existe naturellement une quatrième voie, celle de l’interprétariat, mais à défaut de pouvoir faire suivre chaque Européen de 26 interprètes (!), cette solution technique ne concerne que les réunions et congrès internationaux, comme au Parlement européen. C’est une méthode complexe, coûteuse et imparfaite, analysée dans Le Défi des langues, de Claude Piron, ainsi que dans la série de petites conférences qu’il a enregistrées à son domicile, classées par thème, et qui contiennent quelques anecdotes savoureuses sur l’interprétation au niveau international, son ancien métier. (Même lien, chapitre "Sur You Tube")
 
 
7. Sur ce sujet un rien austère, accordons-nous une minute de rêve, la gorgée d’eau fraîche dans l’oasis.
 
Oublions un instant la dure réalité, la grande difficulté des langues étrangères, oublions également que nous baignons dans notre langue maternelle (ou du pays) depuis notre enfance, en immersion totale, permanente, et que, malgré cet apprentissage intense, bien rares sont ceux qui maîtrisent réellement leur propre langue.
 
Qu’il est bon de rêver d’étendre à tous les enfants le cas particulier des bilingues compétents – sous-entendu en anglais, en sacrifiant la liberté de choisir sa ou ses langues étrangères, et la diversité linguistique.
 
Qu’il est confortable d’oublier que la question des langues à l’école n’est pas pédagogique mais politique !
 
Qu’il est doux de se bercer d’illusions, d’attendre la machine qui d’un simple clic nous traduira les subtilités de n’importe quelle langue étrangère, qu’il est facile de pratiquer la pensée magique : on peut le dire, donc on peut le faire !
 
Et on traite les espérantistes de rêveurs !
 
 
8. C’est probablement quand toutes les solutions « magiques » auront échoué, que nos médias et « intellectuels » réaliseront soudain que la solution est là depuis 120 ans, imparfaite mais fonctionnelle, efficace, l’espéranto comme langue seconde de toute l’humanité.
 
Des millions sont investis dans la recherche et développement des logiciels de traduction, des milliers d’euros dans des colloques stériles sur l’intercompréhension, le budget traduction-interprétation de l’UE est en constante augmentation - ce qui n’a pas empêché l’anglicisation des institutions européennes, et de nombreux pays investissent des sommes énormes dans l’enseignement de l’anglais à l’école.
 
Tout ça pour un résultat médiocre, évalué si l’on ose dire, uniquement par les sondages d’Eurobaromètre ! Et pourtant, l’UE ne daigne pas consacrer quelques malheureux milliers d’euros à tester l’efficacité de l’espéranto dans la traduction (tests de traduction et rétro-traduction après langue-pivot), pour infirmer ou confirmer sa vitesse d’apprentissage, sans commune mesure avec celle de l’anglais, du français ou de l’allemand.
 
Étonnante obstination à refuser le simple essai d’une solution qui a fait ses preuves sur le terrain depuis 120 ans, loin des cénacles théoriques : refuser la méthode expérimentale est un obscurantisme d’un autre âge.
 
L’explication est simple : il ne s’agit ni de pédagogie ni de science, mais simplement de politique. Les énormes pressions pour faire de l’anglais la langue de l’UE gênent l’émergence de l’espéranto comme langue véhiculaire mondiale.
 
 
9. Les réticences envers l’espéranto.
 
Comme toute avancée majeure, depuis la Croix Rouge, dont le fondateur fut considéré comme un illuminé, à l’ONU, l’espéranto affronte à la fois des réticences psychologiques et de puissants intérêts politiques et financiers.
 
Ses « tares » :
— S’opposer au conservatisme naturel de l’homme (on recherche presque tous la stabilité), être un concept révolutionnaire, celui d’une langue construite.
— Nuire à l’hégémonie de l’anglais, langue de la puissance financière et politique du moment.
— Défriser une certaine francophonie, qui se croit encore deuxième derrière l’anglais, alors que l’espagnol s’organise comme langue véhiculaire en Amérique du Sud, et le chinois en Asie !
— Être gratuit : une solution simple et gratuite, qui pourrait porter ses fruits en quatre ans à peine, ça n’intéresse aucun industriel... et inquièterait le monde de l’édition (avec 16 règles de grammaire, c’est dur d’épaissir le manuel !). Aucun logiciel à payer (le mini logiciel Ek pour taper les quelques lettres à signe diacritique, est gratuit), aucun appareil ! Le Linux des langues !
— Faire peur aux gouvernements : quel dirigeant souhaite que les peuples puissent échanger leurs idées d’un bout à l’autre de la terre ?
— Gêner les élites qui ont consenti d’énormes efforts pour atteindre à l’âge mûr un niveau acceptable (ou passable...) en anglais, qui ont collé leurs enfants dans les filières élitistes déguisées que sont les sections européennes et internationales de nos lycées, après leur avoir payé moult vacances à Londres ou aux « States ». Après avoir soutenu mordicus que l’avenir était dans l’anglais et le chinois, comment envisageraient-ils qu’il existe une meilleure option, plus efficace et moins élitiste ? Comment admettre qu’on puisse s’être trompé ?
— Déplaire à beaucoup d’enseignants en langue (pas à tous), qui craignent pour leur deuxième langue, pourtant déjà placardisée par l’anglais, sans envisager le problème dans son ensemble.
— Déplaire à tous ceux qui privilégient les préjugés à la réflexion personnelle, les croyances à la connaissance, les certitudes à la curiosité.
 
 
Conclusion (en forme de résumé, donc avec quelques redites...)
 
— Les langues étrangères représentent une difficulté majeure qui nécessite une forte motivation, des milliers d’heures, des séjours en immersion ; et dont les acquis s’oublient vite sans pratique régulière.
 
— La diversité linguistique est une richesse, mais aussi une source de difficultés : casse-tête scolaire et administratif, plusieurs langues officielles, etc.
 
— Si le plurilinguisme était simple, ça se saurait, surtout en Belgique et en Suisse où, malgré l’ancienneté du problème, il n’est toujours pas acquis.
 
— Les efforts intellectuels et les investissements pour surmonter la barrière des langues sont anciens et considérables. On peut les classer ainsi : les méthodes pédagogiques, la traduction automatique, et la simplification d’une langue, sous réserve que celle-ci soit acceptée par tous comme langue véhiculaire : la récente proposition d’un chinois simplifié (un peu) n’en fait pas ipso facto une langue véhiculaire mondiale !
 
— Malgré ces efforts, de nos jours comme au cours des siècles écoulés, seule une élite intellectuelle a pu disposer d’une langue véhiculaire commune, celle de la puissance dominante du moment.
 
Voyageurs, artistes, commerçants, marins, ces divers groupes étaient eux aussi polyglottes, et pratiquaient ce qu’on appelle aujourd’hui un peu pompeusement l’intercompréhension passive, c’est-à-dire une petite connaissance de plusieurs langues, meilleure en compréhension qu’activement.
 
— Aujourd’hui l’anglais est hégémonique dans certains métiers, finance, commerce, sciences. Mais dans ce monde à la fois globalisé et multipolaire, diverses langues gardent un rôle international : français, espagnol, chinois, russe, arabe et continuent à lutter pour préserver leur influence – l’anglais n’a absolument pas fait cesser la guerre des langues...
 
— Seule une infime partie de la planète est capable de communiquer correctement, à condition d’avoir étudié la même langue. Et cette communication reste souvent médiocre, dans une proportion impossible à connaître compte tenu de l’absence totale d’études scientifiques à ce sujet ; nous ne disposons d’une une échelle de niveau en langue que depuis quelques années ! Des débats basés sur des sondages... ça ne fait pas très sérieux sur une question aussi importante pour l’humanité !
 
— Certains pensent vaincre la malédiction de Babel par l’anglais, sous réserve de le commencer très tôt, à la maternelle, et de l’étudier intensément tout au long de la vie ; ils veulent imposer à tous cette solution éminemment injuste, puisque extrêmement bénéfique financièrement et politiquement aux « native english. ». Cette opinion, soutenue par le monde de la finance et beaucoup de politiques, est puissamment relayée par l’UE et par de nombreux médias pro-anglais : il est permis de douter de leur objectivité !
 
— Certains linguistes pensent illusoire l’idée même d’une langue véhiculaire commune à l’humanité, librement acceptée par la majorité. Mais ce n’est que leur opinion, impossible à confirmer scientifiquement. Par contre, l’envie de l’humanité de surmonter la barrière des langues, elle, est attestée par des efforts anciens et soutenus.
 
Sur les trois voies de recherche pour vaincre Babel, seules les deux premières sont réellement expérimentées !
 
Traduction automatique et pédagogie sont régulièrement subventionnées, tandis que la troisième voie, celle d’une langue construite pour être simple (à ne pas confondre avec simpliste), dont l’espéranto est l’exemple le plus convaincant, ne fait l’objet d’aucune expérimentation officielle, et ne reçoit aucun subside ! (Sauf une très petite et récente contribution européenne à un projet de conte plurilingue pour enfant.)
 
L’attitude scientifique en matière de communication, ce serait de tester la vitesse d’apprentissage de l’Eo, comparativement à d’autres langues, par exemple anglais, français, chinois, pour infirmer ou vérifier ce que disent tous les locuteurs de l’Eo, que cette langue est 8 à 10 fois plus facile à apprendre, à niveau égal, ce qui est considérable car cela change totalement la problématique de la communication.
 
L’attitude scientifique, ce serait d’organiser des tests de fiabilité de l’espéranto comme langue-pivot, c’est-à-dire des tests de traduction et de rétro-traduction (retour à la langue d’origine d’après la langue pivot, en aveugle) comparativement à d’autres langues.
L’attitude moyenâgeuse, c’est de se baser sur les clichés et les préjugés pour écarter d’emblée toute recherche sur cette voie, ce qui repousse d’autant la date à laquelle l’Humanité se verra dotée d’un outil de communication efficace et accessible au plus grand nombre, car la traduction automatique et les innovations pédagogiques ont surtout fait la preuve de leur échec.
 
L’espéranto est un concept révolutionnaire, qui affronte des résistances psychologiques et politiques considérables, ce qui explique la lenteur de ses progrès.
Les radios et la presse régionale se montrent petit à petit plus ouvertes que la presse nationale, comme récemment Sud-Ouest, et ici Sud-Ouest également,, la République des Pyrénées,, et L’Alsace au sujet du mouvement EDE aux élections européennes.
 
Gageons que la Toile a joué un rôle notable dans cette ouverture !
 
L’avenir seul dira comment l’humanité parviendra à vaincre la malédiction de Babel - cette véritable quête du Graal - mais nous ne doutons pas qu’elle y arrive un jour. La diversité n’implique pas que nous refusions un outil de communication !
 
Que le monde entier puisse se parler ou clavarder assez facilement, tout en préservant la langue et la culture de chacun, serait la plus grande révolution culturelle depuis Internet et, avant lui, l’imprimerie, ni plus ni moins !
 
(Réf. le classique sur ce thème : "Le défi des langues", Claude Piron, éd. L’Harmattan (1994))
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:35

 (Première partie de : « L’Humanité à l’assaut de la tour de Babel »)

Il ne se passe pas un mois sans que l’un ou l’autre des fabricants de logiciels de traduction n’annonce un nouveau matériel, le lancement d’un grand projet ou la sortie prochaine d’une nouvelle machine très performante. Quelle est la part de vérité dans ces promesses : info ou intox ? 

Bientôt la vraie traduction  ! Promis, juré, craché, sinon le fabricant se jette du haut de la tour de Babel... 
 
Dimitris Sabatakis, président de Systran, leader mondial dans la communication multilingue, annonce brutalement la couleur - nous sommes malades : « Emploi-management - La vie de bureau - Les Français malades des langues »
 
On se doute qu’il va nous guérir. 
 
Malheureusement, il n’est pas le seul à posséder un remède miracle... La concurrence est vive sur ce marché porteur. Ils sont nombreux, les guérisseurs, aux marches de la tour de Babel :
 
« Rassurez-vous, le problème ne se pose plus ! Pourquoi, comment ? Grâce à votre iPhone, encore une fois. Avec l’application Wordreference.com, c’est un véritable dictionnaire anglais/français qui s’offre à vous... et gratuitement ! »
 
Vous reprendrez bien un peu de potion magique ? Voilà :
 
Pour la première fois, ces deux langues sont comprises par un système de reconnaissance du langage en temps réel. Celui-ci identifie le sens des phrases prononcées dans un contexte normal.(…) Son pendant italien sera réservé à l’administration publique, pour mettre en place un service de hotline informatique. Le système est prévu pour être commercialisé d’ici la fin de l’année. Pour ses concepteurs, le but est aussi de faire du système un outil multilingue : il existe déjà en anglais et français. Les versions polonaise et italienne marquaient la possibilité de convertir le logiciel en d’autres langues sans diminuer sa qualité. D’autres déclinaisons sont donc à attendre. »
 
On aura remarqué l’effet d’annonce sur les progrès dans un futur proche. Mais ces aperçus des boniments courants n’étaient que des mises en bouche, car parfois on anticipe carrément de quelques années, on rêve tout haut :
 
« La barrière de la langue japonaise supprimée grâce au téléphone mobile ?
Imaginez un traducteur multilingue automatique commandé par la voix et intégré au téléphone portable... Possible ? Pas encore, mais cela sera peut-être le cas dans quelques années. En effet, NEC Corporation a annoncé le 5 janvier 2009 qu’il développait un logiciel de traitement vocal automatique pour téléphone, interprétant rapidement et avec précision les mots et les phrases couramment utilisées lors des voyages. L’utilisateur prononce une phrase en utilisant son téléphone et la traduction est ensuite affichée sur l’écran en seulement quelques secondes et sans avoir à se connecter à un réseau ou à un serveur. »
 
Jusque là, il faut pourtant reconnaître que nous étions dans le raisonnable, l’honnête boulot de commercial qui vend l’honnête boulot des ingénieurs. Mais souvent, à lire certaines annonces, on se croirait dans un film de science-fiction, car on nous annonce ni plus ni moins la fin de l’apprentissage des langues étrangères !
 
«  Il ne sera bientôt plus nécessaire de s’embêter à apprendre une langue étrangère si l’on dispose d’un iPhone. Softbank, qui distribue le téléphone intelligent au Japon, a conçu « peeek », une application de traduction à la volée. 
Le mode d’emploi est simple, il suffit de dicter à la voix le mot ou la phrase que l’on souhaite voir traduire, du japonais à l’anglais ou au chinois. Épatant, mais encore limité à 1 500 locutions nippones… »
 
« Le mot ou la phrase »… Gageons qu’il sera plus performant sur le mot que sur la phrase ! Mais on sent que le commercial piaffe d’impatience et se retient de nous annoncer pour bientôt l’antigravité et d’une croisière vers Mars avec le chat et le grand-père.
 
Pourtant, n’importe quel interprète-traducteur sait que les logiciels sont à des année-lumières de la vraie traduction. 
 
Pour l’instant, ils perfectionnent le mot à mot, ce qui est certes très utile mais notoirement insuffisant, au point d’être devenu un jeu. Soumettre à une machine un texte littéraire, humoristique, avec des idiotismes ou vaguement argotique, promet une franche rigolade au bureau…Car la vraie traduction ne se base pas sur les mots, mais sur le sens, et considère la phrase ou ses propositions dans leur ensemble.
 
La vraie traduction, c’est du travail d’artisan, un art disent certains, car si l’artisan refait plus ou moins le même ouvrage, le traducteur réalise une traduction unique de l’œuvre originale.
 
D’ailleurs, qu’en disent les professionnels ?
 
« Certains fournisseurs de logiciels de traduction automatique affirment pouvoir fournir des traductions instantanées de documents dans les principales langues parlées sur la base d’outils logiques informatiques plutôt qu’un travail de langagier. Est-ce réaliste ?
Difficile de dire s’ils y arriveront et quand, ni quelle en sera la qualité. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, et plus d’un l’ont appris à leurs dépens. En novembre 2007, par exemple, un groupe de journalistes israéliens, qui devaient assister à un colloque à Amsterdam, a créé un incident diplomatique. À la demande du consulat hollandais, ils ont soumis au ministère des Affaires étrangères hollandais cinq questions qu’ils avaient traduites à l’aide d’un des systèmes de traduction automatique les plus avancés. Les questions ainsi traduites étaient incompréhensibles : « Hello Bud, the mother your visit in Israel is a sleep to the favour or to the bed your mind on the conflict are Israeli Palestinian » (Salut, la mère de votre visite en Israël est un sommeil à la faveur ou au lit votre esprit sur le conflit israélo-palestinien). »
 
Conclusion : sauf naissance inattendue d’une vraie intelligence artificielle, on ne disposera pas de sitôt de vraie traduction automatique, même de qualité moyenne. 
 
Bah ! Après tout, business is biznesse, et ce n’est que de la publicité : ma lessive est meilleure, et votre linge sera tellement blanc qu’on verra vos formes à travers. 
C’est de bonne guerre – une guerre commerciale qui se nourrit de la guerre des langues !
 
A la pointe de la recherche, la TAS (traduction automatique statistique)
 
« (...) il existe deux approches principales à la traduction automatique (TA) : une approche plus ancienne dans laquelle des experts produisent un ensemble de règles pour l’ordinateur selon leur connaissance dans la pratique de la traduction d’une langue à une autre, et une nouvelle approche qui consiste à permettre à l’ordinateur d’apprendre de lui-même de telles règles à partir d’un très grand ensemble de textes (corpus) bilingue. La technologie PORTAGE est basée sur la seconde approche plus nouvelle, aussi appelée « traduction automatique statistique ». »
 
Je ne sais pas si les ordinateurs vont réellement apprendre tout seuls, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a du blé dans ce domaine, en raison - comme souvent - des applications militaires potentielles...
 
« À partir d’octobre 2005, la visibilité internationale de la technologie PORTAGE a été accrue par notre participation au projet GALE, d’une valeur de plusieurs millions de dollars et subventionné par l’entremise de DARPA, l’agence de recherche de pointe du ministère de la défense des É.-U. Le but de GALE (Global Autonomous Language Exploitation) est de rendre accessible à des intervenants anglophones unilingues des enregistrements et des textes en langues étrangères (arabe et chinois), en particulier dans un contexte militaire. En tant que membre du consortium Nightingale, l’un des trois consortia impliqués dans le projet GALE, notre rôle est de fournir une technologie de TA pour la traduction de l’arabe et du chinois vers l’anglais. »
 
 
« L’Actualité langagière fête ses 40 ans cette année ! L’Actualité terminologique, comme on l’appelait à l’origine, publiait en effet son premier numéro en janvier 1968 : c’est presque un record de longévité pour un périodique de nature linguistique. »
 
Sur cette même page est annoncée pour octobre 2009 la réunion qui a lieu tous les deux ans et rassemble le gratin des technologies langagières (terme générique en usage)
 
Le site de cette conférence sur la traduction automatique - en anglais uniquement, car ils n’ont pas dû réussir à trouver un appareil de traduction en état de marche !
 
Les tentatives de vaincre la tour de Babel partent parfois dans tous les sens 
 
C’est le propre de la recherche, mais cela prend parfois des formes assez inattendues, comme ce projet de traduction et dialogue par l’intermédiaire de dessin animé 3D.
En cas de lien inactif, essayer celui-ci.
 
Un point commun cependant - on baigne toujours dans le plus grand optimisme :
 
« Dans quatre ans, n’importe quel récit composé à partir d’une base de mots prédéterminée pourrait prendre vie à l’écran. » 
 
Mais in fine, il s’avère qu’il est toujours question de vendre :
 
« En plus, les produits déjà développés sont de qualité ». En effet, un système d’apprentissage des langues, U’SLIC, a déjà été mis sur le marché par la compagnie de Pascal Audant, Unima. »
 
Surtout, ne pas se montrer modeste. Plus c’est fumeux, plus les capitaux affluent :
 
« « Le problème que je veux résoudre, c’est la diversité des langues. Comment retrouver l’universalité de la langue originelle », explique l’idéateur de l’entreprise et philosophe Lionel Audant (le père). Il croit que l’écriture statique est un pis-aller devant l’impossibilité de représenter par écrit le monde dans toute sa mouvance. Aussi, sa première motivation est philosophique, soit de recréer « une langue mère ». »
 
Le projet bénéficie pour le moment d’un budget de 1,5 million (!), provenant de l’organisme à but non lucratif Prompt Québec qui organise des partenariats de recherche industriels-universitaires, de la compagnie Unima elle-même et de fonds de recherche publics comme le Conseil de recherche en science et génie (CRSNG).
 
D’après le titre de l’article, on pense à un mandarin simplifié, une langue construite en idéogrammes qui s’inspirerait de l’espéranto (par exemple un millier de racines en idéogrammes, accompagnées de symboles pour les affixes et les temps), mais il semble que ce soit assez différent sur le principe, en outre incroyablement ambitieux et complexe : une interface qui traduirait la langue d’origine en dessin animé 3D, puis retranscrirait dans la langue du correspondant, alors même que les ingénieurs ne savent pas réellement traduire d’une langue à l’autre.
 
Devant ce défi technique et sémantique, il est évident que le calendrier proposé sur un ton affirmatif « Dans quatre ans, n’importe quel récit composé à partir d’une base de mots prédéterminée pourrait prendre vie à l’écran », est surréaliste. 
 
Au mieux, dans quatre ans, on demandera un supplément de subventions ! Et, comme pour l’intercompréhension passive, les colloques fleuriront...
 
Ne soyons pas toujours négatifs, certaines idées techniques semblent prometteuses.
 
Comme cette jeune pousse (start-up) qui va offrir aux entreprises une solution clé en main inspirée de l’interprétation simultanée des institutions internationales :
 
« première plateforme internet de communication multilingue avec interprétation simultanée. Une entreprise innovante permettant aux entreprises et institutions d’organiser des "call conférences"(conférences téléphoniques) dans tous les pays du monde et en 60 langues. »
 
L’amateur sceptique que nous sommes laissera la parole aux professionnels pour conclure.
D’autant plus qu’être espérantophone, c’est-à-dire croire davantage en la capacité des hommes à apprendre une langue de communication simple plutôt qu’en la venue sur Terre de l’intelligence artificielle, est pour certains une circonstance aggravante. 
 
« Pourquoi le Bureau de la traduction est-il d’avis que la traduction automatique n’est pas de qualité suffisante pour communiquer correctement un message dans une autre langue ?
Malgré tous les progrès de la technologie depuis l’apparition du premier système de traduction automatique vers le début des années 1950, la machine ne peut remplacer le traducteur humain. La traduction est un processus mental complexe. On ne traduit pas des mots, mais des notions, des concepts, des idées, bref des valeurs culturelles, sociales, intellectuelles, scientifiques, techniques et autre. D’ailleurs, les concepteurs de logiciels de traduction automatique le reconnaissent eux-mêmes :
  * Google Translate – « Même les logiciels actuels les plus perfectionnés ne peuvent maîtriser une langue aussi bien qu’une personne de langue maternelle ou posséder les compétences d’un traducteur professionnel. La traduction automatique est un domaine extrêmement complexe, car la signification des mots dépend du contexte dans lequel ils sont utilisés. La mise en place d’un service de traduction automatique rapide et efficace risque de prendre encore un certain temps. »
  * Windows LiveTranslator – « Attention : la traduction automatique permet uniquement d’avoir une idée générale du contenu. Elle ne remplace pas une traduction humaine de qualité professionnelle si vous recherchez un résultat précis et naturel. » »
 
« Le Bureau de la traduction déconseille l’utilisation de systèmes de traduction automatique autrement que pour des fins de simple information personnelle. »
 
« À quoi peuvent servir les systèmes de traduction automatique existants ?
Ils peuvent être utiles pour permettre à un lecteur, qui ne connaît pas la langue dans laquelle un document est rédigé, de se faire une idée générale de ce sur quoi porte le document »
 
A méditer. Il va donc falloir trouver une autre façon de vaincre la barrière des langues.
Pourquoi pas en faisant davantage confiance aux neurones qu’au silicium ?
 
(La superbe illustration vient du site CETIC, Centre d’excellence en technologies de l’information et de la communication, j’espère qu’ils ne m’enverront pas en prison, encouragés par la loi Hadopi... La page concernée traite justement d’un domaine où la traduction automatique rendrait bien des services, l’interopérabilité des données médicales, l’échange d’information - sémantiques, biologiques exprimées dans des unités différentes, etc.)
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:34


« Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, met en place des stages d’anglais gratuits pendant les vacances de printemps pour les lycéens volontaires des voies générale, professionnelle et technologique".
Ces stages contestés sont peut-être l’occasion d’orienter l’enseignement des langues vers plus de liberté et de diversité.



"Près de 4 700 lycéens volontaires des zones A bénéficient d’ores et déjà de ces stages gratuits et près de 4 000 d’élèves de la Zone C vont en bénéficier à leur tour, à raison de 3 heures par jour pendant 5 jours à l’occasion des vacances scolaires.
(...) Le dispositif des stages est prioritairement encadré par des enseignants volontaires rémunérés en heures supplémentaires, des assistants d’anglais et éventuellement des locuteurs natifs rémunérés en vacations. »
Site de l’Éducation nationale

Ou encore : «  Renforcement de l’apprentissage de l’anglais oral au collège et au lycée »

1 . Ces stages d’anglais sont très contestés

A la fois en raison de leur coût, et parce qu’ils se font en extrascolaire.
Le coût des heures supplémentaires et du recours à la sous-traitance auprès de natifs et d’étudiants anglophones n’est bien sûr jamais indiqué...
Comment accepter qu’on sacrifie les Rased (réseau d’aide et de soutien aux enfants en difficulté) et qu’on investisse dans l’anglais de cette façon ?
La Provence blogs :

« Constatant le recours croissant des familles à des stages dispensés en dehors de l’école (...) »

Hypocritement, on s’avance masqué : sous couvert d’égalité des chances, sous le prétexte de compenser l’avance en anglais des enfants qui passent leurs fins de semaine à Londres et leurs vacances à New-York, la véritable raison de ces stages réside dans la volonté de faire de l’anglais la langue véhiculaire de l’Union européenne et d’intensifier sa pratique, depuis l’école maternelle jusqu’à l’université...

Nous en avons parlé, on ne peut même pas parler de complot au vu des déclarations de diverses personnalités en ce sens.

Le ministre Darcos n’a-t-il pas assimilé le bilinguisme à français plus anglais ? Expression reprise par divers médias, sans aucun recul critique :

« Il l’avait dit en septembre 2007, il l’a réaffirmé en cette rentrée 2008 : Xavier Darcos souhaite que les bacheliers français jonglent sans problème avec la langue de Shakespeare - en un mot : qu’ils soient bilingues. »
Studyparents

C’est également une mesure autocratique, prise par une poignée de décideurs, opposés à l’école laïque à la française et favorables à une privatisation partielle de l’anglais, en faisant appel à de nombreux sous-traitants : boîtes privées, assistants natifs, étudiants anglais, partenariat avec Cambridge pour l’évaluation du niveau.

Cette initiative n’a eu aucun succès auprès des enseignants, qui ne se sont pas bousculés pour transformer leurs vacances en heures supplémentaires, ce qui est bien compréhensible.
Les syndicats semblent d’ailleurs avoir lancé quelques consignes de boycottage.

Même Le Figaro parle de l’insuccès de ces stages, journal qu’on ne peut raisonnablement suspecter de gauchisme...
« Des débuts difficiles pour les stages d’anglais au lycée »

Mais paradoxalement, cette initiative éminemment contestable, autocratique, est peut-être l’amorce d’une révolution conceptuelle qui permettra peut-être à l’enseignement des langues de sortir de ses contradictions, selon deux grands axes :

— Revenir à la liberté, celle de choisir sa ou ses langues étrangères.

— Revenir à une offre élargie, à la diversité des langues.

— Au primaire comme au secondaire.

En effet, l’école et la société française sont sur une pente dictatoriale où la diversité des langues est en chute libre et où l’anglais est officieusement imposé (faute de vrai choix), situation hypocritement mise sur le dos des parents, lesquels auraient certes souvent choisi l’anglais, mais dont une partie aurait choisi une autre langue - allemand, espagnol, catalan ou italien dans les régions frontalières, arabe, chinois, vietnamien, russe et autres langues pour des raisons familiales.

Cette monoculture anglophone est d’ailleurs en contradiction avec les besoins linguistiques des entreprises, qui, souvent, ne juraient que par l’anglais mais commencent à ressentir les problèmes que cela pose, difficultés internes, incompatibilité avec le droit à travailler dans son pays dans sa propre langue, baisse de la productivité à cause des malentendus, démoralisation des employés, stress des cadres, etc.

Et en dehors du monde des affaires, le tourisme par exemple, les besoins s’avèrent plus diversifiés, notamment depuis l’élargissement de l’UE (article de 2004)

Certaines entreprises font maintenant volontairement le choix de la diversité linguistique, source de créativité :
« L’une des six exceptions à décrocher la plus haute note sur son site en « .com », L’Oréal, a fait de la diversité le cheval de bataille de sa politique de développement durable. Ainsi en France, près de 45 % des équipes ne sont pas françaises et 60 % des membres de comités de direction non plus. "Nous n’avons jamais instauré l’anglais bien que nous soyons une entreprise internationale. Le Français reste une langue importante mais nous nous adaptons localement, et selon les situations, par le sous-titrage ou la traduction, par exemple dans les présentations et formations. Les managers sont formés à la langue locale avant d’être expatriés," témoigne Sylviane Balustre d’Erneville, responsable Diversité et Inclusion à la direction générale des ressources humaines. »

On peut donc penser que ces stages Darcos sont une sorte de ligne Maginot linguistique dans un monde multipolaire.

2. En quoi ces stages Darcos pourraient-ils être l’amorce d’un profond changement pédagogique dans les langues ?

Ces stages, aussi critiquables soient-ils, pourraient avoir montré la voie de la complémentarité public-privé en matière de langues étrangères, ou, plus précisément, public-privé-famille en y incluant les langues de l’immigration, les associations parentales de type aide aux devoirs et les associations culturelles locales.

On peut très bien imaginer que l’élève doive valider un niveau X dans une langue et Y dans une deuxième, en ayant le choix entre celles disponibles dans son école, et celles disponibles hors de l’école, qu’il s’agisse d’une boîte privée, d’Internet ou d’associations, voire de sa famille.

C’est peut-être aussi l’occasion d’admettre que l’école ne peut rendre un enfant bilingue, ce que confirment certains professeurs plus lucides :
« Les Programmes officiels de langues vivantes ne se donnent aucunement pour objectif la formation d’élèves bilingues. Chez une partie des parents d’élèves une attente irréaliste est ainsi alimentée qui ne peut que renforcer une accusation aussi facile que récurrente d’incompétence à l’encontre des enseignants de langues. »
Communiqué : "A propos des déclarations de Xavier Darcos sur TF1", par le Président de l’APLV, Sylvestre Vanuxem.

Les langues étrangères représentent un immense travail et des milliers d’heures. L’école ne peut être que le lieu d’une initiation plus ou moins poussée.

Une critique probable des professeurs à cette complémentarité public-privé est l’absence de perspective culturelle, la vision d’une langue comme simple outil de communication. On rappellera pourtant que c’est bien ainsi que le Ministère considère désormais l’anglais, en témoigne un exemple parmi beaucoup d’autres :
« La progression des élèves repose ainsi sur l’utilisation de l’anglais en tant que langue outil de communication et non simplement comme langue, objet d’étude. »

Cette difficulté peut être résolue, par exemple, par l’obligation de valider une formation sur l’aspect culturel de la langue en question, sous réserve de rester réaliste quant à ce qu’auraient réellement appris les élèves pour le même nombre d’heures de langue à l’école, et de mettre ce module culturel à la disposition des associations, ainsi que sur Internet, comme un manuel scolaire.

Dans tous les cas, naturellement, la validation du niveau en langue doit rester l’apanage de l’école publique, gage d’indépendance et d’unicité du pays (et non, comme aujourd’hui, être sous-traitée à Cambridge, pour un coût secret défense...)

Cerise sur le gâteau : la reconnaissance et la validation d’une langue étrangère apprise en famille serait une vraie valorisation des cultures de l’immigration, bien plus concrète et sincère qu’un blablabla démagogique et politicien.

Sucre sur la cerise (du gâteau) : une profonde réforme de ce type pourrait se faire à coût constant, outre que le coût réel du tout anglais et des stages Darcos est soigneusement caché...

Loin d’une Europe monolingue, anglophone de la maternelle aux études supérieures, ces stages Darcos, aussi critiquables soient-ils, sont peut-être l’occasion d’une révolution de l’enseignement des langues, en faveur d’une vraie liberté de choisir sa ou ses langues étrangères, liberté basée sur une offre de langues élargie grâce à une complémentarité école publique-boîtes privées-associations et parents d’élèves.

La question des langues à l’école n’est absolument pas pédagogique, elle est politique.
Elle dépend de la logistique et de choix arbitraires (nombre de postes par langue, validation dans les IUFM, accords entre pays, etc.), Il est étonnant que le pays qui a inscrit la liberté sur le fronton de ses mairies soit si dirigiste en matière de langues étrangères, quand il serait si simple de choisir une autre voie.
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:33

Rue89 vient d’annoncer il y a peu la naissance d’un site qu’ils ont aidé à réaliser, dirigé par Jennifer Schenker, ancienne correspondante de Business Week en Europe, qui a décidé de « se lancer dans l’aventure du journalisme en ligne. »


Présentation par Rue89

Ce site a été baptisé Informilo...

Or, informilo est un mot espéranto, composé de la racine inform- et du suffixe -il désignant un outil, un instrument, avec la finale -o des substantifs. L’ensemble signifiant "bulletin d’information".
En outre, La Informilo est également le titre d’un bulletin régional d’information sur l’actualité espérantiste, édité par Espéranto France-Est, association regroupant les départements Meurthe et Moselle, Meuse, Moselle, Bas et Haut-Rhin et Vosges.

Reconnaissons que le choix de ce mot est particulièrement judicieux, car il est très évocateur, euphonique, doux à l’oreille, compréhensible dans de nombreuses langues, latines et germaniques. De plus, il nous change agréablement des innombrables dérivés des « news », tous ceux qu’on aurait pu trouver en se creusant un peu les méninges : News-demain, Futuronews, A-la-pointe-des-news, Supernews, Soir-News, Matin-news, l’Eclate-news, sans oublier toutes les variantes genre teknik-news, car ce magazine anglophone sera consacré à l’actualité des nouvelles technologies.

Reste qu’on s’interroge : pourquoi le titre n’est-il pas en anglais ?

Les charmes de l’anglais seraient-ils épuisés, souffrirait-il d’une certaine désaffection ? On n’ose imaginer qu’il s’agisse de pauvreté lexicale ! Serait-il devenu d’un banal, presque... has been ? La page de lancement ne l’explique pas.

Quoi qu’il en soit, grâce à cet audacieux emprunt à l’espéranto, le site part sur de bonnes bases : originalité et humanisme. Bravo !

Soyons honnêtes : si les langues sont en perpétuelle lutte territoriale, elles ne sont nullement propriétaires de leur vocabulaire, et c’est de bonne grâce que l’espéranto s’offre aux autres.
Pourtant, pourtant, il nous semble que le légendaire « fair play » anglo-saxon aurait pu se manifester à cette occasion par un encadré présentant l’espéranto, ainsi que la problématique de la communication européenne et internationale, un peu comme on présenterait un oncle apprécié ou un parrain.

Rue89, contacté, n’a pour l’instant pas répondu. Malgré cette ingratitude navrante, je crois pouvoir parler au nom de l’espéranto et souhaiter bonne chance à ce nouveau média en ligne « bilingue » !

La modestie de l’espéranto dût-elle en souffrir, il faut reconnaître que, si les médias ignorent régulièrement l’espéranto, ils n’hésitent pas à lui emprunter des mots, de même que le monde du business.

Le Canard enchaîné a une rubrique « Le coin des piqueurs » qui égratigne leurs confrères lorsqu’ils ont « oublié » de mentionner d’où leur venait l’info... Peut-être faudra-t-il bientôt qu’un site espérantiste tienne une rubrique similaire ? En fait, c’est déjà fait ! Un espérantiste a eu la bonne idée d’inciter les sympathisants à collecter autour d’eux des exemples d’emprunts volontaires, ainsi que des effets comiques involontaires comme il s’en produit avec toutes les langues.

Le site se nomme « La Venko » (la victoire), et s’interroge, sur le mode ironique : « Ĉu vi scias, ke Esperanto jam venkis ? » - « Savez-vous que l’espéranto a déjà vaincu ? »

Et sa galerie photo illustrant ces mêmes exemples.

Un exemple d’effet comique : une banque hollandaise qui s’appelle Rabobank, ce qui en Eo voudrait dire "la banque du vol" ! Ça rappelle un peu la marque Hom qui a naguère dû modifier ses publicités en Chine en raison d’un sous-entendu sexuel en mandarin.

SUNO ("soleil" en Eo) est l’acronyme de Southern University of new-Orleans.

Ces homonymies bilingues amusantes, dues au seul hasard, se rencontrent dans toutes les langues.
 
Mais il s’agit parfois de vrais emprunts, comme pour ce portail consacré au commerce, sans aucun lien à ma connaissance avec les mouvements ou association espérantophones, qui a choisi comme adresse Internet : Komerco (prononcer komertso).

"Gusto", un café-restaurant de Moscou. Bien vu !

Esperanto, un grand restaurant de Stockholm, sans lien avec les associations espérantistes, si l’on en croit la surprenante explication sur leur inspiration :
« The name Esperanto was adopted from the book "The Alchemist" by Paulo Coelho, wherein the language Esperanto is described as the language of universe. »

Un autre restau Esperanto, à New-York.

Tento (tentation), un papier-toilette slovaque, ainsi commenté par celui qui l’a remarqué :
« Kiu povas rezisti la tenton de ĉi necesejpapero ? » (Qui peut résister à la tentation de ce papier-toilette ?)

Au vu de ces appellations aux sonorités espérantophones (Suno, Rimarko, Bazaro), on peut se demander si les publicitaires n’étaient pas en manque d’inspiration... Non, en fait, c’est tout simplement la preuve du charme indéniable de l’espéranto et de ses sonorités, de la simplicité de son vocabulaire qui puise aux racines les plus fréquentes de langues très répandues.

Un bon point pour ceux qui mentionnent l’origine du mot :
la société Domegos.com, « The company name originates from the Esperanto word of “domego”, meaning “house”. » (grande maison, avec le suffixe -eg augmentatif)

Ainsi que Konduki, qui explique l’origine du nom, et l’accompagne d’un commentaire pas vraiment agréable, mais l’intention y est :
« konduki is the word for “guide” in esperanto, a language that has enjoyed brief periods of hope from groups of esperanto advocates as an alternative to English as a global, unifying language (never happened !). »

Rendons ainsi à César ce qui est à César, et à l’espéranto ce qui est à l’espéranto... Et merci à tous les samideanoj (partisans de la même idée) qui ont signalé ces emprunts à la langue de l’espoir. (Dankon al ĉiuj samideanoj, kiuj raportis pri tiuj esperant-inklinaj nomoj.)

Ajoutons en guise de conclusion que, contrairement à cet agréable breuvage « Esperanto vin » (illustration au tiers de la page, à droite), l’espéranto est à utiliser sans modération !
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:32

Chacun connaît la volonté de réforme qui anime notre président, mais aussi la précipitation avec laquelle sont parfois préparés des textes de loi mal ficelés, vite désavoués devant la grogne sociale. Nombre de ces projets furent retirés avant même leur présentation au parlement. Qu’en sera-t-il de cette énième réforme, il est trop tôt pour le dire. 

 
Pourquoi une telle réforme, qui peut sembler futile en cette période de crise financière et de licenciements en série ?

 
Une étude parue dans la revue « Nature et sciences » a montré que les poissons d’avril perturbaient beaucoup les personnes âgées, qui ne parvenaient pas toujours à distinguer les fausses nouvelles des vraies.
 
De plus, sur une étude de cohorte des admissions aux urgences, il a été confirmé un pic d’infarctus et d’accidents vasculaires cérébraux le premier avril, surtout en fin de matinée et en soirée.
 
Le lien de cause à effet semble établi : ces deux pics de fréquence correspondent à la lecture des quotidiens du matin et aux nouvelles télévisées du vingt heures. Les malentendants, qui s’informent plutôt par les journaux, ont davantage d’accidents le matin, tandis que les malvoyants écoutent la télévision. Des études plus fines sont en cours pour préciser le rôle de la radio.
 
Cette surprenante découverte, confirmée par d’autres pays depuis la parution de cet article, pourrait valoir un prix au professeur Salmon Fish, car il serait alors facile d’éviter de nombreux accidents cardiaques et neurovasculaires en interdisant les poissons d’avril.
 
Selon la gauche, le président craindrait en fait les moqueries éventuelles et ne s’attaquerait aux poissons d’avril que pour des raisons personnelles.
 
Il est rappelé sa fâcheuse tendance à se montrer rancunier envers le corps préfectoral dès qu’un déplacement en province donne lieu à des manifestations hostiles, et qu’il a critiqué le billet humoristique de Stéphane Guillon contre Dominique Strauss-Kahn, sur France Inter.
 
Comme l’a dit un élu marseillais : « Les poissons d’avril, oui, mais sans les arêtes ! »
 
Selon un député de la majorité, la gauche, en accusant à demi-mot le président de lâcheté est à la limite de l’outrage au chef de l’Etat.
 
Rappelons que le poisson d’avril est une tradition très ancienne, qui remonterait, selon certains théologiens, à Adam et Eve. Celle-ci aurait dit à Adam :
 
- Comment ? Je te demande un steak de mammouth, et tu me ramènes un poisson ? C’est une blague ? Si tu continues, je retourne chez Dieu, mon père.
 
L’abolition de cette tradition bien ancrée dans notre culture ne manquera pas de soulever des protestations, aussi bien de la part des politiques que des simples citoyens, voire des spécialistes, car tous les experts, psychologues et ethnologues ont confirmé l’importance des racines culturelles pour la cohésion d’une nation, surtout en ces temps de crise financière et morale.
 
Aussi le président Sarkozy, soucieux de tenir compte de ces réticences légitimes, mais toujours ferme dans sa volonté de réformer la France, a-t-il décidé que toutes les blagues seraient interdites le premier avril, mais autorisées le lendemain, qui tombe en général un deux avril.
 
De plus, dès 2010, tous les poissons d’avril devront faire l’objet d’une signalétique particulière, rédigée dans les trois langues de travail de l’Union européenne.
 
Dans les journaux, une page leur sera réservée, qui portera la mention « Toutes les nouvelles de cette page sont fausses, en raison d’un poisson d’avril d’une certaine catégorie de notre personnel », en gros caractères (pour les malvoyants), assortie d’un logo en forme de poisson stylisé (pour les illettrés, car le gouvernement veille à ne laisser personne sur le bord du chemin de la culture).
 
De la même façon, les informations télévisées feront précéder leurs poissons d’avril d’une annonce claire : « Nous allons maintenant vous présenter le poisson d’avril 2010, attention, certaines images sont crues ».
 
Le président s’est fermement opposé à un conseiller de l’Elysée qui suggérait une taxe dite « taxe sur les grosses blagues », pour les médias qui choisiraient de faire de grosses farces, tandis que les petits poissons donneraient droit à une déduction fiscale écologique égale au poids du plancton théorique non consommé. Ce conseiller a été muté outre-mer, pour se consacrer, selon la version officielle, à son loisir préféré : la plongée sous-marine.
 
Comme l’a rappelé le président dans son style imagé : « Je n’ai pas été élu pour augmenter les impôts, même ceux des poissons. »
 
Il sera simplement institué une taxe d’un euro symbolique sur chaque poisson d’avril, car il s’agit, rappelons-le, de sauver des vies. Les Français déjà détenteurs d’un permis de pêche ou de chasse en seront exemptés.
 
Souhaitons donc longue vie aux poissons du deux avril !
 
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:31

L’Union européenne devrait inciter à l’apprentissage de l’anglais dès la maternelle...

  Pas de panique ! Je vous rassure tout de suite : aucun bambin n’a été blessé pendant la préparation de cet article ; aucune horde de Français habitant une zone résidentielle à très forte densité de population, et ethniquement connotés, n’a récemment attaqué une école maternelle, une batte de base-ball à la main.

Ce sont seulement cent Français qui veulent imposer l’anglais dès la maternelle. Ouf ! Me direz-vous, ce n’était que ça.

C’est pourtant plus inquiétant qu’il n’y paraît au premier abord, car l’UE va considérer leur avis personnel comme représentatif de l’opinion publique française !

Mais de quoi s’agit-il exactement ?


Il faut remonter un peu en arrière pour comprendre le tour de passe-passe.

L’UE avait organisé des «  Consultations européennes des citoyens », sous-titrées « L’avenir économique et social de l’Europe », avec possibilité pour chacun de faire des propositions et de voter pour celle(s) que l’on soutient. Une grande consultation citoyenne, comme nous en avons connu sur l’avenir de l’école, initiatives que l’on ne peut qu’applaudir.

Ces consultations sont maintenant closes, voici le contenu du courriel envoyé aux participants :

« Avec plus de 9000 inscrits, cette consultation est un grand succès. Merci d’y avoir pris part !

1 — Sortir du nucléaire et favoriser les vraies énergies d’avenir : 3829 votes
2 — Abolir les corridas en Europe : 2434 votes
3 — Faire de l’Europe une Zone sans OGM : 1818 votes
4 — Reconnaître le droit de l’animal à ne pas être exploité et tué : 1539 votes
5 — Intégrer dans l’éducation les principes fondamentaux du développement durable : 846 votes
6 — Harmoniser et rendre obligatoire le tri des déchets dans toute l’UE : 790 votes
7 — Faire de l’espéranto une langue de communication de l’Europe : 784 votes
8 — Légalisation et contrôle du cannabis : 748 votes
9 — Légiférer les médecines alternatives : 652 votes
10 — Promouvoir les véhicules propres : 650 votes

Ces propositions seront présentées demain au panel de 100 Français qui participeront à Paris à la conférence nationale. Ceux-ci pourront s’en inspirer pour formuler leurs recommandations en vue d’améliorer l’avenir économique et social de l’Union européenne. »

Le détail des propositions est encore consultable. (C’est le même lien que ci-dessus)

Voici ce que la proposition 7, « faire de l’espéranto une langue de communication de l’Europe », est devenue, après discussion par le groupe des cent :

« 3 – L’Union européenne devrait inciter l’apprentissage d’une langue européenne dès la maternelle en :

— créant un cours d’éducation civique européenne, mis en pratique par un dialogue hebdomadaire avec une classe partenaire via les NTIC

— organisant un échange par cycle scolaire

— créant un mensuel européen distribué dans les écoles et mis en ligne sur le site de l’UE. »

Reconnaissons d’emblée que ces gens avaient tout à fait le droit de modifier les propositions initiales, voire de les rejeter (comme ce fut le cas pour la proposition « sortir du nucléaire »), puisque c’était clairement annoncé dès le début de la consultation :

« Ceux-ci pourront s’en inspirer pour formuler leurs recommandations en vue d’améliorer l’avenir économique et social de l’Union européenne. »

Le groupe des cent : représentatif ou pas ?

On peut s’interroger sur la forme : pourquoi lancer une consultation auprès d’un très large public, pour ensuite laisser un petit groupe, arbitrairement choisi, choisir arbitrairement ce qui lui agrée ? Ca fait un peu tour de passe-passe, comme le souligne un commentateur.

Ils n’ont consulté aucun professionnel des langues ou de l’école, ne sont pas nos représentants et n’ont aucun mandat électif : ils sont censés être la vox populi.

Après quoi la Commission européenne va choisir une quinzaine de « superpropositions » parmi celles des différents pays.

Anglais ou pas ?

Certes, l’anglais n’est pas cité, mais ces gens devaient quand même savoir qu’il est impossible, pour des raisons pratiques et économiques, de proposer dès la maternelle les 27 langues officielles de l’UE. Car il faut pouvoir poursuivre jusqu’en 6e dans la même langue - on ne va pas changer le bambin de langue étrangère comme les tout-petits de couche-culotte ! Il faudrait un très, très grand nombre d’enseignants, et cela constituerait un incroyable casse-tête administratif. Dans le meilleur des cas, on pourrait imaginer un choix parmi deux ou trois langues européennes, mais force est de constater que « l’initiation à une langue étrangère », le doux nom de la dernière réforme à l’école primaire, est vite devenue le tout anglais- sauf rares exceptions, et imposé sans choix, si j’ose dire.

Il est aussi suggéré un dialogue hebdomadaire par les NTIC (technologies de communication), mais avec qui ? Sachant que notre ministre Darcos a lancé de sa propre initiative des stages d’été d’anglais, on peut présumer que ce sera à nouveau avec des native english.

De plus, on imagine la richesse du dialogue (coûteux !) : n’oublions pas qu’il s’agit de bambins de maternelle qui commencent tout juste à faire quelques phrases en français, et qu’on prétend faire dialoguer avec un natif...


— Les enfants, répétez ce que dit la gentille dame/monsieur à la télé : « How do you do ? »

— Aouu, aouu, aouu ! - répèteront-ils tous en chœur, sans rien y comprendre.

On propose également «  un échange par cycle scolaire ».

En clair, nos enfants se verraient imposer de suivre tous leurs cours dans une autre langue pendant quelques semaines... Oh les braves petits cobayes humains.

Depuis quelques années, dans le petit monde de la pédagogie des langues (en jargon la didactique des langues), l’idée à la mode est de déborder sur les autres matières, d’envahir les collègues, d’imposer les langues étrangères en histoire, en géo, en maths, en arts plastiques, en gym (ne riez pas, ça s’est déjà fait dans une école parisienne ! L’histoire est parue dans les journaux), ainsi qu’à la télévision.
On peut espérer se la couler douce dans notre salle de bain et aux WC, mais ce n’est pas certain : il sera peut-être obligatoire de travailler « les » langues en écoutant la radio dans sa baignoire... un peu comme dans une nouvelle de SF qui décrivait un monde orwellien où il serait interdit de couper la publicité...

Une proposition qui figure en bonne place (3e) :

« Voici ces dix recommandations, dans leur ordre d’approbation par les participants »

Par le passé, j’ai parfois plaisanté en disant qu’on allait bientôt imposer l’anglais dans les salles d’accouchement (un discours de Gordon Brown est paraît-il un bon sédatif), mais il semble qu’on s’en approche !

D’autres propositions eussent été possibles

Du moins si le groupe des cent s’était un peu renseigné : présentation au CM1 ou CM2 de divers alphabets et langues européennes, apprentissage comparatif de phrases courantes, ou dans une langue par famille linguistique... mais non, ils proposent sans nuances l’introduction d’une langue étrangère dès la maternelle. C’est sans équivoque. Seul manque le mot tabou : anglais !

Prochaine étape : la Commission européenne !


« Prochaine étape : les 1500 participants à cette Consultation européenne devront choisir, parmi toutes les propositions formulées dans les 27 Etats membres, les 15 qu’ils présenteront aux dirigeants de l’UE en mai prochain. »

Des précisions tardives sur ce groupe des cent :

Le modérateur, dans une réponse aux commentaires, a bien voulu fournir ces précisions sur le choix de ces cent personnes :

« Les répondants dans les 27 états membres ont été recrutés selon des critères de représentativité nationale : âge, sexe, niveau d’éducation, origine géographique, habitat, minorités ethniques... dans la limite de l’échantillon imposé par pays. La sélection aléatoire et le recrutement s’est fait par listing électoraux, annuaires téléphoniques et base de données, dans le but de satisfaire les quotas imposés pour le projet. (Modérateur le mar, 24/03/2009 - 09:57). »

En plus, ils ont l’air souriants sur la photo, innocents (même lien que plus haut).

Manip ou pas manip ?

Le risque de manipulation n’est pas le fait de ces innocents aux mains pleines, il se niche parmi les responsables européens : la Commission pourra présenter l’anglais à la maternelle comme issu d’une très large consultation populaire, 9000 votes en France ! Alors qu’il ne figurait même pas parmi les propositions initiales... La magie, il n’y a que ça de vrai.


Conclusion provisoire (l’UE n’ayant pas fini sa consultation populaire) :

Au fou ! Laissez les bambins tranquilles ! Ils ont déjà bien du boulot à apprendre leur propre langue, dans laquelle ils balbutient, et vous voulez déjà les embrouiller avec une langue européenne ? Et laquelle ? Le polonais, l’italien, le basque, le maltais, le tchèque ?

Personne n’a songé qu’il serait structurellement impossible de proposer les 23 langues européennes, et qu’on retomberait fatalement dans le tout anglais qui sévit au primaire (sauf exceptions), ou a-t-on feint l’ignorance ?

Il s’agira d’anglais, of course : jamais nommé, toujours gagnant !

On se propose donc d’initier des bambins de maternelle à une langue dont la complexité phonétique est reconnue de tous les pédagogues et linguistes, une langue qui provoque chez les natifs trois fois plus de dyslexie que chez les petits Italiens (langue assez régulière sur le plan phonétique).

Est-ce bien raisonnable ? Non. En fait, c’est même totalement fou !

Au bénéfice du doute, acceptons que ces cent personnes ne connaissent rien de la question des langues à l’école.

Reste une mascarade de consultation citoyenne, le mépris des votants et l’instrumentalisation de cent personnes, dont la proposition va cautionner les incroyables pressions de la Commission pour faire de l’anglais la langue de l’Union européenne, et y coller de force nos enfants le plus tôt possible.

Au fou ! (bis, reprendre le refrain)
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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:31

Beau contraste avec l’attitude française envers cette langue construite !

1. Un peu de tourisme : en bon Européen, découvrons La ville de Svitavy
(page en français)

La liste (également en français) des sites ou activités touristiques recommandées en Tchéquie, par le site de L’Office National tchèque du tourisme

Présentation en français de ce nouveau musée de l’espéranto, par ce même site :
(page bilingue tchèque-espéranto)
La galerie photo.

Il ne se sont pas moqués du monde, le bâtiment est superbe (photo), et, comme ils disent « Jusqu’alors, il fallait se rendre en Pologne ou en Autriche pour visiter des musées similaires. Dans celui-ci, se trouve également une salle d´étude disposant d’un dictionnaire électronique et une bibliothèque fournie en livres écrits en espéranto. Vous y trouverez aussi toute l´histoire de la langue, de nombreux dictionnaires et un ordinateur où vous pourrez trouver toutes les informations sur l’espéranto. »

Comme tout musée actuel, outre les vitrines, il dispose aussi d’une salle d’étude, et vise à un peu d’interactivité, avec des écrans tactiles, la possibilité d’écouter des textes en Eo, ou des chansons. Selon la revue espérantophone Monato (article de Chrdle), le musée dispose aussi de trois chambres d’hôte payantes.

A noter que Svitavy est la ville de naissance d’Oskar Schindler, qui a sauvé des centaines de juifs de la déportation et de la mort, histoire popularisée par le magnifique film de Spielberg "La Liste de Schindler".
Le mémorial Schindler (fr.)

Un compte-rendu en français de l’exposition sur Schindler.

A noter que l’espéranto devient ainsi une des trois expositions permanentes de la ville de Svitavy. La ville permettra également des expositions temporaires, comme en octobre 2009, « Espéranto et jeunesse ».

2. Un rapide petit tour ailleurs qu’en Tchéquie

En Pologne, Ilona Koutny, Hongroise d’origine, a créé et dirige depuis dix ans le cours d’interlinguistique en espéranto à l’université Adam Mickiewicz (UAM) de Poznań ; elle enseigne également le hongrois et le programme de linguistique dans la spécialité "hongrois".

Il ne s’agit pas d’un cours d’espéranto à l’université, comme il en existe déjà dans divers pays, ni d’un cours sur l’espéranto en polonais, mais d’un module universitaire EN espéranto, probablement le premier du genre, fonctionnant depuis dix ans, ce qui justifie largement son élection comme espérantiste de l’année (cf. article de Libera folio, en Eo).

Citons également la Chine et son site polyglotte China.org, en dix langues dont l’Eo. Dans un tel régime, un tel site ne peut se concevoir sans l’aval et la surveillance des autorités. La Chine permet aussi l’enseignement de l’espéranto dans diverses classes primaires. Peut-être ce pays est-il tellement vaste qu’il peut se permettre d’avoir plusieurs fers aux feux.

3. Et en France ?


De nombreuses villes de France ont une rue Zamenhof (dont la mienne), ce qui est une reconnaissance de la nation assez facile à obtenir post-mortem pour un général, victorieux ou pas, mais exceptionnelle pour un ophtalmo linguiste autodidacte, qui confirme son statut de grand personnage historique, quoique méconnu.

Mais de là à promouvoir cette langue construite et à mettre à disposition de superbes locaux dans un bâtiment historique, puis l’inclure dans la liste des 133 sites touristiques et visites proposées...

On mesure le contraste entre l’attitude de la Tchéquie envers l’espéranto et celle qui prévaut en France, trop souvent faite de méfiance et de préjugés ; quoique les radios, médias en ligne et journaux régionaux aient progressivement changé, en se montrant maintenant plus ouverts.

Il est probable que se niche dans ce rejet un certain complexe de supériorité, une crainte que le rayonnement culturel de la France et du français ne s’accommodent pas du développement de l’espéranto.

Cette attitude finalement similaire à celle du British Council, mais à une échelle plus modeste, se voit bien dans la doctrine pédagogique qui tente d’infiltrer les cours de langues dans les autres matières : certains veulent en effet que les langues, l’anglais, soit utilisé pour enseigner l’histoire, la géo, les maths, etc.

Or, on retrouve souvent ce même raisonnement et ce thème de l’enseignement bilingue dans les disciplines non linguistiques, sous la plume de gens concernés par l’enseignement du français langue étrangère, par exemple dans la revue Le Français dans le monde.

Signe qu’il s’agit bien de territoire, de pouvoir, les articles optimistes sur l’étendue de la francophonie alternent avec les articles pessimistes, généralement adoucis par un titre au contenu rassurant : « pays de conquête ».

Le vocabulaire martial évoque en somme des nouvelles du front de la guerre des langues, celle qui selon certains n’existe pas...

Les apprenants du français ne sont pas seulement attirés par le rayonnement culturel de la France et du français, mais aussi par l’existence de structures, de fonds, de perspectives d’embauche et d’avenir, c’est bien rapporté dans l’article sur la Guinée équatoriale.

Nous avons tendance à ne voir que le rayonnement culturel, en négligeant ce que contient de violence toute lutte de territoire : nous la jouons grands Seigneurs !

N’est-ce pas cette petite tendance à la mégalomanie et à l’impérialisme linguistique qui nous rend si réticents envers le thème d’une langue véhiculaire commune ? Au point de refuser carrément le débat sur la politique linguistique de l’UE, de boycotter le sujet de la barrière des langues, pourtant essentiel à l’UE et au monde ?

Au fond, se disent bon nombre de nos dirigeants, la place de numéro deux linguistique de l’UE, derrière le dieu anglais, n’est pas si mauvaise que ça...

D’ailleurs, seuls sont encore réticents les 20 heures et grands journaux nationaux, comme par exemple Le Monde ou Le Nouvel Obs, dont j’apprécie les dossiers mais qui semble ignorer jusqu’à l’existence du mot espéranto ! Quant à rapporter des faits comme le soutien de quelques députées européennes, pour eux ce ne sont ni des faits ni de l’info ! Curieuse conception du journalisme...

Mais soyons justes : quelques femmes politiques ont su braver ces préjugés d’un autre âge, Hélène Mandroux, Mairesse de Montpellier, a permis le site officiel en huit langues dont l’Eo, et Mme Catherine Trautmann a soutenu la présence de l’Eo parmi les langues disponibles pour la visite de Strasbourg en bateaux-mouche,
dans les deux cas, grâce aux liens noués depuis des années entre les associations locales et la Mairie ; la démocratie locale n’est pas un vain mot.

Quoi qu’il en soit, le destin de l’espéranto n’est pas dans les musées, il est d’être parlé, lu, écouté à la radio, chanté - bref, de servir de langue-pont entre les autres langues, de langue véhiculaire simple (mais non simpliste) entre les peuples.
Que l’UE se saisisse de cette occasion ou la rejette au profit de l’anglais, l’espéranto poursuivra sa route et restera une porte ouverte sur le monde que chacun peut franchir, ne serait-ce que pour jeter un coup d’oeil !
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