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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 15:02

Nous avons pu nous procurer en exclusivité le programme électoral de NS, quelques jours avant sa publication, programme que d'aucuns disaient se limiter à sa réélection.

1. Tout ancien président de la République bénéficiera de l'immunité pour tout délit commis avant, pendant et après son mandat présidentiel. Cette immunité s'appliquera à tous ses conseillers, ses proches et ses lointains.

2. La fonction de juge d'instruction sera transformée en procureur d'instruction.

3. Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir.

4. Tous les chômeurs seront requalifiés, et appelés "travailleurs en disponibilité".

5. L'INSEE et tous les services de statistiques de l'État seront confiés à l'agence Standard and Poor's.

6. La COB sera mise au pain SEC. Les délits d'initié, d'abus de bien sociaux et de prise illégale d'intérêt seront supprimés pour libérer les énergies.

7. Les allocations familiales seront majorées pour tous les citoyens mariés deux fois ou plus, afin de favoriser la croissance et la démographie.

8. Le financement des campagnes électorales sera déplafonné, à l'américaine, favorisant ainsi la création d'emplois de porteurs de valises. Le comptage des temps de parole des candidats sera supprimé. Nous devons libérer la parole publique de toutes les contraintes qui freinent l'entrée de la France dans le grand concert cacophonique mondial.

9. La sécurité de l'Élysée sera privatisée et attribuée, après appel d'offres, à une société de sécurité internationale. À titre transitoire, les vigiles de Bouygues et TF1 assureront l'intérim.

10. Abrogation des lois de 1905 et 1907 (des lois aussi vieilles ne peuvent être adaptées au monde moderne). Abrogation des privilèges de l'État. L'école de la Scientologie, de Moon ou des Mormons bénéficieront des mêmes subventions que toute école publique ou privée, dans l'égalité républicaine.

11. Création d'une agence HADOPI dans chaque région, appel d'offre pour la mise au point d'un boitier Orwell ou Amesys qui équipera chaque ordinateur, afin de renforcer la lutte contre la pédophilie et le terrorisme sur Internet. Avec un bon filtrage, on obtient la pureté républicaine.

12. Les partenariats public-privé seront systématiques pour tout projet public, afin de libérer les forces créatives du pays. La gestion municipale de l'eau sera interdite. Les routes nationales seront privatisées, le bénéfice sera affecté au paiement de la dette.

13. Suppression des décrets sur le pantouflage des fonctionnaires. Une loi qui n'est pas respectée est une loi inutile.

14. La surveillance de la qualité de l'eau, de la pollution des rivières, de la qualité sanitaire des aliments et des déchets nucléaires sera sous la responsabilité de chaque entreprise, afin de responsabiliser les citoyens. Faisons confiance à la fibre citoyenne qui sommeille en chaque pollueur.

15. Non remplacement de deux fonctionnaires sur deux.

16. Le bilinguisme scolaire français-anglais sera généralisé, en vue de favoriser l'intégration dans l'OTAN et le fédéralisme européen. Tous les enfants devront utiliser "mummy" et "daddy". À terme, l'anglais deviendra langue nationale-bis, et la France rejoindra le chœur des pays bilingues, modernes et républicains.

17. L'ortografe, la gramaire et la sintaxe du français seront assoupi.

18. Les yachts ayant plus de trois employés à bord seront exonérés de taxe portuaire, pour favoriser l'emploi républicain.

19. Une tranche spéciale d'imposition à 90% sera créée pour les journalistes qui gagnent plus que le SMIC. Par souci d'économies, seul le Figaro sera disponible à l'Elysée, Matignon, dans les ministères et les préfectures.

20. La TVA républicaine sur les montres de luxe sera baissée à 0,0002%.


Libérons les énergies non renouvelables !

NS, le candidat républicain qui promet tout (et son contraire).

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 15:00

Voyons ce qu'ils en disent eux-mêmes, laissant espérer une qualité honorable :

« For Esperanto, the number of existing translations is comparatively small. German or Spanish, for example, have more than 100 times the data ; other languages on which we focus our research efforts have similar amounts of data as Esperanto but don’t achieve comparable quality yet. Esperanto was constructed such that it is easy to learn for humans, and this seems to help automatic translation as well. »

En somme, la moindre quantité de traductions déjà existantes est compensée par la spécificité de cette langue construite, régularité et quasi absence d'exceptions.

Rappelons que les progrès relatifs de la traduction automatique (ou TAO, traduction assistée par ordinateur) sont dus essentiellement à la mémorisation par l'ordinateur de traductions déjà existantes, qu'il s'agisse de propositions, d'expressions et de groupes de mots, mais pas à une intelligence artificielle encore hypothétique.

Si en France l'information n'a eu (à ce jour) pratiquement aucun écho, divers grands médias étrangers l'ont jugée digne d'être rapportée, comme cette agence russe, ou cette autre.

Certains sujets font l'objet d'une censure consciente, ou au minimum d'un déni. L'espéranto est de ceux-là, peut-être parce que la France porte une lourde responsabilité pour avoir voté contre lorsqu'il a failli être soutenu par la SDN, ancêtre de l'ONU, ou encore parce que nous craignons, comme toute langue de grande diffusion, un rival potentiel.

Un rival certes méconnu du public et très minoritaire, mais qui est finalement la seule langue internationale équitable, conçue pour être largement plus simple que l'anglais, le français ou le chinois.

Ajoutons un dédain quelque peu pédant envers une langue construite, qualifiée d'artificielle (alors que toutes les langues sont issues de l'esprit humain, aucune ne poussant dans les champs), et nous avons la plupart des facteurs qui font que l'espéranto est beaucoup moins connu en France qu'ailleurs ; voici par exemple, la petite ville allemande Herzberg, qui soutient activement l'espéranto.

Mais les choses évoluent ; ainsi, le poids économique des langues, facteur jadis nié au motif que les langues sont censées être neutres, commence à être reconnu.

Nous avons bon espoir que l'espéranto franchira lui aussi ce mur du silence des médias nationaux et, par exemple, sera possible au bac en option (pétition en ligne). Ce choix de Google, qui étonnera ou agacera certains « intellectuels » français, est un pas de plus vers une sorte de masse critique qui lui donnerait plus de visibilité et de locuteurs.

C'est un peu comme le téléphone : une grande invention dont on disait à ses débuts que ça ne servait à rien puisque personne n'en avait ! On voit aujourd'hui ce qu'il en est avec les téléphones portables qu'on emporte avec soi du matin au soir et en tout lieu...

Les révolutions du monde arabe ont récemment montré ce qu'il peut se passer quand les citoyens discutent librement entre eux, et envoient infos et images à l'étranger grâce à un anglais basique ; que dire alors d'une langue équitable et simple ? Il ne faut pas s'étonner que les gouvernements ne soient pas pressés de soutenir une langue accessible à la plupart des gens...

La perspective de voir leurs peuples discuter librement sur des forums non censurés, d'un bout de la planète à l'autre, a de quoi inquiéter, voire terrifier la plupart des gouvernements (La danĝera lingvo, La langue dangereuse, d'Ulrich Lins, raconte les persécutions subies par les espérantistes dans le passé).

Tous les humains connectés, libres de parole à travers le monde et polyglottes ? Chiche ! Alia mondo eblas (un autre monde est possible).

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 18:49

 

« Hollywood raffole des « high concepts » qui nourrissent les succès de nos comédies françaises et s'emploie plus que jamais à en acheter les droits en vue de remakes. Mais l'humour voyage-t-il bien ? »

C'est le chapeau d'un long article du dernier supplément Ciné-télé duNouvel observateur(11-17/02/12) , avec de nombreux témoignages de professionnels dont Francis Veber, qui vit à LA et, comme le dit l'article d'Olivier Bonnard, qui « sait de quoi il parle » question comédie et succès mondial.

Pourtant, le fil conducteur de l'article, « (…) l'humour voyage mal. » me semble totalement faux.

D'ailleurs, le journaliste laisse le scénariste Vic Levin, auteur du remake d'une comédie romantique coréenne, conclure l'article plutôt sur une contestation des remakes :« qui peut dire pourquoi quelque chose est drôle ou pas ? Essayer de refaire un joyau comme "Bienvenue chez les Ch'tis", c'est fondamentalement absurde. Non pas que les gens soient dénués de talent, ou que la barrière culturelle ne puisse être dépassée à force d'inventivité : c'est juste que, au bout du compte, l'étoffe de la comédie est ineffable. Et la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit. »

Un autre chapitre accrédite l'idée que le français est un handicap, un obstacle à l'exportation des comédies. Lisa Azuelos se dit
« triste que le « LOL » français n'ait pas voyagé davantage juste à cause de la langue »et Eric Toledano partage son avis : « Avec la langue française, on est limités, malgré tout. »Un peu comme ces chanteurs « francophones » qui se disent limités dans leur diffusion, voire dans leur inspiration... par la langue française.

Danse avec les loups, le film de et avec Kevin Costner, qui a, avec quelques autres, sorti le western d'une période de vaches maigres (!), est presque intégralement en lakota (sioux) sous-titré, ce qui ne l'a pas empêché de connaître un succès mondial. De même, Atanarjuat, la légende de l'homme rapide, tourné en inuit sous-titré, a obtenu à Cannes le prix du premier long métrage ainsi qu'un succès critique et public.

Le troisième aspect abordé, ce sont les différences culturelles et l'art fragile de la comédie. Un bon exemple est raconté par Veber pour le remake de son Dîner de cons. L'éditeur qui organise le dîner de cons n'est plus un "méchant" qui s'humanise au fil des péripéties, mais un cadre obligé par son supérieur d'organiser ce dîner ; on remplace le duo antagoniste victime-méchant par deux victimes, affaiblissant le ressort de la comédie et la force des situations. Ça et quelques autres modifications en font au mieux une comédie fadasse et très longue (1h 51).

En somme, hormis l'aléa des bonnes ou mauvaises adaptations,
l'article laisse à l'esprit du lecteur deux points essentiels : l'humour s'exporte mal et le français est un handicapà l'export !

Avec tout le respect dû aux créateurs, cette attitude masochiste envers notre langue est contredite par
des dizaines de films français qui ont eu un grand succès à l'étranger : les comédies de Veber, justement, furent des succès jusqu'en Russie du temps de l'URSS, quand les doublages étaient de bien meilleure qualité (les gens y recherchent les anciennes versions des films étrangers). Louis de Funès fut une grande vedette en France comme à l'étranger.

Inversement, s'il est vrai que des différences culturelles peuvent choquer ou affaiblir des gags et des situations, les motivations humaines de base sont les mêmes partout, et les archétypes, comme l'Avare, compris dans le monde entier.

D'innombrables comédies étrangères en provenance du monde entier ont été, chez nous, des succès : à commencer par tous les Chaplin, tous les Monty Python, les nombreux bijoux américains (exemples en vrac : La vie est belle de Capra, Certains l'aiment chaud, Quand Harry rencontre Sally, Héros malgré lui, Un jour sans fin, Rasta Rocket, The Truman show, Retour vers le futur, Annie Hall, La grande course autour du monde), et italiens (Divorce à l'italienne, Mariage à l'italienne, Nous nous sommes tant aimés, Affreux, sales et méchants), Crocodile Dundee(Australie), Les dieux sont tombés sur la tête (Botswana), récemment la BD autobiograhique Persépolisqu'on pourrait qualifier de comédie dramatique, Jambon jambon (Espagne), Caramel(Liban), Et maintenant, on va où ? (coproduction Fr-Liban-Egypte-Italie), et pourquoi pas le délicieux Rue Case-Nègres(Antilles françaises), qui est, sinon étranger, du moins exotique pour les métropolitains.

Bref, l'humour s'exporte souvent très bien, malgré les différences culturelles. Ces différences peuvent même être un piment supplémentaire pour les cinéphiles curieux et enrichir le film.

À ce sujet, dans le remake des Visiteurs, ils ont supprimé l'horrible dentition de Jacquouille, au motif que cela dégoûtait leur public, très sensible aux questions d'hygiène. À moins de croire que le vieux cliché des Français achetant une brosse à dents tous les dix ans est toujours d'actualité, l'effet recherché est le même pour nous autres ! Peut-être le dégoût aurait-il été plus marqué encore pour le public américain, mais ça n'aurait rendu le gag à répétition que plus fort, non ? Passons sur ce mystère dentaire et névrotique.

C'est au début de l'article, curieusement, que le fond du problème est évoqué, sous la plume de P. Goldstein, éditorialiste au Los Angeles Times, auquel il est demandé pourquoi les films ne sortent pas dans la version originale : l'Américain moyen ne sait pas (ou ne veut pas ?) lire les sous-titres, « La plupart des spectateurs américains y sont allergiques. Et, au-delà de la seule barrière de la langue, ils veulent un décor américain, des stars américaines... Bref, un film américain. »

Curieusement, la question du doublage n'est pas posée, ni même évoquée dans l'article ! S'il est bien compréhensible qu'ils refusent le sous-titrage, pénible, pas toujours fidèle et faisant perdre le plaisir visuel du cinéphile (le temps passé à lire), le doublage résoudrait la difficulté. Mais ils le refusent.

Les différences culturelles ne sont qu'un prétexte des producteurs pour faire tourner la machine hollywoodienne qui, comme beaucoup de dieux, a toujours besoin d'être nourrie. Le prétexte du public contre le doublage, c'est un peu l'oeuf et la poule : les producteurs ne le font pas parce que le public n'en veut pas, et le public n'en veut pas parce qu'il n'en a pas l'habitude et n'y songerait même pas.

Bravo à Dany Boon, peut-être déçu par le remake de
Bienvenue chez les Ch'tis, qui a refusé plusieurs adaptations de Rien à déclarer, alors qu'il y a probablement beaucoup d'argent en jeu. Peut-être attend-il aussi une adaptation respectueuse et de qualité, avec le « final cut », souvent gardé par les producteurs américains... On espère que son attitude fera école.

Ainsi, on se rapproche d'une vérité qui semble effaroucher le journaliste, et que nos cinéastes, curieusement, refoulent eux-aussi : l'humour s'exporte bien, sauf aux USA !

Absence de curiosité envers les autres cultures, désintérêt pour les versions originales ou chauvinisme qui leur fait vouloir des films « américains » ?

Quoi qu'il en soit, cette crainte de critiquer un tant soit peu cette espèce de xénophobie culturelle est étonnante et dangereuse, lorsqu'elle aboutit à dénigrer sa propre langue et à sous-entendre qu'il faut produire en anglais pour exporter... Le respect envers la machine à rêves et les innombrables moments de bonheur qu'elle nous a offerts ne doit pas effacer en nous toute distance critique.

Laisser l'impérialisme culturel prendre trop d'ampleur stériliserait la diversité culturelle de l'inspiration – et à qui Hollywood achèterait-il alors des scénarios de comédie ?!

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 15:33

  Nos dirigeants tiennent tellement à expérimenter l'anglais sur les petits Français de maternelle qu'à peine deux mois avant que le gouvernement ne soit (probablement) virééloigné du pouvoir, le ministre Luc Chatel vient d'annoncer une batterie de mesures, toutes aussi inquiétantes les unes que les autres, dans une sorte d'offensive hivernale.

Le  comité de réflexion  auteur du rapport sur lequel se fondent les propositions ministérielles était dirigé par une agrégée de... d'anglais. Tiens, ça alors !

Comme il est d'usage chez nous depuis quelques années, la volonté de faire de l'anglais la deuxième langue de tous les Français est hypocritement parée d'astuces sémantiques : « Faut-il réformer l'enseignement des langues ? » titre l'Express (pluriel surligné par nous), ou encore par la mise en avant de situations rares :

"valoriser les langues de proximité géographique et socioculturelle" (par exemple, l'allemand est enseigné dès la maternelle dans les écoles de l'académie de Strasbourg).  »

Mais les médias anglophones n'ont pas de ces pudeurs et ne s'y sont pas trompés : « France wants to 'reinvent' English language teaching from age three », titre The Guardian, qui fait en quelque sorte le point sur le front de la guerre des langues dans d'autres pays (Philippines, Rwanda et Inde), dans un article auquel ne manquent que les clairons de la victoire !


La question des langues et de leur enseignement est l'objet de tant de manipulations qu'il est presque lassant de les relever.

Bien que ce soit masqué dans les médias et aussi dans un rapport censé être le fruit des réflexions de beaux esprits et de spécialistes (le grand mot), nous sommes passés d'un système où les élèves pouvaient choisir deux langues au collège, parmi trois à six en général selon la taille de leur établissement, à un autre où l'anglais est imposé,de la maternelle à certains établissements supérieurs.

« Luc Chatel a conclu : "à l’heure de la mondialisation, je veux rappeler la nécessité de l’apprentissage des langues étrangères, avec une priorité à l’anglais, dès le plus jeune âge et tout au long de la vie. Ma conviction profonde est que la maîtrise des langues, et surtout de l’anglais, est un enjeu majeur pour la compétitivité de la France." »

Presque honnête parce qu'elle indique qu'il s'agit essentiellement d'anglais, cette conclusion du ministre est malgré tout hypocrite, car il n'existe que deux possibilités : soit l'élève (ou les parents) peut choisir sa langue étrangère, soit il ne le peut pas. Sera-t-il possible de refuser l'anglais à la maternelle ?Choix ou coercition ?


L'école primaire est le lieu de l'initiation, de l'ouverture d'esprit, de la découverte, pas de la spécialisation en anglais.


Tous les élèves n'ont pas vocation à devenir traducteur ou interprète de haut niveau.Une infime fraction d'entre eux aura besoin d'un niveau élevé d'anglais, et encore en général limité à son domaine professionnel. On peut très bien arriver à ce niveau et au-delà, en commençant une langue en 6e ou même à l'adolescence.

Les entreprises reconnaissent la diversité de leurs besoins en langue, savent qu'on vend mieux dans la langue du client, ne serait-ce que par quelques phrases maladroites qui témoignent d'un respect et d'un intérêt pour la culture du pays. Nombre d'entreprises ont reconnu l'échec de l'anglicisation en interne, une baisse de la productivité et de l'efficience des personnel obligés de lire, de rédiger et de tenir des réunions en anglais.

Bref, les besoins en anglais sont largement surestimés. Pourquoi ? 


Sur le plan purement pédagogique, c'est tout aussi aberrant :

La GB a un fort taux de dyslexie, en raison de la complexité phonétique de l'anglais (le pourcentage de dyslexiques est probablement le même, mais il est moins apparent dans les langues régulières). Il est donc absurde de l'imposer à tous les petits, à un âge où ils bataillent déjà avec le français, pas vraiment simple.

Maîtriser une langue étrangère, c'est un immense défi. L'école ne peut être qu'une initiation plus oui moins poussée selon la filière et la vocation ; pour un niveau B2 en langue (dans l'échelle CECRL), il faut une grande motivation et une pratique régulière.

Pour légitimer l'apprentissage précoce de l'anglais (dire « des langues ») on use de toute sortes de manipulations :

«  Selon une étude publiée en 2009, les étudiants français qui passent le Toefl (un test d'anglais international) ont, en moyenne, à peine le niveau d'anglais attendu à la fin du lycée. » (L'Express)

Evidemment, puisque le niveau « attendu » est absurdement surévalué ! On se compare à des pays nordiques qui ont fait de l'anglais la deuxième langue de leur pays, et souvent la première à l’université, qui voient mourir leur langue faute d'actualisation des termes scientifiques ! Ce qui d'ailleurs fait débat chez eux.


Voyons maintenant la caution scientifique...Le site Le café pédagogique, lui, se montre plus honnête :

«  Mais les études effectuées portent sur des enfants en immersion familiale dans un nouveau pays et donc soumis en permanence aux deux langues jusqu'à au moins la puberté. L'efficacité de quelques heures par semaine de deuxième langue, comme c'est le cas dans le système scolaire, n'a pas été étudiée et les cognitivistes n'ont pas de réponse à cette question. »

On se réfère sans cesse aux enfants de familles bilingues, qui sont quotidiennement en immersion (s'ils l'utilisent à la maison), qui ont une motivation culturelle et émotionnelle (langue d'un des parents) largement supérieure.

Se baser sur ces cas atypiques pour généraliser est une hérésie scientifique ; mais les sciences humaines ne sont pas toujours réputées pour la rigueur de leurs études... Celles qui portent sur l'apprentissage précoce n'échappent pas à la règle : à les lire, ça rend intelligent, ça protège de d’Alzheimer (faire des mots croisés aussi), et ça fait repousser les cheveux (euh, non, là c'est moi qui l'affirme "scientifiquement" !).


La seule chose prouvée en matière d'apprentissage précoce, c'est l'oreille musicale des enfants, et pour l'utiliser il suffirait d'une initiation linguistique au CM2, non pas spécialisée en anglais, mais basée sur des phrases comparatives dans différentes langues européennes, voire l'étude d'autres alphabets : cyrillique, arabe, idéogrammes, etc. Par des enseignants volontaires, mobiles sur quelques écoles proches, formés par de petits stages à l'utilisation de matériel pédagogique préparé dans ce but. (système voisin du programme Evlang, déjà expérimenté en France).


Inversement, les mesures proposées par Luc Chatel sont si lourdes et si coûteuses qu'elles ne pourraient concerner que l'anglais, et encore, à grands frais : un séjour linguistique par élève (en Croatie, au Portugal, ou en... GB ?), recrutement de natifs pour toutes les classes maternelles et primaires, séjours pour TOUS les profs de langue et les PDE...


Et, histoire de mettre de l'ambiance dans les établissements : formation des PDE (instits) par leurs collègues d'anglais du secondaire... Ça promet !


« le ministre souhaite que des professeurs de langue du second degré apportent toute leur expertise à leurs collègues du primaire » (site officiel)


Les parents ne sont pas oubliés : on fait pression pour que les télévisions passent des films en VO, là encore imposés ! Le mot « choix » semble décidément inconnu en haut lieu,alors que la technologie permettrait de choisir entre la VO et la version doublée :

"Le rapport propose "une campagne de sensibilisation du grand public", la création d'une chaîne dédiée sur la TNT (ou à défaut la diffusion de films en version originale sous-titrée)"

Et à l'heure où on ferme les RASED (réseau de soutien scolaire), on crée un site dédié à l'anglais, toujours sous le vague prétexte qu'il sera étendu à plusieurs langues :

« et un site internet d'apprentissage lancé ce mardi ("English by yourself")."

Les établissements supérieurs se plaignent du faible niveau d'orthographe et même de grammaire de leurs étudiants, tandis que leurs patrons imposent des cursus en anglais et font de la surenchère en exigeant un niveau toujours plus élevé (la CGE envisageait à terme un niveau C2 à la sortie, soit quasiment natif.

Autre astuce — mettre cette évolution sur le compte des parents :

« Les classes bilingues ou européennes qui introduisent une seconde langue vivante dès le début du collège (et non en 4e) ont en effet un tel succès que le comité en prône la généralisation, au nom de "l'égalité des chances". "Le coût n'en serait pas excessif" si "on assouplit le cadre horaire d'apprentissage du collège", en "globalisant les horaires des deux langues". » (L'Express)

En fait, le succès de ces classes bilingues ou européennes vient de ce qu'on en a fait des filières d'élite déguisées, où l'on regroupe plus ou moins officieusement de bons élèves ! Les parents cherchent, espèrent une classe de bons élèves, dotée de bons profs, d'une ambiance paisible, studieuse, sans portables qui sonnent, sans bavardages incessants, sans élèves « dissipés » (entendre caractériels, défavorisés, socialement discriminés, tête à claques - au choix), qui les en blâmerait ? On pourrait faire une filière élitiste officieuse avec n'importe quelle option : « art de la poterie précolombienne » ou « stratégies territoriales chez les escargots de Bourgogne », comme jadis avec l'allemand ou l'option russe dans les grands lycées.


On a certes persuadé certains parents qu'un bon niveau d'anglais était aussi indispensable à la vie que l'eau potable.On joue sur les peurs des parents quant à l'avenir de leurs enfants, en présentant l'anglais comme un sésame alors que sa généralisation le banalise, sauf à être réellement « fluent », apanage de ceux qui ont leurs habitudes à la City ou chez Harrods, qui auront, quel que soit le système, toujours une longueur d'avance en anglais.

Il y a une autre explication à ces mesures, que nous n'osons envisager : que tout ceci ne soit que du blablabla, de la gesticulation politicienne avant les élections...


Annoncer des réformes est aussi un moyen de faire oublier qu'on démantèle petit à petit l’Éducation nationale, qu'on subventionne de plus en plus les écoles privées confessionnelles, que les traités européens considèrent l'éducation comme un bien commercial qui doit être ouvert à la concurrence (un lycée de la Scientologie ?)

"il propose en lien avec le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, que d’ici cinq ans chaque candidat aux concours de recrutement de professeurs des écoles et de professeurs de langues vivantes ait obligatoirement effectué un semestre dans un pays non francophone au cours de ses études."


Qu'un prof de langue ait passé quelques mois en immersion dans la langue qu'il envisage d'enseigner toute sa vie, on ose espérer que c'était déjà le cas...

Qu'un PDE (institut) soit obligé de passer six mois à l'étranger, on est en plein délire. Qui va payer tous ces séjours ? Par un échange avec la GB pour apprendre le français en anglais ?

« Enfin, le ministre a lancé ce jour le nouveau service universel d’apprentissage de l’anglais "English by Yourself". Ce service innovant, développé par le CNED en partenariat avec France-Telecom-Orange et le British Council, permet au grand public, enfants adolescents, adultes, de pratiquer l’anglais au quotidien et de se former selon des cursus et des parcours adaptés. »

Nous serions les premiers à approuver un site gouvernemental offrant d'étudier en ligne des dizaines de langues, ressources gratuites et classées par difficulté progressive, mais il ne s'agit là encore  que de l'anglais. Gageons que, comme pour France 24, cette aberrante télévision française en anglais, on adjoindra une autre langue pour faire passer the pill.

Finalement, tandis que l'école privée continue d'être largement subventionnée par la république laïque, à l'heure où l'Éducation Nationale subit une terrible diminution de ses ressources (profs, Rased), le ministre annonce un effort financier sans précédent pour imposer l'anglais à tous les petits bout'chous. Les cantines scolaires vont-elles être transformées en McDo, Quick ou KFC ?

Par le biais de l'annualisation des heures de langues, c'est aussi le statut des profs qui risque d'être remis en question, c'est le Figaro qui le dit !

 « On peut avoir besoin des enseignants d'anglais, d'allemand ou d'espagnol quand les autres ne travaillent pas », a ajouté le ministre, qui fait donc un nouveau pas vers la remise en cause du statut de 1950, définissant le temps de service des enseignants, et dont il veut faire un sujet de campagne.  » 


Nous n'avons jamais tant parlé de la nécessité d'apprendre « des » langues étrangères que depuis le déclin de leur diversité dans nos écoles !Depuis que l'Union européenne est devenue anglophone (hormis la Cour de justice) et que de nombreux dirigeants voudraient l'officialiser...

Le point central des réformes annoncées n'est pas l'enseignement DES langues. Il est de savoir, de quel droit nous imposons une langue étrangère à des petits qui n'ont aucun libre arbitre, de quel droit le gouvernement expérimente sur eux l'enseignement précoce d'une langue particulièrement complexe sur le plan phonétique, alors qu'on se plaint du niveau de français à la fin du primaire.

En d'autres termes, l'anglais est-il devenu une matière obligatoire comme l'histoire, le français ou les maths ? Sur simple décision ministérielle, sans débat national ? Quelle est la légitimité culturelle et juridique d'une telle coercition ?

Les besoins en anglais sont volontairement surestimés, et les divers motifs avancés, scientifiques, économiques et pédagogiques, sont tous contestables et sont le fruit d'une idéologie qui veut imposer son modèle à tous.

 

Autres liens :

"L’enseignement et la recherche doivent continuer de se faire en français dans les universités francophones," Pierre Frath.
http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article4095


Une brève intervention d'Eric Zemmour, qui rappelle que le coeur du sujet est bien la place de l'anglais et non l'enseignement des langues, évidence plutôt rare dans les médias...

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:16

L'homme qu'on nous présente depuis quelques semaines comme le président de la république n'est manifestement pas Nicolas Sarkozy.

Écartons d'emblée l'hypothèse d'un extra-terrestre revêtu d'une apparence humaine : NS a beau être hyper-atlantiste, admirateur de Bush et de ses fanatiques du lobby militaire, pétrolier et messianique, les séries « V » ou « Les envahisseurs » restent de la SF. Quoique...
L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est qu'on a remplacé notre président par un Sarkosozy !

Techniquement, ce sosie est assez réussi : visage, voix, carrure - c'est du bon boulot, digne des meilleurs maquilleurs du cinéma, mais pour le reste, non.
La montre, OK, ils n'ont pas commis l'erreur de remplacer sa belle et coûteuse montre par une tocante en plastique.
Mais le gars est un mauvais mime : où est passée l'agitation qui faisait les délices des humoristes et des imitateurs ? Ces tics nerveux qui faisait tressauter son épaule comme si un socialiste l'avait mordu à la cheville ? Où sont sa pêche et son bagou de bonimenteur ? 
L'imposteur nous rejoue la force tranquille de Mitterrand, alors que notre Nicolas, c'était la force fébrile.

Et cette gentillesse, cette douceur inusitées ? Rendez-nous notre NS, le vrai, celui du verbe haut et cru, capable de renvoyer l'insulte à un quidam, bien protégé par un service d'ordre d'une ampleur encore jamais vue, le président le plus coûteux de la Ve en déplacements et service d'ordre, l'homme dont l'Histoire retiendra les paroles historiques « Casse-toi, pauv'con !  », faisant oublier les saillies d'un Chirac pourtant réputé pour la verdeur de ses métaphores (en privé).

Et cette conférence devant huit chaînes de télé, alors que notre NS, le vrai, fuyait les journalistes comme la peste ?
(Il n'a pas tenu ses promesses de deux à trois conférences de presse par an.)

D'ailleurs, son équipe, forcément dans la confidence, tâche de contrebalancer cette mauvaise imitation en dézinguant à tout va la moindre intervention publique de François Hollande, au point que les médias les désignent déjà sous la sobriquet collectif de « snipers ».

Même les plumes du sosie sont à côté de la plaque : le Sarkozy nouveau semble se gargariser de l'adjectif « social » ; il se préoccupe des malheureux ouvriers dont les emplois sont délocalisés, et le sort des ouvrières de Lejaby lui tire presque des larmes, au point de les inviter à l'Élysée. On croirait Jaurès ressuscité.

Il promet une TVA sociale, il parle social, et probablement rêve-t-il social. D'ailleurs, pour ses prochaines vacances, l'Élysée cherche un camping une étoile, de préférence social – si vous avez une adresse à petit prix sur la Côte d'Azur...

Qui peut croire qu'un président fasciné comme lui par la réussite et le fric ostentatoire, au point d'aller se reposer de son succès électoral sur le yacht de Bolloré, visite l'Amazonie dans une pirogue sans carré VIP et sans douche ? (Qu'il a fait rajouter dans l' « Air Sarko One ») Il se préoccuperait de neuf morts au fin fond de la jungle entre bandes d'orpaillage illégal ? 

Et toutes ces mesures annoncées ? Après avoir explosé le budget comm et sondages, multiplié les ruineux partenariats public-privé (prisons en location, « Pentagone à la française »), offert une niche fiscale de 20 millions d'euros aux grandes entreprises, voulu pistonner son fils à la tête de l'Epad, le Sarko nouveau serait devenu le comptable rigoureux des deniers de la nation ?


"Je gère", c'est son leitmotiv actuel, comme un bon père de famille. Mais le vrai Sarko ne gère pas : il cogne ! Il guerroie, écrase les dictateurs après les avoir royalement reçus, résout le conflit georgien, pacifie le Caucase, le Proche, le Moyen voire l'Extrême-Orient tout en regardant de haut Merkel et Obama, sauve l'euro chaque mois, et il a, grâce à la loi Hadopi, inspiré au FBI la fermeture de Megaupload ; quant à ses rivaux de l'UMP et à ses adversaires du petit pays qu'il dirige (avant un plus grand destin), il ne valent pas la salive nécessaire pour en parler.

Ce battant éternel serait donc devenu cet homme craintif qui attend le dernier moment pour annoncer qu'il se représente ? Non, je ne peux croire qu'il ait organisé lui-même cette mauvaise substitution pour prendre des vacances avec sa petite famille, sentant ces élections mal barrées : notre Sarkozy se serait battu jusqu'au bout, en fauve blessé. Jamais il n'aurait cautionné une imposture aussi mal fichue.

Et que fait son pote Squarcini, a-t-il engagé tous les moyens de la DCRI pour le retrouver ?

Car si le citoyen qui veut réélire Nicolas Sarkozy mérite le respect républicain pour le sacrifice de deux dimanches d'élections, j'en appelle à l'Élysée au nom de ceux qui veulent voter contre lui : rendez-nous Nicolas Sarkozy, le vrai, celui de la niaque et du bling-bling ! Nous voulons virer l'authentique, pas son sosie. Qu'on ne nous gâche pas notre petit plaisir électoral ! Et notre illusion d'agir sur la marche du monde...

(Pour aller plus loin : une analyse de la subjectivité du choix des photos)

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 11:11

Les teeshirts imaginés par l'équipe de François Hollande, ornés du slogan « H is for Hope », nous rappellent malencontreusement le suivisme américanophile - et même américanomaniaque - de Nicolas Sarkozy, tout autant que son français, comment dire... dispersé, éclaté.

Notre hope, euh... notre espoir personnel serait que cette chemise en T soit rapidement abandonnée.

Nous lui éviterions ainsi une réplique acerbe de NS sur son ton « dynamique » habituel :

 

- Hollande ? Quand je veux je le cHope : je l'écraserai entre les deux tours !

 

Mais la critique est aisée, il faut donc proposer autre chose. Manifestement, ils n'ont pas osé le "H parce que c'est bon...",  ni le "H comme Honnête !" ... Peut-être l'honnêteté est-elle un programme trop ambitieux pour un politicien appelé à pratiquer le mensonge d'État ?

 

Alors, pourquoi pas "H comme Hygiène"  ? Car si le pouvoir absolu corrompt absolument (Lord Acton), un pouvoir relatif corrompt lui aussi, relativement, hormis quelques âmes trempées jeunes dans l'éthique. À défaut de ces êtres d'exception, il est bon de changer de gouvernement comme on change de sous-vêtements : régulièrement, et il est sage de remplacer une équipe malhonnête par une équipe (présumée) honnête.

Aux sceptiques qui se demanderaient pourquoi je qualifie le gouvernement actuel de malhonnête ou, au minimum, de carencé en éthique, citons en vrac les 300 patates de Tapie, l'hippodrome bradé aux potes, le pistonnage outrancier du fiston, les limogeages d'humeur, le gouffre financier du partenariat public-privé Bouygues pour le "Pentagone à la française", le maintien en poste du touriste sexuel, le bling-bling, le cumul EDF-Veolia par M. Proglio, la flambée des sondages et sans appel d'offres, Hadopi, Bettencourt, 20 millions de niche fiscale aux grandes entreprises, la dépénalisation ou presque du droit des affaires - parmi tant d'autres exemples.

Gageons que la liste complète des affaires du quinquennat ne manquera pas d'être souvent rappelée avant les élections – Internet est l'antidote à la mémoire courte des peuples !

« Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure,
Pendant que des grandeurs on monte les degrés
Un bruit d'illusions sèches et de regrets. »
 (Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac)

Certains , lorsqu'ils ont une tache sur leur manteau, en changent, ou retournent leur veste, d'autres le portent au pressing le temps de se faire oublier et de se refaire une virginité politique.

Mais le plus simple et le plus démocratique est de faire prendre une veste électorale à ceux qui se sont trop compromis, qui se sont outrageusement vautrés dans le fric, qui se sont tachés de boue, de stupre ou de sang - ou le tout à la fois.

Oui, l'alternance est une mesure de salubrité publique ! Alors, osons le slogan qui lave les fautes que la justice peine à condamner : H comme Hygiène !

 

 

 

(Nota : certains sont vraiment colère contre François Hollande, mais le PS semble envisager une restructuration du monstre télévisuel France 24, promoteur de l'anglais mondial, chaîne financée par les Français sans avoir le droit de la regarder, fait du Prince marqué par un terrible scandale interne à coup d'espionnage, pas encore éclairci par la justice, et dont une faible part du budget (plus de100m/an) aurait suffi à renforcer Euronews, dans un véritable esprit européen. Tout n'est donc pas perdu : si ça se trouve, dirigeants, consulats ambassades et diplomates vont se remettre à utiliser le français dans leurs fonctions officielles... Il ne faudrait pas les pousser beaucoup pour qu'ils défendent la francophonie et suivent à nouveau la loi et la Constitution ! Sous réserve que les ministres et leur boss, euh... leur patron, fasse de même, qu'il ait été ou non membre du programme Young Leaders.)

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 16:22

A l'occasion de l'actuelle réforme, nous suggérons qu'élèves et parents d'élèves soient associés à l'évaluation des enseignants. Idée aussi absurde que choquante pour certains, mais qui ne manque pas d'arguments.

« Des proviseurs qui vont évaluer les enseignants, un entretien individuel tous les trois ans, la fin d’une progression de carrière largement mécanique… La réforme annoncée de l’évaluation des enseignants provoque un tollé. Les syndicats dénoncent un texte élaboré quasiment sans concertation et qui remet en cause leur métier. Le ministère explique qu’il faut moderniser un système qui ne satisfait plus personne. Retour sur l’une des dernières réformes du quinquennat dans l’Éducation nationale. » (Libé)

« Dans le nouveau dispositif d’évaluation, les enseignants bien notés se verront attribuer des mois d’ancienneté leur permettant d’évoluer plus vite. Selon le projet, chaque corps (les agrégés, les certifiés…) devra ainsi se répartir chaque année « 250 mois pour 100 agents ».

Libé rappelle aussi que l'inspection, parfois si redoutée par les profs, n'a actuellement que peu de conséquences sur leur évolution de carrière :

"(...)pour les profs qui ont le même échelon de carrière, la tradition veut que le chef d’établissement mette la même note à un demi-point près. De plus, les inspections sont rares : un prof peut rester jusqu’à dix ans sans en avoir. Sa carrière se déroule alors à l’ancienneté." (Libé en ligne)

Josette Théophile, directrice générale des ressources humaines du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur apporte une précision :

« Ils participeront aussi au processus d’autoévaluation des enseignants, qui vont analyser leurs propres pratiques, noter leurs difficultés, etc. » (Libé)

L'auto-évaluation nous semble un doux rêve : quel prof ira avouer qu'il ne contrôle pas sa classe, que les bavardages permanents et les portables sont plus audibles que son cours ?

Un chef d'établissement motivé et dynamique peut organiser des soutiens discrets entre les profs expérimentés et ceux qui débutent ou sont en difficulté, ou encore des groupes de parole, mais l'auto-évaluation annoncée nous semble démagogique ou relever du gadget politique.

Comme c'est d'usage, notre président ne tarit pas d'éloges sur la réforme !

« Moins d’enseignants, mieux payés, mieux formés, mieux considérés, mieux respectés. C’est la seule politique possible. »
Nicolas Sarkozy lors de son interview télévisée, le 27 octobre »

Oubliant au passage que tant d'enseignants ont été cette année lâchés devant les élèves sans aucune préparation ou stage pédagogique... Faute de personnel de réserve, l’Éducation nationale fonctionne quasiment à flux tendu !

Venons-en à notre proposition.

Les profs objecteront vraisemblablement que parents et élèves sont inaptes à juger de la pédagogie, que l'anonymat fleure bon l'occupation, ou qu'on croulerait sous les effets de style comme évoqué par l'excellent et drôlatique blog d'une prof, Food'Amour  : "Madame Machin c'est trop une salope avec un gros cul et elle a une haleine de phoque" (Elle a parlé de la réforme dans deux de ses papiers : "Entretien avec un vampire. » et « Reluque (Châtel)-moi ça ! »)

Cette idée s'apparente aux « testings » qui ont eu lieu à l'initiative d'associations, pratiques qui ont choqué une partie des professionnels concernés, mais qui ont permis quelques prises de conscience salutaires sur des manquements.

Voyons ces objections l'une après l'autre :

Leur inaptitude à évaluer les qualités pédagogiques d'un enseignant : certes, c'est un argument fort.

Mais un inspecteur qui parfois n'a pas enseigné depuis longtemps, et peut-être jamais dans des ZEP ou d'autres conditions difficiles, n'est pas forcément meilleur juge des qualités pédagogiques, surtout lors d'une inspection d'une heure et programmée. Quant au chef d'établissement, comment fera-t-il en pratique avec ce surcroit de travail ? Va-t-il passer son temps dans les cours de tous ses collègues, en sus de son travail actuel ? Est-il compétent pour juger de la pédagogie dans toutes les matières, langues, sciences, français, histoire-géo, sport, arts, philo ?

D'une manière générale, les qualités pédagogiques et humaines sont très difficiles à évaluer, de même que la compétence de celui qui va les juger...

De leur côté, les parents et surtout les élèves sont en première ligne toute l'année ! Et quel enseignant ignore l'instinct des élèves pour détecter un moment de déprime, une baisse de forme ? Bien qu'ils ignorent tout de la difficulté d'enseigner à des jeunes pas forcément motivés, pas forcément bien éduqués... ce même instinct fait qu'ils savent pertinemment quel prof est glandeur, lequel est zarbi, lequel est passionné ou passionnant, enthousiaste ou au contraire prêt à sortir de classe dix minutes avant la sonnerie.

Voir à ce sujet le papier du blog Food'Amour (page 4 du blog, 17 août), intitulé « Les pires profs que j'ai subis », ainsi que les commentaires où chacun y va de ses souvenirs personnels.

Petite métaphore Internet pour faire moderne : autrefois, pour se faire une idée d'un livre avant achat, on pouvait se fier à l'avis d'un ou plusieurs critiques littéraires. Depuis l'avènement d'Internet, lorsqu'on dispose d'un grand nombre d'opinions de lecteurs, on peut se faire une idée moyenne aussi pertinente, voire plus, que par la lecture du critique littéraire le plus compétent et objectif, simplement par l'effet de masse et la moyenne des avis. Ce serait un peu la même chose avec les élèves et les parents.

L'anonymat et son ambiance de dénonciations :

L'anonymat est préférable, compte-tenu de la possibilité que l'enseignant ait à nouveau l'élève, ou ses frères et sœurs. Mais il n'est nullement nécessaire que chaque parent et chaque élève attribue une note à chaque prof. Il ne faudrait pas créer une nouvelle usine à gaz.

Nous suggérons une synthèse, quelque chose de simple et sans paperasse inutile.

Par exemple : les élèves et les parents intéressés (pas forcément tous) classeraient les profs, en fin d'anée, selon trois groupes : bon, moyen, insuffisant, classement accompagné d'une synthèse des remarques, validée par les délégués de classe et par ceux des parents.

Avantages de ce système pour les profs :

Cette appréciation serait un bon contre-pouvoir face à l'avis du chef d'établissement, confirmant une bonne évaluation, ou en pondérant une mauvaise ; ce serait aussi une base opposable pour contester une appréciation jugée injuste.

Actuellement, l' inspection, rare et ponctuelle, peut très bien tomber à un moment où l'enseignant n'est pas en forme, après une dispute avec sa moitié, ou son quart (= la maîtresse ou l'amant). Alors que le jugement des premiers intéressés porte sur toute l'année scolaire.

Avantages pour les parents et les élèves : relayer plus facilement l'information. Aujourd'hui, par exemple, un prof fainéant qui fait le cours de sa vie le jour de l'inspection peut laisser aussitôt après repousser le poil qu'il a dans la main.... Un prof baratineur peut également embobiner l'inspecteur en lui ressortant le pédagol (= jargon pédagogique) parfois si prisé dans les Académies.

Autre exemple, vécu par mes enfants : un prof dont les élèves se plaignent qu'il fait souvent des remarques désagréables, désobligeantes, voire humiliantes. Actuellement, il est vain pour les élèves et les parents de s'en plaindre au prof principal ou au chef d’établissement, car la réponse du prof est connue par avance : les élèves sont des glandeurs, ils ont besoin d'être stimulés, les parents sont trop protecteurs, l'école est aussi l'apprentissage de la vie en société, la vie n'est pas un conte de fées, etc. - tous arguments parfaitement valables ! Mais pourquoi ce prof, et lui seul, fait-il l'objet de ces récriminations ? Parce que tout est dans la manière et dans la mesure : là où ses collègues font de la stimulation, lui/elle a un fond de sadisme dans sa personnalité... peut-être de façon inconsciente. Une synthèse des observations permettrait de faire remonter les remarques de façon plus pertinente qu'actuellement lors des conseils de classe.

Rappelons que si on est pas contents de son coiffeur, médecin ou garagiste, on peut en changer à tout moment, ce qui est impossible avec les enseignants, imposés pour la durée de l'année scolaire. En contrepartie, accepter une petite dose de critique (ou de félciitations !) ne nous paraît pas démesuré.

Avantage pour les chefs d'établissement : avoir un deuxième avis sur lequel s'appuyer, soit pour complimenter, soit pour étayer une remarque désagréable, ou écarter l'accusation de subjectivité, de préjugé personnel. Certains suggèrent d'ailleurs que ceux-ci continuent d'enseigner à mi- ou tiers-temps pour garder le contact avec le métier et ses difficultés. Car cette réforme, en renforçant considérablement leur pouvoir sur l'équipe pédagogique, ne manquera pas de modifier les relations avec leurs ex-collègues, de les éloigner d'eux comme les chefs du personnel ou les DRH dans les entreprises.

 

Conclusion

La participation des élèves et parents d'élèves à l'évaluation des enseignants peut être vue comme le monde à l'envers  : les profs enseignent et évaluent, point, pas l'inverse. D'autre part, évaluer la pédagogie a toujours été quasiment mission impossible. Si cette réforme ambitionne un tel exploit, pourquoi ne pas réfléchir à l'intégration de ceux qui sont les premiers concernés - après les profs eux-mêmes ?

Un chef d'établissement, même expérimenté, n'est pas forcément compétent pour juger de la pédagogie dans toutes les matières. De plus, ce n'est qu'un seul homme ou femme, aux prises avec la subjectivité des relations humaines ; une évaluation parallèle par les élèves et les parents mettrait en place une sorte de contre-pouvoir, qui pourrait à l'occasion être une aide pour un enseignant qui s'estimerait injustement sanctionné. On sait bien en démocratie l'utilité sociale des contre-pouvoirs : parlement, syndicats, associations, presse.

Les modalités d'une telle évaluation conjointe seraient évidemment à peaufiner, à négocier par la concertation.

Voici par exemple comment on pourrait l'envisager, simplement et sans paperasse inutile, pour éviter l' usine à gaz : les élèves et les parents intéressés (donc pas forcément tous) classeraient les profs une fois l'an selon trois groupes : bon, moyen, insuffisant, classement accompagné d'une synthèse des remarques, validée par les délégués de classe et par ceux des parents.

Nous pensons qu'une telle réforme présenterait des avantages pour toutes les parties : pour les chefs d'établissement - un deuxième avis, un élément de plus pour forger et justifier leurs évaluations : pour les parents et les élèves - une meilleure prise en compte de leurs remarques ; pour les profs - un contre-pouvoir à celui nouveau des chefs d'établissements et une possibilité de recours devant une supposée injustice.

Dans tous les cas, cette réforme de l'évaluation des enseignants ne manquera pas de modifier profondément les relations au sein des établissements.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 21:34

A l'occasion de la journée européenne des langues (26 septembre), signalons deux rapports relativement récents de l'UE (2011), l'un sur le thème de la lingua franca, l'autre sur la promotion du multilinguisme dans l'UE. Ils contiennent quelques éléments habituellement passés sous silence par feu le service du plurilinguisme - maintenant rattaché à un autre.

Rapport sur le thème lingua franca :
Sur le site Emilangues, lien en bas de page :
http://www.emilangues.education.fr/actualites/2011/lingua-franca-reve-ou-realite

Et le plus récent, en pdf : Recommandations pour la promotion du multilinguisme dans l'UE (juin 2011)


Petite faiblesse : aucun des deux rapports ne fait l'état des lieux du plurilinguisme dans l'UE... Trop cruel ? Établissons donc brièvement le diagnostic : l'UE est anglophone à 95%, quasiment tous les instituts coopératifs européens fonctionnent en anglais, à l'exception dit-on du juridique (n'oublions pas que l'anglais qui a failli être imposé au concours d'entrée de la magistrature), tandis qu'un minuscule îlot de plurilinguisme subsiste ; le Parlement européen et son service de traduction et d'interprétariat qui fait le maximum mais ne peut compenser un problème d'ordre structurel – et idéologique.

L'absence d'état des lieux est une démarche anti-scientifique, mais passons.

Deuxième petite faiblesse : le jargon propre à chaque domaine. Ici la didactique des langues, outre la phraséologie administrative, la citation de précédents et laborieux rapports, la sempiternelle référence aux sondages d'Eurobaromètre rebaptisés "études sur le niveau de langue", la pensée magique...

Ces deux longs rapports se distinguent malgré tout par la mention de points jamais abordés officiellement :

La confirmation de l'immense avantage économique et politique conféré à la GB par l'usage de l'anglais comme lingua franca, avec mention et références des auteurs de ces analyses.

« Recent publications have shown that the hegemony of English leads to disadvantages for non-Anglophones in general and in academia in particular. »

« The Language Planning sub-group diverged in its opinion with one NGO strongly supporting English as a lingua franca, in contrast to other members pointing to the disadvantages, particularly over costs, and the financial benefit to English speaking countries - at the expense of everyone else. »

La confirmation du profond clivage entre ceux qui souhaitent l'officialisation de l'anglais dans ce rôle et ceux qui trouvent cela inéquitable et contraire aux principes de l'UE.

La mention que de nombreuses personnes préfèreraient apprendre une « grande langue » extérieure à l'union comme le chinois ou l'arabe plutôt qu'une langue minoritaire telle que le finnois ou le catalan – ce qui en clair signifie que l'Européen standard veut apprendre "utile", pour se comprendre entre Européens ou dans le monde, pas dans le seul but de sauver des langues minoritaires.

La mention de l'espéranto, du rôle qu'il pourrait jouer comme lingua franca de l'UE , des études qu'on pourrait lancer dans ce but - en évoquant aussi ses réussites, ses expérimentations déjà réalisées avec succès.

« There was also a big response to the topic on English as a lingua franca with some variance in opinion. One NGO opined that English should be encouraged as a lingua franca while others pointed to the problems that this raises. Another NGO proposed an objective cost-benefit analysis, comparing English, Esperanto and any other putative EU lingua franca. »

« Research also suggests that the biggest effect of the implementation of the common market principles outlined in the Lisbon strategy has been to increase the dominance of English as a European ‘lingua franca’. Opinion varies as to whether language policies should aim principally to reduce the influence of English, or to support English as a platform to promote mobility and competitiveness. There is a need for more research on whether language skills (...) »

« We think that Europe should focus on mechanisms and tools to promote cooperation and a single market policy including an open area for study and work. For this reason, we need a lingua franca, known by all citizens. This however, distracts nothing of the importance and rights of lesser used languages. »

Cette inhabituelle franchise est peut-être la générosité des vainqueurs envers les vaincus ! Compte-tenu des quelques vérités qui émergent là de façon inhabituelle, on ne s'étonnera pas que ces rapports ne soient disponibles qu'en anglais (à notre connaissance.

Ils auraient pu ajouter que la plupart des Européens n'ont aucune envie d'apprendre une langue étrangère, travail immense s'il en est, ou qu'après le boulot la plupart de ces fainéants préfèrent regarder un film dans leur langue, plutôt que de ramer sur une VO !

On ne peut débattre d'un sujet en se basant sur des prémisses fausses, en niant des évidences ou en se payant d'illusions.

La problématique de la communication entre les humains, qu'elle soit mondiale ou européenne, demeure complexe et non résolue, d'autant que s'y rajoute la question des langues régionales, elle aussi délicate, politique, et très différente selon les pays – question qui a été récemment évoquée dans le Monde des livres en ligne.

« Quoi qu'il en soit, on aimerait bien savoir quelle politique linguistique les divers candidats à la présidentielle mettraient en place en cas de victoire en 2012. » (Conclusion de l'article du Monde des livres en ligne à l'occasion de la publication par Louis-Jean Calvet de Il était une fois 7 000 langues.)

Saluons donc ces deux rapports européens qui tranchent sur la langue de bois habituelle sur le mur de Babel, et abordent quelques délicates questions que nos médias nationaux censurent avec constance.

Il peut sembler étrange qu'un sujet qui engage l'ensemble des Européens dans ce qu'ils ont de plus élevé dans l'ordre des animaux - le langage - soit absent et des médias et des assemblées, mais c'est ainsi, du moins pour l'instant. Restons optimistes !

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 21:33

La présentation qu'en fait le site Vousnousils est neutre : « Une étude commanditée par la Commission européenne met en évidence l'importance des sous-titres dans le processus d'apprentissage de langues étrangères. »

(Résumé, rapport complet et ses cinq annexes)

Ne nous y trompons pas : il ne s'agit pas de pédagogie mais de politique. C'est une offensive contre le doublage des films. Et, au-delà, pour l'officialisation de l'anglais comme lingua franca de l'UE, par le biais d'un développement des films anglophones en VO aux heures de grande écoute, et auprès des enfants par les dessins animés – de même que l'anglais est maintenant imposé en France au CP.

Un curieux avertissement figure en petits caractères dans chaque annexe, comme si la Commission se défendait par avance :

« Les avis exprimés dans le présent document sont ceux des personnes y ayant collaboré, et ne reflètent pas nécessairement la position de la Commission européenne. »

Les conclusions vont pourtant être reprises par de nombreux médias comme émanant de la Commission et reflétant son opinion... Courage, fuyons !

Méthodologie

« Un échantillon de 6 000 personnes couvrant un total de 33 pays (Union européenne ainsi que l’Islande, la Norvège, le Liechtenstein, la Suisse, la Croatie et la Turquie) ainsi que 5 000 étudiants universitaires de cette même zone, ont été interrogés sur leurs habitudes de spectateurs, sur leurs préférences en matière de doublage ou sous-titrage et sur leurs compétences linguistiques. »

Près de la moitié de l'échantillon est composée d'étudiants ! C'est ça un échantillon représentatif de la population européenne ?

Personne ne conteste ni ne doute que l'évolution technique doive permettre à chacun de disposer du choix entre différentes langues, entre la VO et le doublage dans l'ensemble des langues de l'UE - et pourquoi pas d'autres langues comme le chinois, grâce à des accords internationaux.

C'est le doublage qui est menacé, qui est inaccessible à de nombreux pays financièrement, structurellement (acteurs, studios pour la synchronisation), etc.

Rappelons que le doublage est un plaisir rare, l'apanage des pays dotés d'une industrie cinématographique dynamique et développée, autant dire un luxe. Préservons-le à tout prix !

La plupart des gens, après une dure journée de labeur, regardent un film pour se détendre, pas pour faire des cours du soir dans une langue étrangère !

En VO, à l'exceptions des rares personnes de haut niveau, on rate soit une part de l'image si on lit les sous-titres, soit une partie des dialogues si on profite de l'image !

MANIPULATIONS

Il ne s'agit pas DES langues, mais de l'anglais : les Anglais vont-ils massivement regarder le dernier Spielberg sous-titré en français, allemand, lituanien ou portugais ?

La qualité du sous-titrage ne fait l'objet d'aucune analyse ! Or, pour des raisons de place sur l'image et de synchronisation, les dialogues ne sont pas toujours fidèles.

Voici un extrait qui en dit long sur le sérieux scientifique de ce sondage baptisé enquête :

« Nous pouvons estimer que (13 + 6 + 15 soit) 34 sujets ne s’opposent pas au principe du sous-titrage, alors que 8 sujets répondent (à la question 8. b) qu’ils ne regardent « jamais » de programmes audiovisuels en version originale. Il s’agit là d’un signal global à relier à la question n° 9 : « Seriez-vous prêt à regarder des films en VO sous-titrée si le les chaînes TV le proposaient ? ». A cette question, 24 sujets répondent « oui » alors que 14 personnes seulement s’y opposent franchement. Les abstentions sont en revanche nombreuses 44/82 soit 53%, ce qui ne nous permet pas encore de tirer de conclusions très claires quant aux possibilités d’acceptation éventuelle du principe de sous-titrage par l’échantillon appartenant à cette population de + 25 ans. »

« L’analyse du nombre de personnes qui préfèrent s’abstenir de répondre est intéressante et pourrait être liée d’une part à l’intime conviction des sujets mais d’autre part, aussi au sentiment et à la perception de ces derniers selon lesquels l’enquête, à travers la majorité de ces questions, vise à savoir si le sous-titrage pouvait être promu ! »

C'est clair !

La formulation des questions est orientée :

« « Seriez-vous prêt à regarder des films en VO sous-titrée si le les chaînes TV le proposaient ? ». A cette question, 38 sujets répondent « oui » alors que 8 s’y opposent. »

Si un film que j'ai très envie de voir est diffusé ce soir-là en VO sous-titrée, et seulement en VO, je risque fort d'être tenté et de le regarder quand même.

La bonne question serait : si vous avez le choix à 20h30 entre un film récent en VO et dans votre langue, lequel choisirez-vous ?

Ou encore : « Pensez-vous qu'il faille à la télévision, pour les films et les séries, donner le choix entre la VO sous-titrée et le doublage, ou imposer la VO sous-titrée seule ? »

Or, « choix » est un mot très rare dans ce rapport.
(Les questionnaires sont dans l'annexe 1)

Le niveau de langues : il est expliqué par le rapport lui-même que c'est tout sauf scientifique :

« Avant d’analyser les résultats de l’enquête, il est utile de rappeler que l’auto-évaluation que les citoyens interrogés ont effectuée par rapport à leurs propres compétences linguistiques, est susceptible d’avoir été influencée par les représentations propres à chaque culture (par exemple, selon les pays certaines langues bénéficient d’une image de « langue facile » alors que d’autres ont plutôt tendance à être considérées « difficiles à apprendre ». Ces représentations culturelles peuvent intervenir dans l’auto-évaluation de son propre niveau de connaissance des langues) »

Les gens ont répondu à des questionnaires sur leur propre estimation de leur niveau dans une langue étrangère. Un pays de gens modestes, ou conscients de l'immense difficulté des langues répondra modestement. Un pays de frimeurs se la jouera tous « fluent » !

Il existe pourtant depuis une dizaine d'années une échelle consensuelle de niveau en langue, le Cadre européen commun (CECRL), mais se baser dessus exigerait une véritable étude, en déterminant précisément le niveau : trop scientifique donc, et bien plus long qu'un sondage... À notre connaissance, une telle étude n'existe encore nulle part, à l'exception de catégories particulières, comme les étudiants et le TOEFL ou TOEIC.

« Si le film est en langue étrangère non connue, on remarque que les étudiants des facultés non linguistiques gardent leurs habitudes, alors qu’il y a une évolution plus visible chez les étudiants des facultés linguistiques qui montrent une préférence plus marquée pour le sous-titrage une fois leurs études universitaires commencées."

« Seule exception dans cette catégorie : les étudiants des facultés non linguistiques dans les pays de doublage et de voice over, qui semblent toujours préférer le doublage au sous-titrage, par habitude et pour ne pas faire d’effort dans la lecture des sous-titres. »

Encore un peu et ils se feraient traiter de fainéants ! Les étudiants en langue aiment travailler les langues à la télé ou au ciné, les autres beaucoup moins... en voilà une découverte !

Autre grande découverte : les enfants préfèrent leurs programmes dans leur langue. Peut-être pour les comprendre ?

« L’animation et les programmes pour enfants sont diffusés en version doublée, au cinéma comme à la télévision, dans presque tous les pays européens pour permettre aux enfants en âge préscolaire d’avoir accès aux œuvres audiovisuelles qui leur sont spécifiquement consacrées. »

Ah ! La notion de choix est quand même abordée (mais absente des questions), dans le chapitre « obstacles économiques » :

« Le paysage télévisuel est en train de changer avec le passage au numérique, qui permet de proposer plusieurs versions linguistiques au choix. »

Cette façon de sérier les obstacles au sous-titrage, obstacles économiques, psychologiques, législatifs, technologiques, culturels, etc. est très révélatrice : le but déclaré est le sous-titrage, et tout ce qui entrave son développement est un obstacle ! La comparaison des avantages et inconvénient respectifs du doublage et du sous-titrage n'a pas lieu d'être.

De toute façon, ils n'y comprennent presque rien, c'est eux qui le disent :

« (...) l’analyse des différents thèmes de l’étude montrent la complexité de la corrélation entre sous-titrage et connaissance des langues. »

Pis encore, le doublage ne gêne nullement l'apprentissage des langues :

« Il n’existe pas de corrélation négative entre l’habitude au doublage et la connaissance des langues étrangères : la population des pays de doublage parle d’autres langues en plus de leur langue maternelle. »

Alors pourquoi cette obsession à développer le sous-titrage ?

« Dans l’enquête, cinq pays atteignent les meilleurs résultats en termes de « haut niveau linguistique » : il s’agit du Danemark, de la Finlande, des Pays-Bas, de la Norvège et de la Suède. »

« Dans les pays qui ont une tradition de sous-titrage, la majorité des répondants à l’enquête déclare que leur niveau linguistique (en langue anglaise particulièrement) est proche de celui de leur langue maternelle, soit un niveau 4 ou 5 sur une échelle de 5, alors que dans les pays à tradition de doublage la majorité des répondants déclare ne pas dépasser le niveau 3 sur 5. »

Les pays de tradition sous-titrage sont essentiellement les nordiques, dont on sait qu'ils ont abandonné leur propre langue dans l'enseignement supérieur – un comportement de colonisés... Quant à l'estimation du niveau par sondage et auto-questionnaires, le rapport lui-même en mentionne la subjectivité (cf. plus haut). Et l'échelle sur cinq est trop pincée pour être précise.

C'est seulement à la fin des fins que le vrai sujet débarque : l'anglicisation de l'UE :

« Il est nécessaire néanmoins de préciser que dans les contextes d’apprentissage informels, le nombre de langues auxquelles le citoyen pourrait être sensibilisé via le sous-titrage dépend de l’origine des films en circulation. Aujourd’hui, dans la presque majorité des pays européens, la distribution de films en salles est dominée par les productions nord-américaines en langue anglaise et c’est par conséquent l’anglais qui est la langue avec laquelle les spectateurs des pays de sous-titrage sont susceptibles d’avoir plus de familiarité. »

« Par ailleurs, même là où l’offre est disponible, elle concerne principalement les œuvres en langue anglaise. »

Voici les trois dernières lignes de conclusion :

« Il n’empêche que certains groupes de la population européenne (étudiants des facultés de langues, cinéphiles, etc.) sont dans une démarche active pour aller chercher la version originale sous-titrée des films dans les différentes langues qu’ils souhaitent améliorer. »

Va-t-on imposer à tous aux heures de grande écoute des films et des séries en anglais sous-titré pour qu'un petit groupe très motivé travaille l'anglais ?

Résumé de notre avis sur ce rapport :

Pas d'analyse de la qualité variable et des défauts du sous-titrage (dialogues incomplets, plaisir visuel moindre)

Questions orientées, dont la notion de choix est absente.

Analyses truffées de conditionnels, de suppositions, d'interprétations et de conclusions plus ou moins arbitraires.

Le sous-titrage est dès le départ le but déclaré, et tout ce qui freine son développement est qualifié d'obstacles, sériés en obstacles économiques, psychologiques, législatifs, technologiques, culturels !

Compte-tenu de l'écrasante production américaine de films et de séries, il faut que le doublage se développe dans chaque pays et que nous mettions mutuellement ces versions à disposition, afin d'avoir en numérique un vaste choix de langues. Sinon, seules des versions anglophones sous-titrées seront disponibles.

C'est le doublage qui a besoin du soutien de l 'Union européenne, et non le sous-titrage !

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 12:29

Le gouvernement veut rétablir les leçons de morale à l'école primaire, remplacées à l'époque Pompidou par le sport. Excellente idée. On pourrait commencer par les dix commandements, avant d'étudier d'autres sagesses.

Tu ne feras point d'image truquée dans Paris Match, ni ne vendras ton corps, celui de ta femme et de tes enfants à des paparazzis.

Tu n'espionneras pas les médias, et ne feras pas pression sur les journalistes, ne leur enverras pas de barbouzes.

Tu ne te prosterneras pas devant les idoles du CAC 40, même sachant que leurs richesses se transmettent jusqu'à la troisième génération, voire plus s'ils sont pointus en évasion fiscale. Tu n'adoreras pas le veau d'or ni les Rolex en or.

Tu seras miséricordieux avec les préfets, commissaires, juges, journalistes, élus qui ne t'ont pas bien servi. Tu pardonneras les offenses.

Tu ne jureras point en vain, ni ne massacreras le français.

Souviens-toi du jour du repos, n'en profites pas pour draguer les électeurs à l'église ou au Vatican.

Tu feras tout ton ouvrage, et tout ce que tu as promis aux électeurs.

Le septième jour est le repos, n'en profite pas pour aller dans les restaus de luxe.

Honore ton père, ta mère et tes pères spirituels, au lieu de les trahir comme c'est courant en politique.

Tu ne tueras point de civils, même appelés « dommages collatéraux ».

Tu ne commettras point d'adultère.

Tu ne te déroberas point, même si tu as promis une énormité comme te baigner dans un fleuve pollué, ou revenir voir des ouvriers désespérés après une délocalisation.

Tu ne feras pas de faux témoignage devant tes juges, ni de mensonge devant tes électeurs.

Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, à plus forte raison celle de ton ami, ni ne l'épouseras.

Tu ne truqueras pas les élections, parisiennes ou autres.

Tu ne fileras pas 300 patates à un affairiste pour services rendus électoraux, tu ne fileras pas des autoroutes ou des hippodromes à des potes à des prix notoirement sous-évalués, tu ne fileras pas 7 millions de Total à un pote trafiquant d'armes.

Tu ne toléreras pas qu'un ministre ou un secrétaire d'Etat ait pratiqué le tourisme sexuel, le vol de cigares de luxe, la prévarication, la sous-location d'appartement de fonction, ou le vol de 16.000 pièces du mobilier national.

Tu n'aggraveras pas le déficit du budget, l'insécurité et les inégalités comme jamais auparavant.

Bref, si tu sais être honnête, poli, humble, sincère, strict mais généreux, ferme mais juste, compatissant, travailleur, bon et patient, tu seras un homme, mon fils - presque l'égal de Jésus ou de Confucius, mais tu ne seras sûrement pas président ! Ou alors, c'est nouveau.

 

Espérons que notre ministre Luc Chatel fasse circuler son programme d'instruction civique parmi le personnel politique de tout bord, et en premier lieu dans son propre gouvernement – je ne sais s'ils sont pires, mais il les a sous sa main sévère, prêt à frapper à l'ancienne sur les doigts du pécheur ou du mauvais élève. Ça va trembler au Conseil des ministres !

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