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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:23

Sur-titre
Titre :
Intense propagande médiatique en faveur de l’anglais !
Sous-titre
Descriptif :
Chapeau

France Info, le Monde, 20 minutes, de nombreux médias ont repris les résultats du TOEFL, un test d’anglais dans lequel les Français se classent 69e sur 109 (il n’y aurait donc que 109 pays dans le monde ?), une info malheureusement accompagnée du masochisme et de l’autoflagellation habituels sur le supposé mauvais niveau des Français en anglais.

VOIR EN LIGNE :
Texte
 
Une avalanche de clichés, de désinformation, tant dans les articles que dans certains commentaires.
Ces résultats du TOEFL sont effectivement une information, mais elle méritait d’être replacée dans son contexte : à savoir un débat sur la légitimité de l’anglais, sur la diversité linguistique versus une Europe anglophone, sur le choix des langues ou l’anglais imposé au primaire, sur la liberté de choisir sa ou ses langues étrangères !
 
« Le précédent ministre de l’éducation, Xavier Darcos, voulait des élèves bilingues à la fin de leur scolarité. »
Comme Xavier Darcos, Le Monde assimile le bilinguisme à français+anglais, alors que cela signifie français+autre langue. Fut un temps où Le Monde maîtrisait le français !
 
France Info propose en plus un reportage audio, toujours sur fond d’une culpabilisation ahurissante.
 
Il semble nécessaire de rappeler quelques évidences :
 
Il est naturel que des locuteurs de langues de diffusion internationale soient moins motivés pour l’apprentissage d’une langue étrangère - c’est humain, et c’est le cas pour nous autres Français, mais aussi pour les anglophones, de loin les plus mauvais du monde en langues ! En moyenne, bien sûr, car il existe des natifs anglophones polyglottes. En GB, on peut abandonner toute langue étrangère dès 12 ou 13 ans, faisant fi des recommandations européennes d’étudier la langue de ses voisins... 
 
L’école ne peut être le lieu que d’une initiation à une ou deux langues étrangères (niveau A2 ou B1 du CECR dans le meilleur des cas sans soutien extra-scolaire), rien de plus rien de moins, sans que les méthodes soient en cause. Comment les profs de langue acceptent-ils sans moufter cette avalanche de critiques ?
 
Il n’existe pas de méthode miracle pour étudier une langue étrangère ; c’est très long, très difficile, très lent, s’oublie vite et demande une forte motivation.
 
Le cerveau des petits Français est le même que celui des petits Norvégiens. Pourtant, à lire Le Monde qui s’interroge sur la génétique, on pourrait en douter...
 
On ne peut nous comparer à des pays qui ont abandonné leur langue au point d’enseigner à la fac en anglais ! Sauf si c’est l’avenir que l’on souhaite à la langue française.
 
Les locuteurs de langue germanique sont avantagés.
 
Le vrai sujet est la légitimité de l’anglais comme langue véhiculaire de l’Union européenne et de divers domaines (aviation, certaines sciences), ce qu’il est déjà officieusement, mais non sans une certaine honte puisque c’est inavoué. A quand l’aveu, le coming out de l’UE ?
 
Il s’agit encore et toujours d’une véritable guerre des langues, et voici un article qui l’explique de façon universitaire, mais ne voit d’autre solution que d’accepter la suprématie de l’anglais, sans aller jusqu’à le dire explicitement.
 
C’est une lutte d’influence dont les enjeux se chiffrent par milliards, tant les secteurs concernés sont vastes : influence politique, économique, scientifique, mainmise sur les grandes instances, offres d’emploi privilégiées, natifs or « same level », sans oublier l’immense bizness des langues, auquel nous sommes tellement habitués que nous ne le remarquons même plus. 
 
Ce sont pourtant là les enjeux véritables : pas la culture, mais le pouvoir et le fric !
 
Diffusez plus de films en anglais à la télé, recommandation entendue dans l’entretien sur France Info cité plus haut et récemment également faite par l’OCDE : « Augmenter la connaissance des langues étrangères, notamment en envisageant la présentation à la télévision publique de reportages et de films en version originale sous-titrée. » 
(page 39, doc en pdf )
 
 
Privatisez l’enseignement de l’anglais, faites venir toujours plus de natifs, luttez contre le chômage en Angleterre ! Faites financer des stages par les conseils généraux pour augmenter le déficit de la France.
 
Payez-leur des cours de soutien, des méthodes plus « révolutionnaires » les unes que les autres pour apprendre l’anglais les doigts dans le nez.
 
Offrez-leur des biberons bilingues (ça aide à l’apprentissage de la lecture !), des gardes d’enfant anglophones... Eh oui, ça existe !
« L’entreprise B. propose un nouveau concept pour les enfants dès 3 ans : de la garde d’enfants exclusivement en langue étrangère par un intervenant natif sélectionné et formé. »
Je ne vais quand même pas leur faire de la pub, non ? Mais si vous voulez vraiment connaître leur nom, c’est votre droit : B.
 
Les enjeux de la suprématie linguistique sont aussi vastes qu’ils sont sous-estimés et tus par les médias. 
 
20 minutes avoue involontairement le vrai sujet dans son résumé des commentaires : « La France est au 69ème rang (sur 109) du classement des pays parlant le mieux la langue universelle. »
 
Peut-être au fond de leur coeur les Français ne reconnaissent-ils pas l’anglais comme langue universelle ?
 
Et ils ont raison : la vraie langue internationale, la langue équitable, c’est l’espéranto.
 
Rappelons enfin que l’anglais imposé au primaire n’est pas la seule option pédagogique pour l’initiation aux langues vivantes : certains pédagogues continuent de soutenir une initiation non spécialisée qui permet d’utiliser la meilleure aptitude musicale de l’enfance, tout en respectant la diversité des langues et la liberté de choix : le programme Evlang (éveil aux langues).
 
Malheureusement, il ne s’agit pas de pédagogie, mais de politique...
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:22

Cela s’est passé dans un couloir mal éclairé d’une salle d’exposition. Selon les témoins, elle aurait même échangé un joyeux « Saluton ! » avec un mystérieux « Allemand de haute taille », ce qui est déjà suspect, vous en conviendrez. Les indices matériels ont été masqués par les mégots, canettes, papiers gras et autres résidus humains de tout congrès.
 
L’affaire prend dès le départ un tour des plus étranges, car sur la photo qui illustre la plupart des articles, on ne voit aucun sari rose, même à l’aide d’une loupe !

On s’étonne du peu d’informations disponibles si on considère le nombre de compte-rendus de la scène qu’on a pu lire dans les médias :

Selon Yahoo et la dépêche de l’AFP :
« Białystok, Pologne (AFP) - Une élégante femme népalaise en sari rose et un Allemand de haute taille échangent un joyeux "saluton !" avant de se lancer dans une discussion animée en esperanto, une langue créée de toutes pièces pour favoriser l’entente entre les peuples. »

« Une élégante femme népalaise en sari rose et un Allemand de haute taille échangent un joyeux "saluton !" »
RTL-Info

« Une élégante femme népalaise en sari rose et un Allemand de haute taille échangent un joyeux "saluton !" avant de se lancer dans une discussion animée en espéranto, une langue créée de toutes pièces pour favoriser l’entente entre les peuples. »
(TV5 monde)

Le Parisien. L’envoyé spécial de l’Est-éclair, plus proche géographiquement de la Pologne, a lui aussi entendu le même mystérieux mot code « Saluton ! »

Libération Champagne (sobre) :
"Une élégante femme népalaise en sari rose"... etc.

Le Point, , Aujourd’hui.fr, France 123news, Actu.voilà, RTL-info, Actualité en ligne, tous sont unanimes sur la présence d‘une mystérieuse femme en sari rose au congrès de Białystok !
 
Comment cette brève rencontre a-t-elle attiré l’attention de toute la presse ? Faut-il y voir un rebondissement de la polémique sur le voile islamique, ce qu’on pourrait appeler l’affaire du sari hindou ?

Ou suspecte-t-on un gang de voleurs à la tire qui utiliserait des complices vêtues de sari pour cacher leur butin, écumant les foires internationales comme celle de l’espéranto ?

Ou peut-être sommes-nous à l’aube d’une affaire d’espionnage : la femme au sari et l’Allemand de haute taille sont-ils de dangereux espions ayant furtivement échangé des informations sur l’Union européenne en se mêlant à la foule ?

La coopération internationale n’est pas un vain mot dans « les services », car l’info a circulé aussi vite qu’elle le méritait, on en parlait jusqu’en Angola .

Et jusqu’en Chine l’on s’interroge sur ce qui est en train de devenir l’affaire du sari de Bialystok :
 
« The elegant Nepali woman, clad in a pink sari, beamed as the tall German man strolled by. They both called out a greeting : "Saluton !" »
China Daily

Mais peut-être nous sommes-nous emballés un peu vite... Ce journal anglophone chinois semble délaisser la piste de l’espionnage pour replacer cette rencontre dans le cadre de la communication internationale :

« "You have a lot of strong-minded people who’ve taken it from being a completely made-up language through to, 120 years later, hundreds of thousands of people speaking it," he said. "I can’t see a way for it to become the international language because English has filled that role already. But does it have a future as a language, a culture and an internationalist entity ? Yes it does !" »

Le Point aussi doute de la piste romanesque comme de l’affaire policière, pour privilégier l’espéranto, langue de communication internationale :

« Son importance est dans le contact avec les gens", estime la Népalaise Indu Devi Thapaliya (45 ans). C’est un Polonais qui a commencé à lui enseigner l’espéranto en 1990 dans la capitale népalaise Katmandou. »
 
« François Randin, 58 ans, qui vient de Suisse, un pays connu pour les malentendus entre germanophones, francophones et italophones, raconte qu’il est tombé amoureux de l’esperanto il y a 15 ans. (...)
Il se rappelle un voyage effectué à travers la Chine grâce à des contacts espérantistes. Avec l’anglais, "on restait dans les bases du petit-déjeuner... du café et du lait...sans aller au-delà ! Avec l’espéranto, je parle avec les Chinois comme je parle avec vous, je peux aller jusqu’à philosopher", dit-il. »

Peut-être les services spéciaux ont-ils malgré tout discrètement surveillé la rencontre annuelle de l’espéranto, cette langue facile qui permet aux citoyens du monde entier de communiquer – un peu trop bien et un peu trop facilement au gré des gouvernements... La mondialisation, oui, pour les "traders", le pétrole et les produits manufacturés chinois, mais pas pour la communication, l’information ou le débat citoyen - trop révolutionnaire...

Cette rencontre entre une femme en sari et un Allemand de haute taille n’était finalement qu’une discussion en espéranto entre citoyens du monde, comme il y en eut des milliers durant le congrès de Białystok, mais les journalistes y ont vu malice, qui n’ont d’autre expérience de la communication internationale qu’en anglais d’aéroport.
 
Mais L’AFP et BFM-TV ont sauvé l’honneur du journalisme en "retrouvant" et en interviewant cette mystérieuse femme au sari rose, dont l’entretien est toujours visible sur YouTube grâce au travail des espérantistes.
 
Décidément, rien de tel qu’une présence féminine pour animer un évènement – ou un article !
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:22

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Titre :
L’anglais en Inde et dans l’UE
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Descriptif :
Chapeau

Il m’a semblé utile de rapporter un extrait de l’entretien du Nouvel Observateur de cette semaine avec Tarun Tejpal, écrivain et journaliste, fondateur de la revue "Tehelka", qui dénonce régulièrement des scandales d’État, ce qui vaut à ce courageux journaliste de vivre depuis des années sous protection policière.

VOIR EN LIGNE :
Texte
 
Question du NO (Nota : sur le roman de Tarun Tejpal) : « Vos cinq assassins sont tous issus de milieux défavorisés, mais certains appartiennent à des castes dites « supérieures »... »
 
« La caste est une des failles les plus profondes qui divisent la société indienne. Mais il y en a des dizaines d’autres : la religion, la classe, la langue, l’ethnie... Par exemple, tous mes assassins sont victimes de la fracture linguistique qui fait de l’anglais le plus grand marqueur de classe en Inde. La classe supérieure, qui possède l’argent et l’éducation, est anglophone depuis trois cents ans. Que l’on soit intelligent, travailleur ou non, il suffit de connaître l’anglais pour appartenir à cette élite, en fait une infime minorité. J’ai appris l’anglais à ma naissance, je parle, le rêve, je pense, j’écris en anglais. Mais 90% des Indiens doivent fournir un effort gigantesque pour acquérir quelques bribes de cet outil de domination. Les anglophones sont en fait les nouveaux brahmanes, et j’ai vu de nombreux jeunes gens pleins de mérite détruits pour un manque de maîtrise de l’anglais. Leur estime de soi est en miettes, ils se sentent comme des nains face à cette langue. »
 
Le rapprochement de ces déclarations avec un récent communiqué de l’UE ne manque pas de sel, car celle-ci fait preuve d’un bel humour noir en voyant une convergence avec l’Inde dans la gestion de la diversité linguistique et du plurilinguisme :
 
« L’Union européenne et l’Inde, qui comptent chacune 23 langues officielles, signent une déclaration commune sur le multilinguisme ».
 
« L’anglais peut être utilisé pour des motifs officiels et le pays comporte 22 langues officielles régionales. Cette riche diversité linguistique existe depuis le début de l’histoire de l’Inde et, au niveau local, elle est considérée comme tout à fait naturelle.
Cette similitude avec l’Union européenne concernant le paysage linguistique fait de l’Inde un interlocuteur privilégié pour l’Europe en matière de multilinguisme. Cette déclaration conjointe prévoit l’organisation de discussions et l’échange de bonnes pratiques sur une base régulière. »
 
Je renvoie à mon article d’Agoravox, où figure également un long extrait de l’opinion de Gandhi sur l’anglais en Inde.
 
Justement, ne sommes-nous pas en train de fabriquer dans l’UE un système de castes basé sur les langues ? 
 
Avec au sommet les « native english », seigneurs incontestés qui obtiennent de nombreuses dérogations (« opt-out ») et des offres d’emploi privilégiées, une classe dirigeante suivie à distance respectueuse par les « fluent english », le plus souvent acquis à leur cause, ces deux castes européennes dominant alors ensemble la plèbe des Européens qui ne maîtrisent pas la langue officieuse de l’Europe.
 
Cette vision des choses peut paraître excessive, alarmiste, monomaniaque, paranoïaque, anglophobe, anti-américaine (du nord, of course), parmi les qualificatifs les plus fréquents que nous avons pu lire. Pourtant, cette caste dominante a déjà ses filières, ses écoles d’élite nichées au coeur de la république : les sections dites "européennes" (ou internationales), où se développe un enseignement bilingue français-anglais, accessoirement allemand : les voies royales vers un anglais « fluent » par lesquelles les élites s’autoreproduisent déjà.
 
Le tout paré de belles envolées lyriques qui voient dans l’enseignement de matières scolaires (histoire, maths, etc.) dans une langue étrangère - comprenez "l’anglais" - le modèle éducatif de demain ! Le dogme nouveau est arrivé...
 
Quant aux privilèges des « native english » en matière d’embauche, même si les petites annonces les camouflent maintenant sous l’appellation « or same level », on en trouve encore quelques exemples lorsqu’il n’a pas été jugé nécessaire d’avancer masqué, tant l’évidence d’une UE anglophone est présente dans les esprits de nos dirigeants. Un exemple récent est rapporté par le site L’Observatoire du plurilinguisme ».
 
« Un moment fort des Assises européennes du plurilinguisme à Berlin (18-19 juin 2009) a été quand Jean-Loup Cuisiniez, représentant du syndicat CFTC, a présenté deux cas de recrutement ethnique.
 
Le premier, manifeste, est le fait de l’organisation internationale de normalisation, l’ISO, dont le siège est à Genève, qui inscrit en toute lettre dans son annonce de recrutement ci-dessous la condition "English mother tongue". A ce tarif-là, le petit Danois, qui pourtant parle parfaitement anglais, est d’emblée exclu. »
 
Toutes les manifestations du type journée du plurilinguisme, semaine des langues, mois de la diversité, année de la communication européenne (elle s’est achevée...) ne sont que de la poudre aux yeux, des jeux du cirque destinés à faire oublier la réalité d’une Europe toujours plus anglophone.
 
La diversité des langues est une réalité de l’Europe, y compris en France même ; elle existe autant que la pluie ou le soleil, il n’est nullement nécessaire de la promouvoir ou de la commémorer comme une victoire du passé ! A moins que justement, on ne la rappelle que parce que chacun sent qu’elle disparaît ?
 
Ce dont il faudrait discuter, c’est du fonctionnement linguistique des institutions européennes et de la communication entre Européens.
 
Même à l’échelon national, la question de la langue d’enseignement demeure un sujet de doutes et de tâtonnements : le fait de pouvoir recevoir un enseignement dans sa propre langue commence à être perçu comme un droit, mais sur le plan logistique, c’est tout simplement impossible dans les pays dotés de nombreuses langues ou dialectes.
 
Quant aux pays qui ont choisi d’avoir plusieurs langues nationales officielles, on lit tous les jours à quel point c’est tout sauf évident à gérer, une source de tensions et de difficultés logistiques.
 
Par exemple, il y a loin de la théorie « A Berne, chacun parle sa propre langue et comprend celle de l’autre. », à la pratique : « Cela suppose une connaissance minimale du français pour les Alémaniques et de l’allemand pour les francophones. Les italophones se trouvent dans une situation particulière. Parce qu’ils sont très minoritaires, ils partent du principe que l’italien n’est pas suffisamment répandu et s’expriment plutôt en allemand ou en français pour être sûrs de bien se faire comprendre. »
Un article du Temps rapporté par L’Observatoire du plurilinguisme
 
Les citoyens d’un pays doté de plusieurs langues officielles sont donc en pratique très loin d’être égaux.
 
C’est exactement ce que nous construisons avec l’UE : une Europe où les « native english » sont plus égaux que les autres – selon l’immortelle formule.
 
D’une manière générale, nos sociétés sont nettement moins bien organisées que nous le croyons, et sur les questions linguistiques nous en sommes à peine aux tâtonnements, dans lesquels la passion et le dogme tiennent lieu d’argument.
 
 Il suffit de considérer en France la difficile question des langues régionales dans le système scolaire et dans l’administration, pour en être convaincu. Deux exemples parmi tant d’autres :
 
« Le ministre de l’Éducation nationale Luc Chatel confirme les propos tenus hier par le recteur Mostafa Fourar : “Le créole a toute sa place comme langue vivante régionale”. »
 
« Le conseil municipal de Portivechju se prononce en faveur de la langue corse (07h01)
(Alex Bertocchini - Alta Frequenza) - Le conseil municipal de Portivechju a adopté il y a quelques jours la charte de la langue corse. (...) On peut citer pêle-mêle la signalétique bilingue, y compris dans les écoles, ou encore la mise à disposition de formulaires bilingues pour les actes les plus courants, comme les mariages ou les actes de naissance. Selon le groupe politique U Riacquistu, c’est une très bonne chose, mais la prudence doit être de mise afin de passer de l’affichage à la réalisation. »
 
A l’étranger, en Estonie :
 
Au Sénégal, article Signalé par le site Inttranews
« Dakar, Sénégal (Walf Fadjri) - Le fait de dispenser l’enseignement exclusivement en français engendre divers effets pervers graves : des taux de redoublement et d’abandon très élevés, coupure entre instruits et non-instruits, ainsi qu’entre gouvernants et gouvernés, faible rentabilité de l’enseignement, faible pourcentage de scientifiques et de techniciens compétents, grande insuffisance d’initiatives constructives, accroissement du nombre des sans emploi, des pauvres, des délinquants...On le sait depuis longtemps, l’utilisation des langues nationales dans l’enseignement et l’administration est une nécessité, mais la manière d’y parvenir n’est pas évidente. »
 
Les hommes se sont posés sur la Lune mais, en matière de communication internationale, voire nationale, nous n’en sommes qu’aux balbutiements, nous tâtonnons à la recherche d’une solution fonctionnelle, d’une harmonie sociale.
 
Il est dommage que les pressions politiques et économiques en faveur de l’anglais empêchent tout débat dans l’UE sur un sujet qui nous concerne tous.
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:21


Traduction d’un article de Hori Jasuo, paru dans le numéro d’août-septembre 2009 de la revue espérantophone Monato.


Les Japonais aiment bien mettre un masque, pour des raisons diverses. D’abord, beaucoup pensent qu’il convient de porter un masque lorsqu’ils sont enrhumés. Grâce à celui-ci, ils ne gênent pas beaucoup les autres quand ils toussent et éternuent.

Deuxièmement, ils pensent qu’un masque les protège contre les bactéries et les virus propagés par les malades.
 
Troisièmement, un masque réchauffe. En hiver, des vents froids viennent de Sibérie, et dans les régions du Pacifique soufflent des vents secs. Pour se protéger de ces vents, ils portent des masques.

Quatrièmement, pendant les trente dernières années, beaucoup ont souffert d’allergie saisonnière. A la fin de l’hiver, les cèdres japonais fleurissent et libèrent de grandes quantités de pollen. Selon une enquête du journal Asahi, 43% des Japonais souffrent d’allergie aux pollens. Parmi ceux-ci, 37% ont plus de 16 ans, les 10-15 ans représentent 14% et les 5-10 ans 18%. Pour se protéger, beaucoup portent des masques, voire des lunettes de natation, afin de ne pas inhaler de pollen.

La grippe aviaire

Cet engouement pour les masques s’est renforcé lorsque sont survenues les menaces de la pneumonie atypique (SRAS) et de la grippe aviaire. Parallèlement, les entreprises de matériel d’hygiène ont amélioré la qualité des masques, et maintenant, on en trouve divers types dans les magasins. Ainsi, le Japon est devenu le pays qui se distingue le plus par cette culture du masque.

Récemment, lorsqu’à la mi-mai une nouvelle variété de grippe est apparue au Japon, les gens équipés d’un masque se firent considérablement plus nombreux. Le Ministère de la santé et du travail recommande le port du masque dans les lieux publics pour lutter efficacement contre la grippe. Aussi, quelques écoles, magasins et entreprises obligent élèves, employés et ouvriers à mettre leur masque.

Dans les pharmacies, où sont vendus les masques, les clients se pressent, au point qu’il y a des plaintes au sujet des quantités insuffisantes. On dit que la somme totale des ventes de masques en 2008 a été de 20 milliards de yens (154 millions d’euros). Du fait de la grippe, seules les entreprises de matériel d’hygiène prospèrent dans l’actuelle stagnation de l’économie.
 
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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:20

Oui, c’est un titre racoleur, mais je ne fais que calquer mon attitude de journaliste-citoyen sur celle des journalistes professionnels d’un média réputé, dont la valeur éthique est reconnue.


Quand j’ai découvert aujourd’hui, affiché sur de grands panneaux publicitaires à l’intention du grand public, la une du dernier numéro, « Les plantes guérissent tout (ou presque) », ça m’a fortement interpellé, scotché même.

Sous cette proclamation hardie est incrustée une liste d’affections.

Cette mise en page provoque inévitablement chez le lecteur la conclusion que toutes les maladies citées peuvent être guéries par les plantes, car la précautionneuse mention "ou presque" est déjà oubliée sous le coup de la surprise :
"Comment, on peut guérir tout ça avec de la phytothérapie, et je n’étais pas au courant ?"

Passe encore pour la dépression, l’insomnie ou des troubles digestifs, formulation des plus floues qui regroupe toutes sortes d’affections dont certaines guérissent toutes seules... Mais quid de l’arthrose ?

Déjà du temps lointain de mes études, l’arthrose, véritable épine dans le chemin de croix du vieillissement, ne se guérissait pas, mais les connaissances et la médecine évoluent. Aurais-je raté une FMC (formation médicale continue) ? Mea culpa, je reconnais en avoir raté plusieurs...
Pourtant, à la lecture régulière de deux revues médicales, je ne me souviens pas avoir lu cette information, qui serait une véritable bombe médicale et vaudrait à coup sûr le prix Nobel à son auteur – d’autant que c’est un problème qui concerne au premier chef les pays occidentaux et les dirigeants âgés, ce qui peut aider...

Décidément, non - l’arthrose ne se guérit pas. Tout au plus peut-on calmer les poussées inflammatoires et soulager les douleurs, sans oublier que le grand progrès dans ce domaine réside dans la chirurgie prothétique : on ne compte plus les prothèses du genou et les prothèses totales de hanche. Quelques médicaments prétendent ralentir l’évolution de l’arthrose, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que leurs études ne sont pas exemptes de faiblesses méthodologiques et ne sont guère concluantes.

Mais alors, qu’en conclure ? Que ce grand journal aurait menti sciemment ? Avec la caution d’un professeur responsable d’enseignement de phytothérapie à la faculté de Montpellier, caution universitaire dont la photo orne aussi la une ?

Le Conseil de l’Ordre des médecins va-t-il se montrer aussi réactif et sourcilleux qu’il le fut naguère avec les pionniers de l’avortement, des traitements substitutifs aux toxicomanes ou du non-paiement des cotisations... et poursuivre cet honorable professeur pour mensonge et escroquerie, ou complicité avec une manœuvre douteuse d’un journal ?
 
On espère que la torpeur estivale épargnera au thérapeute une telle ignominie.

D’ailleurs, je suis sûr que dans les pages intérieures, le ton de bonimenteur de la couverture a disparu pour laisser la place au raisonnable, mais je ne vais pas acheter un hebdo qui use de pareilles méthodes juste pour vérifier si le fond est plus honnête que la façade !

Je gage qu’il y aura un sage rappel que la pharmacopée est née des plantes et de la nature : la poudre des Jésuites, la pénicilline du moisi, le mâchonnement de la feuille de coca dans un but antalgique et coupe-faim, etc., sans parler de la tradition millénaire en ce domaine de la médecine chinoise. Dont acte.

Qu’en conclure ?

Allez, c’est l’été, on a envie de soleil et de joie, pas d’amères récriminations, aussi proposerai-je une conclusion au choix : une pessimiste et une optimiste.
 
La pessimiste d’abord :
peut-être que les nécessités du commerce l’emportent sur la rigueur déontologique, que la fragilité financière des journaux passe avant l’éducation du public, ce qui nous amène à trouver des horoscopes, des astrologues thésardes et autres fadaises plein nos médias. Peut-être qu’on se contrefiche de l’éducation du public, puisque les programmes de l’école primaire semblent avoir été expurgés de toute référence à l’évolution et à la durée géologique, sous l’influence du mouvement créationniste, comme expliqué dans cet article de Tom Roud sur AVox.
L’optimiste, maintenant :
peut-être qu’au journal Le point, comme parfois à la Poste, à EDF ou dans les banques, on case comme stagiaires durant l’été quelques-uns des enfants des employés, et que l’enthousiasme juvénile d’un apprenti journaliste l’aura emporté sur la rigueur professionnelle. Peut-être l’avocat du journal a-t-il fait rajouter en catastrophe, en l’absence de toute la rédaction partie à la plage, le prudent « ou presque » !
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 22:02

C’était sur une chaîne du groupe ARD, à l’occasion du congrès de IJK  (Internacia Junulara Kongreso - Congrès international de la jeunesse espérantiste) qui s’est tenu du 18 au 25 juillet 2009 à Liberec en Tchéquie.


Les grincheux diront : « Bof, 3 minutes sur une des chaînes d’un groupe, en fin de soirée... c’est du remplissage avec ce qu’on a sous la main, à peine mieux qu’un horoscope ».

Pourtant, imaginez sur France 2 ou TF1 de l’espéranto, présenté, illustré par un reportage, et - oh sacrilège ! - sous-titré en français... Un coup à faire virer le présentateur !

Que la francophonie se meure - soit, que seuls les nonagénaires se rappellent que le français est une des langues de travail de l’UE - passe encore, mais voir une langue construite sous-titrée dans l’ancienne langue des diplomates, pour quelques-uns de nos beaux esprits, ce serait déchoir ! Ils ne savent pas que dans l’UE, nous sommes déjà quelque peu déchus...

Quoi qu’il en soit, les Allemands décomplexés l’ont fait, bravo ! Que les préjugés du 20e siècle restent au 20e siècle, et que les grandes idées fleurissent au 21e !
Vidéo de ces infos sur Youtube

Le présentateur commence par ces mots : « Alia mondo eblas » (un autre monde est possible) et conclut le reportage par « kaj jen mia lasta tasko : anonci al vi la veter-prognozon » (et maintenant, ma dernière tâche : vous annoncer la météo - mot à mot "le pronostic du temps").

On y entend aussi un des (rares) natifs espérantophones, dont le père est Japonais et la mère Polonaise.


Par ailleurs
 
Le 21 juillet 2009, le maire de Białystok (Pologne), Tadeusz Truskolaski, a inauguré le nouveau centre culturel Ludwik Zamenhof, qui comprendra une exposition permanente sur la jeunesse de Zamenhof et deux expositions temporaires sur l’espéranto, à l’occasion du Congrès international qui se tient dans cette ville du 25 juillet au premier août 2009.

J’avais déjà signalé la diffusion de quelques phrases en espéranto dans les bus de la ville.
 
Pour les anglophones, signalons aussi ce récent article de « Times online » sur le même congrès, car il présente l’espéranto sans les habituels clichés (quoique en insistant peut-être un peu trop sur des aspects du mouvement très marginaux), mais au final un article détaillé, honnête et de bonne tenue, comme on aimerait en lire plus souvent en France... 
 
A titre de comparaison, exercice critique toujours utile devant les médias, RFI a fait un court article dans lequel ils ont réussi à glisser deux bêtises en trois lignes de conclusion :
« Si l’esperanto vit toujours, son utilisation n’a cependant jamais dépassé les cercles de linguistes et d’intellectuels. » 
 
« Vit toujours », on croirait qu’on parle d’une langue en coma profond, menacée de disparition, alors qu’elle progresse constamment - preuve en est que même un média français comme RFI signale maintenant le congrès annuel !
 
Quant aux "cercles de linguistes et d’intellectuels", RFI a tout faux : une des plus anciennes associations françaises est celle des cheminots. Ce que l’on appelle les intellectuels à la française (gens d’influence, hommes des médias ou authentiques penseurs) se sont presque toujours montrés réticents, voire viscéralement critiques, de même que la majorité des linguistes, peut-être jaloux du génie linguistique autodidacte de Zamenhof... Ceux qui reconnaissent les qualités structurelles de cette langue le font discrètement, de crainte d’être catalogués par les médias comme ardents partisans de la langue construite espéranto, ou de ne plus être invités à s’exprimer !
 
Rappelons que la question d’une langue internationale de communication n’est pas l’affaire des linguistes, portés par goût à l’analyse des langues plus qu’à leur pratique, en général peu intéressés par la question de l’incommunicabilité entre les humains ou entre Européens ; mieux vaut demander l’avis des interprètes et traducteurs, ou, tout simplement se faire soi-même une opinion :
kato (chat), katido (chaton)
hundo (chien), hundido (chiot)
Mi vidis la hundon ("j’ai vu le chien" -is finale du passé)
Mi vidos la hundon ("je verrai le chien" -os finale du futur)
Pluvas (il pleut) (pluv- et finale du présent -as)
 
Simple, régulier, élégant, non ? 
La communication internationale est l’affaire de chacun, pas celle des linguistes !
 
Reprenons à notre compte le sens de la conclusion de Jonh Wells à la fin de l’article de Times on line : l’espéranto est une bonne idée qui attend son heure. Tout ce que nous avons à faire est de le maintenir en bonne forme !

Certains se lamentent que l’UE serait en panne de grands projets : qu’on nous permette d’en proposer un, assez ambitieux mais simple à mettre en oeuvre, idéaliste, humaniste, pratique et... quasiment gratos : soutenir l’espéranto comme langue véhiculaire des Européens, et du monde.
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 22:01

 

Non, non, elle n’a pas guidé l’avion en faisant des signes de la main depuis la piste d’atterrissage, pas plus qu’elle n’a pris les commandes après que les deux pilotes soient morts, ni rien d’aussi dramatique. 
On a simplement eu besoin de ses talents de polyglotte pour poser cette merveille de technologie !
 
Une moscovite Marina D. a aidé les pilotes à faire atterrir un avion sur l’aéroport Chéremetiévo-2 le 8.07.2009. Les pilotes français et le contrôleur aérien russe n’arrivaient pas à se comprendre en anglais !
 
« La passagère raconte :
"A mi-chemin environ, l’hôtesse m’a demandé si je voulais visiter la cabine de pilotage et, par la même occasion, traduire quelque chose. Probablement, que le choix s’est porté sur moi parce que j’avais discuté quelques minutes avec elle avant le départ." » 
 
« Selon les dires de Marina, les instructions étaient très simples, elles concernaient la distance et la direction : tourner au sud, tourner à l’ouest, faire plus de nœuds, prêts à atterrir etc., mais les pilotes n’arrivaient quand même pas à comprendre la prononciation du contrôleur. De plus, il y avait des interférences dans les écouteurs, qui gênaient beaucoup. "Finalement, nous avons atterri, mais il me semble que ce n’était pas au terminal où nous étions attendus." »
 
La passagère raconte ensuite qu’elle a compris d’après la conversation des pilotes - et leur calme - que cette situation n’était pas exceptionnelle.
 
Dans une deuxième partie, l’article aborde le problème des unités de mesure :
 
« A part la barrière linguistique, une autre difficulté du ciel russe est le système métrique, utilisé uniquement en Russie et en Chine. Les pilotes étrangers doivent passer un certain temps à convertir en pieds les instructions des contrôleurs russes, données en mètres.
 
« "De tels cas ne doivent pas arriver, - affirme le substitut du directeur du Centre du guidage automatique du flux aérien de Moscou Alexandre Povaliï.- Actuellement plus de 50% de contrôleurs maîtrisent l’anglais selon le niveau quatre de l’échelle ICAO, mais la situation décrite a pu arriver. Aussi bien pour nous que pour les Français, l’anglais n’est pas la langue maternelle, ce qui fait que des situations de mauvaise compréhension peuvent parfois arriver. Cela se produit le plus souvent avec les hispanophones (surtout les Cubains), les francophones (surtout africains) et les Italiens.
 
"Il est possible que nous renoncions au système métrique, au profit des pieds. L’aviation civile et les contrôleurs y sont en principe prêts. Une partie des compagnies utilisent déjà les pieds, mais éprouvent des difficultés bien compréhensibles. Cependant, militaires et fabricants de matériel électronique sont contre." »
 
Il faut savoir que selon l’annexe 5 de la convention relative à l’aviation civile internationale, il avait été recommandé à tous les États d’adopter le système métrique, sans succès pour l’instant...
 
(On peut faire une exception pour le mille marin, dont l’usage a une raison pratique : du temps où les marins utilisaient le sextant, il était plus commode pour tracer les routes maritimes car le mille correspond à une minute d’arc de grand cercle (latitude). Ceci dit, maintenant, c’est plutôt le GPS !
Chose amusante, ça en fait une longueur variable selon le lieu et la rotondité de la Terre !)
 
L’anglais dans l’aviation civile
 
L’anglais a une fois de plus fait la preuve que sa complexité phonétique en faisait une langue totalement inadaptée aux communications audio, donc à son usage comme langue internationale de l’aviation. Cet incident, loin d’être isolé, en est un énième exemple. Une nouvelle qui ne sera certainement pas rapportée par nos propres médias...
 
Son usage de plus en plus large dans l’aviation ne résulte pas de considérations techniques, mais simplement de la puissance économique et politique des USA. Il en est de même pour la mesure de l’altitude en pieds. 
 
L’ambigüité de l’anglais et sa difficulté phonétique a été co-facteur du plus grave accident aérien, celui de Ténérife en 1977.
 
Après cet accident, quelques modifications furent apportées au vocabulaire anglais utilisé dans l’aviation civile, une sorte de standardisation des échanges, ainsi que des procédures de répétition systématique des échanges entre pilotes et tour de contrôle.
 
Présenté comme ça, on se dit que le problème est réglé, mais comment connaître depuis lors le rôle du facteur linguistique quand il n’existe pas de recensement des erreurs de communication ? Car celles-ci sont regroupées dans les erreurs humaines.
 
Naturellement, je veux dire of course, selon les partisans de l’anglais comme langue véhiculaire, le problème vient de la méconnaissance de l’anglais par les pilotes de certains pays, et non de l’anglais lui-même :
 
« La situation est telle que la mauvaise connaissance de l’anglais de certains pilotes - lorsque ce n’est pas une méconnaissance totale - est considérée comme l’un des principaux obstacles à la sécurité aérienne dans le monde. (..)
 
D’après le dernier rapport de sécurité de l’Association du transport aérien international (IATA), la mauvaise communication entre le personnel de bord et les contrôleurs aériens figure parmi les trois principales causes d’accidents en 2007.
 
L’organisme avance même qu’une meilleure maîtrise de l’anglais par les équipes de pilotage aurait permis d’éviter jusqu’à 21 % des accidents aériens cette année-là. Accidents qui, rappelons-le, ont causé la mort de 692 personnes.
 
La situation serait particulièrement difficile en Chine (à l’exclusion de Hong-Kong), où les compétences linguistiques des pilotes et des contrôleurs aériens sont "horribles", estime Cesar Castro, pilote chez Jet Airways, une des plus importantes entreprises de nolisement en Inde. "Je ne sais pas s’ils refusent d’apprendre l’anglais ou si, comme pour les pilotes indiens, leur fort accent rend la communication difficile. C’est la même chose au Moyen-Orient." »
 
Selon cet article, une autre des plus grandes catastrophes aériennes est due à un malentendu linguistique :
« En novembre 1996, 349 personnes ont perdu la vie près de New Delhi dans une collision entre des appareils de Saudi Arabian Airlines et de Kazakhstan Airlines. Les boîtes noires ont révélé que le pilote kazakh ne parlait pas anglais et qu’il avait confondu deux consignes données dans cette langue. »
 
Outre ces deux catastrophes aériennes, combien d’incidents de cause linguistique sont méconnus, parce que sans conséquences fâcheuses ?
 
L’anglais est très difficile phonétiquement, c’est reconnu par les linguistes, les pédagogues, par les Anglais eux-mêmes, dont l’humoriste Bernard Shaw, et confirmé indirectement par les récentes études sur la dyslexie, affection multifactorielle dont les petits Anglais souffrent deux fois plus souvent que les petits Italiens, langue bien plus régulière. 
 
Pourtant, malgré tout cela, l’anglais ne saurait être remis en cause, c’est très clair dans l’article du bien nommé site Affaire.com, car c’est justement de business, de puissance et de politique qu’il s’agit :
 
« L’OACI exige maintenant des pilotes et des contrôleurs aériens qu’ils aient non seulement une compréhension minimale de l’anglais, mais également - et c’est souvent là que le bât blesse - une prononciation intelligible. Le niveau 4 sur une échelle de 6 correspond au niveau requis pour les pilotes et contrôleurs aériens. Cette maîtrise de l’anglais doit être réévaluée tous les trois ans. »
 
Ce nouvel incident a prouvé une fois de plus que ce problème de la communication mondiale dans des situations à haut risque n’est toujours pas résolu... Pire : qu’en discuter n’est absolument pas à l’ordre du jour.
 
Seule réaction des autorités politiques : apprenez tous l’anglais, plus et mieux ! 
 
Dommage que la puissance et la politique l’emportent sur l’intérêt général.
 
La Croix Rouge, la SDN et l’ONU furent les premiers pas vers une entente mondiale sur les grands problèmes de l’humanité, mais le chemin de l’intérêt général est encore une course d’obstacle qui bute sur les intérêts et les égoïsmes nationaux.
 
Tribunal pénal international, gestion du risque nucléaire, environnement, partage des ressources, tout ce qui est international est à la peine et la communication mondiale n’y fait pas exception. 
 

Pour poursuivre la réflexion :
 
ICAO Annexe 5 (en pdf)
 
Sur Agoravox, un article de Docdory sur les unités de mesure et quelques situations absurdes qu’elles entraînent.
 
Je recommande le savoureux témoignage de Ronny, 12 décembre, 12h36 sur les mesures aux USA, dans la discussion après cet article.
 
Le Principe de précaution, un article de SAT-Amikaro
 
« Un spécialiste américain des questions d’approche radar au sol en conditions extrêmes, Kent Jones, dont la fille a perdu son compagnon dans un accident d’avion, s’est livré à une enquête à ce sujet et expose les résultats de ses recherches et démarches sur son site web (qui semble bloqué) . La traduction d’un des documents de son site se trouve sur SAT-Amikaro sous le titre "Déficiences de l’anglais" : 
 
Quelques pilotes d’Air France s’étaient insurgés contre l’usage abusif de l’anglais (sans remettre en cause son usage), article de Voxlatina.
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 22:00

Dans une vingtaine d’autobus de la ville (Pologne), les voyageurs peuvent maintenant apprendre quelques phrases simples en espéranto, sur des affiches et un écran vidéo.

 
Cette initiative a été prise spontanément par la mairie de la ville de Białystok, à l’occasion des préparatifs du 94e congrès international d’espéranto qui s’y tiendra du 25 juillet au premier août 2009.
 
Naturellement, la ville soutenait déjà le congrès de diverses façons, ne serait-ce que pour des raisons matérielles, mais, curieusement, cette initiative a eu un retentissement médiatique inattendu, jusqu’à traverser les frontières !

La nouvelle, d’abord locale, fut signalée par l’agence de presse polonaise PAP, puis reprise par l’AFP ainsi que divers médias dans le monde, au Luxembourg par exemple, ou encore dans ce journal taiwanais (en pdf).

Vidéo de la campagne d’affichage dans les bus.

Curieusement, la mairie n’a pas pensé à faire vérifier les phrases par l’association locale de Białystok qui depuis longtemps prépare activement le congrès, d’où la présence de quelques petites erreurs, certainement corrigées sous peu, mais cette belle initiative témoigne d’un soutien actif au congrès, qui est à saluer comme il le mérite. Bravo !

Cette attitude favorable et volontaire rappelle celle de villes comme Montpellier, Strasbourg ou encore Les Sables d’Olonne, qui soutient une manifestation intitulée L’espéranto sur la plage,
citée par Ouest-France, présentée par l’association locale Espéranto-Vendée.

Bravo à tous ces élus municipaux éclairés qui soutiennent la langue internationale, pour une communication européenne et mondiale équitable.

En espéranto : un article de Libera folio

En anglais : EJP (European Jewish Press)

Bilingue anglais-chinois (même document en pdf que plus haut)

Les congrès annuels d’espéranto
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 22:00

Pour la 3e année consécutive, une étude internationale, réalisée pour le compte du voyagiste en ligne Expedia auprès de quelque 40.000 hôteliers, a classé les touristes français comme les pires au monde.


1. Cette nouvelle a fait un tabac dans les médias : 
 
« ...selon une enquête réalisée par l’institut TNS Infratest auprès des hôteliers. »
AFP
« ...réalisée par l’institut TNS Infratest auprès des hôteliers. »
"...selon cette étude internationale réalisée pour le compte du voyagiste en ligne Expedia auprès d’environ 40.000 hôteliers."
La même chose en vidéo : Le Post.
 
Bref, cette info sur les Français râleurs, exigeants et monolingues a couru le monde ! Très pratique comme marronnier (sujet bateau revenant chaque été), écrit en cinq minutes en copier-coller d’une dépêche de l’AFP ou depuis l’article de la BBC, permettant un titre choc, sans nuances, simple à comprendre pour le vacancier dont les neurones grillent dans les embouteillages, une info qui passe de média en média comme une grippe H5N1, fait tousser les Français, et peut même leur donner une poussée de fièvre, voire des douleurs : « Ça me ferait mal qu’on soit les pires ! »
 
Ce brave Français, qui souffre d’être considéré comme le pire touriste au monde, aurait-il quelques raisons d’être sceptique ?
 
2. Finalement, que nous reproche-t-on ?
 
« L’étude a été menée par la compagnie de voyages Expedia qui a demandé à 4500 hôteliers à travers le monde de faire un classement du comportement des vacanciers de 27 pays selon neuf critères, de la politesse à la générosité. »
 
« (...) Ce qui en ressort, c’est que les touristes français sont nombreux à faire des économies de bouts de chandelle, à être mauvais en langues et à être grossiers. »
 
Autant s’adresser à la source, le directeur marketing d’Expedia s’est exprimé en direct sur France-info  (audio) : « parlent peu l’anglais à l’étranger et parlent peu la langue du pays, », « dépensent moins, ... », « voyagent peu à l’étranger ».
 
« Ils performent cependant bien en matière d’élégance et de propreté. Les Français ont à peine devancé les touristes grecs et espagnols.
Les touristes japonais, largement perçus dans la communauté hôtelière comme silencieux, peu plaintifs et polis, sont arrivés en tête du classement, suivis des touristes britanniques et canadiens. »
("Branchez-vous matin")
 
« French travellers made amends on elegance - classed third - as well as for their discretion and cleanliness.
US tourists also got top marks for generosity, as the biggest spenders and tippers. »
 
D’accord, les cow-boys ont du blé plein leurs holsters, et une solide tradition des services et du pourboire. Mais je me souviens de boutiquiers marocains qui reconnaissaient l’avantage financier à vendre cher et rapidement aux Étatsuniens, mais appréciaient aussi marchander ferme avec des Français, juste pour le plaisir. En somme, ils aimaient en tant que touristes à la fois les Étatsuniens et les Français, mais pour des raisons différentes.
Seulement, cette étude n’entre pas dans de telles considérations, elle rejette les nuances et préfère questions et réponses simples.
 
« the worst complainers and the worst dressed. »
 
« Britons came second for their overall behaviour, politeness, quietness and even elegance - second for dress sense only to the Italians. »
 
Au fait, s’adresser à des étrangers en anglais sans même leur demander « Do you speak english ? », a-t-il été considéré comme un critère d’impolitesse dans cette étude (ou sondage) ?
 
« But in Europe, the British were seen by the hoteliers as the worst behaved."
 
Nos rivaux pour le bonnet d’âne seraient les Espagnols et les Grecs, mal placés dans presque chaque catégorie.
 
Et les meilleurs : les Japonais et les Canadiens.
 
J’ai pourtant entendu sur France Info à ce sujet que si les Japonais se montraient polis et réservés, ils n’hésitaient pas, une fois de retour, à rédiger pour leur agence de voyage des plaintes fort détaillées sur tel ou tel aspect de leur séjour. Hou ! Les vilains ! 
Spontanéité ou hypocrisie n’ont pas été des critères retenus par cette étude ...
 
« 4es du classement des voyageurs les moins ouverts à la cuisine étrangère. »
Là, je passe, je veux bien croire à notre péché d’orgueil en ce qui concerne la cuisine. Mieux : je le revendique !
 
« Ils déplorent aussi le manque de pourboire et leur propension à se plaindre à tout bout de champ. Enfin, il semblerait que "la courtoisie à la française" ait vécu et que dorénavant les Français n’aient plus aucun savoir-vivre, toujours selon les hôteliers interrogés. »
 
La tradition du pourboire n’existerait plus en France, alors que moins de 10% de pourboire aux USA serait mal élévé.
 
Quand même, petite consolation, nous sommes « les plus discrets ».
 
Exigeants, habitués à des prestations de qualité en France, donc critiques - est-ce vraiment un défaut ?
 
3. Le critère linguistique prend une telle place qu’il mérite un développement
 
Selon la BBC, nous serions « rude and terrible at languages »...
 
Curieux, curieux, car d’après ma modeste expérience, les pires de tous question langues étrangères sont les anglophones ! Serait-ce que par langues étrangères, il faudrait comprendre « anglais » ?
 
Remarquons d’emblée que les Anglais parlent très bien anglais, ce qui les place premiers sur ce critère linguistique : encore bravo !
 
« Les professionnels interrogés dans le cadre de l’étude soulèvent les difficultés pour les touristes français à s’exprimer en anglais et leur habitude à insérer ici et là des mots en français dans l’espoir de se faire comprendre. »
 
« Autre défaut majeur, "le péché d’orgueil" des Français qui resteraient persuadés que la langue de Molière est universelle. Ainsi les Hexagonaux seraient les pires réfractaires aux langues étrangères. »
 
Attention, une info révolutionnaire : « Les Américains montreraient quant à eux une réelle volonté d’apprendre la langue du pays qu’ils visitent. »
LCI (au sujet du sondage identique en 2007)
 
Le conditionnel employé par le journaliste indique-t-il un certain scepticisme sur la volonté polyglotte des Etasuniens ? Quel mauvais esprit.
 
« Les professionnels interrogés dans le cadre de l’étude soulèvent les difficultés pour les touristes français à s’exprimer en anglais et leur habitude à insérer ici et là des mots en français dans l’espoir de se faire comprendre »
 
Des gens qui glissent des mots de leur propre langue parce qu’ils n’ont pas la maîtrise de la langue autochtone, quel crime ! Que fait la police ?
 
Eh oui, les Français sont fiers de leur langue, savent que la francophonie, quoique écrasée par l’anglais sur le sol européen avec la complicité de l’UE, est encore vivace, et peuvent à l’occasion se montrer naïfs en parlant français à des hôteliers monolingues anglophones !
 
4. Entrons un peu dans les détails techniques du sondage
 
La source de cette info qui tourne en boucle sur tous les médias semble être l’AFP, ou la BBC , mais impossible de trouver le détail de l’étude elle-même...
 
Bof, 4500 hôteliers selon BBC news, ou 40.000 selon l’AFP, quelle importance, ça ne fait qu’un zéro de plus, l’essentiel c’est que ce soit du sérieux !
 
Quelle est la répartition mondiale des hôteliers interrogés, comment étaient formulées les questions, étaient-elles orientées ?
 
(Nota : Question orientée - pensez-vous que ce sondage est une grosse daube ?
Question ouverte : quel est votre avis sur la fiabilité de ce sondage ?)
 
Et qui nous a élus « les pires » ? Ce n’est pas précisé, on suppose qu’il s’agit des directeurs d’hôtel. Les employeurs, donc, et non les cuisiniers, serveurs, femmes de chambre, bagagistes, taxis, employés de train, commerçants, restaurateurs, et les dizaines d’autres professions amenées à côtoyer les touristes.
 
Nous sommes censés accepter aveuglément que les patrons hôteliers sont les meilleurs juges de la qualité des touristes !
 
Enfin, rappelons qu’il s’agit d’une moyenne, dans chaque pays il y a des gens bien et des idiots. Exemple : si moi je suis un Français râleur, comme cet article le prouve... et vous un touriste parfait, comme je n’en doute pas, ça fait un touriste français moyen !
 
Chose curieuse - la qualité de l’étude semble se dégrader d’année en année si l’on en croit LCI-TF1 en 2007 :
« Pour cette enquête réalisée en avril 2007, 15 000 hôteliers de 12 pays européens ont répondu à un questionnaire portant sur 10 critères, dont la politesse, l’intérêt pour la cuisine locale ou la propension à la dépense. L’institut GFK a par ailleurs complété cette étude en effectuant 1 500 interviews. »
 
Cette année, trois fois moins d’hôteliers (si on retient le chiffre de 4500), un critère de moins, et suppression des entretiens nuancés...
 
Conclusion
 
Les patrons des hôtels sont-ils les meilleurs juges en matière de touristes ?
 
En tout cas, ce sondage nous laisse entrevoir l’image du touriste parfait selon les hôteliers : english fluent, plein aux as, généreux en pourboires (ça compense les salaires modestes), enthousiaste devant l’hôtel « La Voie lactée, des tas d’étoiles », poli (ne se plaint jamais, stoïque devant l’eau froide, indifférent aux cafards, snobant les punaises, suprêmement dédaigneux devant la saleté), contemplatif devant une tapisserie grisâtre et des fleurs défraîchies, bien sapé (ce qui embellit les locaux), souriant pour deux face à un personnel taciturne, débordant de reconnaissance pour ce steak hâché-prémâché, ces frites plus que frites, et confirmant à son agence, dès son retour, quel merveilleux accueil il a reçu dans ce formidable pays aux habitants si ouverts – particulièrement les hôteliers !
 
Les détails techniques du sondage sont introuvables.
 
Détail piquant, c’est à French 24, cette télévision en anglais payée 180m/an par les Français sans avoir le droit de la regarder, que nous devons d’avoir involontairement dévoilé le pot aux roses :
« L’étude, commandée par Expedia.fr à l’institut de sondage TNS Infratest, a été menée auprès de 40 000 employés d’hôtels en Europe et en Amérique du Nord. »
 
« En Europe et en Amérique du Nord », pour peu qu’il s’agisse surtout de l’Europe du nord, on a donc fait ce sondage dans les pays soit anglophones soit ayant totalement accepté l’anglais comme langue mondiale, au point d’abandonner la leur dans les études supérieures ! Autant dire que le critère des langues est faussé dès le départ... alors même qu’il est mis en exergue dans la plupart des articles...
 
Si l’étude avait laissé de côté ce critère politique de l’anglais, nous aurions été certes mal classés en pourboire, attitude, plaintes et politesse, mais honorables en discrétion et propreté, « 3e en élégance », « les plus discrets », organisés et bien habillés, moyens en somme : pas de raison de se vanter, mais pas non plus de quoi rougir.
 
Les Français croient encore que leur langue est une des langues de travail de l’UE, du coup, un peu naïvement, ils l’utilisent en Norvège, Suède ou Hollande ! Qui évidemment ne pipent mot en français.
 
« Ce classement révèle que les sud-européens sont les plus mal vus par les professionnels. »
 
Tiens, tiens, en somme, dans cette histoire de classement, le conflit linguistique se doublerait d’un conflit de civilisation entre des hôteliers nord-américains et d’Europe (du nord ?), et une clientèle d’Europe du sud ?
 
Râleurs, exigeants sur la bouffe et le service, ils ont oublié dans la liste de nos défauts le masochisme, car il en faut pour supporter qu’une fois par an l’agence de voyage Expedia fasse sa pub gratos avec ce sondage douteux repris en boucle par tous nos médias !
 
Selon une enquête effectuée auprès de 4.500.000 de personnes de mon entourage, l’agence Expedia serait la pire des agences de voyage en ligne, car peu objective, très manipulatrice, refusant de citer ses sources et les détails de l’étude... Mais, en contrepartie, ils sont polis, bien habillés, ils arrivent premiers pour la subtilité, leur sens de l’économie et leur aptitude à faire leur pub annuelle sur tous les médias francophones sans bourse délier !
 
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:59

Ce sont deux façons différentes de concevoir le dialogue interculturel, illustrées par Presseurop d’une part, qui a choisi la traduction, et l’association NRC Handelsblad-Politiken - Der Spiegel, d’autre part, qui a choisi l’anglais.

 
L’absence de média européen, d’opinion publique européenne, de débat citoyen ou politique à l’échelle européenne, commence à être commenté.
 
Le sociologue A.DE Swaan parle de « vide européen », belle formule rapportée dans un article de Courrier international N°970, intitulé « A quand un « European Herald tribune » ? ».

Il existe naturellement de grands journaux dont l’influence dépasse largement leurs frontières linguistiques (type Financial times), ainsi que de nombreux sites qui essaient de développer un débat citoyen - Cafébabel, Europeanvoice, Le Taurillon - mais, selon ce même article de Courrier international, ces sites ont tendance à privilégier le point de vue bruxelllois.

Et, surtout, cela reste marginal, peu développé ; ce n’est pas encore un réflexe qui verrait des millions de personnes de toutes langues et nationalités consulter chaque matin au petit déjeuner, ou fidèlement chaque soir leur forum européen favori pour suivre l’actualité européenne.

En outre, les éditorialistes, faiseurs d’opinion et « intellectuels » à la française, qui pourraient faire vivre un tel site avec des débats de haut niveau, demeurent confinés à leur pays, à leur langue, que ce soit volontairement ou pour un ensemble de raisons matérielles : carrière, renommée médiatique à télévision nationale, ou encore désintérêt de la chose européenne.

Il est intéressant de noter que les médias qui tentent de pallier ce manque le font selon deux conceptions radicalement différentes de la communication européenne : les uns privilégient l’anglais, les autres - la traduction.

1. Le quotidien néerlandais NRC Handelsblad, le journal danois Politiken et l’hebdo allemand Der Spiegel ont lancé début 2009 un site d’info commun en anglais, « publishing in english ».
Leur projet est présenté sur cette vidéo (en anglais).

« This video explains the partnership between NRC Handelsblad and Spiegel Online. »

Pardonnons au deputy editor of news NRC Handelsblad cette métaphore pour moi choquante
« The european esperanto which is english », car l’espéranto est une langue internationale, il n’existe pas d’espéranto européen ou asiatique, pas plus qu’africain.

« NRC International, the English-language web version of the Dutch newspaper NRC Handelsblad, will be expanding its cooperation with other English-language websites in Europe and the Netherlands.

Alongside the existing partnership with Spiegel Online, the English-language section of the website of the German magazine Der Spiegel, NRC Handelsblad has undertaken a new partnership with the website of the leading Danish newspaper Politiken. In the Netherlands, NRC will work together with the website of Radio Netherlands Worldwide (de Wereldomroep). »
NRC Handelsblad

Apparemment, ils se sont déjà fait la main en ouvrant ponctuellement des forums anglophones à l’occasion de l’élection d’Obama :

« NRC International has already organised such chats in English with Spiegel Online, on the credit crisis and the election of Barack Obama as the new US president. »

Ils envisagent aussi une coopération avec des radios anglophones :

« Additionally, NRC International will partner with the English-language website of Radio Netherlands Worldwide. »

 Le motif invoqué est toujours le même : développer une audience internationale, raison qui fut aussi avancée pour justifier devant les contribuables français la dépense annuelle de 180m d’euros pour des infos en anglais sur French 24 – télévision maquillée en plurilingue grâce à un peu d’arabe, que les Français ne peuvent même pas regarder ! (Belle arnaque...)

En somme, on assiste en ce début 2009 à une coopération renforcée de quelques médias européens, avec l’anglais comme langue véhiculaire. On ne s’étonnera pas que cette initiative soit le fait de pays germaniques.

Plus fort encore, dans le même numéro de Courrier international, un encarté extrait de NRC Handelsblad titre que « Le multilinguisme a vécu ».
 
En outre, l’auteur sous-entend que l’idéologie du multilinguisme est surtout soutenue que par l’industrie de la traduction ! Faisant fi de tous ceux qui continuent à croire sincèrement à une UE de la diversité linguistique : députés, journalistes, intellectuels, blogueurs de sites polyglottes ou simples citoyens. Faisant fi des principes fondateurs de l’UE : l’égalité des langues, puis le compromis de trois langues de travail. Certes, l’UE est le plus gros employeur mondial d’interprètes-traducteurs, compétents, bien payés, mais ils ne sont que des prestataires de services, pas des décideurs.
 
L’auteur oublie que si le multilinguisme a presque rendu l’âme, son agonie est due aux énormes pressions des intérêts anglophones, des lobbys financiers et industriels, ainsi qu’au soutien inébranlable de la Commission au tout-anglais.

L’article se fend même d’une pique aux Français : « En fait, la victoire de l’anglais est une affaire entendue, mais comment annoncer la mauvaise nouvelle aux Français, par exemple ? »
Et se paie même le luxe d’une mise en garde en guise de conclusion, comme pour faire objectif : « Là où l’anglais devient dominant, les anglophones ne tardent pas à être ceux qui font les choix des sujets et de la présentation. »

Quoi qu’il en soit, il est curieux que nos propres médias n’aient pas davantage parlé de cette convergence médiatique récente autour de l’anglais...

La mort lente de la francophonie et de la diversité linguistique pour cause de construction européenne ne serait-elle pas un sujet quelque peu gênant pour les médias francophones ?

2 D’autres médias ont au contraire choisi la voie de la traduction


Un nouveau média en ligne, Presseurop regroupe des articles ou des extraits d’articles choisis parmi de grands journaux européens, et les traduit en dix langues. C’est une version professionnelle de la méthode déjà choisie par le Taurillon et quelques autres sites.

Les médias qui ont privilégié la diversité linguistique proposent assez souvent une rubrique linguistique régulière sur les expressions idiomatiques, les similitudes et différences amusantes entre langues, preuve supplémentaire qu’il s’agit d’une toute autre philosophie du dialogue interculturel.

3 Alors, anglais ou traduction ?

Quelle efficacité ?


Notons que dans les deux cas, le dialogue interculturel est inexistant ou embryonnaire : en anglais pas d’échanges entre les journalistes et leurs lecteurs, pas de forum, et sur Presseurop les commentaires sont classés par langue.

Peu ou prou, dans l’UE actuelle, chacun débat essentiellement dans sa langue, avec les locuteurs de sa propre langue.

Et si on parlait du coût ?

On pourrait penser que traduire des articles en diverses langues est une méthode lourde sur le plan logistique, lente, coûteuse et complexe, mais, en fait, nul ne compare avec le coût pour la création d’une équipe rédactionnelle anglophone ou bilingue « fluent english », comme l’a fait NRC handelsblad, « all english section » (cf. la même vidéo), quelques années après que Der Spiegel ait fait de même. Et France 24 nous coûte 180m/an.

Au final, anglais versus traduction, ni le coût ni l’efficacité n’ont été pris en compte dans ces décisions, aussi bien par les journaux que par les politiques.

Ces choix ont été guidés par leurs convictions sur l’avenir de la communication européenne. Pas d’étude de marché, pas d’études sur le rapport qualité/prix, coût/efficacité en matière de communication ; c’est un choix purement politique.

La Commission européenne, ainsi que de puissantes forces économiques et politiques, soutient l’anglais comme langue véhiculaire, une langue nationale qui offre des avantages financiers et politiques inouïs à 5% des Européens, qui instaure une Europe à deux vitesses, inéquitable, jetant aux oubliettes de l’Histoire le rêve d’une Europe de l’égalité des peuples et des langues.

(Il suffit de voir "Erasmus mundus" ou le site des relations UE-Chine : l’UE est devenue le représentant de commerce de la langue anglaise, excluant de facto toutes les autres).

4. Déni du problème


Lundi 6 juillet s’est tenu un court colloque à la Représentation de la Commission européenne en Belgique, sur le thème « Communiquer l’Europe : Mission Impossible ? ». (sous-entendu SUR l’Europe)

Ce sujet banal est déjà l’obsession quotidienne de tout ce que la Toile compte de médias pro-européens ! Avec une arrière-pensée transparente : « Comment faire entrer dans la tête de ces abrutis de nonistes que l’UE transformera leur vie pourrie en paradis sur terre ? » (je sais, je caricature un peu).

Mais pour débattre d’un vrai sujet difficile, de la question qui fâche, du noeud gordien à trancher, il aurait suffi d’ajouter un seul petit mot : non pas « Communiquer l’Europe », mais « Communiquer EN Europe » !
 
Comment peut-on imaginer créer une opinion publique européenne quand les gens ne se comprennent pas ? C’est ce qui s’appelle mettre la charrue avant les boeufs.

Un autre blog qui a commenté cette réunion.
 
Anglais ou traduction, les deux sont « out », si j’ose dire : l’anglais est foncièrement, profondément injuste, contraire aux principes fondateurs de l’UE, car nous ne sommes pas des peuplades primitives auxquelles un nouvel Empire romain apporterait le grec et le latin en même temps que ses lumières, mais des cultures ayant choisi une forme d’union sur un pied d’égalité.

Quant à la solution traduction, elle a déjà échoué, aboutissant chaque jour un peu plus au tout-anglais.

La seule voie rationnelle, c’est-à-dire faisable à court terme autant qu’efficace, démocratique car accessible au plus grand nombre, c’est de promouvoir l’espéranto comme langue seconde ou troisième de tous les Européens qui souhaiteraient disposer d’une langue d’échange.

C’est dans cette langue que pourraient être envisagés un forum citoyen, une opinion publique ou un site d’information à l’échelle européenne.

Certes, le citoyen lambda est impuissant devant les considérables forces économiques et politiques qui soutiennent l’anglais, mais chacun peut agir à son niveau, protester contre l’absence de choix de langue à l’école primaire, apprendre l’espéranto à l’âge adulte puisque l’Éducation nationale persiste dans son refus, dénoncer le gaspillage insensé qui voit nos ministres financer la télé French 24 (et nous interdire de la regarder !), ou des stages d’été d’anglais, déshabiller l’école publique pour habiller Cambridge !
(le contrat de la certification en langues a été confié à Cambridge)

Les petits ruisseaux forment de grandes rivières ; même les petits citoyens peuvent donner leur avis et jouer au grain de sable : yes, we can ! We can refuse english-spoken UE !
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