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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 22:14

On sait que la France, en 1922, a voté à la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’ONU, contre l’adoption de l’espéranto comme langue internationale, malgré un rapport préparatoire plus que favorable. Mais on sait moins qu’elle a mené contre cette langue construite, rivale potentielle, une campagne très offensive, pro-active (pour parler comme un yaourt des temps modernes), qui s’inscrivait dans la lutte d’influence au sein de l’ancêtre de l’UNESCO, la Commission Internationale de Coopération Intellectuelle (CICI), puis l’Organisation de Coopération Intellectuelle (OCI).

C’est un historien français, Jean-Jacques Renoliet, agrégé d'histoire et enseignant, qui a débroussaillé une riche documentation administrative pour raconter l’histoire méconnue de cet ancêtre de l’UNESCO dans l’entre-deux guerre, dans une thèse puis dans un ouvrage publié en 1999 aux publications de la Sorbonne : « L'UNESCO oubliée, la Société des Nations et la coopération intellectuelle (1919-1946) ».

(Tous les extraits en gras proviennent de son ouvrage.)

La SDN a été discréditée par son impuissance devant la montée des nationalismes durant les années 30, mais elle a formé le terreau sur lequel s’est bâti l’ONU, et certaines de ses institutions techniques lui ont survécu, comme le BIT. Et si le rôle précurseur de l’OCI dans l’action culturelle internationale a été oublié, le choix de Paris comme siège permanent de l’Unesco, projet anglo-saxon, témoigna d’une certaine reconnaissance de l’influence de la France, qui la première avait proposé, en 1921, la création d’un organisme international du travail intellectuel.

Mais l'idée était dans l'air depuis la fin du 19e siècle :

"En 1885, le Néerlandais Molkenboer propose de créer un "Conseil permanent international d'éducation" (...)

« En 1914, plus de 500 institutions internationales tentent de faciliter le travail des intellectuels, de défendre leurs intérêts et de développer un esprit d’entente internationale. »

Les tensions internationales d'avant-guerre, puis la première guerre mondiale ont évidemment paralysé pendant quelques années ces efforts de coopération. Malgré ce traumatisme - ou à cause de lui, - cette volonté renaît finalement très tôt.

On distingue assez nettement deux périodes : les années 20, pleines d’enthousiasme et d’espoir, et les années 30 où la nouvelle montée des tensions politiques a progressivement fait décliner toutes les coopérations internationales et réduit à néant les espoirs de bâtir un monde meilleur.

C’est justement dans cette première période, empreinte d’idéalisme, que l’espéranto a bien failli être adopté ou officiellement soutenu comme langue internationale.

Le fait qu’existe déjà la Ligue des espérantistes plaidait en sa faveur, car ses buts correspondaient bien à l’idéal de coopération et de paix qui animait la SDN, par la volonté de proposer une langue simple comme facteur de compréhension entre les hommes.

En lisant le rapport du secrétaire général adjoint Inazō Nitobe, si l’on compare avec le dédain que politiciens et médias français actuels affichent trop souvent envers l’espéranto, on est frappés par le soutien dont bénéficiait cette langue construite dans de nombreux pays, et par l’enthousiasme qu’elle suscitait partout où elle était expérimentée. On a vu également que le rapport (indépendant) confirmait les avantages spécifiques de cette langue : facilité d’apprentissage estimée à un facteur dix, qualité propédeutique pour l’apprentissage d’autres langues, langue équitable - même si le terme n’existait pas encore - et internationalité.

La France, pourtant, a voté contre ce qui n’était encore qu’un modeste rival potentiel, mais, comme le dit l’expression, mieux vaut tuer dans l’oeuf toute opposition...

« C’est dans ce contexte que se réunit la 1ère Assemblée de la SDN en décembre 1920. Après que Hanotaux, le représentant de la France, a repoussé, en défendant la langue française, un projet de résolution favorable à l’enseignement de l’espéranto soutenu par Lafontaine, le débat sur l’organisation de la coopération intellectuelle est lancé par une proposition des délégués belge, italien et roumain d’établir une organisation internationale du travail intellectuel et par le rapport de Lafontaine sur « L’organisation du travail intellectuel ».

La France, souhaitant s’assurer le contrôle de la CICI, mobilisera un peu plus tard ses intellectuels :

« Mais il faut aussi repousser l’offensive visant à ce que la CICI et l’Assemblée de la SDN reconnaissent l’espéranto comme langue auxiliaire internationale. Coville, directeur de l’Enseignement supérieur au ministère de l’Instruction publique, prie donc Bergson « de bien vouloir demander fermement et obtenir la question préalable », tandis que le Quai d’Orsay engage Bergson et Marie Curie à « faire tous leurs efforts pour que cette question soit écartée, tout au moins provisoirement, pour la raison qu’elle est actuellement soumise à l’Assemblée », « insist[ant] auprès d’eux sur le grave préjudice que cette propagande risque de causer à la supériorité de la langue française ».

La France bloquera même la proposition d’utiliser l’espéranto dans le cadre plus limité d’une organisation internationale comme la poste et les télégraphes :

« la France impose d’ailleurs aussi ses vues au sein de la 3e Assemblée de la SDN qui se tient en septembre 1922. Conformément à la résolution adoptée en septembre 1921, Drummond présente un rapport sur « L’espéranto comme langue auxiliaire internationale » qui suggère à l’Assemblée de la SDN de recommander l’usage de l’espéranto dans « les administrations postales et télégraphiques, à côté des langues nationales » et de « charger le Secrétariat de continuer à suivre les progrès de l’espéranto et à faire rapport à ce sujet ». Malgré un projet de résolution présenté par Murray qui reprend les conclusions du rapport de Drummond, le représentant de la France, appuyé par les délégués polonais et roumain, invoque la souveraineté des États en matière d’enseignement pour obtenir le renvoi de la question devant la CICI, où il sait qu’elle a peu de chance de trouver une solution. »

Cette opposition de la France à l’espéranto ne se manifeste pas seulement dans les instances internationales, mais au sein même du pays par une mesure radicale, la circulaire de 1922 signée de Léon Bérard :

"…Je vous prie également d’avertir les professeurs et les maîtres d’avoir à s’abstenir de toute propagande espérantiste auprès de leurs élèves. Vous inviterez les chefs d’établissements à refuser d’une manière absolue le prêt des locaux de leurs établissements à des Associations ou des organisations qui s’en serviraient pour organiser des cours ou des conférences se rapportant à l’espéranto."

Sauf erreur, cela fait de nous le seul pays démocratique qui ait interdit l’espéranto à l'école ! Mais cette consigne fut partiellement abolie en 1938 par Jean Zay :

"…J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’il me parait souhaitable de faciliter le développement des études espérantistes. Certes, il ne peut être question de donner à l’enseignement de l’espéranto une place dans les horaires des études obligatoires de nos Établissements d’enseignement du second degré et dans nos Écoles techniques. Mais si des cours facultatifs d’espéranto peuvent être institués, je n’y verrai que des avantages. On peut l’admettre aux loisirs dirigés."

De fait, divers établissements primaires et secondaires ont ces dernières années accepté des sessions d’espéranto dans leurs locaux. (ici un reportage de France 3 en 2007)

Naturellement, l’espéranto n’était qu’un rival potentiel, et les manœuvres diplomatiques de la France s’inscrivaient dans une lutte d’influence plus vaste pour la prééminence au sein des organismes de coopération intellectuelle qui se construisaient petit à petit :

« Les débats tenus à l’Assemblée de la SDN appellent trois remarques. En premier lieu, il apparaît que le soutien de la France à la CICI constitue moins la manifestation d’une adhésion à une gestion multilatérale et désintéressée de la coopération intellectuelle – comme le montre son opposition à l’espéranto – que la volonté d’utiliser à son profit un nouvel instrument diplomatique dont elle n’a d’ailleurs accepté la création en 1921 que sous la menace de l’UAI : en ce sens, l’impérialisme culturel français apparaît plutôt comme une réaction défensive que comme une politique culturelle agressive et mûrement réfléchie, dont le seul partisan semble bien n’être alors que Julien Luchaire."

La France n’est naturellement pas la seule à vouloir s’imposer. Ces nouvelles organisations étaient devenues un enjeu diplomatique entre les grandes puissances :

« En deuxième lieu, la France n’est pas le seul État à vouloir occuper le terrain de la coopération intellectuelle et elle doit compter avec l’autre Grand de la SDN, le Royaume-Uni, ce qui fait de la CICI un nouveau cadre de la rivalité des deux alliés d’hier, dont les conceptions ne sont pas au diapason : à une France dirigiste, soucieuse de placer la coopération intellectuelle sous le contrôle des gouvernements pour éviter tout dérapage internationaliste et pour en faire une arme diplomatique à part entière, s’oppose une Angleterre qui croit aux vertus de l’initiative privée, gage de liberté, d’impartialité et surtout d’économies, à un moment où elle fait tout son possible pour restaurer la convertibilité de la livre sterling, et qui donc essaie de limiter le plus possible les crédits que la CICI espère obtenir. »

Mieux encore, culture, économie et sécurité vis-à-vis d'une éventuelle renaissance d'une Allemagne forte ont partie liée :

"La sécurité de la France passe aussi par Genève : l'essor de la coopération internationale fortifiera la SDN et garantira le statu quo issu du traité de Versailles."

Ainsi, quoique l'espéranto n'ait été qu'un élément parmi d'autres dans le grand jeu des nations, c’est à plusieurs reprises, de 1920 à 1923, que la France s’opposera à cette langue construite - même, comme on l'a vu, pour un usage limité :

« Conformément à la résolution votée par l’Assemblée de la SDN en septembre 1922, la CICI doit donner son avis sur la question d’une langue internationale auxiliaire en général et sur l’espéranto en particulier. En juillet 1923, Reynold et Bergson repoussent une résolution favorable à l’espéranto : le premier estime que la SDN « est incompétente pour se prononcer en faveur de telle ou telle langue » ; le second souligne que le moyen de rapprochement « le plus puissant peut-être de tous » est la langue, « car elle est imprégnée de l’esprit du peuple qui la parle », et que la SDN doit donc « pousser à l’étude des langues vivantes, et non pas à celle de la langue artificielle ». La CICI ne recommande donc pas une langue artificielle à l’attention de la SDN, à la satisfaction de la France, dès le début hostile à l’espéranto qui pourrait entamer le rayonnement de sa langue et donc de son influence culturelle. »

Dès lors, les routes de l’espéranto et des organisations internationales se séparent progressivement – bien que la Croix-Rouge l’ait utilisé et recommandé, comme détaillé dans le rapport du secrétaire général adjoint Nitobe.
(téléchargeable ici)

« Cependant, la catastrophe mondiale, qui mettait des peuples entiers en présence, fit apparaître d’une manière plus tragique encore la nécessité d’une langue internationale pour le service de la Croix-Rouge, les secours aux blessés, les camps de prisonniers, les rapports entre armées alliées. Le Sous-Secrétaire d’État français du service de la Santé militaire organisa, par circulaire officielle du 20 mai 1916, la distribution de manuels Espéranto-Croix-Rouge au personnel des formations sanitaires. Dans les vastes camps d’internés en Sibérie, des milliers d’hommes de toutes nationalités apprenaient l’Espéranto pour fraterniser entre eux et avec leurs surveillants japonais. Ces faits décidèrent la dixième Conférence internationale de la Croix-Rouge, convoquée après la guerre, à recommander l’étude universelle de l’Espéranto « comme un des plus puissants moyens d’entente et de collaboration internationale pour réaliser l’idéal humain de la Croix-Rouge. »

Par la suite, l’espéranto ne retrouvera jamais des circonstances historiques aussi favorables, car l’Histoire vit se succéder la montée des nationalismes, la deuxième guerre mondiale, la guerre froide, et la montée en puissance de l’anglais - développement favorisé par les accords Blum-Byrnes.

La construction européenne actuelle constitue pour l’espéranto une occasion historique de même nature que ces débats des années 20 à la SDN, et on retrouve sans surprise la même volonté des grandes puissances de favoriser leur propre langue, au détriment de la coopération et de la réflexion sur l’intérêt général ; ou parfois de lier son destin à celui de l'anglais, comme l'illustre de façon caricaturale la télévision France 24.

Simple et équitable, l’espéranto serait très adapté comme langue de communication de l’UE, mais la force du lobby pro-anglais, et de la France satisfaite que le français soit une langue de travail - même de plus en plus symbolique - est si grande que la question n’a jamais été évoquée, encore moins débattue.

L’argument que la richesse linguistique de l’UE est sa spécificité et son atout est devenu si manifestement hypocrite qu’il n’est plus avancé qu’avec un évident manque de conviction ; de nombreuses voix n’hésitent plus à demander l’officialisation de l’anglais comme langue de l’Europe - le tabou est tombé.

D’ailleurs, 2010 a vu une intense lobbying en ce sens, notamment le rapport de la Conférence des grandes écoles, demandant « l’aménagement » de la loi Toubon afin de légaliser a posteriori ce que d’aucuns font déjà largement, l’enseignement supérieur en anglais, dans le cadre de l’intégration européenne. Cette volonté a suscité de nombreux articles dans les médias – alors même qu’un article fort documenté de C. Truchot qui contestait son utilité n’a pas eu la même publicité...

Dernière nouvelle européenne en date : la Slovaquie va rendre l'anglais obligatoire dès 6 ans.

Autre front de cette lutte d’influence : le futur brevet unique européen. Il y a peu, le protocole de Londres a donné force de loi sur le sol français à des textes rédigés dans une langue étrangère (anglais et allemand, les deux autres langues de travail de l’Union).

En fait, depuis des décennies, toutes les branches professionnelles sont concernées : poste, aviation, maritime, armée, Jeux Olympiques - bref, toutes les coopérations et Instituts européens ou mondiaux.

Le plus étonnant, c’est qu’il se trouve encore des gens pour nier la réalité de la « guerre des langues » alors qu’elle fait rage depuis un siècle !

L’espéranto n’a pas échoué, comme on le lit souvent - il a été rejeté à cause de ces rivalités politiques. Mais cette langue de communication équitable est toujours là, plusieurs générations ont continué de la faire vivre, de la développer, jusqu’à l’avènement d’Internet qui a véritablement stimulé l’espéranto, tant il lui est complémentaire.

Mais pour finir par une note optimiste, même modeste, remarquons que l’UE vient d’utiliser l'espéranto pour le nom d'un de ses projets :

« SENPERFORTO, qui signifie en espéranto « plus de violence », ou « sans violence », entend déterminer les connaissances spécifiques, l'attitude, les pratiques et les besoins du personnel et des bénéficiaires du secteur de l'accueil et des demandes d'asile quant à la violence sexuelle. Les experts expliquent que les réponses obtenues leur permettront de lancer un cadre européen de référence basé sur les besoins, les droits et les faits pour la prévention de la violence sexuelle à destination du secteur de l'accueil et des demandes d'asile en Europe. »
(Nota : mot à mot, senperforto signifie "sans-par-force".)

Peut-être s’est-on enfin rendu compte que l’espéranto était un digne descendant du latin et du grec, avec un peu de germanique et beaucoup de régularité en plus ?

L’avenir est donc ouvert. Avec la construction européenne, la France a en quelque sorte l’occasion de « racheter » son opposition des années 20, dont l’écho idéologique se sent encore aujourd’hui dans son refus en option au baccalauréat, et dans le dédain dont les grands médias font preuve envers cette langue construite - à l’exception notable de quelques radios et des journaux régionaux, probablement sensibilisés aux problèmes linguistiques par l'éternel débat sur langues régionales.

Qui a dit que la question des langues est simple et naturelle ?

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Published by Krokodilo - dans Espéranto
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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 15:39

Au SIAL 2010 (Salon International des professionnels de l’Agroalimentaire) à Paris, on a pu voir un produit nommé "Sojasun" avec une mention en espéranto « sen aldonaĵoj » (sans additifs) bien en évidence. Modeste mais significative apparition professionnelle d’une langue que beaucoup en France croient mort-née !

Ce produit laitier est fabriqué par la société Triballat Noyal (également productrice des produits biologiques de la marque Vrai). Le siège de cette société est à Noyal sur Vilaine.
(Leur site)

Pour info : « sen aldonaĵoj » = sans additifs : le radical est don- (donner, à l’infinitif doni), auquel s’ajoute des affixes : le préfixe « al », le suffixe «  » qui est le produit ou l’objet, la finale « o » des substantifs, et le pluriel « j ». Pour la prononciation, c’est en gros "al-do-NA-joï", accent tonique toujours sur l’avant-dernière syllabe.

Pourquoi cette société a-t-elle choisi l’espéranto ? Laissons-la répondre elle-même lors d’un entretien avec le CFIA, une organisation professionnelle  :

« Demain, c’est aussi construire une culture européenne. Qui dit « culture européenne », dit « communication »… « Nous nous sommes dit que l’esperanto pouvait être un modèle » explique Olivier Clanchin. Lorsque l’on ironise sur le sujet espéranto, le président sourit : « Hé bien… là aussi, comme pour le Bio ou le soja, des gens ont envie d’y croire. Nous y avons cru pour les autres projets, et ça a marché… alors, l’esperanto, pourquoi pas ? Cela en vaut la peine, il faut essayer, c’est positif d’être prêt à relever des défis ! » L’entreprise est un bon vecteur pour tester ce concept. Du moment qu’il y a du collectif avec des gens n’utilisant pas la même langue, l’esperanto peut être un véhicule cohérent qui se maîtrise 10 fois plus vite que l’anglais.
« N’oublions pas que nous sommes une Europe à 27. Si nous avions tous une langue commune, cela accélérerait pas mal de démarches. De plus, dans la logique du développement durable, là où l’on parle de réduction d’emballage, comment faire avec autant de langues que de pays pour un seul produit à exporter ? Lorsque vous achetez un produit électroménager combien y a-t-il de kilos de papier, de notices, dans toutes les langues ? Je pense que la langue du pays, l’anglais, puis l’esperanto pourraient suffire. Enfin, l’esperanto est la seule langue équitable… car personne ne naît avec. »

Un journal régional avait présenté ce projet il y a un an et demi : lorsque Triballat a acquis son premier outil de production à l’étranger (Integralimenti à Forli, près de Bologne), Olivier Clanchin, son président, a eu l’idée d’essayer l’espéranto comme langue de communication avec ses filiales à l’étranger.

Ces dernières années, la communication internationale professionnelle a utilisé soit l’anglais (économie, sciences, etc.), soit les langues locales - car les entreprises se sont aperçues que pour vendre un produit, le plus efficace, et de loin, est de communiquer dans la langue du client.
Cette innovation récente, quoique modeste, est donc une bonne nouvelle pour tous ceux qui pensent que l’espéranto est l’espoir d’une communication internationale efficace et équitable, pas seulement entre les gens, mais aussi professionnellement : c’est à notre avis la langue la plus adaptée pour les ONG.

On peut donc espérer le développement d’un affichage bilingue français-espéranto, ou, pourquoi pas dans le cadre européen, fr-angl-Eo.

L’espéranto, un siècle et des poussières après sa naissance, est toujours une langue à part, on le voit bien à cette situation paradoxale : bien vivant, international, présent sur tous les continents, très dynamique sur la Toile et sur le terrain, mais semblant toujours poser un problème aux « élites », intellectuels à la française, hommes d’influence des médias ou officiels, qui ne savent qu’en penser, quelle attitude adopter.

Alors que les médias régionaux ont présenté l’initiative de cette entreprise sans clichés et sans préjugés, de grands médias comme le Nouvel obs ou les infos télévisées boycottent jusqu’au mot « espéranto » ! Certains enseignants disent même aux élèves que c’est une langue morte, un essai raté... et l’espéranto n’est toujours pas autorisé au bac en option, alors que 57 langues y sont possibles !

En somme, on semble parfois perpétuer les réticences de la France qui a jadis bloqué l’espéranto à la Société des Nations alors qu’il aurait pu être recommandé comme langue internationale. Dans quelques pays il est davantage soutenu officiellement : en Hongrie, en Pologne ou en Chine (site, festival de Nankin) par exemple, mais en général son développement passe par les gens et les bonnes volontés, tout simplement.

Au fait, c’est quoi l’espéranto ?

Une langue construite, à partir des quelques langues très utilisées fin 19e, la seule langue construite qui se soit développée jusqu’à la reconnaissance internationale officielle, la seule à se développer et à trouver des locuteurs à chaque génération, minoritaire et méconnue mais présente sur tous les continents, très largement plus facile que, par exemple, l’anglais ou le français du fait de sa régularité, neutre car indépendante d’une ethnie ou d’un pays.

C’est donc en quelque sorte la langue équitable pour une communication internationale où chacun doit faire un effort voisin - légèrement plus important pour les Asiatiques à cause du vocabulaire, mais ce problème se pose également à eux en anglais, la difficulté phonétique en plus.

Cette spécificité et la propension naturelle de chaque pays à privilégier le développement de sa propre langue, surtout les « grandes langues », ainsi que la pression considérable pour faire de l’anglais la langue de l’Union Européenne font que sur la question de la communication internationale, nous sommes toujours dans l’affrontement, la « guerre des langues », plutôt que dans la réflexion et l’expérimentation objective.
 
D’ailleurs n’en est-il pas de même avec la « guerre des monnaies » dont on parle régulièrement ces temps-ci ? L’usage d’une monnaie nationale comme monnaie internationale permet au pays concerné de manipuler l’économie en sa faveur en faisant tourner la planche à billets, et même si la mise en place d’une monnaie internationale de référence serait très difficile (comment fixer la valeur respective de chaque monnaie ?), le besoin et l’idée sont bien là, et l’analogie avec la "guerre des langues" est évidente.

Espérons qu’aux guerres succèdera le bon sens - celui de l’intérêt commun.

(Nota : la traduction pour l’entreprise a été réalisée par l’entreprise Lingua force)
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Published by Krokodilo - dans Espéranto
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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 15:37

La France, du temps de la Société des Nations (SDN), fut un des principaux obstacles à l’adoption de l’espéranto comme langue de communication internationale. Pourtant, un rapport de cette même SDN fourmillait d’études et d’avis favorables à cette adoption.


Il s’agit du « Rapport du Secrétariat général adopté par la troisième Assemblée de la Société des Nations » le 21 septembre 1922, signé du secrétaire général Inazō Nitobe, et dont proviennent tous les extraits présents dans l’article.
Rapport intégral ci en français ou en anglais.

A l’époque, dans l’enthousiasme de la création de la SDN,  ancêtre de l’ONU, l’envie et le besoin de communiquer plus facilement à l’échelle mondiale étaient reconnus :

« Depuis sa fondation, la Société des Nations n’a cessé de recevoir des pétitions en faveur de l’adoption d’une langue auxiliaire internationale et, en particulier, de l’Espéranto, qui est répandu dans de nombreux pays et enseigné dans quelques écoles publiques de plusieurs États. Le Secrétariat n’a pas manqué d’examiner avec intérêt toutes ces propositions qui démontraient que les milieux scientifiques, commerciaux, philanthropiques, touristiques et, plus spécialement encore, les milieux ouvriers, ressentent le besoin urgent d’échapper aux complications linguistiques qui entravent les rapports internationaux et surtout les relations directes entre les peuples. »

On pressentit également ce qu’on appelle aujourd’hui la « guerre des langues », la tendance des grandes puissances à privilégier le développement de leur propre langue :

« Ces deux langues diplomatiques le français et l’anglais, continueront certainement à jouer un rôle important dans les rapports des élites intellectuelles. De son côté, l’espagnol, qui est la langue officielle des dix-sept États d’Europe et d’Amérique, voit son prestige s’accroître du jour en jour. Ce serait toucher à une question trop délicate que de vouloir établir la suprématie d’une langue nationale sur toutes les autres.
Le latin a au moins l’avantage d’être un idiome neutre au point de vue politique sinon au point de vue religieux, mais il est d’une acquisition difficile, qui le rend peu accessible aux masses populaires, et son vocabulaire a cessé depuis longtemps de répondre aux nécessités de la vie moderne. »

Conséquence logique de cette attitude favorable et pragmatique, les autorités étaient prêtes à étudier sérieusement et sans préjugés l’efficacité de cette langue, sur des critères techniques, un peu comme les ingénieurs ou les commerciaux font un cahier des charges et une étude de marché.
On commanda donc études et rapports, et on débattit de détails pratiques, comme celui du vocabulaire  :

« À ce point de vue, il est évident que des langues proposées, comme l’anglais ou le latin, présentent de grands avantages, mais leurs inconvénients sautent aux yeux. Le français, qui est une admirable littéraire et qui joue un rôle de premier ordre dans les rapports diplomatiques en Europe, peut aussi valoir des droits à l’universalité. Pour lui rendre son rôle pratique de langue internationale, si utile jadis, il faudrait renouveler arbitrairement son lexique et simplifier sa grammaire. Beaucoup d’admirateurs de langue de Cicéron préfèrent, dans ce cas, qu’on choisisse une langue artificielle, plutôt que de toucher au latin classique. »

Ou celui de la simplicité d’apprentissage :

« Une langue artificielle est dépourvue du prestige séculaire d’une longue tradition historique et littéraire, mais son vocabulaire peut cependant être entièrement emprunté aux langues existantes et bénéficier de cette tradition. D’autre part, elle peut être infiniment plus facile à apprendre qu’une langue nationale, dont la grammaire fourmille d’irrégularités. »

 (Nota : le qualificatif de langue artificielle étant souvent perçu comme péjoratif, on préfère aujourd’hui celui de langue construite, d’autant que le vocabulaire est 100% naturel, issu pour deux tiers du grec et du latin, pour un tiers germanique.)

Il fut également fait un sort rapide au fantasme d’une langue internationale remplaçant les langues nationales ou ethniques, danger fantasmatique qu’on doit pourtant encore réfuter :

« Avec les années, elle peut s’assouplir et s’enrichir peu à peu, surtout si des écrivains et des orateurs de talent s’en servent, mais son usage restera toujours d’un emploi secondaire, limité aux rapports exceptionnels entre personnes de nations différentes, et, par conséquent, d’un caractère pratique et conventionnel peu susceptible de concurrencer les langues de culture historique. »

L’époque était à l’enthousiasme (accroissement des communications internationales, et surtout c’était avant les deux guerres mondiales...) et au pragmatisme :
« L’intérêt du monde est d’avoir une langue auxiliaire, non pas deux ou trois, et, au point de vue pratique, il y a moins de risques à en considérer une qui a derrière elle quelque expérience, un commence-ment de tradition et une garantie d’unité durable. »

Les rapports demandés furent quasiment unanimes en faveur de l’espéranto :

« Une corporation autorisée, comme l’Association britannique des Sciences, après avoir examiné différentes propositions et rejeté celle du latin, est arrivée à la conclusion que l’Espéranto et l’Ido étaient tous deux appropriés (du point de vue linguistique) et qu’elle ne saurait choisir entre les deux. D’autres organisations, comme la Chambre de Commerce de Paris et le Parlement de Finlande, ont trouvé à l’Ido une complication inutile et n’ont retenu
 que l’Espéranto. Le Congrès mondial des Associations internationales, réuni à Bruxelles en 1920, a recommandé à tous les partisans d’une langue internationale de s’unir sur l’Espéranto »

« Les délégués orientaux ont fait observer que l’Espéranto constituait pour les élèves de leur pays un type simplifié des langues européennes, qui leur servait ensuite de clef pour comprendre les autres. En deux ans, un jeune Chinois apprend l’Espéranto, tandis qu’il lui en faut six pour apprendre l’anglais, et plus encore pour étudier le français. Des étudiants envoyés à l’Institut franco-chinois à Lyon, avec l’Espéranto pour tout bagage, ont pu se mettre au français très rapidement. »

Autre faits surprenants ou méconnus :

« En 1905, le Gouvernement de la République française décorait le Dr Zamenhof de la légion d’honneur et le premier congrès universel d’Espéranto se réunissait en France. »

Ou encore la recommandation par la Croix-Rouge :
« Cependant, la catastrophe mondiale, qui mettait des peuples entiers en présence, fit apparaître d’une manière plus tragique encore la nécessité d’une langue internationale pour le service de la Croix-Rouge, les secours aux blessés, les camps de prisonniers, les rapports entre armées alliées. Le Sous-Secrétaire d’État français du service de la Santé militaire organisa, par circulaire officielle du 20 mai 1916, la distribution de manuels Espéranto-Croix-Rouge au personnel des formations sanitaires. Dans les vastes camps d’internés en Sibérie, des milliers d’hommes de toutes nationalités apprenaient l’Espéranto pour fraterniser entre eux et avec leurs surveillants japonais. Ces faits décidèrent la dixième Conférence internationale de la Croix-Rouge, convoquée après la guerre, à recommander l’étude universelle de l’Espéranto « comme un des plus puissants moyens d’entente et de collaboration internationale pour réaliser l’idéal humain de la Croix-Rouge. »

Le rapport détaille ensuite le développement de l’enseignement de l’espéranto dans divers pays, dont la GB où une vingtaine d’écoles l’enseignèrent.  
Détail piquant au regard de la dérive linguistique européenne, les pays Nordiques étaient déjà favorables à l’anglais dans le rôle de langue internationale :

« D’importantes associations scandinaves ont proposé l’adoption de l’anglais comme langue auxiliaire mondiale. »
 
Et, surtout, la France se distingua par son opposition résolue, car nous sommes tout de même le seul pays démocratique au monde qui ait interdit l’espéranto dans le cadre scolaire !
Par la circulaire de 1922 signée de Léon Bérard : "…Je vous prie également d’avertir les professeurs et les maîtres d’avoir à s’abstenir de toute propagande espérantiste auprès de leurs élèves. Vous inviterez les chefs d’établissements à refuser d’une manière absolue le prêt des locaux de leurs établissements à des Associations ou des organisations qui s’en serviraient pour organiser des cours ou des conférences se rapportant à l’espéranto."

Cette consigne fut partiellement abolie en 1938 par Jean Zay ("…J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’il me parait souhaitable de faciliter le développement des études espérantistes. Certes, il ne peut être question de donner à l’enseignement de l’espéranto une place dans les horaires des études obligatoires de nos Établissements d’enseignement du second degré et dans nos Écoles techniques. Mais si des cours facultatifs d’espéranto peuvent être institués, je n’y verrai que des avantages. On peut l’admettre aux loisirs dirigés.")
De fait, divers établissements primaires et secondaires ont ces dernières années accepté des sessions d’espéranto dans leurs locaux. (ici un reportage de France 3 en 2007)

Outre les raisons officielles, il est permis de voir dans ce refus la jalousie du français alors grande langue diplomatique envers une langue construite qui se posait en prétendante et en rivale.
Ces vielles rancœurs se font pourtant encore sentir aujourd’hui, puisque l’admission de l’espéranto comme langue facultative au bac est régulièrement demandée au Ministère, et tout aussi régulièrement refusée, par copier-coller des mêmes arguments, en gros langue sans nation et restrictions budgétaires.

Argument fallacieux car le nombre de langues acceptées au bac a régulièrement augmenté, jusqu’à atteindre aujourd’hui 57 langues au choix (vers la fin de la page Internet).

On peut rapprocher de ces réticences le fait que le livre « la Danĝera lingvo » (la Langue dangereuse), d’Ulrich Lins, une étude historique sur les persécutions qu’a subie la collectivité espérantophone depuis la création de la langue, en 1887, a été traduit en allemand, japonais, italien et russe, mais pas en français. Nos éditeurs ont jugé que ça n’intéressait pas chez nous...

Pourtant, toute la France n’était pas unanimement opposée à l’espéranto, loin s’en faut, et, toujours dans le même document de la SDN, on trouve une annexe où la Chambre de commerce de Paris rapporte un test qui mérite un commentaire :

« Une question restait à élucider : l’Espéranto permet-il d’exprimer toutes les nuances de la pensée humaine ?
La Sous-Commission n’a pas voulu traiter à la légère ce délicat problème et elle s’est fait le raisonnement suivant : il est de notoriété universelle que la langue française est la plus riche en expressions et la plus précise de toutes les langues nationales. Si donc un texte français traduit en Espéranto et retraduit en français n’est pas déformé, on peut dire que la langue auxiliaire a une réelle valeur à ce point de vue.
L’expérience fut réalisée à la Chambre de Commerce le 30 décembre 1920.
Trois textes furent choisis par la Sous-Commission dans un style si précis que la plus légère modification en pouvait dénaturer complètement le sens.
Ils consistaient en un règlement d’arbitrage, un pouvoir d’administrateur et un certificat de vente d’un modèle en toute propriété.
Ils furent traduits en Espéranto devant nous par deux espérantistes. Puis ceux-ci congédiés furent remplacés par deux autres chargés d’exécuter l’opération inverse.
Le texte ainsi rétabli en français, s’il ne répétait pas le strict mot à mot du texte original, en reproduisait le sens précis, d’une manière telle que la double transposition fut jugée à l’unanimité n’avoir fait subir aucune altération au sens des conventions soumises à l’épreuve.
La conclusion unanime de la Sous-Commission fut que votre rap-porteur pouvait affirmer devant la Commission de l’enseignement « qu’autant qu’elle en pouvait juger par ses travaux et expériences, l’Espéranto possède les qualités de précision, en même temps que celles de clarté et de facilité qui doivent être exigées d’une langue auxiliaire internationale. »

C’est la description d’un test de traduction et de rétro-traduction qui permet de vérifier si la langue construite espéranto est fiable, aussi précise que les langues nationales telles que le français ou l’anglais. C’est ce type de test qu’aurait pu financer à nouveau l’UE dont les besoins et les problèmes linguistiques sont considérables. Mais elle ne l’a pas fait, préférant laisser faire la dérive vers le tout-anglais...

On aura noté ce passage dont la prétention fait sourire aujourd’hui : « langue française est la plus riche en expressions et la plus précise de toutes les langues nationales. » !

Les propositions d’adoption et de soutien à l’espéranto comme langue internationale ont été rejetées lors des votes (la délégation iranienne l’a un jour soumis au vote !), rejet dans lequel la France a joué un grand rôle, mais il est intéressant de voir à quel point ce rapport de la SDN confirme de nombreux points répétés par les espérantistes et espérantophones : facilité et rapidité d’apprentissage bien supérieures, efficacité comme langue de traduction, qualités propédeutiques (pour l’apprentissage ultérieur d’une autre langue), praticité pour qu’une classe corresponde avec d’autres dans le monde entier, absence de surcoût (point confirmé par la GB dans le rapport) car l’enseignement lui-même est plus simple du fait de sa structure linguistique.

L’expression « langue équitable » n’existait pas encore, mais c’est tout à fait le sens général de ce rapport.

Hélas ! La deuxième guerre mondiale, la guerre froide, les persécutions des espérantistes par Hitler et Staline, l’engouement dans l’après-guerre pour la culture venue des USA (goût bien renforcé par les accords Blum-Byrnes de 1946 ) , puis l’entrée de la GB dans l’UE - tout a concouru pour que l’anglais s’impose comme langue internationale dans de nombreux domaines (économie et sciences au premier chef) et soit imposé dans les écoles.
 
1922, pour des jeunes c’est quasiment le Moyen Âge, mais les réticences françaises de l’époque envers l’espéranto se font encore sentir de nos jours.
 
La revue de Téhéran (site d’un magazine culturel), nous rappelle opportunément quelques citations de personnalités françaises qui, au cours du XXe siècle, se sont déclarées en faveur de l’espéranto.

Cette langue équitable, internationale et largement plus facile, est toujours là. Il ne tient qu’à nous, citoyens de base, de la soutenir, de la développer et d’imposer à nos élites une solution alternative à la lutte d’influence entre les « grandes langues ».

D’ailleurs, dans ce même rapport, il est étonnant de voir la variété des langues étrangères alors étudiées par les Anglais, quand on sait qu’aujourd’hui leur gouvernement s’inquiète de la désaffection des jeunes anglophones envers les langues. S’ils ne doivent en étudier qu’une, pourquoi pas l’espéranto ? Il serait assez ironique que le renouveau de l’espéranto vienne des anglophones natifs.

Quant à la France, elle s’honorerait d’autoriser enfin l’espéranto en option au bac !
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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 16:46


« Tunisie : Les Espérantistes, avec un Youssef Msakni étincelant, ont surmonté les difficultés »
La Presse (Tunis)


Et, foin de la discrétion, ces espérantistes sont fiers de leur identité, ça fait chaud au cœur :
« F I E R S - D ’ E T R E - E S P E R A N T I S T E S »


Ils sont même heureux :
« C’est dans une ambiance festive et bon enfant que...  »

Et ils sont maintenant si nombreux en Tunisie qu’on va même jusqu’à parler de peuple : « Le portail du peuple espérantiste à l’étranger »

Il y a même des « Esperantistes Militants »

Mais alors que l’enthousiasme grandissait parmi les espérantistes français devant cette soudaine et inattendue multiplication des "samideanoj" (collègues, partisans de la même idée) de l’autre côté de la Méditerranée, la vérité surgit : tous ces nouveaux espérantistes sont en fait des supporteurs de l’équipe de foot de Tunis, l’EST, l’Espérance sportive de Tunis !

Site des supporters espérantistes

Allez, surmontons notre déception, et souhaitons de grandes joies footballistiques à ces cousins atypiques. Et peut-être qu’un jour, quelques-uns d’entre eux, cliquant comme nous par erreur sur un site espérantiste d’un genre différent de celui supposé, viendront à l’espéranto par curiosité pour cette langue internationale ! Après tout, ne sommes-nous pas tous des gens qui espèrent ?

Signalons au passage un article d’Espéranto-jeunes de 2007, sur l’espéranto en Algérie et un sur l’espéranto dans le monde arabe en général, où cette langue construite est encore assez peu développée.

Allez, les espérantistes, allez les espérantistes, allez !

P.-S.

(Nota : article inspiré par une info du site Libera folio)

<doc43829>
 
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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 15:39
En la esperanta budo de lingva ekspozicio, juna kaj nesperta esperantisto provis interesigi alian junan francon:

- 1887… Mi scias, ke tio aspektas malnova. Sed atentu ! Ankaŭ gejunuloj estas en la movado, ne nur uloj naskiĝintaj en 1887, diris la esperantisto ridetante - por montri, ke li blagetis.
Li volus konvinki tiun junulon, kiu ŝajnis interesita. Eble estonta esperanto-parolanto, entuziasme pensis la militanto.
- 1887 ! La romiana imperio preskaŭ finiĝis, ĉu ne ?
- Nu, ankaŭ okazis la grava kongreso de 1905, - konfuze respondis la militanto,  ekkompreninte sian mallertaĵon.
Venontfoje, li pensis, mi rekte priparolos kongreson de Boulogne en 2005, senrespekte al  glora historio de la esperanta movado : efiko ĉefas !
- 1905! Eĉ mia avo ankoraŭ ne naskiĝis, nek eble mia praavo ! Oni bezonus kalkulilon por tion kontroli !
- La estinto ne gravas - tio estas la lingvo de la estonto !
- La estonto malproksimas... Prefere ni parolu pri hodiaŭ: kio ĝi estas ? Mi volas diri : kie oni povas ĝin paroli ?
- Ĉie, en la tuta mondo !
- Proksime al mia hejmo ?
- Nu, eble ne proksime. Tio dependas - ĉu estas klubo, asocio…
- Klubo ? Do, kiel bridĝo aŭ ŝakludo. Serioze - ĉu mi aspektas kiel membro de kudradklubo? Komence, diru : kio estas tiu via aĵo ?
- Tio estas konstruita lingvo, kvazaŭ kiel konstru-ludo, per kunmetado de nevariaj blokoj. Oni povas kompari ĝin kun domkonstruado. La izolado estas bone farita : oni diras, ke ĝi estas izolstruktura lingvo.
La deĵoranto pensis, ke la ulo aspektas kiel manlertulo, kaj li estis fiera pri siaj konstruad-komparoj.
- Ĉu vi estas masonisto ? - miris la junulo.
- Ne : tio estas lingvoscienco.
- Ĉu vi estas lingvisto ?
- Kvazaŭ. Fakte, ĉiu esperantisto lingvistas.
- Ĉu vi estas agnoskata de la fakultato ?
- Ne : libertempa lingvisto.
- Mmmjeŝ. Do, amatoro. Ĉio ci ne aspektas vere profesia, ĉu ne ?
- Sed ankaŭ Zamenhof estis neprofesia lingvisto: li estis okulkuracisto.
- Aĥĥĥ, mi viiidas ! Nenion li faraĉis kiel kuracisto, kaj anstataŭ labori, li krucvortadis la tutan tagon en sia kuracejo !
- Ne, li pripensis tion ekde infaneco. Daŭre.
- Ĉu nur tion li aĉis ? Ĉu li estis obsedata ? Tiu ulo devintus iĝi mensokuracisto : li povintus sin kuraci mem !
- Mi petas ! Li estas ĉie agnoskita, multaj stratoj havas lian nomon  ! Tutmonde !
- Jes, kompreneble ! La stratoj tiel multas en la mondo, ke necesis revoki ĉiujn strangulojn de la Historio ! La generaloj ne sufiĉas, do oni uzas venkitojn !
- La esperanton rekonas UNESCO!
- Mi ne rekonus ĝin, eĉ se mi krozus ĝin surstrate !
La militanto malavare priridetis tiun tre konatan fiŝercon de la junulo - eble, eble estonta samideano.
- Ankaŭ la Vatikano agnoskas Esperanton, kaj ĝi estas unu el la lingvoj de la Papaj bondeziroj !
- Do ? Pri la Papo, li verŝajne diras "saluton, la aĉuloj" en 60 lingvoj, ĉu ne ? Dum li ankoraŭ havos sialon en la buŝo, li daŭrigos !
- Vatikano radiodissendas ankaŭ esperante !
- Jeŝ, jeŝ, por konverti, ĉiuj ruzaĵoj taŭgas, tio estas bone konata. Tiel diris mia profesoro de filozofio.
- Estas multaj aliaj radioelsendoj : en Francujo, Pollando, Italio, Brazilo, en…
- He! Ulo, necesus updati viajn driverojn : la radio finas, nun ekzistas Interreto !
- Ĉi-rilate, en la senpaga reta enciklopedio Wikipedio, Esperanto…
- He! Ulo ! Ĉu mi havas vizaĝo de enciklopedio-leganto, eĉ senkoste ?
- Nu… Multas la paĝaroj en esperanto, ankaŭ aziaj.
- Azianojn mi vidas en mia kvartalo : ĉiusabate tien mi iras manĝi kun mia ino, tio ne estas por ilin rigardi sur la reto ! Parolante pri inoj, ĉu ili estas en via movado ? Mi vidis belulinojn sur la fotoj sed tio estas reklamo, ĉu ne ? Mi konas la ruzaĵon… Tio similas sekton, ili sendas siajn belegajn inojn travideble vestitaj, kaj poste - hop! Oni firme tenas vin en iu kastelo…
- Ni ne estas sekto! Kaj ni havas nur unu kastelon. Asocian. Tie oni staĝas.
- Jeŝ, jeŝ. En la forgeskeloj.
- Tie ne estas forgeskeloj!
- Do, tio estas kastelaĉo. Sed mi ja pensas, ke vi ne estas sekto : vi aspektas tro senmonaj.
- ...Estas ankaŭ la Pasporta Servo : oni povas vojaĝi tutmonde, gastante ĉe la esperanta loĝantaro, tio estas mirinda okazo por junuloj !
- Jeŝ, jeŝ, mi tion imagas… Ĉu vi ne scias, ke ekzistas danĝeraj landoj ? Tri kantoj, kvin glasoj da brandaĉo kaj hop ! Frumatene morgaŭ, via ino malaperas, rekte al inkomerco !
- Nu…
- Cetere, mi preferas videoludojn. Ĉu tion vi havas en esperanto ?
- Nu… nu… mi pensas, ke ne. Ankoraŭ ne. Necesas ke mi informiĝu.
- Jes ja, informiĝu! Kaj la teĥnikeroj de tiu via.. panto, tio kapdolorigas min tro. Vi klarigos tion venontjare. Ĉu vi ĉeestos ?
- Nu…
- Hu.. hu, ulo, vi aspektas elĉerpita ! Probatali necesas tenemon. Nu, ĝis! Mi iras al angla budo, laŭdire ili donacas multajn reklamaĵojn ! See you later !
La juna kuraĝa militanto eksentis sur siaj ŝultroj la pezon de seniluziiĝo kaj senkuraĝiĝo. Tiam, la gajmiena spertulo-budestro divenis lian elreviĝon : la mondo tute ne interesiĝas pri unu el la pli gravaj ideoj de la homaro. Do li venis konsoli la junulon :
- Ne atentu, kaj memoru : unu perdita, dek perditaj ! Aliaj venos…
- Li revenas !!! - diris la militanto, vidante la saman junulon en la pasejo.
- Jes, - konfirmis la budestro skeptike.
La militanto ekscitotremis, kiel fiŝisto, kies ligno ekkaptis fiŝon, kiu longe malrespektis lian allogaĵon. "Mi sukcesis lin interesi !" - li pensis sen diri, timante ŝiri la revon, rompi la miraklon de naskiĝanta scivolo ĉe tiu junulo ne tre lingvema.
La junulo vere revenis al la budo kaj demandis plian informon al la militanto, kies vizaĝo esperoradiis :
- He ulo, kun via aĵo, la Pasporta Cerbo, ĉu vi oferas unuaklasan bileton aŭ duaklasan ?
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