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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:58

Ce titre peut surprendre, mais pourquoi faire un article sur un forum citoyen sinon pour réfléchir, anticiper, pour remettre en cause des dogmes trop bien établis pour être honnêtes ?
Alors que notre endettement atteint 76% du PIB, aucune évaluation n’a jamais été faite des voyages scolaires.

 
1. Le dogme actuel
 
En gros, les voyages linguistiques scolaires sont extrêmement bénéfiques et quasiment aussi indispensables que l’eau et le pain, car sans eux l’esprit de l’élève demeurera comme une boîte de conserve sans ouvre-boîte : fermé.
(Les autres matières et professeurs étant présumés inaptes à ouvrir l’esprit de quelque élève que ce soit, merci pour eux !)
 
Cette opinion est renforcée par l’argument d’autorité : les instances européennes aussi disent que c’est très utile, qu’il faut développer la mobilité, car un bon Européen doit frétiller dans l’UE comme un poisson poursuivi par un prédateur. En l’occurrence, le prédateur est tapi dans les conseils d’administration des multinationales, puisque cette théorie de la mobilité est à la base une exigence industrielle pour améliorer l’employabilité des Européens.
 
Tout ceci aboutit à un phénomène analysé il y a quelques décennies par François de Closets dans son livre « Toujours plus », à savoir – en gros – que n’importe quelle structure, n’importe quel ministère, lobby ou corporation a l’irrésistible tendance à réclamer toujours plus de moyens financiers ! Sans jamais se demander si on ne pourrait pas faire mieux avec autant, voire avec moins, ou faire autrement.
 
Car dans tous les domaines, rien de plus facile que de demander plus, rien de plus difficile que d’évaluer, de faire un bilan honnête, de réformer.
 
En matière de voyages linguistiques, ce phénomène du « toujours plus » est bien illustré par une récente communication de l’APLV (Association des professeurs de langue vivante).
 
« Conclusions de l’APLV
Au vu des résultats de cette enquête l’APLV demande au Ministère de l’Éducation nationale de mettre en œuvre une véritable politique d’encouragement à l’organisation des voyages scolaires à l’étranger et à cet effet :
— d’incorporer cette dimension dans la formation initiale des enseignants ;
— de fixer des règles nationales claires en ce qui concerne les subventions ;
— de prendre à sa charge les dépenses liées au voyage et à l’hébergement des accompagnateurs ;
— de prendre en compte dans leur service ce travail spécifique des professeurs de langues vivantes.
Au moment où les dits « stages linguistiques » sont organisés en France pendant les vacances scolaires dans les établissements, il est indispensable que le Ministère prenne conscience de la nécessité d’aider les professeurs à organiser dans de bonnes conditions les séjours linguistiques de leurs élèves. »
 
L’inflation financière est également illustrée par une campagne qui va commencer juillet 2009, à l’initiative de L’Office national de garantie des séjours et stages linguistiques, en faveur du contrôle de la qualité des séjours linguistiques, axée pour l’instant sur l’Allemagne.
« Des contrôleurs indépendants qualifiés et dûment mandatés seront envoyés en mission dans ces différentes villes, afin de constater le respect des exigences du Contrat Qualité en termes d’organisation générale, d’encadrement (transport et séjour), d’hébergement, de cours, d’activités et d’excursions. »
 
Étrange gouvernement qui supprime 16000 (en 2009) postes dans l’Éducation nationale, mais recrute des inspecteurs pour vérifier la qualité des séjours linguistiques – la qualité, mais pas l’utilité... comme nous allons le voir.
 
(Un article informatif est d’ailleurs en attente sur Agoravox, émanant directement de cet Office national)
 
2. Bilan ? Evaluation ?
 
Quels vilains mots ! A une époque où pourtant tout est sujet à évaluation (notre président a même voulu faire évaluer ses ministres par un audit privé !), les séjours linguistiques jouissent de l’immense privilège de n’être jamais évalués, par la grâce d’une sorte d’immunité diplomatique - après tout, comme nos ambassadeurs, ce sont des Français qui se rendent officiellement à l’étranger !
 
Étant donné que le but de ces courts séjours est de progresser dans une langue étrangère, le contribuable payeur que nous sommes tous pourrait s’attendre à ce qu’on vérifie que les énormes sommes (montant ?) qui sont consacrées à cette activité aient bien fait progresser nos enfants en langue, le plus souvent l’anglais. Mais non !
 
Reste donc le bon sens, les témoignages des uns et des autres, des amis, des enfants, des copains et copines des enfants.
 
Et que nous racontent-ils ? Un groupe d’élèves étrangers débarque dans le cadre d’un échange scolaire, ils sont souriants, mais, de part et d’autre, c’est à peine si on peut échanger deux phrases, on bouffe tous à la cantine, ils suivent nos cours sans rien y comprendre, on visitera durant la semaine un ou deux musées locaux, une petite marche s’il fait beau et hop, les voilà qui repartent dans leur pays. Après, ce sera notre tour.
 
Estimation des progrès en français réalisés par ces écoliers : 0,5% !
Allez, par pure bonté d’âme, je veux bien admettre que c’est légèrement plus pour des élèves allant de la seconde à la terminale, mettons 1% de progrès en une semaine...
 
De toute façon, on ne sait pas évaluer le niveau en langue ! Le CECRL, échelle de niveau consensuelle, n’a que quelques années, temps apparemment insuffisant pour que les professionnels aient finalisé les outils nécessaires à cette évaluation ! Faute d’outils de mesure, impossible d’évaluer la progression... (Si l’on excepte les tests genre Toefl et Toeic destinés surtout aux entreprises, et qui concerne une population particulière.)
 
Mais dès qu’un odieux personnage matérialiste ose mettre en doute l’utilité linguistique de ces voyages, les profs de langue sortent l’argument suprême, la bombe atomique de la pédagogie des langues : les voyages linguistiques permettent de découvrir une autre culture, et ouvrent l’esprit.
 
Alors, pourquoi ne fait-on pas d’échanges scolaires entre Bretons et Corses, entre Alsaciens et Basques pour découvrir mutuellement nos cultures ? Et la traduction, à quoi ça sert, sinon à découvrir des cultures ? Et le cinéma, et la télévision ?
 
En outre, je serais prof d’une autre matière, je me vexerais :
« Moi aussi j’ouvre l’esprit de mes élèves ! »
 Et le prof d’EPS rajouterait, histoire de montrer qu’un sportif peut avoir des lettres : « Mens sana in corpore sano ! Le sport aussi, ça ouvre l’esprit, en plus ça ventile les sinus et peut-être même le cerveau ! »
 
C’est fou, combien de gens sont payés pour ouvrir l’esprit de nos enfants ! Si après ça, ils passent des heures zombifiés devant leur jeu vidéo, à trucider des aliens ou des terroristes, c’est à désespérer. 
 
3. Après le bilan intellectuel, le bilan carbone !
 
A l’heure où les enfants, après être allés voir l’exposition « Maison » (Home) de Y.A. Bertrand, tarabustent leurs parents pour qu’ils ne laissent pas l’ordi en veille, les critiquent quand ils prennent la voiture pour aller acheter le journal plutôt que de se taper une revigorante course à pied de cinq kilomètres, il ne leur vient pas à l’idée de contester les 3000 kilomètres qui leur ont permis de prononcer « fuck off » avec l’accent de Birmingham !
 
A l’heure où on s’interroge sur le bilan carbone des fraises espagnoles aux pesticides (les analyses faites à l’entrée en France sont tenues secrètes !) qui font 2000km en camion pour que d’aucuns se sentent privilégiés de manger en plein hiver des fadasses fruits gorgés d’eau, ne devrait-on pas se poser des questions sur le bilan carbone des séjours linguistiques ?
 
Je ne vous parle même pas des bus qui circulent sans cesse pour trimbaler des supporters de foot de plus en plus avinés à mesure qu’on se rapproche du stade, ou des voitures particulières qui se déplacent pour voir d’autres voitures courir sur des circuits de Formule 1 !
Polluer pour aller en voir d’autres polluer, n’est-ce pas la quintessence de notre civilisation de loisirs ?
 
Mais je m’égare, je mélange tout, sans doute les effets du CO2 ou des micro-particules diesel qui montent de la rue.
 
Je passe sur l’absence encore fréquente de ceintures de sécurité dans les bus de voyage, on va dire que c’est un argument mesquin et facile.
 
Revenons à l’anglais... Euh, à la diversité linguistique.
 
Les gens du métier souhaitent une pérennisation et même un développement des échanges :
« L’apprentissage des langues est à associer à la découverte d’autres cultures et à des rencontres possibles avec des jeunes d’autres pays. Une première étape serait que tout lycée en France ait au moins un accord d’échange avec un autre lycée en Europe, et si possible deux ou trois dans autant de pays de l’Union européenne. » (APLV)
 
Comptons chichement trois échanges par lycée, 11000 établissements, 2000 km aller-retour en moyenne (certains font plus, d’autres moins), ça nous donne un total annuel de 66 millions de kilomètres ! ! ! Sans évaluation du résultat !
 
Gageons que la paysanne d’un village reculé de quelque coin déshérité, qui va de sa cabane en torchis jusqu’au puits pour ramener un peu d‘eau potable (si elle a de la chance) serait bien épatée.
 
Démagogie ? Assurément, autant que le reproche des investissements spatiaux durant la course vers la Lune : ne pas aller sur la lune n’aurait évité la famine à aucun enfant du tiers-monde, je suis d’accord. Pourtant, je ne peux m’empêcher de trouver certaines de nos habitudes bien peu rationnelles. 
 
Le bilan carbone des séjours linguistiques est tout bonnement catastrophique : des millions de kilomètres dans toute l’Europe, pour des progrès en langue très faibles, et jamais estimés... 
La validation et la preuve, c’est bon pour les sciences, les audits, c’est bon pour les entreprises, là on parle de culture, inestimable !
 
Les séjours linguistiques scolaires sont un luxe de pays riche, gavés de consommation, gorgés de biens et de services, mais qui n’en ont jamais assez !
 
4. Soyons objectifs, voyons les avantages de ces séjours

Avantages pour les élèves :
 
— Sécher les cours une semaine.
Bien sûr, ils doivent souvent suivre des cours sur place, rien n’est parfait, mais avez-vous déjà essayé de suivre un cours d’histoire en anglais, ou une explication sur la Renaissance en allemand ? C’est très reposant, on peut penser à autre chose - aux filles par exemple.
Donner et prendre son premier baiser, acheter des capotes et rêver de les utiliser, s’émanciper temporairement du pater familias, tester l’acoustique d’un bus en gueulant « Ils ont des chapeaux ronds, vive les tétons » (je ne me souviens plus exactement des paroles adaptées à ces ambiances festives), découvrir la gastronomie anglaise, aider les familles nécessiteuses qui louent un gourbi aux élèves étrangers (et donc soutenir l’économie anglaise), noble mission s’il en est.
 
Avantages pour les profs accompagnants :
— Sécher les cours : une semaine sans faire cours, pas de cours pendant une semaine. Oui, je sais, c’est trois fois la même chose, mais ça fait plaisir rien qu’en le répétant. 
— S’exercer au calcul mental en comptant les élèves chaque jour, voire plusieurs fois par jour pour les plus consciencieux. Et même la soustraction quand il en manque. 
— Réviser les langues en expliquant aux vigiles ou à la police qu’il y en a deux égarés dans le musée ou dans la rue – laquelle, on ne sait pas. Essayez un peu de dire ça en anglais ou en allemand : vous verrez, c’est plus difficile que ça en a l’air.
Seul inconvénient notable pour l’encadrement : la présence des élèves.
Et l’obligation de visiter les mêmes soporifiques musées que l’année précédente, plutôt que les quartiers chauds de Soho. 

Avantages pour la société :
— Donner du travail aux chauffeurs de bus.
— Consommer du gasoil et enrichir les monarchies pétrolières, pour qu’en retour ils nous achètent enfin des Rafale (admirons la merveilleuse harmonie de la vie).
— Faire marcher le commerce des autoroutes, des cartes postales, des restauroutes, des distributeurs de malbouffe à pièces, des distributeurs de préservatifs, des épiceries à canettes de bière, des bureaux de tabac.
— Aider la GB à équilibrer son budget.
- Faire découvrir la culture anglaise par une authentique ambiance à la Dickens, nourriture d’époque et marchands de sommeil inlcus ! Les moins chanceux seront choyés comme chez papa-maman.
— Soutenir l’économie en temps de crise, notamment les constructeurs de bus et les fabricants de pneus.
 
 
Conclusion
 
Bien que non-professionnel, modeste parent d’élève (dont tous les profs disent qu’on ne comprend rien à l’éducation...), j’oserai quelques remarques :
 
Les séjours linguistiques scolaires n’ont jamais fait l’objet de la moindre évaluation. Nul ne sait de combien les élèves progressent en langue durant ces quelques journées en immersion, ou en écoutant quelques cours dans une langue étrangère (assister à des cours serait plus juste !) ; disons une progression de 0,5%.
 
Leur coût est très élevé. Combien, on l’ignore aussi ! La prise en charge étant extrêmement morcelée entre État, conseils régionaux, parents – de moins en moins enthousiastes pour payer, compte tenu de la crise.
 
— Ces voyages et séjours ouvrent l’esprit, certes, mais comme beaucoup d’autres choses : la musique, le sport, les autres matières, la lecture, l’observation des plantes, le jardinage, le cinéma, la peinture, le chant, le... etc.
 
— A l’heure d’Internet, le contact avec des natifs est plus simple, et passera de plus en plus par les TICE (technologies interactives).
 
— Le prix de l’essence est en constante augmentation, le tourisme amorce une décrue, et dans ces circonstances qui ne vont que s’aggraver, la pollution représentée par les millions de kilomètres parcourus pour les voyages scolaires est à prendre en compte. 
 
A l’heure où la conscience écologique grandit lentement dans tous les esprits, les voyages linguistiques n’échapperont pas à une réévaluation de leur rapport bilan carbone, de leur rapport pollution/utilité.
 
En fait, alors que des millions d’enfants n’ont pas accès à l’eau potable, envoyer nos enfants une semaine dans un pays étranger pour apprendre quelques mots, c’est un luxe de pays riche, voire un gaspillage de nantis.
 
Qu’un jeune homme ou une jeune femme aille découvrir une autre langue et une autre culture par un long séjour de quelques mois à l’étranger, un boulot d’été, un voyage, un stage professionnel, oui, mais l’utilité de ces sauts de puce scolaires de quelques jours est loin d’être aveuglante.
 
Edgar Morin a fait un joli article dans « Le Monde » il y a quelque temps, où il invitait à retrouver d’autres valeurs, donner plus de place à l’amour, la poésie, en somme réenchanter le monde. 
Je ne suis pas sûr que ces bus scolaires qui trimbalent des élèves d’un pays à l’autre pour quelques jours dans les embouteillages des grandes villes aillent tout à fait dans le sens de la décroissance raisonnée, de la réflexion sur l’avenir de notre civilisation.
 
L’UE ne cesse de vanter la mobilité européenne. Rappelons que cette idée, cette idéologie même, est à la base une demande des milieux économiques pour une main-d’œuvre mobile et concurrentielle (la fameuse employabillité), à l’instar de ces malheureuses ouvrières polonaises, roumaines et marocaines qui abandonnent leurs enfants pour venir gagner quelques euros en ramassant des fraises espagnoles bourrées de pesticides dans des conditions d’un autre temps.
 
Pourtant, mobiles ou fixes dans nos régions, nous sommes tous des Européens. Parlant anglais ou pas, nous sommes toujours des Européens.
 
— L’apprentissage précoce des langues n’est pas une question pédagogique, c’est une question politique, car il s’agit de l’apprentissage précoce de l’anglais, et seulement de l’anglais, à de rares exceptions près, dont les langues régionales. 
 
— Au fil des ans, les voyages linguistiques ont généré un juteux marché, il suffit de googler pour le constater... mais est-ce une raison suffisante pour ne pas en faire le bilan ?
 
Inefficaces, coûteux, polluants, complexes à organiser, hasardeux au point qu’il faille créer un corps de contrôleurs, dévoreurs de temps et d‘énergie (dont celle des profs, bénévoles), dépassés par Internet, la « webcam » et les technologies interactives en général, on comprend que les voyages linguistiques ne soient jamais évalués !
 
Notons simplement la force des choses, la résistance passive de quelques Conseils régionaux qui se font tirer l’oreille pour le financement...
 
Ceci dit, peut-être que tout ce qui précède est un monceau d’âneries, puisqu’on lit partout le contraire ! Comment pourrais-je avoir raison contre tous ? La seule explication autre que ma folie douce serait que les voix discordantes n’osent pas s’exprimer, tant le dogme est prégnant, tant il serait mal vu, à l’heure de l’UE, de critiquer les sacro-saints voyages linguistiques. 
 
Les voyages forment la santé, c’est bien connu, mais je suis au moins sûr d’une chose : mieux vaut ne pas respirer à pleins poumons derrière un bus scolaire qui démarre !
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:57

 Les bourreaux à la plage, les journalistes au tribunal !

Ancienne porte-parole du procureur du TPI, ancienne correspondante en Yougoslavie du journal Le Monde, Florence Hartmann, a fâché les puissants en publiant dans son livre des détails sur l’implication de la Serbie dans le génocide en Bosnie, qui devaient rester secret à la suite de négociations au sommet. 
Elle est accusée d’outrage à la cour ! Sous un motif assez alambiqué concernant un unique document où la Cour aurait fait une erreur de droit :
Et ces infos n’étaient même pas inédites, elles avaient déjà fuité bien avant publication !
 
« (...) Florence Hartmann revient sur la responsabilité des grandes puissances, au premier rang desquels la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis, « leur refus persistant d’arrêter Karadžić et Mladić ou de s’assurer qu’ils soient livrés au TPIY, indissociable de leur défaut de volonté de prévenir les massacres de Srebrenica ».
 
Quel drôle de monde quand même, on peut génocider, trucider, torturer, fabriquer et installer des mines anti-personnel (qui tuent ou mutilent des femmes et des enfants longtemps après la fin du conflit), user de bombes à sous-munitions, on peut être un bon gros dictateur sanguinaire et posséder de nombreux hôtels particuliers en France, y passer une paisible retraite avec tout le clan familial, on peut envoyer à l’hôpital un paisible vacancier ou passer de la drogue sans aucun souci, du moment qu’on est un parent d’un « président » à vie, mais un journaliste qui fait son boulot, obtient des informations sur la face cachée de la marche du monde, hop ! En taule ! 
 
Le côté obscur de la force, ça va bien au cinéma, mais pas question d’écrire que la noirceur et la honte contaminent aussi nos propres dirigeants ! Que notre monde est souvent sale. 
 
Les juges vont-ils privilégier strictement le droit en condamnant la diffusion d’une information confidentielle sur une erreur juridique, ou privilégier le vrai sens du TPI, celui de poursuivre les grands criminels internationaux ? 
 
C’est la crédibilité du TPI qui se juge bientôt... De toute façon, les grandes puissances unanimes n’ont pas voulu d’un TPI permanent, d’un tribunal qui, un jour, pourrait se piquer de les poursuivre et les juger, eux !
 
Ce TPI s’achemine donc vers une fin lamentable, une conclusion indigne de sa fonction, comme le dit très bien François d’ALANCON, le journaliste de La Croix :
 
« Affaibli par la mort de Milošević et la non-arrestation de Karadžić et Mladić, le TPIY s’achemine aujourd’hui vers une fermeture prochaine, imposée par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Un épilogue en forme de mission inachevée pour un tribunal qui a échoué dans sa fonction de pédagogie. En dépit de quatre ans de procès, la culpabilité de Milošević, décédé le 11 mars 2006 dans sa cellule, n’a pas été clairement établie aux yeux du grand public, et spécialement de la population serbe. »
 
Le procès de 3 jours a eu lieu mi-juin.
Deux très bons articles récents sur cette ahurissante histoire : 
 
Pour la soutenir, on peut acheter son livre et/ou signer la pétition en ligne :
 
"Paix et châtiment. Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales", par Florence Hartmann, Flammarion, 319 p., 19, 90 €.
 
La pétition en ligne (lancée en janvier, mais elle semble toujours active, probablement jusqu’au verdict)
(preserverlajusticeinternationale.org)
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:56
Il s’agit du forum public Europa/ Debate Europe, et il faut rappeler que 2008 fut entre autres l’année du dialogue interculturel - car ce fut aussi l’année qui succéda à 2007, mais c’est une autre histoire.
 
 
Sur le forum Europa Debate Europe donc, classé par langues car il n’existe à ce jour pas de peuple européen ni d’opinion publique européenne, parmi la liste des thèmes, s’il en est un qui me semble fondamental à la construction européenne et devrait être une priorité, c’est bien le « Dialogue interculturel ».
 
Que vous soyez un authentique ouiiste, un vulgaire noniste ou un simple doutiste comme moi, vous reconnaîtrez ce que le dialogue entre les cultures a de fondamental pour éviter de ravager la Terre et stériliser nos âmes.
 
Mais ceux qui découvrent avec un réel enthousiasme européen l’existence d’un tel forum risquent une grosse déception : quand on clique sur « Dialogue interculturel », tout va bien, on voit apparaître l’incroyable richesse des sujets de discussion possibles. Cela va de « Institute for Cultural Diplomacy Events February- March 2009 » à « Tolérance et vision humaniste », « Qu’est-ce que le bonheur ? », en passant par l’espéranto et la loi Hadopi : le bonheur total pour un fan du dialogue des civilisations ! 
 
Mais déjà, le « post-it » placé en tête de liste a quelque chose d’un peu inquiétant, comme un mauvais présage : « L’Année européenne du dialogue interculturel est à présent terminée, mais vous pouvez encore lire toutes les contributions apportées au cours de l’année. » 
 
Passons outre cet avertissement, car un vrai Européen est comme un scout : optimiste et positif ; il ne va pas se laisser décourager si facilement et, comme ce sont quand même plus de trente sujets différents qui suivent ces lignes défaitistes, on se dit que c’est bien le diable si on n’arrive pas à dialoguer entre Européens, quand même !
 
Las !.. À chaque clic, sur chacun des sujets, le jeune apprenti en dialogue socratique voit apparaître ce message : 
 
« Désolé, mais seuls les modérateurs peuvent répondre aux messages dans ce forum. »
 ! ! !
 
Aujourd’hui, seuls les autres thèmes fonctionnent.
 
L’autorisation de dialoguer nous avait été donnée seulement pour un an !
 
Il faut dire que c’est risqué, le dialogue : on papote, on papote, et on se retrouve vite à réclamer la nationalisation des banques ou la levée du secret bancaire de la City !
 
Le comble : on ne peut même pas pimenter un peu les débats sur le fil « Femmes et politique », il est lui aussi fermé ! 
 
Dans l’UE, non seulement on ne dialogue plus entre les cultures, mais on ne peut même pas parler des femmes ! Et on s’étonne que l’enthousiasme européen soit modeste...
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:55

Comment les médias et certains pédagogues extrapolent à partir de résultats modestes pour coller au dogme actuel.


1. Une étude suisse sur les langues étrangères au primaire a été récemment rapportée dans les médias

« Une équipe de chercheurs de la Haute école pédagogique de Suisse centrale à Lucerne, conduite par la spécialiste en sciences de l’éducation Andrea Haenni Hoti, a examiné ce modèle dans le cadre du PNR 56. »

Le site APLV des professeurs de langue a titré :
« Un article sur l’apprentissage précoce des LVE : selon une étude suisse, aucune surcharge pour les élèves du Primaire »

Le Nouvel obs, lui, a choisi l’autre conclusion de cette étude :
« L’anglais précoce conduit à de meilleures connaissances du français, selon une étude suisse »

Voici ce que dit réellement cette étude :
« Les élèves du primaire ne sont pas débordés par l’apprentissage de deux langues étrangères. »

Que veut dire « débordés », comment ça se mesure, avec un instrument ? 

Renseignements pris, le critère "débordés" (ou pas) été évalué par un questionnaire, dans le groupe test et dans le groupe contrôle.

L’autre conclusion de l’étude est celle-ci :
« Ils profitent de la première langue étrangère dans l’acquisition de la seconde. »
« Les enfants scolarisés en Suisse centrale et qui ont commencé par apprendre l’anglais apprennent mieux le français. »

On peut supposer que l’inverse serait vrai également, hypothèse d’ailleurs mentionnée : « Cette conclusion ne permet cependant aucunement de faire un plaidoyer pour l’anglais précoce : "L’ordre inverse, le français avant l’anglais, pourrait avoir des effets tout aussi positifs", relève Andrea Haenni Hoti. »

« Et ceux qui grandissent dans un environnement plurilingue sont avantagés dans leur apprentissage du français. »

2. Deux remarques sur cette étude suisse

Voyons d’abord l’absence de surcharge, titre utilisé par divers médias, mais pas par l’étude. Selon le dictionnaire en ligne TLFI, une surcharge est une charge supplémentaire ou excessive, en excédent de la charge normale, autorisée.

L’ambigüité vient de la définition elle-même, car une matière scolaire supplémentaire est forcément une charge supplémentaire !

Par contre, une charge excessive se définit par rapport à une norme – inexistante à ce sujet – ou à une résistance des élèves, inconnue.

Le simple bon sens nous dit qu’ajouter l’initiation à une ou deux langues étrangères est forcément un apprentissage supplémentaire... donc une surcharge.

Les médias, en passant de la formulation « pas débordés », à « pas de surcharge », nient l’évidence des heures de cours d’une matière supplémentaire, là où l’étude vérifiait simplement l’absence de nocivité !

L’autre conclusion signifie que des enfants étudiant une première langue étrangère semblent un peu plus à l’aise que les autres dans l’initiation à une troisième langue, ce qui paraît assez logique : ils ont pris connaissance d’autres structures linguistiques, du fait que la langue telle qu’ils la connaissent n’est pas la seule organisation grammaticale possible, ils se sont en quelque sorte assoupli les neurones sur le plan linguistique.

Comme faire un sport plutôt qu’aucun favorise la coordination musculaire et l’apprentissage d’un deuxième sport. Comme une initiation à la musique facilite une étude ultérieure.

Enfin, et surtout, ce sont des résultats quasiment ponctuels, après un an d’étude primaire. Qu’en est-il à 11 ans, voire à la fin de la scolarité ?

3. Le site du FNS (Fonds national suisse de la recherche scientifique) fournit d’autres éléments intéressants
(c’est le même lien que précédemment)

« La Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique a décidé en 2004 que les élèves du primaire devaient apprendre deux langues étrangères, une langue nationale ainsi que l’anglais ou une autre langue nationale. »

Il s’agit donc à la base d’une décision politique.

« Le préacquis linguistique : une ressource précieuse » :
« Les résultats de ces travaux montrent que les connaissances linguistiques préalables sont utiles à l’enseignement des langues étrangères. (...) Les chercheurs en concluent qu’à côté de l’allemand et de l’anglais, la connaissance d’autres langues de migration comme l’albanais, le portugais, le serbe ou le croate est une ressource précieuse pour l’apprentissage du français. »

« Pas d’effet négatif sur la motivation »

Sur le plaisir et le bien-être des enfants :

« La grande majorité des élèves prennent plaisir à apprendre une langue étrangère, davantage toutefois dans le cas de l’anglais que du français. Cependant, certains enfants se sentent débordés ou trop peu sollicités. Le nombre des enfants se sentant submergés est le même dans les deux disciplines : environ un enfant sur quatre est stressé et a peur de faire des fautes. Mais le sentiment d’être dépassé pendant les cours de français ne dépend pas du fait que l’enfant apprend déjà l’anglais ou non. Tandis qu’un enfant sur quatre se sent trop peu sollicité en anglais, le rapport est d’un sur six pour le français. »

On a vu que c’est l’absence de mal-être qui a été recherchée.

Quand on sait à quel point ils sont influencés par l’ambiance de la classe, l’enthousiasme des enseignants, le contexte familial et social, on peut penser que ces résultats sur le plaisir que prennent les enfants jeunes à apprendre les langues étrangères ne sont pas extrapolables à tous les pays.

Peut-être est-ce le cas en Suisse, où de nombreux enfants doivent déjà avoir de petites notions des autres langues du pays et en comprendre l’utilité, mais d’après ce que m’ont raconté les miens de leur classe, très peu prenaient plaisir à l’initiation à l’anglais (imposé), ni n’en voyaient l’intérêt autour d’eux.

Comme disait un prof d’anglais facétieux : « L’effet principal de la réforme du primaire, c’est qu’elle amène en 6e des élèves déjà dégoûtés de l’anglais » !

Nous ne racontons pas cette boutade pour dénigrer l’anglais, mais pour rappeler que les problèmes de la Suisse en matière linguistique sont bien spécifiques, et que l’environnement familial et social des élèves peut influer sur ce type d’études.

Quant à savoir pourquoi ils prennent plus de plaisir à l’anglais qu’au français, on peut supposer qu’après leur avoir imposé l’anglais au primaire, le français peut être perçu comme un fardeau supplémentaire !

3. Le contexte de ces recherches (2006) est important à considérer


Il s’agit de choix difficiles en matière de politique linguistique pour un pays doté de quatre langues nationales, où certains veulent favoriser l’anglais comme 5e langue et comme langue universitaire... Bref, il s’agit surtout de planification scolaire, de logistique et de politique plus que de pédagogie :

« L’enseignement des langues étrangères au degré primaire est en pleine réforme. Les cantons de Suisse centrale – UR, SZ, OW, NW, ZG et LU – ont opté pour l’anglais en 3e primaire. La majorité des départements de l’instruction publique sont favorables à l’enseignement du français comme deuxième langue étrangère à partir de la 5e, la décision politique finale n’étant pas encore arrêtée dans tous les cantons (en octobre 2006). »

4. L’enseignement précoce et l’enseignement bilingue, sont des domaines plein d’incertitudes
(Nous en parlons simultanément car ils vont souvent de pair dans l’esprit de leurs promoteurs.)

« Le label « maturité bilingue » est aujourd’hui un véritable argument de marketing pour le positionnement des gymnases. Les pouvoirs publics investissent des moyens financiers considérables dans cette innovation pédagogique. Avant de procéder à l’ancrage définitif de la « maturité bilingue », il faut être sûr que l’enseignement en immersion représente un avantage. »
(même site suisse)
 
Je dirais même plus : il faudrait être sûrs !

« Le projet abordera les questions suivantes : Quelle est la contribution de l’apprentissage de langues supplémentaires (langue étrangère, deuxième langue) à la formation de l’identité des enfants et des adolescents ? Quel type de multilinguisme l’école doit-elle encourager et développer ? Nous observerons et décrirons l’introduction de l’anglais en cours dans deux communes scolaires différentes (cantons d’Appenzell Rhodes-Intérieures et Zurich). Une attention particulière sera attachée au groupe des élèves bilingues issus des migrations.
(...) L’étude pourra aussi alimenter, qualitativement, la réforme de l’enseignement des langues étrangères.
(même lien que précédemment)

 Comme on le voit, des questions, beaucoup de questions, beaucoup de facteurs difficiles à isoler les uns des autres pour former des groupes de contrôle.

On met la charrue avant les boeufs : avant toute confirmation scientifique, certains pédagogues veulent promouvoir l’enseignement bilingue, à la logistique complexe, expérimental, coûteux, élitiste parfois (en France). Il s’agit d’hypothèses, testées sur nos enfants qui font office de cobayes, et la maigreur éthique des preuves expérimentales oblige à les exagérer.

Il s’agit de dogmes, d’opinions qui cherchent à s’imposer.

5. Autre étude récente : sur le bilinguisme précoce
(Cyberpresse.ca)

« "Le bilinguisme améliore la performance cognitive bien avant l’apparition du langage", affirme Jacques Mehler, neuropsychologue à l’École internationale supérieure d’études avancées de Trieste, qui est l’auteur principal de l’étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. »

« Certains chercheurs pensent que cela nuit à l’acquisition du langage, parce que l’enfant ne maîtrise bien aucune des deux langues, dit M. Mehler. Nos résultats montrent que le bilinguisme permet d’améliorer les fonctions exécutives, qui permettent de décider quelles actions on doit faire. Il est possible que plus tard, ces enfants en viennent à s’appuyer davantage sur les fonctions exécutives. Cela n’est pas nécessairement un avantage, mais ce n’est certainement pas un désavantage. »

« Les chercheurs de Trieste veulent maintenant voir si ces fonctions exécutives améliorées peuvent être transférées à d’autres décisions que le langage. »

« L’idée que les bénéfices du bilinguisme dépassent les simples capacités langagières n’est pas nouvelle, note M. Mehler. Au début de l’étude, il cite l’écrivain argentin Borges : « Quand je parlais à ma grand-mère paternelle, je devais parler d’une manière qui, je l’ai découvert plus tard, s’appelait l’anglais, et quand je parlais à ma mère ou à ses parents, je devais parler une langue qui, par la suite, s’est révélée être l’espagnol. »

Ce qui saute aux yeux, c’est l’amplification immédiate par les journalistes des résultats modestes de cette étude, par un titre choc : « Le bilinguisme est bon pour les bébés », titre qui sera souvent repris tel quel par d’autres médias !

Mais « bon » de quelle façon ? Sont-ils plus intelligents, plus heureux, plus grands, meilleurs nageurs ? Et si oui, cela se confirme-t-il à l’entrée au collège, à l’adolescence, ou à l’âge adulte, en terme de l’intelligence, ou d’épanouissement ? Ou sont-ils simplement meilleurs dans l’exercice qu’on leur a fait répéter ?

« Lorsque la récompense - l’image d’un chiot - était déplacée sur l’écran d’un ordinateur, les enfants bilingues avaient plus de facilité à la suivre du regard. L’étude suggère qu’il s’agit d’une augmentation des « fonctions exécutives » dans le cerveau, ce qui contribue à acquérir simultanément deux langues. »

En gros, l’obligation faite à ces enfants d’apprendre simultanément deux langues les a (peut-être) obligés à développer ou accélérer une fonction exécutive mal définie. Or, il a déjà été essayé aux USA il y a longtemps de stimuler des bébés (dans le but d’en faire des surdoués) avec des résultats catastrophiques quelques années plus tard. Il est donc important de suivre cette modeste performance pendant des années avant de conclure quoi que ce soit. Ce qui est parfois naturel dans une famille bilingue n’est pas forcément extrapolable à tous les enfants scolarisés. En outre, le bilinguisme familial ne se passe pas toujours bien, mais les parents n’osent pas en témoigner car ils culpabilisent.

Rien n’est étudié sur le long terme ni même à moyen terme, pour savoir si cette différence se maintient, si elle s’applique à d’autres apprentissages.

Ce sont des données très limitées, fragmentaires, ponctuelles, dont l’interprétation est très délicate. C’est de la recherche balbutiante dans un domaine où les inconnues sont nombreuses.

6. Incertitudes et manipulations

— Sur l’étude suisse : on a vu plus haut « pas débordés » devenir « pas de surcharge ».

— Sur l’étude italienne, ce titre récent  : « Les bébés bilingues apprennent plus vite », qui laisse entendre que cela s’applique à tout apprentissage ultérieur, en gros qu’on a fabriqué des surdoués ! Alors que la réalité est bien plus limitée.

Ce mensonge (appelons les choses par leur nom) du développement intellectuel est un argument très porteur auprès des parents quand on a quelque chose à vendre, comme l’inscription à une école privée, des cours de soutien ou une méthode soi-disant innovante. Dans le business des langues, on se bouscule au portillon :

« Un autre avantage du bilinguisme actif précoce est le développement de capacités intellectuelles supérieures, de tolérance et de compréhension culturelle. »

Comment ont-ils bien pu mesurer la tolérance et la compréhension culturelle ?

Autre exemple du marché juteux qui pourrait s’ouvrir :
« Une heure d’anglais hebdomadaire suffit-elle à faire parler les bébés ? L’AFP signale l’ouverture à Bordeaux d’une école privée pour initier les bébés à l’anglais. Elle s’appuierait sur des travaux en neurosciences qui montrent que plus on apprend jeune une deuxième langue, meilleur sera le niveau atteint. »

Notons la présence bienvenue du conditionnel « s’appuierait » !

Certains professionnels gardent quand même les pieds sur terre. Commentaire (avisé) du Café Pédagogique, qui signale cet article dans "L’Expresso" du 22 mai 2009 :

"Le problème c’est que si le cerveau s’initie très tôt à la reconnaissance des phonèmes, les études effectuées portent sur des enfants en immersion familiale dans un nouveau pays et donc soumis en permanence aux deux langues jusqu’à au moins la puberté. L’efficacité de quelques heures par semaine de deuxième langue, comme c’est le cas dans le système scolaire, n’a pas été étudiée et les cognitivistes n’ont pas de réponse à cette question. C’est ce que soulignait Annie Christophe lors d’un colloque organisé par le groupe Compas en 2008". (Lire le compte rendu sur le site du Café Pédagogique.)
(et lu sur APLV)

« "L’investissement dans un apprentissage très précoce des langues est rentable" affirme Anne Christophe, CNRS. Son raisonnement s’appuie sur une série d’études qui montrent que plus on apprend jeune une deuxième langue, meilleur sera le niveau atteint. C’est particulièrement vrai pour les bébés bilingues qui, très tôt sont capables d’apprendre deux langues. Le cerveau humain est apte à s’habituer et traiter plusieurs langues dans ses premières années. Plus tard, selon Anne Christophe, il y a un âge critique à partir duquel l’apprentissage est plus difficile. Il se situe peut-être après 6 ans. Après la puberté, il est certain que les mécanismes cérébraux qui n’ont pas été sollicités ne peuvent probablement plus être éveillés et l’efficacité des apprentissages diminue fortement. Pour la première langue il faut que la sollicitation arrive avant 3 ans. »

Avec le respect qu’on doit aux chercheurs, que signifie cette accumulation de « peut-être après 6 ans », « ne peuvent probablement plus être réveillés » ?

La journaliste aurait pu donner le détail de cette mystérieuse série d’études... Il y en aurait même toute une série convergente ! De telles études nécessiteraient un suivi longitudinal de quinze ans... sous réserve de disposer d’un groupe témoin de même milieu socioculturel qui aurait étudié la même langue mais en commençant plus tard. D’ailleurs, l’aveu du manque d’études ne tarde pas :

« Les études effectuées portent sur des enfants en immersion familiale dans un nouveau pays et donc soumis en permanence aux deux langues jusqu’à au moins la puberté. L’efficacité de quelques heures par semaine de deuxième langue, comme c’est le cas dans le système scolaire, n’a pas été étudiée et les cognitivistes n’ont pas de réponse à cette question. »

Dans ce domaine, les articles ressemblent à l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours : tout le monde parle d’études concluantes, de préférence en casant des mots savants tels que neurosciences et cognitivistes, mais qui cite précisément ces mystérieuses études ?

« Peut-on oublier une langue ou celle-ci reste-elle gravée à jamais dans le cerveau ? La recherche montre que des orphelins transplantés dans un autre pays avant la puberté peuvent totalement oublier leur langue première. Passée la puberté par contre, le cerveau garde des traces actives de celle-ci. Tout cela montre une étonnante plasticité du cerveau et amène à poser bien des questions. Le cerveau reste un continent encore à explorer. »
(Café pédagogique)

Ces données sont en totale contradiction avec les affirmations précédentes ! Pourquoi commencer précocement si on oublie quasiment tout en fonction des hasards de la vie, d’un changement de pays, d’une absence de prof de la langue commencée, d’un désintérêt soudain de l’élève – l’exemple type étant fourni par les langues régionales où l’utilité n’est pas égale dans toutes les régions, où il est difficile de poursuivre à mesure que la scolarité avance.
 
7. Bibliographie sur l’apprentissage précoce des langues

Avis d’Europa sur l’apprentissage précoce, favorable, rapport en anglais, résumé en anglais ! Navré, mais je crains trop de commettre des erreurs de traduction et de déformer les preuves scientifiques irréfutables contenues dans ce mystérieux rapport qui confirme qu’il est vital pour le développement cérébral de tous les petits Européens de commencer l’anglais à la maternelle, si possible, dès la petite maternelle. Et pour les pays qui n’ont pas de maternelle, il restera les dessins animés en VO anglophone sous-titrée.

Leur précédent rapport collégial était plus que précautionneux, limite sceptique, mais il n’est plus disponible sur le site Europa, pour non-conformité au dogme ?

Une bibliographie préparée par le Centre de ressources documentaires du CIEP, signalée par le site APLV
Télécharger la bibliographie au format PDF

Il ne faut pas compter y trouver un seul article critique... Néanmoins, le programme Evlang, éveil aux langues non spécialisé dans une langue y est cité (cf. Michel Candelier). Il s’agit d’une initiation à la diversité des langues, par exemple leurs aspects phonétiques, ou un comparatif de diverses langues européennes, bref, une préparation à l’enseignement ultérieur de langues
Dans le même esprit, une expérimentation d’une année en 2003, à Liège, grâce aux outils EOLE (destinés aux élèves de 4 à 12 ans, alors qu’Evlang ciblait 10-12 ans.)
(cliquer au centre de la page sur télécharger en pdf)

Mon article d’Agora vox sur le programme Evlang

8. L’enseignement des langues est un dysfonctionnement permanent !

Un système bancal, qui ne connaît pas ses objectifs, dont la gestion est très lourde en raison des contraintes structurelles (nombre de profs de langue, répartition par langues, engagement à vie), qui empêchent de proposer un large choix de langues dans chaque établissement scolaire. 

« Or, le contraste interpelle entre les plaidoyers officiels et leur traduction concrète. Ni l’introduction des langues à l’école primaire, ni le développement de l’apprentissage d’au moins deux langues dans le second degré n’ont efficacement contribué à remporter le pari de la diversification, bien au contraire : »
Rapport sénatorial Legendre 2003

Déjà son précédent rapport présentait une sorte de bateau ivre, doté de plusieurs capitaines (Ministère, Académies, etc.), ne sachant pas réellement où il va (politique linguistique), ne connaissant pas son équipage pour la prochaine rentrée (langue disponibles).

 À mesure que les langues se généralisent à l’école, la part de l’anglais va croissant et le « tunnel de l’anglais » contre lequel réagissait la mission en 1995 se prolonge et se consolide.

9. Mêmes’ils sont systématiquement occultés, divers experts et quelques études sont sceptiques voire défavorables à l’enseignement précoce des langues !

Je renvoie à mon précédent article sur le sujet .

10. Notre propre proposition de réforme

Au primaire, initiation aux langues, axée sur les langues européennes.

C’est le programme Evlang (cf.), et le matériel Eole (cf.). On pourrait y étudier comparativement des phrases de base de diverses langues, les différents alphabets (ce qui peut inclure l’espéranto), y ajouter une prise de contact avec l’alphabet arabe et quelques idéogrammes, bref n une initiation linguistique nécessaire et suffisante pour profiter des potentialités auditives et musicales de l’enfance. Il suffit d’un ou deux enseignants par établissement scolaire, ayant le goût des langues, et formés par des stages à utiliser le matériel pédagogique préétabli, ainsi que les technologies interactives. Beaucoup plus simple que l’actuelle validation de langues par les IUFM...

Au secondaire, choix de deux langues par modules de niveau successifs, parmi celles possibles au collège, ou parmi d’autres langues. Mais un véritable choix, rendu possible par une complémentarité public-privé-associations parentales-familles.

Si un enfant a des connaissances d’une langue par sa famille, il pourrait ainsi les voir validées et reconnues à leur juste valeur. Un module culturel lié à cette langue peut être exigé (afin de pallier la critique langue de communication ), sous réserve de rester lucides dans les exigences.

La validation restant l’apanage de l’Éducation nationale - ce qui économise tout l’argent qu’on s’apprête à jeter dans la validation par Cambridge.

Enfin, si les modules étaient scindés en trimestres (l’échelle CECRL a justement la possibilité d’être scindée à l’infini pour se rapprocher de l’apprentissage naturel), cela permettrait aux élèves d’essayer, par exemple, un trimestre de latin, pour voir si cela éveille en eux le goût de poursuivre dans cette voie.

Les langues étrangères sont un domaine à part dans le cursus scolaire, pour diverses raisons, et leur organisation devrait refléter ces particularismes.

Conclusion

Une étude suisse a montré que les enfants n’étaient « pas débordés » par l’étude d’une autre langue au primaire.

Les médias transforment « pas débordés », c’est-à-dire absence de nocivité, en « pas de surcharge », comme si une langue supplémentaire au primaire n’était pas une surcharge ! (voire deux en Suisse)

L’étude d’une deuxième langue semble avoir favorisé l’étude d’une troisième, évaluée un an après ; l’hypothèse est émise que ce serait valable quel que soit l’ordre d’introduction.

Sur un plan plus général : l’apprentissage précoce des langues n’est pas une question pédagogique mais politique.

Il est soutenu par toutes les boîtes privées du business des langues, car c’est potentiellement un énorme marché !

On veut imposer l’apprentissage précoce de l’anglais dans toute l’UE – dans le fol espoir de faire de tous nos enfants des native english or same level !

Qui a lu un seul article sur l’apprentissage précoce de l’italien, du suédois, de l’espagnol ou du grec ancien ?

La diversité des langues à l’école est en chute libre : « (...) et la palette des langues enseignées se restreint. » rapport Legendre 2003

Des observations de simple bon sens sont mises de côté :


— On peut arriver à un excellent niveau dans une langue étrangère en la commençant à douze ans, comme on peut oublier les bases déjà apprises si l’on interrompt son apprentissage.


— On peut même oublier sa langue natale – cas des enfants adoptés, par volonté de s’adapter, et rejet inconscient du passé.

La problématique de l’apprentissage précoce est née de situations particulières : les pays à plusieurs langues officielles doivent résoudre des contraintes logistiques et politiques, les familles bilingues sont dans une situation et ont une motivation (éventuelle) qui ne peuvent être étendues à tous les enfants, à quoi s’ajoute la construction européenne dont la parole officielle fait croire que l’apprentissage précoce « des » langues résoudra l’incommunicabilité... On a érigé ces cas particuliers en dogme dans des pays où la question ne se posait pas, où le besoin n’était pas ressenti !

Pour faire bon poids, on répète ad nauseam l’échec de l’enseignement des langues en France. Or, il n’y a ni échec, ni problème, ni désastre des langues en France ! Les profs de langues doivent cesser de culpabiliser et d’accepter en silence de tels mensonges.

Ou alors, si désastre il y a, il est partout dans le monde, à commencer par les pays anglophones, de loin les plus mauvais en langues étrangères ! Etudier une langue étrangère est un immense travail, long, difficile et vite oublié, ingrat, et l’école ne peut être que le lieu d’une initiation plus ou moins poussée (B1 dans le meilleur des cas, sans soutien extrascolaire ni séjours), et c’est tout à fait normal.

Le malentendu (sciemment entretenu...) vient de la comparaison avec les pays nordiques qui étudient l’anglais depuis le berceau et sont allés jusqu’à le préférer à leur propre langue à l’université ! Évidemment, nos lycéens sont plus faibles en anglais que ces lycéens-là, mais veut-on pour le français le même avenir fatal à moyen terme qui est promis au suédois ? Soyons clairs : ce n’est pas un malentendu mais de la manipulation.
 
L’école primaire est le lieu de la découverte, de l’initiation à la diversité, pas celui de la spécialisation dans une langue étrangère, fût-elle l’anglais. (Comme on le fait en musique ou en sport.)

Les rares études disponibles ne montrent que des résultats limités, ponctuels ou à très court terme (alors qu’il s’agit de 18 ans de développement mental), peu signifiants, difficiles à interpréter, dont les médias et les chantres de l’anglais précoce s’emparent immédiatement pour leur faire dire infiniment plus – en général que ça rend les enfants plus intelligents !
Alors que ça a surtout prouvé que ça ne les rendait pas plus bêtes ! « Pas débordés » ce qu’il fallait effectivement vérifier...

On ne sait pas si ça les rend plus intelligents, ni si ça améliore les résultats scolaires des autres matières, ou si ça les rend plus heureux. En fait, on ne sait pas grand chose !

Enfin, rappelons que l’apprentissage précoce de l’anglais consiste à introduire auprès d’enfants qui peinent déjà avec le français une langue très difficile sur le plan phonétique, au point que les pays anglophones ont un taux de dyslexie nettement plus élevé que l’Italie, dont la langue est largement plus régulière.
(La croix)
(Time)

L’apprentissage précoce de l’anglais est une absurdité pédagogique qui repose sur des dogmes et des bases expérimentales plus que fragiles. Nos enfants sont des cobayes à qui on veut injecter l’anglais dès la maternelle ! Principalement à cause de l’UE dont les principales forces politiques et économiques soutiennent l’anglais comme langue véhiculaire commune, sans vouloir discuter ni tester les autres possibilités.

La seule chose réellement prouvée est une plus grande aptitude musicale des enfants, et pour profiter de ces capacités appliquées aux langues étrangères, il suffit de faire de 8 à 10 ans une initiation linguistique à la diversité des langues, des alphabets et des sons (phonèmes), puis de faire choisir en 6e et 5e une ou deux langues étrangères, mais un vrai choix parmi de nombreuses langues, grâce à une complémentarité école-privé-associations-familles.

Libérez les enfants, libérez les langues ! Trop simple – ou pas assez anglophone ?
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:48

Autant de nouvelles que vous ne verrez probablement pas dans les médias habituels.



1. La méthode Assimil en format de poche vient de sortir une version espéranto, que je trouve très réussie.

(par Texier et Triolle)
Elle suit le canevas de la collection et les critères définis par les fondateurs. Très pratique : une partie grammaire, une partie conversation avec des phrases courantes classées par thème, et enfin un index du vocabulaire employé.

Chaque phrase est à la fois traduite en français et rendue en transcription phonétique pour savoir comment la prononcer.

Compte tenu de la simplicité et de la régularité de l’Eo, les explications paraissent forcément claires, pourtant tous les manuels d’initiation ne se ressemblent pas, et les notions de grammaire ne sont pas si simples à donner en faisant le lien avec celles du français, tout en restant succint.

Je précise que je n’ai aucun conflit d’intérêt, aucun intérêt dans la collection, je n’ai même jamais rencontré les auteurs.

2. Une info européenne, probablement inédite dans toute la France : la ville de Písek, en Tchéquie, a ajouté l’espéranto aux quatre versions linguistiques de son site Internet, au côté du français (comme l’a fait Montpellier)

Pas mal pour une langue que d’aucuns prennent pour un code, que d’autres croient en gestation, et que d’autres encore considèrent comme un projet mort-né.

Quand l’UE aura une indigestion d’anglais, il faut savoir qu’il y aura toujours en réserve une des créations humaines les plus sous-estimées...

Et si l’UE préfère suivre le fric et la force plutôt que la raison, elle passera à côté d’un rôle historique : être l’initiateur d’un large développement de la langue internationale, rôle que s’attribuera peut-être un des géants de l’Asie – à l’exclusion de l’Inde, pas encore complètement remise de la colonisation.

2. Aux élections européennes, les partis EDE (Europe-Démocratie-Espéranto) qui se sont créés en France et en Allemagne
(car il était impossible pour un même organisme de se présenter dans plusieurs pays différents) ont obtenu respectivement environ 30.000 et 12.000 voix.

En Allemagne (0,045%), il aurait fallu obtenir 0,5% pour bénéficier recevoir des subventions de l’État.

En France, ce résultat représente 0,21%, et a frôlé les 1% en Nouvelle-Calédonie.

A noter que le parti EDE a dû financer lui-même l’impression des bulletins de vote. Cette méthode, qui gêne la présence de petits partis, est défavorable à l’expression de la diversité.
Il serait grandement préférable que nous votions sur un seul et même bulletin, sur lequel serait représentés tous les candidats - il suffirait alors de cocher la case choisie.
(Je crois que c’est ainsi en Allemagne, à vérifier)

A noter que ce nombre ne représente pas le nombre total d’espérantophones ou de militants, mais uniquement ceux qui jugent fondamentale la question de la communication entre Européens, qui pensent que l’espéranto est une des meilleures solutions possibles. D’autres sympathisants ont pu préférer voter « utile », comme on dit, c’est-à-dire pour des partis certains ou susceptibles d’avoir des députés européens. D’autres encore ont pu s’abstenir.

Certains espérantistes pensent que l’espéranto doit se développer de façon citoyenne et mondialement, sans rien attendre des politiques, et donc rien de l’UE.
 
Mais, quoi qu’il en soit, il nous semble positif que les médias aient enfin parlé de l’espéranto comme langue véhiculaire possible de l’UE, et la candidature EDE a donné une certaine visibilité médiatique à la question, entre autres par la vidéo de la campagne électorale, que j’ai trouvée assez réussie, compte tenu des moyens limités du parti EDE.

Espérons que les journaux cesseront de s’autocensurer sur la question de la communication et de l’anglicisation de l’UE.

(Source : le média en ligne espérantophone Libera folio)


En espérant que ces quelques infos vous auront intéressé. Personnellement, je pense qu’Agoravox est très adapté aux débats citoyens sur tel ou tel thème, lancés par un article, mais aussi à la production d’infos de moindre importance que celles qui font les titres de nos journaux, du moment qu’elles sont originales ou méconnues, en visant la complémentarité avec les articles des journalistes professionnels en ligne plutôt que des doublons.
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:47

Durant l’émission « On va s’gêner », les animateurs ont appelé la permanence de l’association Espéranto France, afin d’en savoir plus sur cette langue que le mouvement EDE (Europe-démocratie-espéranto) propose aux élections européennes.

1. Félicitons-les, en tâchant de compléter leurs informations.
 
Le passage concerné se situe au chrono 48.45 (cliquer sur réécouter).

Laurent Ruquier a bien mené la barque, moqueur mais poli.

Par contre, comme en 2006, Pierre Benichou s’est fâcheusement distingué en disant que c’était la chose la plus bête du monde...

C’est le principe de l’émission : des sujets brefs, des réparties rapides mais pas toujours fines - qu’il nous soit donc permis de lui renvoyer la balle... et de nous demander, moins affirmativement que lui : ne serait-il pas l’ex-journaliste le plus bête du monde ? Soyons honnête, nous l’ignorons !

Il a expliqué que c’était idiot puisqu’il fallait apprendre un peu d’italien, un peu d’allemand, un peu d’anglais, etc., donc « le drame » serait que, loin de simplifier la vie des Européens, cela ne ferait que la compliquer !

A moins qu’il ne confonde avec l’europanto – un sabir et un jeu des traducteurs du Parlement européen qui ne peut s’enseigner, - on voit qu’il n’a pas mis à profit les deux ou trois ans écoulés pour se renseigner un minimum, depuis ses précédentes critiques dans la même émission.

Nous sommes donc ravis de lui apprendre que le français est lui aussi fait de bric et de broc, que les mots coach, merguez, football, spaghetti, impresario, algèbre, alchimie, taboulé, toubib, schuss, ersatz, épilogue, aphone ne sont pas nés dans la France profonde, mais en Angleterre ou aux USA, en Afrique du nord, Italie, Allemagne et Grèce.

Que si les racines de l’Eo ont effectivement été choisies pour leur fréquence dans diverses langues très répandues à l’époque de Zamenhof, la structure de l’espéranto forme un tout homogène, et que le but principal était de construire une langue de communication internationale très régulière, et, partant, largement plus facile à apprendre.

Selon le même, cette langue « a fait long feu » alors que tous les journaux régionaux témoignent maintenant de l’activité des clubs locaux, loin du parisianisme hautain... Ils ont été accueillis au téléphone par la permanente, qui, à leur demande, leur a parlé tantôt en espéranto, tantôt en français.

Ils ont donc eu confirmation qu’il existait des locuteurs de l’espéranto (pour ça, on peut aussi contacter l’association la plus proche ou écouter la radio La ondo de esperanto
(les premières secondes sont en russe).

Par contre, la permanente d’Espéranto France, francophone polyglotte d’origine arménienne, n’a pas eu confirmation de la politesse française, puisque l’un des animateurs lui a fait remarquer « vous ne parlez même pas le français correctement ».

Apparemment, ce malotru n’avait pas suffisamment d’oreille pour déceler son accent étranger, à moins qu’il ne confonde humour et grossièreté, mais je préfère pencher pour la première hypothèse.

Ruquier fit justement remarquer que la fourchette de locuteurs, de 100.00 à 2 millions, était large. Mais, de même, on ne sait pas réellement combien il existe de locuteurs d’anglais non-natifs, faute de pouvoir définir ce que ça veut dire, quel niveau ? Quelle pratique réelle ?

Quelqu’un demanda « Ca vous sert à quoi cette langue à part à vous faire remarquer ? »

L’actualité nous en fournit une réponse potentielle.

2. Presseurop, une sélection de la presse étrangère, traduite en dix langues, vient d’être lancé sur Internet.

Mené par une équipe de Courrier international, soutenu (mais non dirigé) par l’UE, cette excellente initiative devrait s’élargir à 23 langues d’ici cinq ans, le but étant, comme le dit la dépêche de l’AFP, de « faciliter l’émergence d’une sphère publique européenne et à améliorer le débat démocratique sur l’UE. »

C’est une excellente initiative - il manque d’ailleurs une télévision réellement européenne ou des échanges d’émissions doublées ou sous-titrées, - mais il faut remarquer que c’est toujours à sens unique, des journalistes aux citoyens Européens en passant par la case traduction.

Ce n’est en aucun cas un forum européen, ni l’émergence d’une opinion publique, ou d’un café du commerce : les Européens ne disposent pas d’une langue véhiculaire commune, sinon parfois l’anglais de façon injuste et officieuse (ceci expliquant cela), le plus souvent médiocre.

L’espéranto se propose comme langue véhiculaire commune aux Européens, seconde ou troisième langue, grâce à sa vitesse d’apprentissage, sans commune mesure avec l’anglais, le français ou l’allemand, donc accessible au plus grand nombre à un niveau utile.

Voilà brièvement quelle peut être l’utilité de l’espéranto, pour répondre à la saillie d’un des animateurs de Ruquier « à quoi ça sert ? ».

Ainsi, la présence aux élections européennes d’une liste en faveur de l’espéranto comme langue véhiculaire seconde de l’UE aura au moins permis à la bande à Ruquier d’apprendre plein de choses, dont comment dire « je t’aime » en Eo (mi amas vin), ou « au revoir » : ĝis revido (prononcer "djis révIdo"), mot à mot « jusqu’au re-vision ».
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:46

Les matchs entre la Scientologie et l’État français se suivent et se ressemblent : l’État prend une claque à chaque rencontre !



Malgré la pudeur des télévisions à ce sujet et la timidité des députés, dont une poignée seulement a demandé une commission d’enquête, on sait que la Scientologie vient de marquer un superbe point lorsque l’Assemblée nationale lui a évité par avance la dissolution !
Celle-ci avait été requise par le procureur (jugement le 27 octobre prochain), mais cette possibilité a maintenant disparu - et ce, même si la présumée « erreur collective » des députés était corrigée au plus vite - faute de rétroactivité.
(« Non rétroactivité de la loi pénale plus sévère, on ne pourrait l’appliquer à l’affaire qui a été jugée. » selon le blog de Maître Eolas.)

Reprenons un peu l’historique des rencontres équipe de France-Sciento

1983 : première plainte.
Les policiers-enquêteurs trouvent le dossier solide, voire accablant, et recommandent la mise en accusation : la Scientologie est en difficulté, l’issue du match est incertaine à la mi-temps.
Mais la juge alors en charge favorise les négociations entre plaignants et Scientologie. On soupçonne des transactions financières occultes, et, comme on dit dans le foot, à quoi ça sert d’avoir plein de blé si on peut pas s’en servir ?
Plusieurs plaignants retirent leur plainte : la première manche est pour la Sciento ! 1-0.

« Reprenons le fil. Nous sommes en 1998 à Paris. Nicolay Fakiroff, avocat d’une des victimes de la secte, s’inquiète de l’inertie du dossier auprès du juge d’instruction, Marie-Paule Moracchini. Quinze ans se sont déjà écoulés depuis la première plainte » (Bakchich.info, article rapporté par le site prévensectes)

Bref, on joue les prolongations : le match s’éternise, les spectateurs s’ennuient.

Quand soudain survient un incroyable retournement de situation : on s’aperçoit qu’un tome et demi du dossier a disparu du palais de justice !

On reconnaît les sportifs d’exception à leur capacité à se surpasser dans les grandes occasions ! L’équipe de France est sonnée par ce corner venu d’on ne sait où.

« Stupeur : à la faveur des diligences de l’avocat, on constate qu’une partie du dossier d’instruction a disparu. Un tome et demi s’est volatilisé, peut-être dans le cabinet du juge, peut-être dans les couloirs du Palais de justice de Paris. Qu’à cela ne tienne, il y a certainement des copies. Non ! Contrairement à la règle et à l’usage, Marie-Paule Moracchini n’a pas photocopié les pièces. Gênant, très gênant. »
(Bakchich.info)

La Scientologie a-t-elle marqué un joli but, ou un membre de l’équipe de France a-t-il marqué contre son camp ? On ne le saura jamais, car l’enquête n’aboutira pas, le ou les coupables n’ont jamais été identifiés.
Qu’ils soient ou non à l’origine de ce coup fumant, ne soyons pas mesquins : comptons une manche pour la Scientologie : 2-0

S’ensuit un embrouillamini, une succession de juges en charge du dossier, des rencontres incertaines dans les bureaux feutrés de la Justice, où aucun des adversaires ne prend le dessus. Le match s’enlise à nouveau.

Mais en marge des prétoires, la Scientologie marque un joli but : Tom Cruise est reçu par N.Sarkozy en août 2004, puis passe à TF1 au 20 heures ! Le score s’aggrave : 3-0

Ceci dit, il faut relativiser cette victoire : de très nombreux dictateurs ont eu les honneurs de la France, aussi bien à l’Elysée qu’au défilé du 14 juillet, et encore récemment la Patrouille de France a été envoyée faire son spectacle devant le colonel Kadhafi, dans l’espoir d’avoir du gaz bon marché, et de vendre – enfin – quelques rafales. Les infirmières bulgares ? Quelles infirmières ? Elles sont libres, non ?
Tom Cruise et la Sciento, au moins, n’ont pas de sang sur les mains (encore qu’en lisant "prévensectes", on s’interroge...), seulement des dollars, des francs, des marks et des euros – en fait, ils acceptent toutes les monnaies...

Le match se traîne à nouveau, dans l’indifférence quasi-générale, jusqu’en Octobre 2007 où on siffle la fin de la partie : non-lieu ! La Sciento emporte le match par 4 manches à 0.

« Qui a dit que la scientologie ne réalisait pas de miracles ? Au terme de 25 années d’instruction – oui, vous avez bien lu, un quart de siècle, ce qui en fait la plus longue instruction de l’histoire judiciaire française ! - une vingtaine de membres de la secte, poursuivis pour « escroquerie et exercice illégal de la médecine » ont bénéficié, en octobre 2007, d’une très discrète ordonnance de non-lieu rendue par un juge parisien. »
Bakchich.info sur prevensectes

25 ans de procédure ! Un record de France, ça mérite bien qu’on leur accorde un point bonus : 5-0.
Vous croyez qu’ils allaient sortir le champagne et fêter la victoire comme le premier sportif venu ? C’était mal les connaître : ils ont illico contre-attaqué !

Quand on a vraiment l’esprit sportif, on n’hésite pas à saluer les qualités de l’adversaire. Reconnaissons donc l’exceptionnelle combativité de la Scientologie et la pugnacité de ses attaquants qui savent pousser la France dans ses retranchements et la forcer à jouer en défense :

« Les scientologues entreprennent, eux aussi, de poursuivre l’Etat pour « faute lourde ». Les dysfonctionnements de la justice ont empêché qu’ils soient jugés dans un délai raisonnable, plaident leurs avocats. La justice va se montrer plus généreuse avec la secte qu’avec ses victimes : en 2005, l’Etat est condamné à verser 109 400 euros aux scientologues poursuivis. »
(Bakchich même article)
 
L’équipe de France doit dédommager ses adversaires ! Très fort : 6-0 !

Et aujourd’hui, en septembre 2009, l’Assemblée nationale sauve par avance la Scientologie d’une éventuelle dissolution, superbe but dans la lucarne : 7-0. Mais tiré par quel buteur ?
Résumé des faits par Le Monde.

Il n’y aura semble-t-il pas de commission d’enquête parlementaire, pas même une petite « enquêtouille » : les députés ont parlé d’une « erreur collective ».
L’écriture collective, ce n’est pas facile : avez-vous déjà essayé de tenir un stylo à huit ou dix ?

« En réalité, c’est une des petites mains du Gouvernement qui a rédigé cette proposition avant qu’elle ne soit transmise à Jean-Luc Warsmann, qui a joué les idiots utiles. Il m’est impossible de l’identifier. » (Maître Eolas)

Il y a bien quelques journaux et quelques personnalités qui s’interrogent :
« La Scientologie a-t-elle infiltré la Chancellerie ? » (Nouvel obs)

« Après le tollé, la controverse. L’article 124 de la loi "de simplification et de clarification du droit", adoptée le 12 mai par les députés, provoque une polémique entre la commission des lois de l’Assemblé nationale et la chancellerie.
Qui, des députés ou des juristes du ministère de la justice, a supprimé la disposition numéro 1 de l’article 131-39 qui consacre la dissolution de la personne morale condamnée pour escroquerie, permettant ainsi à l’Eglise de scientologie d’échapper à une peine qui l’aurait définitivement contraint de cesser ses activités en France ? Qui a tenu la plume ? »
(Nouvel obs)

Celui ou celle qui a rédigé cet article a-t-il été influencé (terme pudique, quasi-poétique pour une éventuelle infiltration de la Scientologie dans les plus hautes sphères du pouvoir), a-t-il agi sur la suggestion d’une plus haute autorité ? On ne le saura pas. C’est une démocratie, pas le temple de la vertu et de la transparence !

Vous aurez remarqué le « progrès », je reprends car c’est assez frappant :
1998, scandale, enquête : l’enquête n’aboutit pas.
2009, scandale : pas d’enquête !

Encore bravo, on peut accorder un point bonus à la Scientologie pour ce remarquable progrès dont bien des délinquants voudraient profiter. 8-0

Selon un récent article du Monde en ligne, "Pour le Syndicat de la magistrature, au-delà du sort judiciaire réservée à la Scientologie, cette affaire révèle "les conditions déplorables dans lesquelles on fabrique du droit en France".

Les plus rationalistes expliquent que la Scientologie a bénéficié de la dépénalisation du droit des affaires qui se camoufle derrière une prétendue simplification du droit.

Mais pas du tout : cette affaire révèle la chance surnaturelle de la Scientologie, son destin béni des Dieux.

Pour tout dire, entre la France historiquement catholique et protestante, quoique laïque, avec son Dieu fatigué qui peine à remplir ses églises faute de miracles, et la Scientologie dont la puissance tutélaire affiche une forme divine, je m’interroge... Je ne suis pas loin de penser que c’est une vraie religion, protégée par un Dieu doté de pouvoirs bien supérieurs !

D’ailleurs, l’article litigieux nous est arrivé directement du ciel, on le comprend bien à la lecture de cette analyse du Monde :

« "L’alimentation de ces textes provient de plusieurs sources. Un spécialiste du droit pénal a dû rédiger cette partie du texte", estime M. Blanc. Qui est ce spécialiste ? Un magistrat ou un juriste de la chancellerie ? Un administrateur de la commission des lois ? Le rapporteur ne le sait pas, pas plus que la chancellerie. "Ce n’est pas quelqu’un de chez nous. Cette partie du texte nous est arrivée comme ça et n’a jamais donné lieu à la moindre remarque", assure-t-on à la direction générale des affaires criminelles et des grâces, un service de la chancellerie. »

Un consensus semble s’établir sur le fait que cet article s’est écrit tout seul !
Lourdes n’a qu’à bien se tenir, les miracles ont maintenant lieu à Paris, c’est quand même plus moderne qu’une vieille grotte dans une montagne perdue.

Cette insolente succession de victoires et de miracles commence à m’inquiéter. La France n’est pourtant pas la première démocratie venue : pays des droits de l’homme, des Lumières, puissance nucléaire, siège permanent à l’ONU, alors que la Scientologie n’a qu’un gros yacht en guise de porte-avion.
 Le Dieu de l’argent serait-il plus fort que le nôtre ? C’est vrai que la France laïque entretient des rapports difficiles avec les dieux en général : nous auraient-ils lâchés ?

Réponse le 27 octobre lors de la prochaine rencontre, jour du jugement dernier : on verra bien de quel côté est le vrai Dieu !


Nota : si vous voulez une analyse juridique fine de cette incroyable bavure de nos députés, délectez-vous avec le blog de Maître Eolas, fort clair même pour des non-juristes.

Entre autres choses, on y comprend qu’il y a trop de lois, trop vite et trop mal rédigées, que la plupart des propositions de loi soi-disant issues de nos députés proviennent du gouvernement, que les députés ne lisent pas les lois qu’ils votent, que les magistrats ne lisent pas le Journal officiel, dont la version électronique met plusieurs semaines à paraître, raison pour laquelle une peine devenue illégale a pu être requise sans que les avocats de la Scientologie – pourtant pas des manchots – s’en soient aperçus ! Et c’est la MIVILUDES tant décriée par la Scientologie, qui a révélé l’affaire ! Ce serait drôle si ce n’était pas triste.

« Là, je trouve Jean-Luc Warsmann gonflé, et je pèse mes mots.
Non seulement il n’assume pas sa responsabilité bien qu’il affirme le contraire puisque pour lui, c’est une responsabilité collective (et quand c’est la faute à tout le monde, c’est la faute à personne), mais en plus, il se scandalise que le parquet ne réalise pas immédiatement ce que lui même ne réalisera que quand la MIVILUDES sortira l’affaire. »

Et dans son précédent billet, cet avertissement bienvenu à notre démocratie :

« (...) une anecdote peut-être pas si anecdotique que ça vient opportunément attirer l’attention sur le danger de ces lois fourre-tout, passées par proposition de loi donc sans examen par le Conseil d’État (la proposition Warsmann 3 sera bien soumise au Conseil d’État, grâce à la réforme Constitutionnelle de juillet 2008). On en arrive à faire voter n’importe quoi au législateur sans que celui-ci ait la moindre idée de ce qu’il vote.
Démonstration. Qui peut faire frémir car elle touche au droit pénal. »

« Au-delà de ce que cette affaire peut éventuellement révéler de la capacité d’influence de cette organisation religieuse, elle met en lumière un véritable danger pour la démocratie créé par l’inflation législative, voire la diarrhée législative selon le mot d’un professeur de droit (quelqu’un sait de qui est cette délicate expression qui a fait florès ?). Les parlementaires n’exercent plus aucun contrôle des textes qui passent devant eux et votent à l’aveugle. Il suffit d’une main bien placée pour faire passer des textes opportuns sans que quiconque ne réagisse. »
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:45

Qui joue peut-être son avenir en France, malgré la complaisance et les soutiens officieux dont elle semble avoir régulièrement bénéficié.

N’ayant aucune info particulière, je vous propose un petit tour d’horizon de la question.


Le procès de la Scientologie s’est ouvert ce lundi 25 à Paris, et, cette fois-ci, ce ne sont pas quelques personnes isolées qui sont poursuivies, mais la Scientologie en tant que personne morale.
Sa condamnation pour escroquerie en bande organisée pourrait entraîner sa dissolution, comme l’explique Le Monde en ligne  :

« Ce procès en correctionnelle aura lieu jusqu’au 17 juin. Les personnes physiques encourent jusqu’à dix ans de prison et 1 million d’euros d’amende, les personnes morales une amende cinq fois supérieure et l’interdiction d’activité, ce qui aboutirait à la dissolution du groupement en France. L’enjeu est donc crucial pour ce mouvement fondé aux Etats-Unis dans les années 50 par l’écrivain de science-fiction Ron Hubbard, qui revendique aujourd’hui des millions d’adeptes dans le monde. »

L’ordre des pharmaciens est également un des plaignants, car la Scientologie est aussi poursuivie pour usage illégal de la pharmacie

Son statut diffère selon les pays : religion, association, société commerciale ou secte.
Elle est considérée comme une secte ou une association dangereuse en Allemagne, Italie, France, Belgique, Autriche, Russie, alors qu’elle a au contraire obtenu en 2007 au Portugal un statut de religion, et que la Suède lui donne même le droit de célébrer des mariages, selon la revue Fédération française des psychologues et de psychologie.
L’harmonisation européenne s’annonce difficile !

Richissime, (non imposable aux USA en tant que religion...), la Scientologie s’est offert les services de ténors du barreau ; en outre, plusieurs plaignants se sont rétractés après arrangements financiers… Même tactique que celle utilisée par les églises aux USA après les multiples scandales de leurs prêtres pédophiles et les évêques qui les couvrent : l’argent, c’est fait pour servir !

L’avis de Jean-Michel Roulet, l’ancien président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), sur le site Prévensectes

« - En France comme dans les autres pays, la scientologie essaie, par tous les moyens, d’éviter le scandale. On le constate en particulier par le nombre de personnes qui se désistent après avoir porté plainte. La scientologie n’hésite pas à les payer, c’est-à-dire à perdre tout ce qu’elle a gagné, pour ne pas avoir de plaignants. Parce que son objectif aujourd’hui est d’être respectable, elle cherche donc à éviter les condamnations judiciaires pour amorcer un processus de reconnaissance. […] »

« Il n’y a pas en France de législation d’exception sur les sectes. Il existe des textes pour protéger les victimes, mais aucun texte répressif pour s’attaquer aux sectes précisément. Cette situation profite à la scientologie. Toutes les lois visées dans les procédures la concernant relèvent donc du droit commun. Ce sont des soupçons d’escroquerie, d’exercice illégal de la médecine, d’infractions à la législation du travail… Sur cette base, la scientologie, se présentant toujours comme une religion, s’efforce de faire croire que les procédures pénales qui la touchent s’apparentent à de la discrimination religieuse. »

Un riche document sur You Tube, passé sur Canal plus, instructif, où l’on voit Tom Cruise reçu par N.Sarkozy en 2004, puis passant à TF1 au 20 heures, où l’on voit comment N.Sarkozy n’a pas d’avis arrêté sur la Scientologie (alors qu’il a été ministre de l’intérieur), et comment un policier de la section sectes des renseignements généraux, auteur d’une thèse sur la Scientologie, a été muté pour qu’il n’enquête plus sur les sectes. Et depuis, selon la porte-parole de la Scientologie, ils ne trouvent plus porte close au ministère de l’intérieur...

Un article de Libé en ligne
Europe 1
Comme on pouvait s’y attendre, c’est sur les sites des adversaires déclarés de la Scientologie que l’on trouve les choses les plus étonnantes :
Le site Prevensectes a fait une formidable compilation d’articles de différents journaux français et étrangers, sur des faits et des comportements trop vite oubliés de la Scientologie, et dont l’accumulation donne le vertige.
 
clos après 25 ans d’instruction ! 25, record de France… Un tome entier de documents disparus du palais de justice ! Autre record…

« Stupeur : à la faveur des diligences de l’avocat, on constate qu’une partie du dossier d’instruction a disparu. Un tome et demi s’est volatilisé, peut-être dans le cabinet du juge, peut-être dans les couloirs du Palais de justice de Paris. Qu’à cela ne tienne, il y a certainement des copies. Non !
Contrairement à la règle et à l’usage, Marie-Paule Moracchini n’a pas photocopié les pièces. Gênant, très gênant. »

Le comportement de la magistrature devant la Scientologie défie l’entendement du citoyen de base.
Encore récemment, le parquet a requis le non-lieu général. Or, le parquet, c’est le gouvernement…

D’autant que les éléments matériels semblent accablants et le délit constitué depuis longtemps : 500% de bénéfices à la vente d’un électromètre censé permettre une évaluation émotionelle du sujet testé, prétention unanimement contesté par tous les experts scientifiques, un appareil de 800€ maxi vendu jusqu’à 5000€ ! Sans compter les innombrables livres et stages que les nouveaux adeptes sont très, très vivement encouragés à acheter...

« Un autre exemple, lui aussi connu et significatif, est offert par la Scientologie, qui affirme sa mission d’église et prétend à un état d’esprit pseudo-scientifique. Tout le monde connaît la « machine » destinée au progrés mental des adeptes. L’aiguille du cadran sert de boussole psychique aux scientologues lorsqu’ils sont « audités » : celle-ci indique les changements censés survenir en eux-mêmes lors de l’exercice. » (Rapport Vivien, 1983)

Une page qui intéressera plus particulièrement les lecteurs d’Agora vox, la Scientologie et Internet

Sur le site Antiscientiologie, le témoignage (France-culture) d’une ancienne adepte qui y a passé 20 ans, détaillé, posé, parfois émouvant, et surtout édifiant.

Pour savoir jusqu’où peut aller la scientologie, quelles méthodes elle peut utiliser - très inquiétant. Tout cela paraît incroyable, pourtant le psychiatre Abgrall qui a beaucoup oeuvré contre la Scientologie avant de passer la main devant les incohérences gouvernementales, a lui aussi été victime de ces manœuvres d’intimidation et de ces menaces.

Qu’attend la France pour interdire enfin, comme l’a fait l’Allemagne, cette secte qui a ruiné des tas de gens et use de méthodes d’intimidation et de harcèlement plus que douteuses ?

Déjà le rapport Vivien, alors député-Vice président de l’Assemblée nationale, dénonçait en 1983 la rapacité de la Scientologie qui ruinait et endettait ses victimes :
« Cette secte n’avoue pas de but explicitement religieux. Elle préfére proposer des techniques d’épanouissement mental. A quel prix ?
Des pressions morales sont exercées sur l’adepte (pressions qui expliquent en partie la difficulté de quitter le groupe), comme le démontre le contrat de travail, article IV, § 2
« Dans le cas oú M., Mme, Mlle... romprait son contrat, il/elle sera tenu de rembourser l’Eglise pour toute la formation reçue dans le cadre de ce contrat ». (tarifs pouvant atteindre 52 000 F, en 1981, pour un seul cours), ainsi que l’article VI : « Le présent contrat est prévu pour une durée de cinq ans. Il ne pourra prendre fin qu’en cas de faute grave ou de force majeure » (1).
(...)Le prosélytisme de l’Eglise de scientologie n’hésite pas devant les tactiques d’infiltration »
(Nota : en milieu scolaire et dans les médias)

Un rapport de la MILS (ancêtre de la Miviludes), recommandait déjà sa dissolution.

« Au contraire, en 1995, un rapport d’enquête parlementaire qualifie la scientologie de « secte ». Quatre ans plus tard, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mils) la classe également comme secte « absolue » et recommandait même sa dissolution. »
http://www.francesoir.fr/faits-dive...
L’Express aussi a relaté en 2000 les avis contradictoires sur cette dissolution :
http://www.lexpress.fr/informations...
« Last but not least », la Scientologie semble devoir plein de pognon à l’Etat français :
« Il serait temps, enfin, que l’Etat ne ferme plus les yeux sur une dette de 48 millions de francs envers le fisc et l’Urssaf impayée par la secte depuis 1995. »

L’influence du lobbying étatsunien en faveur de la Scientologie est bien explicité dans cet entretien du Nouvel obs avec le politologue Paul Ariès, ainsi que l’aspect hautement matérialiste de cette prétendue religion :

« Le Nouvel Observateur. - Les sectes, « un non-problème en France » ? Que vous inspirent ces propos tenus - en partie démentis - par Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président ?
Paul Ariès. - Ce discours est révoltant parce que les sectes ne sont pas un phénomène marginal : elles sont à la fois des entreprises à fragiliser les individus et une machine de guerre contre les valeurs de la République. Elles sont liées, du reste, à la mondialisation, qui se réalise sous égide américaine. Avec l’effondrement des forces progressistes, les Etats-Unis recommencent à exporter leurs sectes dans le cadre d’une « guerre des dieux » qui risque bien d’être un événement majeur du XXIè siècle. La position du gouvernement français s’inscrit ainsi dans la logique d’importation de cette révolution conservatrice mondiale, symbolisée par la victoire électorale de Nicolas Sarkozy. »
« (...) mais justement parce qu’elle colle au pire de la modernité quand elle considère l’homme comme une marchandise et affirme que le salut serait à vendre [jusqu’à 400 000 euros pour un « chemin de vie », NDLR]. Sous prétexte de « libérer » l’homme de ses faiblesses, elle profane l’humain et sacralise en retour l’argent, la technique, le marché. La « technologie du bonheur » qu’elle propose, la « dianétique », destinée à rendre puissant, débouche en fait sur une déshumanisation, une remise en question du sentiment d’individualité, et au final sur la soumission au groupe. »

L’entretien se conclut en disant que la parole est désormais au citoyen. Pas faux : chacun est libre de boycotter tout film de Tom Cruise, et de juger ces jours-ci le comportement de la magistrature (25 ans pour le procès précédent, et un gros dossier « égaré »), et celui du gouvernement à l’issue de ce procès contre la Scientologie.

Chose curieuse, si la scientologie semble avoir de nombreux soutiens, ils se cachent tous !
Ce serait pourtant intéressant de savoir qui ose défendre un groupe qui fait signer des contrats d’un milliard d’années..., preuve inénarrable de leur côté délirant, inquiétant, d’un groupe qui a du monde une vision totalitaire, où les opposants et les critiques sont des « suppresseurs »… bonjour la vie démocratique.

Ah si, parfois un ou une courageuse se dévoile, plus ou moins involontairement : il est bon de rappeler la polémique de février 2008 :

« Les sectes "sont un non-problème" en France, affirme Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président Nicolas Sarkozy, dans un entretien publié mercredi dans l’hebdomadaire VSD. Et encore : "Quant à la Scientologie, "je ne les connais pas, mais on peut s’interroger. Ou bien c’est une dangereuse organisation et on l’interdit, ou alors ils ne représentent pas de menace particulière pour l’ordre public et ils ont le droit d’exister en paix".
Ces mots ont aussitôt été démentis par un communiqué de l’Elysée : "Je n’ai jamais tenu les propos qui me sont prêtés par l’hebdomadaire VSD", assure Emmanuelle Mignon. »
L’Exress en ligne
L’Express papier de la semaine dernière a d’ailleurs fait un gros dossier sur la Scientologie.

Selon un article de Bakchich.info de février 2008, le gouvernement cherche à mettre fin à la Miviludes. Peut-être, selon d’autres articles, en la fusionnant au sein d’une entité de surveillance des droits en tout genre (la Halde, etc.), la justice étant chargée d’intervenir au coup par coup, lorsqu’un délit est constitué, abandonnant plus ou moins toute idée de surveillance et de prévention.

Rappelons que tout récemment, l’UE a envoyé des enquêteurs auditionner la Miviludes elle-même ( !) pour savoir si son action ne portait pas atteinte aux libertés de pensée (signalé par le Canard enchaîné)

Malgré toutes ces pressions et incertitudes sur son avenir, la Miviludes est toujours là, et a récemment fait de nouvelles propositions.
Car il faut savoir que les sectes ne sont pas définies dans la loi française ; la Miviludes ne se préoccupe donc que de dérives sectaires - définies par une liste de critères, comme ceux de l’Assemblée nationale, où figurent en bonne place les exigences financières ahurissantes et la rupture d’avec le milieu d’origine, ce qui va de pair avec la soumission mentale.

M. Georges Fenech, nouveau président de la Miviludes, préconise dans un rapport de septembre 2008 l’évolution vers un statut législatif de cet organisme chargé d’observer et d’analyser le phénomène des mouvements à caractère sectaire.

Il propose également d’"intégrer un module sur les +dérives sectaires+ dans l’enseignement de la psychiatrie légale".

Il souhaite aussi "favoriser la création d’un observatoire européen sur les dérives sectaires et l’harmonisation des jurisprudences des Etats membres".

Selon 20 Minutes , il souhaite aussi la publication évolutive des mouvements sectaires :
« Afin de ne pas tomber dans l’écueil d’un listing rapidement obsolète et arbitraire, « notre référentiel respectera le contradictoire », a expliqué le président de la Miviludes. Autrement dit, « les organisations mentionnées pourront faire leurs observations et éventuellement modifier leurs pratiques. Ce travail de recensement sera à la disposition des professionnels. La question de le publier ou pas est actuellement soumise à l’arbitrage du Premier ministre », a ajouté Georges Fenech, qui prône une mise en ligne sur Internet, comme cela se fait en Belgique. »

Les victimes de la Scientologie sont naïves, faibles, crédules, et tout ce que vous voulez, mais chacun peut connaître des périodes difficiles où l’on est fragilisé.
Le rôle d’un état n’est pas seulement de protéger les intérêts de (au hasard) Bernard Tapie et ses 40 patates, le groupe Bouygues, les opérateurs téléphoniques ou les grossistes de la musique, c’est aussi de protéger la veuve et l’orphelin, les faibles et les malades.
C’est le rôle d’un état de rendre difficile l’action des charognards qui fondent sur les économies des malheureux gogos, tandis qu’ils flattent les puissants en leur envoyant leurs vedettes de cinéma et de la chanson.
C’est même l’honneur d’un état de défendre ses citoyens.

Ce procès est décisif, car la Scientologie est si habile, si riche et si puissante que pareille occasion ne se reproduira pas de sitôt.

Notons qu’elle peut être dissoute même si elle gagne son procès ! Question de conviction et de courage politique. Et si elle ne l’est pas, il faudra s’en souvenir au moment de choisir son bulletin de vote.
La Scientologie s’attaque à des gens fragilisés, blessés par la vie. Rendons-lui la pareille : sans être réellement affaiblie, elle a en France un genou à terre, c’est normalement le moment idéal pour porter le coup de grâce !
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:44

Nos députés ont fait un formidable travail de protection des droits d’auteur en votant cette loi, salués en cela par une poignée de grands artistes, mais ils doivent aller plus loin et mettre fin à un scandale qui concerne un domaine trop souvent négligé, occulté par les lumières du star-sytème et du showbizness : les livres.


 
Notre président a commencé à prendre la mesure du problème, puisqu’il a annoncé sa volonté de protéger les manuels scolaires et les droits des éditeurs :
 
« Nicolas Sarkozy a annoncé son souhait d’organiser dans les mois à venir des États généraux de la création qui traiteront notamment du problème "de la reproduction en très grandes quantités d’oeuvres par l’Éducation nationale". Signe que pour le chef de l’État, l’éducation doit être au service des auteurs, et non l’inverse. »
 
Mais on espère qu’il s’attaquera avec son énergie habituelle à un scandale vieux de plus d’un siècle dans le domaine des livres, un pernicieux système de licence globale que l’on appelle « abonnement annuel à la bibliothèque municipale », et qui concerne également les bibliothèques universitaires. Selon nos sources, une nouvelle loi est en préparation dans le plus grand secret, un Hadopi spécial livres.
 
Pour une somme dérisoire, ce sont des centaines de milliers de gens qui lisent des romans gratuitement, autant de droits d’auteur en moins pour les écrivains !
 
Sans aller jusqu’à dire que les vedettes du showbiz se dorent la pilule sous les feux de la rampe... disons qu’il paraissent souvent mieux lotis que les travailleurs de la plume, exception faite des gros vendeurs.
 
Il est temps de combattre ces inégalités injustifiées entre différentes catégories d’artistes ! La protection contre le piratage ne doit pas s’appliquer seulement à l’audiovisuel, musique, chansons, séries et films, car la situation est grave : je peux personnellement témoigner que j’ai vu des enfants de 7 ans emporter un livre à la maison (parfois trois à la fois), sans avoir déboursé un seul euro !
 
Pire : leur geste criminel est approuvé par leurs parents, attendris par un goût de la culture se manifestant chez leur progéniture de façon assez inattendue, quand il ne s’agit que d’une vocation de délinquant ou de l’attrait malsain de l’interdit.
 
Et l’argument selon lequel les gros lecteurs de bibliothèques seraient aussi les gros acheteurs de livres est fallacieux : où sont les études scientifiques qui le prouvent ? 
Les faits sont têtus : un livre lu quasiment gratuitement est un manque à gagner pour les artistes, et rappelons, comme l’a fait Pierre Arditi à juste titre, que Laurel et Hardy ont fini dans la misère, alors que leur oeuvre est immortelle. 
 
Quelle société fabriquons-nous en incitant nos enfants à lire des livres sans les payer ? Les bibliothèques municipales sont des foyers d’anarchie, des écoles du crime où l’on apprend le piratage des oeuvres et le mépris de l’artiste. Et nos écoles primaires sont complices, qui partout en France amènent quasiment chaque semaine les enfants du primaire dans ces lieux où sont probablement nées de nombreuses vocations de pirates informatiques, ceux-là même contre lesquels lutte la loi Hadopi. 
 
Hadopi ne suffit pas. Il faut s’attaquer aux racines du mal : fermons toutes les bibliothèques et médiathèques de France ! 
 
Espérons que nos députés s’attaqueront aussi au scandale du prêt de livre entre copains, le pair à pair (peer to peer), dont le principe est très simple : un consommateur qui a acheté un livre le prête à un autre pour qu’il le lise gratuitement, sans rémunérer l’auteur ! 
On estime le manque à gagner pour les écrivains à des millions d’euros... 
 
Selon nos sources, les options techniques retenues seraient l’insertion dans chaque livre électronique (e-book) d’un logiciel qui liste et transmette nos lectures à une Haute autorité et, pour les livres papier à l’ancienne mode, une puce électronique incrustée dans la reliure, couplée à un GPS pour tracer le prêt de livres.
 
Le gouvernement, pour couper court aux critiques sur une menace aux libertés fondamentales, a bien précisé, dans son avant-projet, que chacun gardera le droit inaliénable et imprescriptible de lire et relire un livre acheté légalement, et ce, pour un nombre illimité de relectures.
 
Les grands groupes de presse se sont montrés très intéressés par ce projet. Ils envisagent de lutter contre la lecture illégale des journaux et magazines en utilisant une encre biodégradable qui s’autodétruit au bout de 24 heures (pour les quotidiens) et d’une semaine (pour les hebdomadaires).
 
Ainsi, le talent des journalistes, eux aussi artistes de la plume, sera-t-il davantage respecté lorsque la lecture illicite des journaux sera contrecarrée. Un SDF, par exemple, ne pourra plus lire gratuitement le journal sur lequel il dort, mais l’usage de celui-ci comme isolant thermique sera toujours possible, c’est une situation gagnant-gagnant.
 
Lorsque la future loi aura été appliquée et les bibliothèques fermées, le problème se posera de savoir quoi faire de ces millions d’ouvrages : les vendre à la tonne, au poids du papier ? Pas rentable. Les brûler ? Certains n’hésiteraient pas à évoquer Fahrenheit 451, le roman de Ray Bradbury (superbement adapté au cinéma par Truffaut). Les donner ? Indigne d’un gouvernement libéral et contraire aux intérêts des auteurs. Le plus rationnel sera d’organiser une gigantesque vente publique de ces millions de livres d’occasion qui auront été si souvent lus illégalement.
 
Enfin ces livres orphelins trouveront leur destin, leur légitime propriétaire, celui qui aura seul le droit de les chérir, de les lire et les relire en toute légalité. (Le prêt intrafamilial sera probablement autorisé).
 
Dans son combat pour la fermeture de toutes les bibliothèques municipales, en faveur de la culture pour tous dans le respect des écrivains, le gouvernement espère l’appui du Nouvel observateur et de Denis Olivennes, président de son directoire, ancien dirigeant du groupe Fnac et inspirateur de la loi Hadopi par le rapport qui porte son nom. 
 
Une société juste est une société où les droits de chacun sont calculés au plus juste. 
 
 
(Pour aller plus loin dans la déconnade, un texte humoristique anonyme venu de Russie
 sur la question des droits d’auteur, à la sauce futuriste orwellienne)
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:40

 

27 pays d’Europe = 27 films. Samedi 9 mai, le réseau des cinémas UGC fête l’Europe en diffusant des films de tous les pays d’européens en VO sous-titrée. Mais la moitié des films sont sous-titrés en anglais ! 
« Le 9 mai 2009, à l’occasion de la journée de l’Europe, et pour la sixième année consécutive, certains cinémas UGC feront découvrir au public le cinéma des 27 pays de l’Union européenne, en partenariat national avec France Culture, Le Figaroscope, Métro et le Parlement Européen des jeunes. »
 
A noter que le 9 mai est en Russie (et dans l’ex-URSS) le jour anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie.
 
Une fois n’est pas coutume, j’indique un (bon) article de l’Humanité.
 
Et au lendemain du 8 mai, après la commémoration légitime du débarquement américain (ou allié), il n’est pas inutile de rappeler que 27 millions (!) de Soviétiques sont morts en luttant eux aussi contre le même envahisseur.
(Il eût peut-être été plus diplomatique et plus respectueux pour l’ensemble des parties combattantes de choisir pour fête de l’Europe le 10 mai...)
 
Après ce rappel sur ces dates très symboliques, revenons au cinéma.
 
 
Fêter l’UE en diffusant un film de chaque pays européen en VO sous-titrée était une bonne idée. Mais quelle surprise de découvrir que loin de les sous-titrer tous en français pour le public francophone, la moitié de ces films l’ont été en anglais ! (13 sur 27, soit 13 sur 26 si l’on excepte le film français.)
 
Pire : le titre original qui apparaît parfois en VO sur la jaquette, se transforme ensuite, comme le film lituanien Kolekcionieré devient The Collectress ! Idem pour Chypre, Belgique, Lettonie et Slovaquie.
 
 
Reconnaissons quand même l’effort et la difficulté de la tâche, détaillée dans cet entretien avec le site 20 minutes :
 
« — C’est la galère, si vous me permettez ce mot. Car il y a une vraie difficulté à trouver 27 films venus de chacun des 27 pays qui composent l’Union européenne. Il y a des États, comme le Luxembourg, Malte, Chypre, où la production cinématographique est quasi réduite à 0. On a une équipe italo-polonaise installée au Luxembourg qui se charge, toute l’année, de repérer les films qui pourraient faire partie de la sélection. En France, on a plus de facilités à trouver des films taiwanais, coréens ou mexicains, que ceux de certains pays européens.
— Comment l’expliquez-vous ?
— Cela s’explique notamment par la taille des pays. Plus un État est grand, plus il y a de chances pour qu’il ait une cinématographie importante. »
 
Une équipe se consacre à l’année à la recherche de ces films, mais UGC ne peut financer les quelques heures nécessaires à des traducteurs pour traduire les sous-titres ?
 
Force est de constater qu’UGC souhaite et soutient une Europe anglophone, tout en se parant de grands mots sur la richesse et la découverte des autres cultures :
 
« Que ce film estonien appartienne au cinéma d’auteur ou qu’il soit grand public n’importe pas, car aller voir un film estonien, c’est déjà une découverte. »
 
Belle initiative que cette promotion de la diversité culturelle de l’Union européenne. D’ailleurs, j’ai déjà fait des progrès, car soudain je comprends un peu le grec : Presently, l’estonien : I Was Here, le bulgare : Zift, les langues de la Belgique : Left bank, le letton : Little Robbers, le maltais : Santa Monica, le roumain : Picnic (c’était plus facile, c’est une langue proche des romanes), le slovaque : Return of the Storks, le slovène : Landscape n°2, et bien sûr le suédois : Ebverlasting Moments.
 
Saluons néanmoins l’effort de l’UGC, avec cet évènement culturel qui date de quelques années déjà, mais force est de constater que, loin des paroles hypocrites et creuses de la Commission européenne et du service du plurilinguisme sur les langues "richesse de l’Europe", l’industrie cinématographique, elle, vote pour l’anglais langue véhiculaire de l’UE et se moque de la promotion de la diversité des langues. Car on ne peut aller voir ces films que si on lit facilement l’anglais ! Et pour le soutien à la langue française, on repassera...
 
Cela dit, il s’agit d’une initiative privée : « un des tout premiers groupes européens de cinéma, présent en France, Belgique, Espagne et Italie. »
 
Le vrai scandale est que l’UE n’ait pas encore lancé une télévision européenne publique, ou ne soutienne pas déjà la mise en commun d’une partie de la production des chaînes publiques de tous les pays européens, à charge pour chacun de doubler ou sous-titrer dans sa ou ses langues, tout en conservant l’option VO grâce au numérique, pour que chacun puisse étudier les langues de son choix et à son rythme.
 
Nous avons la chance en France de disposer d’un doublage de grande qualité, ce qui permet de jouir de l’image et des dialogues, il faut garder cet atout, apanage des seuls pays où l’industrie cinématographique est forte, et peut-être bientôt pourrons-nous voir des films estoniens, polonais ou roumains doublés en français à la télévision.
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