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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 14:00

Des étiquettes bilingues polonais-espéranto s’affichaient sur certains produits des marchés de Varsovie. Cette initiative a eu un écho international inattendu, puisque signalée par Le New-York Times, Yahoo ou le Time, sans oublier localement deux grands quotidiens polonais, Gazeta Wyborcza et Rzeczpospolita.


A la grande surprise de clients peu habitués à rencontrer l’espéranto au quotidien, quelques commerces du quartier Muranów, à Varsovie, où Zamenhof a habité, ont disposé sur leurs produits des étiquettes vertes (symbole traditionnel de l’Eo) et bilingues, qu’on peut découvrir sur cette galerie photo.
(« sukero » pour sucre, « kolbaseto » pour saucisse)

Cette façon originale de fêter les 150 ans de la naissance de Zamenhof est due à la dynamique association des jeunes espérantistes polonais (PEJ, Pola Esperanto-Junularo – Polska Młodzież Esperancka), en collaboration avec le musée d’histoire des juifs polonais et le conservateur Natalia Romik.

A cette occasion également, divers espérantistes locaux furent invités sur des radios polonaises. Le poète Wojciech Stamm a déclamé des poèmes en espéranto.
 
Le récent Congrès mondial d’espéranto à Białystok, l’été 2009, a donné une impulsion nouvelle au mouvement espérantiste - localement mais aussi dans toute la Pologne.

Citons par exemple la création d’un café linguistique, où pourront se tenir des discussions en diverses langues - anglais, espéranto, français, etc., sur le modèle déjà existant dans des grandes villes comme Paris, Lyon ou Toulouse, où ces soirées rencontrent un vif succès. Christophe, un toulousain, a participé à cette création dans le cadre d’un volontariat européen, dispositif mis en place par la Commission européenne dans le programme « Jeunesse en action ».

Une vidéo de ce café des langues est visible sur la télévision locale de Białystok (en polonais) avec des commentaires en diverses langues : en bas de page le reportage intitulé « La 40-ta parto », deuxième partie de la vidéo, après Brunetto Casini, invité du centre Zamenhof (sur mon PC, on ne pouvait accéder directement à la deuxième partie du reportage).
 
Les détails de cette originale manifestation proviennent entre autres du média espérantophone Libera folio, auquel nous avons emprunté le titre et qui rapporte l’histoire.

C’est le communiqué d’Associated Press qui a donné une audience internationale à ce sympathique évènement, lequel s’est alors vu mentionné dans quelques dizaines de médias à travers le monde, dont Yahoo, le Time et le New-York Times :

« On display in the shop window — a red pelto (coat), bluso and pantalono (blouse and slacks) and edziniga robo (wedding dress). »
« In France on Monday, the Le Monde daily ran a full-page ad by the European Esperanto Union under the breathless headline, ’’Europe is suffering under the domination of the Anglo-American language.’’
"The tabloid-style ad made a pitch for Esperanto, noting that it can be ’’learned 10 times faster than English and has no irregularities or complications.’’ »

Quoi ? Une page entière du Monde sur l’espéranto et l’anglicisation croissante de l’UE ? Serait-ce la révolution ? Ah non, il y a un truc : « ad » pour « advertisement » effectivement, car il s’agissait d’un encart publicitaire, probablement financé par l’un des rares sponsors de l’espéranto, le japonais Etsuo Miyoshi, visible en bas de page à droite.
(page visible sur le site SAT-Amikaro)

Une pub, c’est bien, mais à quand un vrai article dans le Monde, sous leur signature, comme celui du New-York Times ? Trop frileux, le grand quotidien du soir  ? Serait-il trop anti-européen d’évoquer l’anglicisation de l’Union européenne, de proposer une alternative qui garantirait une égalité des peuples et des langues de l’UE ? Voire du monde ?

Le NYT a également mentionné le clin d’oeil de Google pour ce jour-anniversaire, rapporté ici sur Agoravox. Bref, un bon travail de journaliste : les faits puis l’analyse, plutôt que le dogme sans les faits !
 
L’espéranto vient pourtant d’entrer dans deux universités françaises, en option aux côté de l’alsacien, du yddish, du japonais ou même du chinois (en UE libre) : Université de Haute Alsace (entretien avec le doyen de la faculté des lettres dans les Dernières nouvelles d’Alsace) et l’Université Jean Moulin, Lyon3 (chercher DU de langues rares).

A quand l’option possible au bac ? Combien de temps le ministère de l’Éducation nationale pourra-t-il répondre négativement par copier-coller, comme il le fait depuis des années en s’appuyant sur des clichés éculés ou des préjugés d’un autre temps ?
 
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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 23:46

Neige et verglas, accrochages en série - l’automne cette année est redoutable. A se demander comment sera l’hiver !
Comment  ? Je me trompe, c’est déjà l’hiver ? Ben non : jusqu’au 21 décembre, date du solstice d’hiver, jour le plus court de l’année, nous sommes officiellement en automne.


C’est un peu absurde, c’est vrai, vu que tout le monde se considère déjà en hiver : chauffage à fond, centrales nucléaires au max, gants de conduite dans la poche et bonnet jusqu’aux oreilles sur les quais du RER.

D’ailleurs, ce flou occasionne bien des maux de crâne à ceux qui doivent répondre aux questions des enfants :

— Est-ce qu’on est en hiver, quand est-ce qu’on est en hiver, pourquoi ma maîtresse a dit que c’est pas encore l’hiver, c’est quoi une sottise d’hiver ?

Ce paradoxe s’explique facilement, mais il oblige le Littré à distinguer deux hivers : l’hiver astronomique, qui va du solstice d’hiver à l’équinoxe de printemps (20 mars), et l’hiver météorologique, « qui commence à la fin novembre et se termine en février », saison où les températures sont les plus froides.

On remarquera l’imprécision du début de l’hiver météorologique « qui commence fin novembre » et l’égale incertitude sur sa fin « en février » !

Normal, car l’hiver astronomique repose sur une date objective, physique et mesurable, alors que l’autre est une approximation.

Pourtant, il y a plus simple et plus clair : douze mois et quatre saisons, ça fait trois mois par saison ! (Trop fort en calcul mental...)

Donc, par convention, on pourrait très bien décider une date coutumière et administrative de l’hiver : décembre, janvier, février.
Printemps : mars, avril, mai.
Été : juin, juillet, août.
Automne : septembre, octobre, novembre.

C’est d’ailleurs ce que font certains pays (Russie par exemple) et ce que nous faisons officieusement ou ressentons ; autant accorder nos conventions à notre ressenti, non ?

Simplification administrative et mentale, réforme gratuite, que du bonheur ! Denrée qui manque cruellement ces temps-ci...

(Naguère sur Agoravox, 2 ou 3 ans peut-être, il y avait eu un bon article sur ce thème, mais je ne suis pas sûr de l’auteur. De toute façon, le problème des saisons revient chaque année !)
 

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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 23:42

Le 15 décembre est, pour les espérantophones, le « zamenhofa tago » (le jour de Zamenhof), « en l’honneur de la naissance de Ludwik Lejzer Zamenhof, l’initiateur de l’espéranto », dixit  Wikipedia. Cette année était en outre l’anniversaire des 150 ans (1859).


Les espérantistes portugais du site La Karavelo ont archivé des captures d’écran en plusieurs langues de ce Google du jour.

National Geographic
a lui aussi fait un article sur cet anniversaire, avec une lucidité et une honnêteté méritoires :
« Zamenhof would say [widespread use of English is] the right result with the wrong language, and therefore it’s not well done. It’s going to permanently classify most of the world as second-class citizens. »

Sur Libera folio (en espéranto).
Le site Excite a également fait un petit article à ce sujet.

Au-delà de l’hommage au génie linguistique autodidacte que fut Zamenhof (ophtalmologiste de son métier), beaucoup parmi les espérantistes considèrent ce jour comme un hommage plus large à ce que représente l’espéranto : c’est-à-dire un espoir, comme son nom l’indique par la racine "esper-". Lequel ? Que l’humanité puisse enfin disposer d’une langue commune simple et efficace, en sus de sa propre langue, celle dans laquelle on pense, qu’on aime, celle des études le plus souvent, et qu’on croit parfois la meilleure du monde... péché véniel excusé par la passion d’une langue maternelle étroitement liée aux souvenirs d’enfance.

En cette occasion, certains s’offrent, ou offrent, un livre en espéranto.

Google, cette année, sollicité par diverses associations espérantistes, nous a donc offert à son tour un joli cadeau : durant toute la journée, son logo est apparu orné du drapeau vert de l’espéranto. Merci.

Un commentaire rapide pourrait être « Bof, un petit drapeau pendant 24h, pour faire plaisir à des marginaux rigolos, des utopistes, ça ne veut rien dire. »

Ben si ! Pour la première fois dans l’Histoire, une langue construite s’est hissée jusqu’à la reconnaissance internationale, sans soutien d’une nation, d’une religion ou d’une ethnie, parfois malgré les persécutions ou le boycott des États et des médias. C’est un phénomène culturel aussi sous-estimé que révolutionnaire !

Grâce aux générations qui ont développé cette langue et à la conviction des militants, sa présence officielle s’est progressivement affirmée : ici sur des radios, là par quelques villes (Montpellier, Strasbourg, Herzberg, Nankin) ; parfois grâce à une discrète bienveillance de quelques pays (Pologne, Hongrie, Chine), une sorte de réseau culturel, associatif et parfois universitaire, peu connu, peu visible, mais présent internationalement.

France Culture, France 3, les journaux régionaux - tous ont progressivement remisé les clichés, fait taire leurs préjugés pour donner la parole à une nouveauté qui dérange le jeu de rivalité habituel des « grandes langues », et dont les journalistes ne savent trop que penser... 
Récemment, une université française l’a accepté en option parmi les langues possibles : 
Jean Moulin, Lyon3.

Parallèlement, Internet a permis à l’espéranto de s’afficher aux yeux de tous malgré le silence des médias : l’espéranto est une des dix langues les plus présentes sur Wikipedia, il est présent sur les réseaux sociaux, les forums, propose des cours gratuits par correspondance, offre de nombreux documents écrits, audios et vidéos en libre accès. Chacun peut ainsi juger sur pièce.

99% de tout cela repose sur le bénévolat !

Et cette langue construite, phénomène culturel sans précédent, est interdite de séjour à l’école : il est toujours impossible de la choisir en option au bac !

Il n’est pas inutile de rapprocher cela du soutien politique et financier massif dont bénéficie l’anglais, que je ne détaille pas en ce jour de fête... Citons simplement la coïncidence avec l’anniversaire des trois ans de French24, pardon - France 24, la télé anglophone France 24 (maquillée en polyglotte avec un peu d’arabe) où le champagne coule à flots, les salaires généreux, et qui coûte 160 millions d’euros par an à des Français qui ne peuvent même pas la regarder...

Ainsi, à 120 ans et des poussières, l’espéranto se rapproche pas à pas de son objectif : offrir au monde une langue seconde simple et efficace, donc démocratique, c’est-à-dire dont l’apprentissage serait possible pour la grande majorité de la planète sans trop de difficultés structurelles, afin que la communication ne soit pas l’apanage d’une élite. C’est un objectif qui peut paraître prétentieux, mais sans lequel l’espéranto n’aurait pas de raison d’être, à mon avis, sinon celle d’un jeu linguistique.

Rappelons que, malgré des efforts constants et un investissement massif et durable (pensons à l’Inde), un sixième seulement de l’Humanité parle anglais, dont beaucoup à un niveau médiocre.

Posons-nous quelques questions :

— Une langue nationale est-elle équitable comme langue internationale, sur le plan personnel, scientifique, financier et politique ?

— Une langue à la phonétique irrationnelle, dotée de nombreuses tournures idiomatiques, aussi difficile que le français (je sacrifie à notre côté masochiste), est-elle adaptée à la communication internationale ?

— A l’époque de la mondialisation, des méga-containers qui voyagent sur les autoroutes de la mer tout autour du globe, est-il logique que l’incommunicabilité règne entre les hommes ?

— Est-il plus simple d’espérer que cinq milliards de gens, dont beaucoup ont difficilement accès à l’école, apprennent l’anglais, ou que le milliard qui le connaît déjà (plus ou moins) apprenne aussi une langue simple ?

— Démocratie ou élitisme ? Veut-on réellement que les gens puissent se parler ?

Selon le linguiste suédois Mikael Parkvall (non-espérantophone), auteur d’un livre sur les mythes linguistiques (« Lagom » existe seulement en Suède, non paru en français), les Suédois pensent souvent que le monde entier parle anglais, se demandent pourquoi l’Union européenne soutiendrait l’usage d’autres langues comme le français ou de l’allemand, au point, raconte-t-il, qu’un article relatant un périple en Chine, écrit en suédois, rapportait les noms des sites chinois en anglais : "Three Gorges", "Oxbow Lake" et "Shennong Stream" !
Libera folio (en espéranto)
En somme, de leur point de vue, tout ce qui est étranger est anglophone...
Ici un entretien avec lui, traduit en Eo sur le site informatif espérantophone Libera folio.

Dans l’hypothèse d’un succès plus large de l’espéranto, rien n’empêchera un expatrié d’apprendre la langue locale, ni un ingénieur d’apprendre l’anglais s’il en a vraiment besoin dans son travail, il est bon de le redire. Le fantasme d’une langue unique étant persistant, rappelons qu’il s’agit d’une langue seconde ou troisième - excepté pour des natifs évalués à un millier, enfants de deux locuteurs ayant choisi l’espéranto comme langue domestique commune.

L’espéranto a raté le coche - à moins que ce soit nous - à l’époque de la Société des nations, ancêtre de l’ONU, puis a suscité un bel espoir dans l’entre-deux guerres, avant de connaître le purgatoire en partie à cause de la guerre froide et de la méfiance envers tout ce qui avait un air de supra-nationalité. Mais aujourd’hui, avec Internet, l’UE, les ONG, le TPI, la mondialisation, on sait qu’on peut concilier l’amour de son pays, de sa patrie, de sa langue, avec le soutien à une langue construite commune.
 
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 23:48

Ils protestent contre la marchandisation de l’éducation, enfin !
Ils reconnaissent que la certification en langues est peu utile !
Ils s’aperçoivent qu’il faudra tricher avec les niveaux, en raison d’objectifs inaccessibles !
Ils découvrent que l’espéranto existe !
Mais que se passe-t-il, seraient-ce les prémices d’une révolution conceptuelle ?


1. La marchandisation de l’anglais

Dans un hors-série de la revue "Les cahiers pédagogiques", intitulé « Enseigner les langues vivantes avec le Cadre Européen », on peut lire ceci :

« À l’heure où l’on s’inquiète de marchandisation de l’école, un professeur nous invite à voir une collusion entre le CECRL et les vendeurs de certifications particulièrement habiles pour se placer sur les gros marchés publics. »

« Trois articles sur la validation confiée à Cambridge ESOL pour les classes de Seconde européenne.
Un collègue réagit vigoureusement à cette « marchandisation ». Cambridge ESOL plaide sa cause. Et une collègue nous dit sa perplexité sur le coût de ce choix.
– Richard COMERFORD – Alerte ! L’Éducation Nationale est tombée dans l’escarcelle des marchands de certifications ! »
(Nota : le site ne propose que le début de certains articles, pas forcément les extraits cités. Votre serviteur a sacrifié 5€ pour mieux informer les lecteurs d’Agoravox, et sans pirater !)

« Au stage, on nous a informés que faire passer ces certifications faisait partie de nos obligations, et qu’aucune rémunération n’était prévue. Nous avons donc sans hésitation fait savoir aux IPR et aux formatrices que nous trouvions cette démarche non seulement inadmissible mais malhonnête. Mais puisque notre présence à ce stage était apparemment obligatoire, nous nous sommes résignés à serrer les dents et à supporter l’expérience, ne serait-ce que pour nous faire une opinion sur le contenu des épreuves. Ce fut instructif…
Par la suite nous avons informé la direction de notre établissement qu’à plusieurs titres, nous ne souhaitions pas collaborer avec l’organisme de certification en question. Et nous n’avons pas cédé malgré les pressions. Des collègues « volontaires » de deux autres lycées ont donc fait passer les épreuves orales à notre place. Quatre professeurs de notre établissement ont néanmoins été sommés de surveiller les épreuves écrites et la compréhension orale, accompagnés par deux IPR et notre proviseure adjointe. »
(article de Richard Comerford, même lien)

En effet, le niveau en langues étrangères (comprenez "anglais"), au brevet et au baccalauréat, doit maintenant être validé par Cambridge Esol, pour un coût secret-défense. Ces dépenses sont financées par l’État et les régions, réalisant ainsi un véritable siphonnage des fonds publics au profit du business de l’anglais, en GB et en France même, où les boîtes en tout genre se ruent sur les formations et les validations CECRL (cadre européen commun de référence pour les langues), acronyme magique synonyme d’une pluie d’euros...

« Cela étant, quelles que soient les qualités de Cambridge ESOL, on peut se demander (vu l’enjeu modeste que représente la certification des seuls élèves des classes européennes) si la somme d’argent investie n’aurait pas pu être attribuée à des spécialistes de l’évaluation moins coûteux. » (Nota : le dispositif sera étendu à tous les élèves.)
« Bien entendu, les auteurs des sujets Cambridge ESOL n’ont pas négligé le marché des produits dérivés : méthodes de bachotage, CD, annales… »
(Richard Comerford)

2. Au fait, c’est quoi, ce CECRL (Cadre commun, pour les intimes), qui est à l’origine de toute cette agitation pédagogique ?


Il s’agit d’une échelle de niveau en langue adoptée par tous les pays européens, que nous avons déjà présentée sur Agora Vox, (ici sur mon blog) qu’on essaye de faire passer pour une révolution conceptuelle, histoire de vendre de nouveaux manuels, des formations, des stages et de « nouveaux » concepts d’enseignement.

Pourtant, les langues n’ont pas changé en 2001, ni leur enseignement, même si on semble avoir réinventé la roue en répétant « il faut plus d’oral ». Beaucoup de profs de langue se sont enthousiasmés pour cette nouveauté, mais ils risquent de tomber de haut, car, hélas ! aucune méthode miracle n’a vu le jour : il faut toujours débuter, apprendre les bases, faire à la fois de l’oral et de l’écrit, commencer par les choses simples et une langue correcte, puis introduire progressivement des tournures idiomatiques et des niveaux de langue différents - familier, argotique, etc. Une langue étrangère est un long chemin, ingrat, fait de longs paliers, qui nécessite une forte motivation - ce dont les élèves sont rarement pourvus...

Faire passer une sorte de double-décimètre des langues étrangères pour une révolution pédagogique est une escroquerie intellectuelle de l’UE, empêtrée dans son monolinguisme administratif anglophone, sa gêne d’avouer qu’elle veut faire de l’anglais la langue commune de l’Europe, nous l’imposer du primaire à l’université (processus de Bologne d’intégration universitaire).

« En ce sens, c’est un outil de promotion du plurilinguisme. » (même lien)
C’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu le multilinguisme européen !

Entendons-nous bien : la plupart des Européens sont polyglottes à des degrés divers, dans de nombreuses langues (les moins sauf exceptions : Anglais et Suédois qui s’en tiennent à une seule langue étrangère), mais administrativement, l’UE s’anglicise à vitesse accélérée : c’est la seule langue dont elle fait la promotion dans ses relations extérieures.

Une échelle consensuelle de niveau en langue est une excellente chose, un outil qui manquait, mais ce n’est que cela. Langues et pédagogie n’en ont pas été bouleversées. Qui plus est, étant donné la complexité d’une langue et l’étendue de ses applications, il s’agira toujours d’une estimation du niveau, jamais d’une mesure scientifique précise.
(« La question du calibrage des épreuves occupe de nombreux experts. »)

« Sur le terrain, la perplexité »
« Dans mes pratiques pédagogiques, rien n’a fondamentalement changé. Cependant, le cadre offre plus de liberté, (...) »

3. Ils se rendent compte qu’on pouvait faire plus simple et plus économique !

Il eût été très simple de faire valider le niveau au brevet et au bac par un ou deux professeurs de langue de l’établissement lui-même, en se basant sur le contrôle continu et sur ces épreuves, comme on l’a toujours fait !

En 20 minutes et pour le même prix, c’était fait : « Ça va peut-être vous étonner, mais vous êtes B1 », ou « Vous êtes B1 moins » (car l’échelle CECRL a prévu une subdivision de chacun des six niveaux) ; 1 ml d’encre, 1 coup de tampon, une signature du ou des profs, et c’était plié !
Surcoût : zéro (brevet et bac sont déjà en vigueur).
Simplicité maximum, mise en œuvre immédiate et céphalées aucune, sauf pour l’impétrant !

Vu la position écrasante de l’anglais en LV1, la certification en langues étrangères est un cadeau royal accordé par l’Allemagne et la France à la GB, laquelle, blasée par les nombreuses dérogations déjà obtenues (« opt-outs »), s’en montrera probablement ingrate..

Ce n’est plus « I want my money back ! », mais « Give me more » !


4. Zéro en langues au brevet et au bac pour 80% des élèves !

Un véritable suicide politique ! C’est ce qui se passerait si on suivait à la lettre les objectifs fixés par le Ministère : exiger le niveau B1 au brevet (maintenant plutôt A2), et B2 au bac.

En gros, on peut dire que pédagogues et formateurs sont enthousiastes, tandis que les enseignants sur le terrain sont dubitatifs, voire totalement déboussolés (« Le désarroi de certains collègues émane du manque d’expérience, d’entraînement et de fondements théoriques sur l’évaluation. »), inquiets de voir que jamais leurs élèves ne pourront être au niveau fixé par le ministère (B2 au bac, pour tous !) : un gouvernement libéral qui fixe des objectifs absurdes, « Les programmes et méthodes d’enseignement des langues vivantes étrangères sont définis en fonction de ces objectifs. », et fait de la planification soviétique !

Le représentant de Cambridge Esol se montre d’ailleurs pince sans rire sur le sujet :
« C’est un processus et c’est à noter que le texte officiel parle des niveaux
que les élèves « devront atteindre », sans spécifier une date », et encore ne parle-t-il que des sections européennes, dont les élèves sont parmi les meilleurs en anglais...

Édifiant aussi ce témoignage :
« Devant tant de disparités et pour éviter un trop grand taux d’échec face à l’exigence du niveau A2 pour le DNB en fin d’année, des enseignants ont constaté, à leur grande surprise, que, d’emblée, le niveau était validé pour tout le monde. Quelques jours avant d’envoyer les résultats à l’académie, les chefs d’établissements auraient reçu comme consigne de l’accorder. Sur les listes, le niveau A2 apparaissait comme acquis pour tout élève de 3e. »
(Valentine Sanchez . Enseignante d’espagnol en collège-lycée, Lyon 5e)

La minute d’autosatisfaction : sur nombre de ces points, les lecteurs d’Agoravox auront été informés avant les gens du métier, comme par exemple sur le fait que l’État devrait biaiser avec l’échelle de niveau pour faire coïncider la réalité avec ses objectifs absurdement surévalués : « La France va tricher aux examens de langue ! ».

5. Ils commencent à reconnaître que tout ce bazar est quasiment inutile


« De toute façon, il est fort à parier que la plupart des élèves de classes européennes poursuivront leurs études et obtiendront des diplômes d’une valeur supérieure au niveau B1 (le niveau B2 pour le baccalauréat, voire davantage si des diplômes universitaires sont acquis). Qui plus est, la certification n’est pas véritablement un entraînement aux épreuves du baccalauréat, dont le déroulement et les critères d’évaluation sont très différents.
Il est donc à craindre qu’en réalité ce certificat ne serve qu’à procurer une satisfaction individuelle aux candidats et à leurs familles.
Il serait bien plus juste et logique de garantir la passation gratuite à tous les élèves de 2nde, ou bien, si on tient à faire des économies en limitant le nombre d’élèves, de choisir ceux qui sont en difficulté et songent à quitter le système entre l’entrée en seconde et le baccalauréat, sans diplôme ou attestation correspondant au nombre d’années d’études. »
(article de Biliana Dimic, phrase surlignée par nous)

Eh oui, sachant que l’échelle CECRL n’aura pas été réellement respectée, que les évaluations auront été plus que généreuses, que certains pays auront été plus généreux que d’autres dans leurs certifications, les entreprises n’en tiendront aucun compte... et exigeront, comme aujourd’hui, des tests internes ou confiés à des boîtes sous contrat (type TOEFL et TOEIC). Tout ça pour ça !

6. Ils commencent à envisager l’acte de décès de ce « machin », comme disait De Gaulle de l’ONU ! On ferme de nombreux postes dans l’Éducation nationale tout en lançant un système aussi dispendieux qu’inutile...

« On peut douter de la survie dans le temps d’un système qui garantit une rémunération à ceux qui créent le protocole d’évaluation (Cambridge ESOL) mais pas ceux qui en assurent la passation (les enseignants), d’autant plus que l’administration des tests est à la fois contraignante et chronophage. (...)
On ne peut s’empêcher de comparer à cela l’effort financier nécessaire pour mettre en place le système : un contrat de trois ans avec un prestataire de service étranger mondialement reconnu, une mobilisation de deux jours minimum pour former les intervenants, des heures de cours supprimées, des locaux mobilisés, des frais à rembourser. J’ose à peine imaginer ce qu’a coûté le déplacement des collègues de province ou des Antilles vers la tour AREVA en janvier, la location de la salle, les nuits d’hôtel, la rémunération des formateurs de Cambridge. » (article de Biliana Dimic, enseignante, formatrice, académie de Créteil) »

Et encore cet autre avis :

« Il semblerait donc opportun d’émettre l’hypothèse suivante : l’objectif principal du CECRL ne serait-il pas de fournir un prétexte à la généralisation de ces certifications ? Le bénéficiaire principal d’une telle généralisation serait bien évidemment Cambridge ESOL, le marché potentiel de certifications en anglais étant quasiment sans limites. Et une question s’impose : pourquoi la France a-t-elle pris unilatéralement la décision d’ouvrir les portes de ses écoles publiques à ces marchands de certifications ?
 L’Éducation nationale a signé un contrat d’une durée de trois ans avec Cambridge ESOL. On espère qu’il n’est pas trop tard pour que le ministère reconnaisse son erreur et mette fin dès que possible à cette dérive. »
 (Richard Comerford. Professeur d’anglais en lycée, académie de Versailles)

Pleinement d’accord : il est urgent d’arrêter ce bazar qui déboussole tout le monde, qui est inutile mais coûte un max !
 
7. Ils mentionnent l’espéranto, enfin !

« Une alternative au tout-anglais pourrait-elle passer par l’espéranto ?
C’est le pari fait par un enseignant dans un collège de la région lyonnaise. Il nous propose en annexe le livret d’accompagnement à ce travail, avec des grilles basées sur le CERCL qu’il utilise avec ses élèves. »

« Pourquoi étudier l’espéranto à l’école ? Le projet d’accompagnement éducatif visible en détail sur le site du collège se donne deux objectifs :

— faire progresser les élèves dans les matières scolaires,

— découvrir d’autres cultures par le biais de la correspondance papier ou électronique en espéranto. »

« L’apprentissage de l’espéranto offre ainsi la possibilité de mieux comprendre les règles de grammaire et de mieux entrer dans les langues étrangères à la fois par le lexique(les racines sont très souvent en lien avec les racines latines ou saxonnes) et par la construction des phrases. »

« Et le plurilinguisme ? L’espéranto a-national de naissance semble être justement une bonne voie vers le développement du plurilinguisme tant sa rapidité d’apprentissage donne envie d’apprendre d’autres langues. Pourquoi ne pas apprendre l’espéranto en primaire puis découvrir les autres langues à partir du collège en proposant un vrai choix ? »
 Stéphane Leroux (professeur de maths)

« - Stéphane LEROUX - L’espéranto entre découverte et détour pédagogique
Une alternative au tout-anglais pourrait-elle passer par l’Esperanto ?
 »

« La langue anglaise est si forte actuellement en Europe qu’il semble impossible de la voir décliner (même si c’est le sort de toutes les langues et qu’aucune n’a encore réussi à devenir vraiment internationale). La publication en septembre 2005 du rapport de François Grin (professeur, Université de Genève) pour le Haut Conseil de l’évaluation de l’école en France, intitulé « L’enseignement des langues étrangères comme politique publique » aurait dû retentir comme un coup de tonnerre au milieu des discours actuels sur les politiques d’enseignement des langues étrangères. En effet, si à court terme il confirme que l’enseignement de plusieurs langues étrangères à tous les élèves est à renforcer, la solution proposée à long terme est l’espéranto comme langue internationale et pont entre les autres langues. La réflexion de l’auteur est essentiellement économique. Il a étudié trois scénarios dont le tout-anglais, le plurilinguisme et l’espéranto. Le troisième scénario est nettement plus économique. »

« De son côté, la Hongrie a ouvert depuis 1995 une option espéranto à l’équivalent du bac avec un succès certain (environ 2000 candidats chaque année). Les ministres français, pour leur part, répondent, à chaque fois qu’il est envisagé de proposer l’espéranto en option au bac, par un discours inchangé depuis 20 ans : l’espéranto n’a pas de culture. Ils démontrent ainsi leur ignorance de l’espéranto dont les publications d’œuvres originales se portent plutôt bien. »

Autant de choses qu’il n’est pas habituel de lire dans des revues pédagogiques françaises. Bravo !

Rappelons en effet que si l’espéranto est interdit d’enseignement à l’école (si, si, c’est en France, pas en Corée du Nord !), il est tout à fait licite dans les établissements dans le temps extrascolaire (projets éducatifs, heures d’étude), avec l’accord du chef d’établissement. Et divers projets de ce type ont déjà été mis en oeuvre par des enseignants, comme l’a fait S. Leroux en 2008 et 2009.
De toute façon, apprendre quelque chose d’interdit, n’est-ce pas terriblement excitant ?

8. Ils contestent l’anglais obligatoire au primaire, enfin !

Ils (certains) proposent au primaire une initiation à la diversité des langues européennes, enfin ! C’est à-dire divers alphabets, des phrases simples dans diverses langues européennes, afin de d’utiliser les capacités musicales du jeune âge.

« Pour Laure Peskine, professeure d’anglais au collège César Lemaître à Vernon (Eure) et Secrétaire Générale de l’APLV*, il faut différencier la pratique des langues en général de l’anglais. (...). L’anglais est pour un Français l’une des langues les plus difficiles à apprendre, à cause d’un système de sons et d’accents toniques très éloigné du français.(...) Cela ne veut pas dire qu’il faille dès son plus jeune âge apprendre l’anglais ou le chinois (autre langue à sonorités très éloignée du français mais qui risque de devenir incontournable dans l’avenir), mais qu’il est nécessaire d’éduquer l’oreille dès le plus jeune âge. Cela peut se faire par l’apprentissage de la musique. Et non pas d’une langue comme le veut le système français, mais par l’initiation à plusieurs langues, c’est-à-dire à l’écoute par des chansons, des phrases simples et des activités culturelles.

9. Un simple citoyen osera-t-il suggérer une réforme aux professionnels ? Mais bien sûr !
Sinon, à quoi servirait Agoravox et les forums citoyens ?

Au primaire : un vrai choix entre anglais ou autre langue disponible, langue régionale, programme européen (type Evlang), espéranto, avec pour chaque un prof tournant sur les écoles primaires proches. Facile et sans surcoût, car un programme européen utiliserait du matériel pédagogique qu’un prof aimant les langues pourra utiliser après quelques stages ; l’espéranto, lui, est beaucoup plus facile à apprendre ET à enseigner, pour des raisons structurelles.

Au secondaire  : libre choix de deux langues parmi toutes celles existant ou ayant existé, à valider aux niveaux B1 pour l’une et A2 pour l’autre (pour ceux qui vont jusqu’au bac), A2 et A1 au brevet. par complémentarité établissements-familles-associations parentales-instituts-boîtes privées.
L’EN garderait la haute main sur les examens, le volet culturel (langue et civilisation) pourra faire l’objet d’un programme, sous réserve d’être réaliste (pas digne d’un licencié d’anglais).
Sachant que 80% des élèves choisiront les langues classiques, que pour russe, arabe, chinois, l’examinateur régional pourra se déplacer dans l’Académie, on peut envisager pour les langues rares un examen en vidéoconférence en présence du prof local (même s’il n’en comprend pas un mot). Pour les langues rarissimes, on peut même envisager un examinateur européen, qui aurait là une occasion de prouver son utilité à l’échelle locale.

Et le patrimoine familial serait valorisé : l’arabe ou le portugais choisi en LV1 au bac, ne serait-ce pas là une vraie reconnaissance officielle, loin du blablabla politique ?

En somme, une réforme simple, peu coûteuse, respectant la diversité européenne et la liberté de choix, mais quelque peu révolutionnaire pour nos petites habitudes scolaires, et surtout, surtout, contraire aux intérêts du lobby pro-anglais... C’est là que ça coince !

Les professionnels des langues, dans ce numéro des cahiers pédagogiques, se sont montrés remarquablement critiques et lucides, voire caustiques :

« Puisque ces certifications visent (pour l’instant) un public restreint et donc ne concernent pas directement la plupart des collègues de langues, il serait peut-être utile de fournir quelques éléments qui pourraient les sensibiliser à cette situation et aux enjeux qui en découlent. À méditer, donc :

— Pour le Preliminary English Test (PET), rebaptisé pour l’occasion en Cambridge English Certificate, (CEC), le ministère aurait accepté de payer jusqu’à 3 millions d’euros à Cambridge ESOL. Les collègues qui participent à l’élaboration des sujets d’examens nationaux, tels que le brevet des collèges et le baccalauréat, seront ravis d’apprendre qu’enfin le ministère a décidé de rémunérer comme il se doit ce genre de travail, et avec une générosité sans précédent… (...)

— Cambridge ESOL était sans doute prêt à fournir le personnel (vacataire) pour faire passer et corriger les épreuves, conformément à sa pratique habituelle, mais avec les conséquences que l’on peut imaginer sur le montant (déjà exorbitant) du contrat. Peu étonnant donc que le ministère ait préféré nous transformer en petites mains bénévoles. » (R.Comerford)

Business is business, surtout quand l’UE est aux commandes ! La transformation de l’éducation en services mis en concurrence est déjà bien avancée... selon les vœux des ultralibéraux qui mènent l’UE.

Exigeons que la concurrence libre et non faussée s’applique aux langues : libre choix de deux langues étrangères pour tous les élèves !
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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 00:38

Ou l’art du glandouillage à l’école, avec le soutien actif de l’Éducation nationale.


Le nouvel esprit socratique se devine déjà dans la sémantique : autrefois on plaçait le savoir au centre du projet scolaire, c’est-à-dire une terrifiante montagne de connaissances dont chacun savait instinctivement qu’il n’avait aucune chance d’en atteindre un jour le sommet, ni de simplement tutoyer ces hauteurs quasi divines. Aujourd’hui, c’est l’élève qui est « au centre du projet éducatif », jeune pousse rebaptisée « apprenant », ébauche d’être humain qui fera l’objet de toutes les sollicitudes et de toutes les attentions.

Comment un roitelet entouré de sa cour songerait-il une minute à se fatiguer pour apprendre toutes ces choses absconses ? Il y a des gens pour ça !

S’il advenait néanmoins qu’un audacieux inconscient se lançât avec un enthousiasme suspect dans la découverte du programme scolaire, il serait vite calmé par les nombreux obstacles dressés sur sa route.

En premier lieu - les vacances scolaires, fréquentes et longues, mais celles-ci existent depuis longtemps et n’ont jamais empêché un glandeur reconnu, comme votre serviteur, de parvenir à retenir finalement des bribes de savoir.

Depuis mon départ de ces temples de l’éducation que sont les préfabriqués, les innovations en matière de non-travail n’ont pas cessé.

Par exemple, les voyages linguistiques, jamais évalués, au bilan écologique aussi noir que le nuage culier d’un bus de voyage deux-ponts-WC-home cinéma incorporé. Tout ça pour faire passer son niveau d’anglais de 6,33 à 6,34 sur l’échelle du CECRL, au prix d’une organisation digne des armées napoléoniennes.

Non, je blague, l’échelle CECRL (A1, A2, B1, b2, C1, C3) est trop imprécise pour seulement parvenir à mesurer le progrès accompli grâce à six journées de visite dont un aller et un retour en beuglant dans les bus ! A la rigueur, si l’on utilisait les sous-niveaux prévus à l’origine comme une arborescence infinie (A2,5), à destination des spécialistes, cela serait possible, mais c’est mal barré vu que lesdits spécialistes n’en sont encore qu’à peaufiner les outils de mesure de ces niveaux de langue...

En tout cas, une semaine de voyage à Londres, tous frais payés ou presque, rien d’étonnant à ce que les profs de langue en demandent toujours plus, plus longtemps, plus loin, jusqu’aux « States » ! Tout en se plaignant que c’est épuisant de surveiller ces démons, que leurs mérites et leur dévouement ne sont pas suffisamment reconnus…

Plus fort encore : lorsque les accompagnateurs sont en voyage linguistique, leurs autres classes n’ont pas cours ! Car en règle générale, pour une malheureuse semaine d’absence ils ne sont pas remplacés. C’est d’ailleurs un principe qui s’applique aux stages de courte durée : « Maman, j’ai pas cours de maths, mon prof est en stage ! »
Donc 1 voyage = 4 à 6 classes sans cours pour une semaine !

C’est même un axiome de base : toute idée qui permet de diminuer le travail des élèves et des professeurs se voit appliquer un coefficient multiplicateur, parce que durant le temps de travail perdu à faire autre chose, une autre classe se verra pénalisée, et lorsque à son tour l’autre classe aura droit à la même activité, la première se tournera les pouces à son tour. Bon, je reconnais que dit comme ça, c’est moins clair que le poids du volume déplacé.

Essayons donc avec un exemple vécu : une visite à un musée ou une expo-photo. Quand le prof de français de l’élève A accompagne la classe A, la classe B n’a pas cours. Quand le même prof accompagnera la classe B, l’élève B n’aura pas cours, mais l’élève A non plus, s’il devait avoir ce professeur-là, ce jour-là !
1 journée de perdue = 2 journées de perdues, initiant déjà les élèves à la logique floue de la physique quantique.

Au primaire, c’est encore plus facile : il suffit de multiplier les rencontres sportives interclasses, intervillages, intercommunautés de communes, inter-pelouses etc., développant ainsi l’esprit de compétition (qui sommeille chez certains enfants), tout en améliorant le bronzage des enseignants – le soleil est nécessaire à la fabrication de la vitamine D, et un enseignant carencé est un mauvais enseignant.

On peut aussi faire venir une étudiante « native english » nécessiteuse, payée par le Conseil général, qui permettra à l’instit de se décontracter - malheureusement, un quart d’heure d’anglais est un maximum pour des enfants qui ne comprennent pas pourquoi on ne parle plus français à l’école.

En 2009, les établissements ont été aidés par un allié inattendu : le virus de la grippe A, qui est d’une aide précieuse pour fermer durant une semaine des dizaines d’établissements. Malheureusement, ça ne marche qu’une fois, quoique.. il paraît qu’au Ministère on réfléchit pour l’an prochain à une grippe D ou Z, afin de liquider le stock de vaccins 2009 et la montagne de masques empilés dans les hangars militaires top-secrets !

Mais au-delà d’un certain nombre de sorties, certains parents finiraient par protester : il y a des gâcheurs partout. Aussi l’État a-t-il introduit un nouveau concept : les stages d’observation des 4e ou 3e, qui doivent maintenant passer une semaine dans une entreprise à observer un métier.
Stages obligatoires : même si un élève supplie à genoux devant l’école qu’il veut faire une dissertation sur Victor Hugo ou factoriser des grands nombres, il sera impitoyablement chassé du temple du savoir à coups de double décimètre : « Va observer ailleurs, si j’y suis ! ».

Je m’empresse d’ajouter que l’observation est une activité noble, qui puise sa légitimité dans des traditions millénaires, lorsque nos ancêtres allaient observer les mammouths pour les pister.

Il va de soi que ceux qui ont des entrepreneurs dans les relations familiales feront deux ou trois petites demi-journées et se reposeront à la maison, ou joueront au tennis, rompant ainsi l’égalité républicaine, tandis que leurs camarades moins chanceux se taperont scrupuleusement cinq jours ouvrables, les yeux lourds à force d’observations ouvrières. Quant aux questions de transport vers une lointaine entreprise, que les familles devront improviser alors qu’elles ont eu tant de mal à s’organiser pour déposer et récupérer leurs enfants, ce n’est pas le problème de l’école.

Ne me faites pas écrire ce que je n’ai pas dit : il s’agit d’un honorable projet, probablement destiné à revaloriser les filières professionnelles, mais qui rappelle fâcheusement le temps jadis de l’ex-URSS, lorsque l’État envoyait les étudiants aider les paysans à leur récolte - car les étudiants étaient des profiteurs et les paysans des héros de la nation ; il va sans dire que les paysans étaient ravis de voir arriver cette main d’œuvre gratuite et corvéable !

Consciente du problème, l’EN a prudemment spécifié que les élèves ne devaient qu’observer : 4 heures à regarder un type bosser ! J’espère qu’on fournira un siège à ces stagiaires d’un nouveau type...

D’ailleurs, tant qu’à observer, je gage qu’ils préfèreraient observer une jeune et jolie prof stagiaire venue dans leur école s’initier sur le terrain aux mystères de la pédagogie, confortablement assis dans une salle bien chauffée, qu’observer un ouvrier ou un artisan dans un local ouvert aux quatre vents…

Quoi qu’il en soit, ça fera toujours une semaine de moins à bosser !

Naturellement, les classiques restent des valeurs sûres : grèves, réunions syndicales, stages de formation, projection de films (en solidarité avec les malheureux élèves sans télévision), etc. Et un vieux de la vieille : les classes de neige, un classique du CM2 assez sympa, dommage que ça s’arrête en 6e !

Au primaire, il existe une méthode efficace mais délicate à manier : faire courir les enfants sous la pluie (si, si, c’est arrivé deux fois à mes enfants !), pour un cross interclasses ou pour le Téléthon, en espérant qu’ils attrapent un gros rhume, lequel, avec un peu de chance, se sera transmis à deux ou trois autres élèves, allégeant ainsi la classe. Mais attention, cette méthode est d’un maniement extrêmement délicat, à n’utiliser qu’en cas d’épuisement professionnel de l’enseignant (« burn-out »), car il importe que jamais les parents ne comprennent que c’est une ruse, ils risqueraient de mal le prendre...

Ah ! J’ai failli oublier deux grandes nouveautés par rapport au temps jadis : certaines activités scolaires trop difficiles ont été remplacées par des activités accessibles à un chimpanzé moyennement doué. Par exemple en musique, où jouer d’un instrument est un long chemin digne d’un apprenti bouddhiste, il a été décidé de privilégier le chant et l’écoute ; un peu comme quand les jeunes écoutent leur MP3 ou leurs Ipods, mais à l’école !

Pourquoi personne n’a-t-il songé à initier tous les enfants à la rythmique sur des tam-tams, des djembés, des darboukas ou autres percussions aussi anciennes que l’humanité, qui eussent sans nul doute enthousiasmé et apaisé ces élèves par l’énergie qu’elles demandent, je n’en ai pas la moindre idée.

Il en a été de même dans le dessin, où les pédagogues du ministère ont sans doute jugé que l’effort jadis demandé aux élèves était excessif, comme soulever un crayon, apprendre à ombrer une sphère, dessiner une chaise ou les rudiments d’un portrait.

Les jeunes générations font maintenant de l’art plastique, où il leur est demandé de laisser s’exprimer leur créativité, de créer une œuvre « habitable par le spectateur », qui sera ensuite notée au demi-point près ! Comme m’a dit un parent d’élève : "Je me demande si je ne vais pas déménager à côté de la décharge publique, parce que mes gosses réclament chaque semaine des matériaux de récupération pour les arts plastiques !"

Parallèlement, la matière « arts plastiques » comporte de la théorie, l’Histoire de l’art, dont le programme est si vaste (tous les arts, toutes les époques), qu’il a dû être réparti entre le primaire et le secondaire, et au collège entre l’art plastique et la musique !

« Les compétences artistiques attendues
 Pour la composante pratique, les élèves seront capables :

- De maîtriser des savoirs et des savoir-faire préparant l’émergence d’une expression plastique ;

- De posséder des moyens pour une expression personnelle épanouie et diversifiée dont l’exigence artistique est perceptible.
 Pour la composante culturelle ;

- De posséder les connaissances nécessaires pour identifier et situer dans le temps les œuvres d’art, 

- D’être ouvert à la pluralité des expressions dans la diversité de leurs périodes et de leurs lieux. »
(cliquer sur BO spécial août 2008, pour avoir en pdf le programme détaillé)


Ça a quand même une autre gueule que d’apprendre bêtement à dessiner, à peindre ou à sculpter un bidule !

Étrange paradoxe de l’Éducation nationale qui diminue l’effort demandé aux élèves tout en affichant un programme digne d’un étudiant des Beaux-Arts !

Cacher la réalité (l’initiation) par des objectifs délirants, c’est un classique de l’EN déjà bien rodé par les langues vivantes : jamais les objectifs affichés pour le bac ne seront atteints, sauf à prendre de grosses libertés avec l’échelle de niveau CECRL.
(Agoravox)

On pourrait penser que les matières principales échappent à ce mouvement, mais pas du tout : en maths, par exemple, il y a longtemps que le sort du calcul mental a été réglé par l’omniprésence des calculatrices, qui se sont perfectionnées jusqu’à faire des trucs seulement connus de quelques professionnelles !
(« Dis, tu me fais l’intégrale ? »)
Le français, alors, notre langue et ses chaussetrappes échapperaient seules à cette flemme généralisée ? Eh ben non, même pas.
Certains se plaignent que le niveau des élèves en français a baissé, qu’ils font trop de fautes. Balivernes passéistes ! L’époque n’est plus à la dictée de papa, avec ce vieux ringard de Topaze qui accentuait les plurielsses-zé-les liaisons.
Certains enfants pêchent à la ligne, mais la plupart pèchent à chaque ligne : autant de lignes, autant de fautes… Mathématiquement, on en déduit que si la dictée comportait moins de lignes, les élèves feraient moins de fautes ! Allons plus loin : de nos jours, quel professionnel sérieux écrit encore lui-même son courrier ? Celui qui n’a pas une secrétaire, une Rolex et un dictaphone n’est-il pas un raté ?
Soyons modernes tout en travaillant moins, c’est quand même l’objectif final, et supprimons la dictée de Jules Ferry ou de Pivot au profit d’une « dictaphonée », d’un apprentissage du dictaphone. Et pour respecter la parité, introduisons les jeux de rôle dans nos écoles : à tour de rôle, filles et garçons feront le ou la secrétaire, abolissant déjà le plafond de verre en une leçon d’instruction civique. Deux matières pour la sueur d’une seule : encore un cours de moins !
Dictaphones, Ipods, traitement de texte et jeux de rôle : moins de travail tout en s’amusant, voilà l’école de demain ! Et s’il faut vraiment respecter accords et liaisons, laissons aux machines le soin d’accorder-rou pas, selon les voeux de François de Closets : place à la dictée du 21e siècle, où chaque élève répètera dans son dictaphone intelligent le texte photocopié et distribué par le prof ! A noter que celui-ci lui aura lui aussi moins de travail, s’épargnant définitivement la lecture assommante de textes abscons, truffés de pièges. Que du bonheur.

Allez, finissons l’année sur un grand classique du glandouillage : la remise des livres, qui marque la fin de tout travail scolaire ! A la place, on peut se faire une toile, et, pour vous dire jusqu’où peut aller le laxisme, il arrive qu’un prof d’anglais montre Harry Potter en version française, même pas sous-titrée en anglais !

Pendant la dernière semaine, c’est tout juste si on ne chasse pas à coups de compas (pas de fourches dans les écoles) les rares élèves qui persistent à venir en cours – si j’ose employer ce mot pour ces derniers jours de juin !

Mais là où moi, glandeur reconnu, je tire mon chapeau aux nouvelles générations, profs et élèves confondus, c’est quand je vois qu’on envisage maintenant de les payer pour bosser ! Jamais je n’y aurais pensé ; trop forts les jeunes :

- Tu payes, je bosse, tu payes pas, je glande !

Après tout, n’est-ce pas la définition même du travail à l’âge adulte ?

Tout travail mérite salaire, et je vais de ce pas (traînant) demander à mon avocat de poursuivre l’État, afin d’être dédommagé pour toutes ces années de bahut durant lesquelles j’ai bossé gratos ! Pas beaucoup, certes, mais quand même, c’est une question de principe, ça méritait au moins une sorte de SMIC ou de RSA de l’élève.

J’apprends à l’instant que l’histoire va être supprimée du programme des filières scientifiques. Mais là, je dis non : trop peu, c’est pas assez 
 
On leur mâche le non-travail à cette génération, car, il faut le savoir, si glandeur n’est pas encore un métier, ça se mérite !

(Nota  : ce texte est une fiction, aucun élève n’a été maltraité durant sa rédaction, rien n’est exact, le moindre détail est fictif, et c’est à peine si le mot « école » existe. Quoique, après vérification dans le dictionnaire, il est référencé comme « Établissement dans lequel on donne un enseignement collectif ». Il semble bien que le lieu où tant de gens déposent leurs enfants ne soit pas une simple garderie. Dont acte.

 Il va sans dire que nos élèves travaillent dur, que nos professeurs sont exemplaires, que les activités d’éveil sont destinées à (r)éveiller les élèves, que les sorties scolaires ont toutes pour objet d’ouvrir l’esprit, de découvrir le monde, s’initier aux arts, de voir plus loin que l’horizon d’un collège miteux/rénové/neuf (rayer les mention inutiles), que les rencontres sportives visent à développer la solidarité de groupe et la sociabilité, mais aussi l’esprit de compétition nécessaire à l’heure de la mondialisation, car la première chose à apprendre, à l’école comme ailleurs, c’est que la vie est un combat de tous les instants.

J’espère échapper aux poursuites juridiques en répétant que tout cela est sorti d’un esprit perverti par les bandes dessinées et les jeux vidéos, alors que le vrai élève se plonge avec délices dans "La Princesse de Clèves", espérant quelque scène osée.)
 
 
 

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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 00:14

Et que les autres langues sont marginalisées, leurs enseignants bientôt obligés de se reconvertir dans une autre matière, devenant bicompétents comme d’autres sont bisexuels, à la recherche de leur identité scolaire, avec le vague sentiment d’avoir été floués.

En réponse au « plan d’urgence pour les langues » (on se demande où est l’urgence !), diverses associations de défense de la langue française ont publié un communiqué commun, intitulé
« Les associations de défense du français répondent à N. Sarkozy ... »

Il y est reconnu, du bout des lèvres que l’anglais est parfois ( !) imposé :

« En effet, faute d’une véritable politique en faveur de la diversification de l’enseignement des langues étrangères, ces mesures vont se traduire par une place toujours croissante de l’anglais dans l’enseignement au détriment des autres langues étrangères, cette langue étant majoritairement choisie par la plupart des élèves, voire imposée de fait.  » (c’est moi qui souligne)

Il ne leur a fallu que quatre ans... Trêve de mauvais esprit, l’ambigüité bien française (car c’est tout de même l’ex-langue de la diplomatie...) vient du fait qu’il y a réellement plusieurs langues à l’école primaire, mais jamais de choix !

Mais du moins la dérive du gouvernement et du ministère est-elle enfin reconnue pour ce qu’elle est : une politique volontariste en faveur de l’anglais, hypocrite et inavouée :

« Donc, par défaut, par lecture inverse, tout le monde aura compris que la fausse grande ambition pour les langues affichée par le Président de la République visait d’abord l’anglais. »

C’était évident depuis longtemps, et une anecdote rapportée l’an dernier par
Le Point (18/12/2008 N°1892 p.11
par Hervé Gattegno, Fabien Roland-Lévy) mérite toujours d’être connue :

"En anglais SVP !
Étonnement des éditeurs de quotidiens et magazines français présents à l’Élysée le 12 décembre, dans le cadre des états généraux de la presse. La trentaine de participants, réunis autour du conseiller Nicolas Princen, ont été surpris que les débats se tiennent en anglais alors que tout le monde était français à l’exception de Josh Cohen, dirigeant de Google News, venu de New York, et de Mats Carduner, patron de Google France."

Le ridicule ne tue pas encore et ne tuera jamais personne, heureusement ! Certains conseillers du Président se soucient visiblement peu de ses déclarations. »

Il ne s’agit pas d’anti-américanisme, mais d’un choix nécessaire entre diversité linguistique et tout-anglais, d’une réflexion sur la place du français dans l’Europe, et une réflexion la communication entre Européens, sur l’esprit européen.
 
— La traduction ne peut se concevoir pour chaque citoyen, elle serait possible (quoique structurellement difficile, coûteuse et complexe) au niveau administratif de l’UE, pour tous les documents et réunions, toutes les coopérations, à la condition expresse qu’on le veuille vraiment.

— Le plurilinguisme a prouvé qu’il conduisait au tout-anglais - tout simplement parce que c’est une vue de l’esprit : combien de nos dirigeants maîtrisent deux langues étrangères ? Et ils prétendent amener tous nos lycéens de terminale à des qualifications que peu d’universitaires possèdent ! C’est totalement absurde, démagogique et irrationnel. En outre, deux, si la première c’est l’anglais, ça veut dire à fond sur l’anglais et des bribes de la deuxième langue étrangère... Pourquoi apprendrais-je l’allemand (ou le français) si tout le monde parle anglais ? Voilà ce que chaque Européen se dira, avec raison.

— Restent donc pour l’UE l’anglais d’une part, financièrement, humainement et politiquement injuste, très difficile et phonétiquement irrationnel - et l’espéranto d’autre part, peu connu mais conçu pour la communication, infiniment plus simple, plus rapide à apprendre, donc démocratique, efficace, équitable car demandant un effort voisin à tous les Européens.

Il n’y a pas photo : si l’on raisonne en économiste ou en industriel, après étude de marché et tests comparatifs, c’est l’espéranto le plus adapté, le meilleur rapport résultat/investissements, et de loin.

Si l’on raisonne en termes militaires, la guerre des langues, c’est l’anglais qui l’emporte, de très, très loin.

Le choix de la force ou le choix de la raison...

Cette contestation de l’hégémonie de l’anglais n’est nullement de l’anti-américanisme
, ni un avis partagé uniquement par des espérantophones convaincus :

Hubert Vedrine,
dans un entretien avec le Nouvel obs cette semaine (5-11 novembre), parle de l’identité française, et nous encourage à ne pas céder à l’auto-dénigrement, au masochisme :
 "Il nous faut réapprendre à nous aimer, trouver enfin point d’équilibre sans une glorification anachronique du passé (Louis XIV, Napoléon, la patrie des droits de l’homme...) en refusant l’idée que nous ne serions plus qu’une puissance moyenne condamnée à raser les murs sans rage expiatoire."

Dommage qu’il ne parle pas une fois de la question de l’anglais dans l’UE, au sujet de laquelle il dit pourtant :
"Et je ne suis pas sûr que les Européens, malgré tous leurs atouts, aient l’énergie mentale pour constituer un des pôles de ce monde et cesser d’être une succursale du système américain."

Rappelons que par les accords Blum-Byrnes, en 1946, en échange de l’annulation de la dette et un nouvel emprunt, la France a accepté des quotas de films américains, ce qui a favorisé l’implantation de la culture américaine, et a grandement ouvert la voie à son hégémonie actuelle.
Non que je n’aime pas "Desperate housewives" ("Beautés désespérées"), "Stargate" ou autres séries (j’ai un faible pour la SF). Ils font du super-boulot, mais le fait est là : l’UE administrative est anglophone de fait, le français est en déclin, on organise des filères spéciales anglophones pour Erasmus mundus (autant d’étrangers qui ne viendront pas étudier en français) ; Sciences-PO vient de le rendre obligatoire, il est imposé à l’école primaire et souvent en 6e, faute de choix. Mon épicerie vent des « pocket bag » plutôt que des sacs de poche...

Les profs de langue et les associations signataires du communiqué demandent donc, à juste titre, une clarification entre le tout-anglais et la diversité linguistique, entre l’anglais imposé et le choix, mais sans aller jusqu’à imaginer la liberté totale de choisir sa ou ses langues étrangères, pourtant possible et relativement simple à l’heure des technologies de la communication.

Comme la nouvelle lubie du président est l’enseignement de matières scolaires dans une langue étrangère, idée saugrenue hélas partagée par certains profs de langue dans l’esprit du « toujours plus » (plus de postes, plus d’heures, plus de voyages linguistiques, moins d’élèves), ils demandent aussi le maintien de toutes les disciplines fondamentales en français.

On croit rêver ! Ils ont déjà accepté que l’histoire et le sport soient anglicisés, offerts en sacrifice au nouveau Moloch  ?

L’historie dérangerait-elle les dirigeants, parce qu’elle analyse l’impérialisme politique ou culturel ? Mais le sport, alors ? Ah oui : des lycéens trop en jambes risqueraient de manifester dans les rues de Paris dès le printemps !

Non : ce sont toutes les disciplines qui doivent être enseignées en français, et pas seulement les fondamentales !

Et quelle honte ! A quel renoncement en est-on arrivés qu’il faille supplier notre président pour que les matières scolaires importantes échappent à l’anglicisation ?! Demande-t-on que les ministères importants demeurent francophones ? Euh... mauvais exemple, la Défense et les Finances étant déjà plus que partiellement anglophones...

L’UE n’ose toujours pas affronter ouvertement la question de la tour de Babel, de la communication, ni en débattre au grand jour, expliquer aux Français que le prix à payer pour la construction européenne, c’est le déclin du français et la toute-puissance de l’anglais.
Cela dit, le débat commence petit à petit à poindre le bout de son nez :
dîner-débat le 17 novembre, sur le thème « Faut-il parler anglais pour être européen ? », avec la participation entre autres de Quatremer, journaliste de "Libération" spécialisé sur les questions européennes.

Mais à ce rythme-là, quand le débat aura atteint le Parlement européen, nos bébés liront déjà Shakespeare sur leur « netbook » !
 
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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 00:12

Oui, je sais : dit comme ça, c’est assez confus, mais c’est à l’image de la complexité linguistique de l’Union européenne.

La chaîne télé russe Russia Today (RT), anglophone, a invité le 10 novembre Diego Marani à parler de son « invention » (lui-même explique que ce n’en est pas une) - l’europanto, et parallèlement, après un reportage sur l’espéranto, le présentateur l’a également invité à parler de cette langue construite internationale, dans le cadre de « Language for a united Europe », titre de l’émission du jour.

Sur l’europanto, il n’y a presque rien à dire, puisque, de l’aveu même de Diego Marani, ce n’est pas une vraie langue, mais une plaisanterie (« a joke »), dont il est le seul locuteur et le seul écrivain (’Las adventures des inspector Cabillot’, de Diego Marani, aux Éd. Mazarine).
Cela date de 1996, époque où il était traducteur au Conseil de l’Union européenne.

Il insiste sur le fait qu’il n’a rien inventé, que de tous temps les voyageurs se sont débrouillés entre eux en mélangeant les mots de plusieurs langues - ce qui est la définition d’un sabir.
 
J’espère ne pas trahir sa pensée (l’entretien est en anglais) en résumant ainsi les propos de Diego Marani : l’europanto est un jeu, une provocation ; son intention n’est pas de proposer une autre langue construite, mais d’inciter les gens à ne plus avoir peur des langues (« try to speak »), à jouer avec (« to play with languages »), à utiliser tous les mots internationaux qu’ils connaissent, sans se soucier de grammaire, à ne pas avoir peur (« not to be scared »).
Il plaide en outre pour l’apprentissage de la langue du pays voisin. L’europanto ne s’étudie pas, mais s’improvise (« improvise », « mixing »).
Il entérine totalement et sans réserves l’anglais dans le rôle de langue de communication internationale, selon lui le nouveau latin. Il rappelle néanmoins la dialectisation de l’anglais en de nombreux anglais différents.

A la question du présentateur « Is it something for the UE ? », il répond :
« - No, (..) provocation, (...) we have this.
« What would be good for Europe is that english become what it is now, an international communication language. »
« English is becoming the latin of modern times. »

Au milieu de l’émission, le présentateur mentionne que l’espéranto a été la langue construite ayant connu le plus grand succès (« the most successfull »), et passe un reportage qui rappelle brièvement son historique.

Le commentaire de Marani sur l’espéranto n’est pas totalement défavorable, puisqu’il reconnaît qu’il s’agit d’une vraie langue, contrairement à l’europanto (« was a true language, my language only a joke »), mais il en parle au passé, soulignant son impossibilité (?), la nécessité d’un « background » culturel.

« it simply didnt work », « was a very good idea but it remains just a good idea » 

« We do not want a common language, because a common language is impossible, it never worked, and it is an imposition »

« was the expression of a particuliar culture »


Mon commentaire

On ne peut que complimenter cette chaîne russe pour avoir abordé un sujet dont la Commission européenne, nos médias ainsi que le parlement européen refusent de débattre : la possibilité d’une langue commune (2e ou 3e, pas comme la monnaie commune), s’abritant hypocritement derrière le masque d’un multilinguisme qui n’existe pratiquement plus.

On peut s’étonner que l’on mette sur le même plan l’europanto, qui n’est pas une langue mais un jeu, selon les dires mêmes de l’invité et créateur du mot, et l’espéranto, véritable langue internationale, apte à la traduction fine et précise.

Il faut rappeler qu’un sabir, au sens second et péjoratif, c’est un charabia... Un « parler qu’on a du mal à comprendre » selon le Littré. De fait, je n’ai quasiment rien compris aux quelques phrases en europanto prononcées par l’invité, quoi qu’il en dise, et il m’a bien semblé que le présentateur lui-même ne comprenait pas les quelques mots japonais que Marani a utilisés.

D’ailleurs, si le présentateur a pensé à lui demander si les Russes comprenaient son europanto, il n’a pas posé la question de la traduction : l’europanto est totalement inapte à traduire un ouvrage d’une langue à l’autre. Car CE N’EST PAS UNE LANGUE.

Donc, de même que la première fois que j’en ai entendu parler sur France 2 il y a longtemps, la même pensée m’est venue : pourquoi diable parle-t-on de ce qui n’est qu’un amas de mots sans structure, un jeu entre traducteurs polyglottes émérites ? Pourquoi cet homme qui n’a rien inventé ainsi qu’il le répète, est-il invité sur des médias, lui et pas d’autres interprètes, peut-être d’avis différent ? Pourquoi, sinon pour masquer la vraie question : y a-t-il une alternative à l’anglais comme langue de communication ?

L’émission, plutôt que de comparer un sabir et une langue, aurait dû porter sur l’anglais et l’espéranto ! Car l’espéranto est bien la seule alternative crédible à l’anglais.

Naturellement, toute autre langue serait possible, vivante comme l’espagnol, le chinois et bien d’autres, ou mortes comme le latin, mais les avantages de l’espéranto sont immenses : langue non nationale, neutre, équitable, à la phonétique régulière, une langue construite largement plus simple donc démocratique, européenne par son vocabulaire - bref, une langue parfaitement adaptée à la communication entre locuteurs de langues différentes. Cerise sur le gâteau, les Asiatiques eux aussi la trouvent nettement plus simple que l’anglais... du fait de sa grammaire internationale - ramenée aux fonctions essentielles.

Le présentateur lui a fait remarquer qu’apprendre la langue de ses voisins n’est pas facile quand il s’agit de la Russie, car ces langues iraient du finnois au chinois...

L’europanto, comme un multilinguisme mythique et mal défini, ou une intercompréhension incompréhensible, ne sont que des rideaux de fumée utilisés par les partisans de l’anglais langue de communication pour masquer l’abandon progressif par l’UE de toute volonté d’égalité des langues nationales, l’abandon du multilinguisme et l’alignement derrière la bannière du tout-anglais.

D’où la nécessité, pour tous les partisans de l’anglais mondial, de décrier l’espéranto, de le dévaloriser, de claironner son impossibilité, d’en parler au passé, tout en lui reconnaissant quelques qualités « une bonne idée » pour se donner des airs d’objectivité.

Diego Marani a suivi ce schéma ; j’ignore s’il s’agit d’hypocrisie ou de méconnaissance de la réalité de l’espéranto, de sa progression actuelle, de son succès en Chine, mais quand j’entends que l’espéranto est une impossibilité alors que je viens de lire une traduction d’un Simenon ("L’ami d’enfance de Maigret", traduit par Daniel Luez, "Amiko el la junaĝo de Maigret", éd. Sezonoj à Kaliningrad), je me pose des questions sur la sincérité de cette personne, qui travaille pourtant professionnellement dans le milieu des langues pour l’UE.

Il ajoute aussi qu’en changeant de langue, on change quasiment d’identité, on porte un masque car les mimiques du visage se modifient.

Alors, si demain au petit matin vous ne reconnaissez pas votre conjoint, qu’il présente un faciès effrayant, s’il émet un borborygme guttural et affiche un rictus - pas de panique ! C’est simplement qu’il est en train de réviser l’anglais, son lecteur MP3 sur la tête !

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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 17:02

Une conférence sur l’avenir des technologies de la communication en Europe va avoir lieu.


« Agenda de Visby : Créer les conditions préalables à une Union numérique d’ici 2015
Conférence sur la politique à venir de l’Europe en matière de technologies de l’information. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre de la mise en place d’une plate-forme commune pour un agenda s’étendant jusqu’en 2015 et portant sur une politique européenne en matière de technologies de l’information. »

« Pour couvrir l’Agenda de Visby, la Présidence suédoise a eu recours aux experts de demain en matière de TIC, à savoir les élèves de cinq lycées technologiques suédois. Par le biais de nouvelles techniques de communication sur la toile, ils couvriront les questions à l’ordre du jour de la réunion et lanceront un débat autour de celles-ci. »

Une politique de l’information, c’est de la technologie, mais on semble oublier que c’est aussi, et avant tout, un échange d’informations, donc une langue, ou des traductions...

La Suède a choisi, brisant un tabou : son Union européenne sera monolingue anglophone, les deux autres langues de travail étant aux abonnés absents, aux oubliettes de l’histoire linguistique de l’Union :

« Le rapport peut être maintenant téléchargé (en anglais uniquement) »

«  Toute la communication externe se fera en anglais ce qui permettra de recourir à la participation de personnes intéressées au-delà des frontières de la Suède. »
(La communication du groupe d’élèves choisis)

Ceci semble bien confirmer l’info rapportée par l’observatoire du plurilinguisme, selon laquelle « La Présidence suédoise de l’Union européenne vient d’informer oralement les gouvernements qu’elle envisageait de tenir exclusivement en anglais ses prochaines réunions informelles. (...)
La Présidence suédoise justifie cette décision unilatérale par "un impératif d’économies budgétaires".
Nous rappelons que le budget total des institutions européennes de traduction et d’interprétation représente 1,2 milliards d’euros, soit 2,2 euros par habitant et par an, soit l’équivalent d’un ticket de métro à Bruxelles. Les langues européennes méritent mieux que cela. »

Traduction, plurilinguisme, anglais ou espéranto, la Suède a voté : sous sa présidence, l’UE parlera exclusivement anglais !

Défendre le français pour remplacer l’anglais est voué à l’échec, et tout aussi injuste ; le plurilinguisme, quoi que ça veuille dire a prouvé qu’il conduisait au tout-anglais... Ne restent que l’espéranto - simple, dix fois plus rapide à apprendre, efficace, équitable, - et l’anglais - complexe, phonétiquement irrationnel, économiquement, humainement et politiquement injuste, maîtrisé par une infime minorité des humains malgré des investissements colossaux depuis un siècle, pour le plus grand profit de 5% de la population mondiale... Et devinez quelle langue de communication est soutenue par l’UE ?

La présidence suédoise de l’UE sera-t-elle celle de l ’hégémonie anglophone, du déclin du français, ou celle de la honte ? Les trois à la fois ! Cela dit, il n’y a pas mort d’homme, ni famine, ni guerre : c’est simplement un esclavage culturel, même pas voté au parlement !

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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 01:54

Je souhaite apporter ma pierre au grand débat sur l’identité nationale lancé par Nicolas Sarkozy, en proposant de moderniser notre fière devise « Liberté, égalité, fraternité », devenue désormais un peu obsolète, désuète, voire ringarde.


Lorsqu’un génie aussi modeste qu’anonyme a eu l’idée de rebaptiser nos mairies en hôtels de ville, que n’a-t-il songé aussi à dépoussiérer ce vieux slogan ? « Fraternité », non mais, quelle drôle d’idée !

Chacun a constaté que l’idée même de nation française est abandonnée par nos dirigeants : la langue française est délaissée au profit de l’anglais, on organise des cursus anglophones dans certains établissements supérieurs - pour des étudiants qui autrefois seraient venus étudier en français, et on ne soutient plus notre langue au sein de l’UE, où elle fut jadis langue de travail.

Les citoyens eux-mêmes ne sont plus défendus par un État dont ce devrait être le rôle premier : nos impôts locaux vont démesurément augmenter, sitôt les élections passées, à cause des emprunts contractés auprès de banques qui y ont glissé de nombreux produits « toxiques » (selon l’expression consacrée par la crise) : mal ficelés, obscurs, indexés sur des ratios volontairement complexes, et qui se sont avérés désastreux. Les intérêts de ces emprunts frôlent parfois les taux usuraires !
(Le Conseil général de Seine-Saint-Denis a une dette faite à 97% de produits toxiques, la ville de Saint-Etienne doit faire face à des intérêts jusqu’à 24% !)
(source Marianne n°654)

L’État aurait tout pouvoir pour contraindre ces banques voyous à renégocier ces prêts, quitte à brandir la menace de la nationalisation.

Il le pourrait, car qu’y a-t-il au-dessus d’un État ? Rien ou peu de choses, on le voit bien lorsque l’un d’eux s’entête comme l’Iran avec le nucléaire.

Il le devrait, car ne pas le faire serait faire payer aux citoyens les dérives ahurissantes des requins de la finance qui ont mené la planète au bord d’une crise mondiale de l’ampleur de celle de 1929, ont tendu la sébile aux nations pour être sauvés de la faillite, se sont déjà refait une santé grâce à la générosité sans limite des gouvernements, entre autres de l’État français qui s’est contenté d’une charte de bonne conduite !

L’État pourrait défendre ses citoyens, mais il ne le fait pas.
 
Il faut donc prendre acte que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, où la devise « Liberté, égalité, fraternité » n’a plus cours. Où la solidarité est remplacée par la concurrence libre et non faussée chère à l’UE, le communautarisme, le copinage, le clanisme, l’esprit de corps (Frédéric Mitterand bondissant au secours de Roman Polanski, sans mesure ni réflexion), la protection des grandes fortunes, des multinationales et des banques (refus d’une taxation exceptionnelle sur les banques).

La construction européenne favorise d’ailleurs le renouveau des langues régionales, tandis que l’influence de la langue française dans l’UE n’est plus qu’un souvenir, pour construire au final une Europe anglophone chapeautant de grandes régions transfrontalières, l’État français semblant relégué au rang de dépeceur de la puissance publique.

Il est donc évident que l’idée même de nation et d’identité française est obsolète.

L’heure n’est plus à une identité nationale, mais à une mosaïque identitaire, une version française du communautarisme anglosaxon qui reflètera la diversité sociale et culturelle de la France.

Cette noble devise « Liberté, égalité, fraternité » n’a donc plus de raison d’être : chaque collectivité doit revendiquer sa propre identité, ce qui est finalement le summum de la décentralisation !

Mais, conscient que ma proposition « Garde à vue, jungle et copinage » est imparfaite et susceptible de ne pas emporter l’adhésion de tous, je suggère que chaque commune organise des élections, afin de choisir démocratiquement la devise qui représentera le mieux ses citoyens.

Ainsi, selon les sensibilités, une ville pourra orner sa mairie d’un « Casse-toi pauv’con ! », ou d’un très actuel « Bonus, golden parachutes et primes », ou encore d’un plus classique « La France aux Français », comme d’un énergique et social « La France aux travailleurs ».
 
D’ailleurs, quelques esprits éclairés ont déjà débaptisé des noms de rue ou d’école sous des prétextes hypocrites, quand ils eussent dû le faire au grand jour au nom du libéralisme !
Ainsi, à Carpentras, une crèche Zola a-t-elle été rebaptisée "Les petits berlingots", parce que certains parents et élus voyaient dans Zola une connotation trop populiste, misérabiliste :
 
— Ta fille va à l’école Zola ? Quel courage ! Moi, je n’aurais jamais pris ce risque ; est-ce qu’ils ont du pain à la cantine ?
A mon avis, un jour ou l’autre, une mère de famille offusquée viendra réclamer  :
— C’est vous qui avez traité mon fils de berlingot ?

La voilà, la vraie liberté, offerte par le libéralisme : que chaque ville rebaptise toutes ses rues selon les opinions politiques de ses concitoyens, voire – pourquoi pas – s’attaque aussi aux statues : « Pour ou contre la statue du général Toujoursaubureau ? »

Ainsi, en débattant de la légitimité des rues aux noms d’homosexuels, de polygames, de socialos, laïques, communistes, nazis, néonazis, antisémites, sémites, pacifistes et autres catégories diverses, nous nous assurerons des années de polémiques, de débats municipaux enfiévrés, de batailles de comptoir homériques, une ambiance locale assurée pour les siècles des siècles !

Et pendant ce temps, les vrais problèmes seront oubliés...
 
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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 01:52

Certains éditorialistes ont fait assaut d’indignation et de lyrisme pour esquiver le fond du problème. À les en croire, non seulement il s’agit d’homophobie, mais la littérature elle-même serait attaquée, menacée d’autodafé.


Pourtant, le clivage n’est pas entre médias et personnalités d’un côté, citoyens et internautes de l’autre ; ce serait trop simple.

Voyons tout d’abord ce que disent de l’affaire les plumes clémentes.

Bernard-Henri Lévy par exemple :
« La nouvelle Brigade des mœurs veille. Triste époque. (...) Et il s’agit, deuxièmement, de savoir si l’on va, désormais, devoir fouiller dans la vie de chacun d’entre nous pour évaluer, dans notre passé, pourquoi pas dans notre adolescence, ou même dans notre prime enfance, notre degré de « moralité ». »

Eh oui, l’inquiétude médiatique ne serait-elle pas que les citoyens exigent de leurs dirigeants une certaine moralité ? Où irait-on s’il devenait impossible d’avoir son petit vice caché ? !

Déjà hier soir sur France 2, dans un épisode où le commissaire Nicolas Le Floch est aux prises avec la raison d’État, on a pu entendre du français ancien, truffé d’imparfait du subjonctif, de formules précieuses, de concordances des temps oubliées de tous : cette inquiétante nouveauté d’une langue classique à une heure de grande écoute est-elle l’annonce d’une exigence de moralité ? Où va le monde si l’on ne peut plus se montrer imparfait au présent ?

François Busnel dans la revue "Lire" (novembre) :
« Plus de 200 000 lecteurs ont acheté ce livre et n’ont, semble-t-il, pas cru bon de lancer, en quatre ans, une « affaire Frédéric Mitterrand ». Ont-ils mal lu ? Sont-ils tous des imbéciles ? Brisons là : lire le livre de Frédéric Mitterrand comme une apologie de je ne sais quelle pratique pédophile ou touristique est non seulement abject mais totalement stupide. Sale temps pour la littérature. »

Dans la même revue, l’édito de Frédéric Beigbeder défend le droit de tout écrivain à explorer les recoins malsains de l’âme humaine :

« Voulons-nous que les livres ne parlent que de choses légales, propres, gentilles ? (...) A mon avis l’écriture doit explorer AUSSI ce qui nous excite et nous attire dans le Mal. Par exemple, il faut avoir le courage d’affronter l’idée qu’un enfant est sexy. La société actuelle utilise l’innocence et la pureté de l’enfance pour vendre des millions de produits. Nous vivons dans un monde qui exploite le désir de la beauté juvénile d’un côté pour aussitôt réprimer et dénoncer toute concupiscence adulte de l’autre. »

On peut regretter dans ces propos l’absence de distinction entre pédophilie au sens psychiatrique (brièvement rappelée sur Wikipedia, càd. une perversion, une attirance sexuelle pour les enfants prépubères), et le trouble pouvant être ressenti par nombre d’adultes devant des adolescentes ou adolescents (exemple typique et bien connu : les photos de David Hamilton). L’utilisation du même terme « enfance » pour ces deux situations très différentes créé une confusion malsaine, mais la condamnation de l’exploitation médiatique du pouvoir érotique de la jeunesse est assez bien vue.

Nul n’ignore que les hommes ont eu selon les époques et les civilisations, des façons bien différentes de considérer les relations sexuelles avec des jeunes. Sur la pédérastie, à distinguer de la pédophilie, cet article de Grèce antique.

Toujours dans "Lire", Beigbeder lui aussi ne voit dans l’affaire Mitterrand qu’une attaque contre la littérature :
« Disons les choses clairement : ceux qui s’indignent avec tant de virulence doivent brûler une longue liste d’ouvrages. Messieurs et Mesdames les censeurs, dégainez vos briquets ! »

Suit une longue liste de romans et d’écrivains célèbres ayant abordé le thème de la pédophilie.

Changeons de revue. Après Denis Olivennes, féroce envers Benoit Hamon et parlant de « maccarthysme des moeurs », voici ce que dit de l’affaire Jean Daniel , dans le Nouvel Obs, lui aussi très clément envers l’intéressé :

« Frédéric Mitterrand, puisqu’il faut parler de lui, n’a eu à mes yeux qu’un tort, mais il n’est pas mince. C’est d’avoir déclaré, dès l’arrestation en Suisse de Roman Polanski, que son devoir, en tant que ministre des artistes était de les défendre. (...) Mais ce n’était pas à lui de le dire. (...) C’est à partir de cette faute que l’affligeante polémique autour des confessions de Frédéric Mitterrand dans son livre « La mauvaise vie » a été suscitée pour lui nuire, le discréditer, le salir, lui rappeler qu’il n’avait pas eu conscience de passer d’un univers à l’autre alors que son récit, d’ailleurs très émouvant, avait été salué et couronné à sa parution.
La profession de foi de Frédéric Mitterrand contre le tourisme sexuel et la pédophilie a peut-être été tardive, mais elle est exemplaire. Sur le fond de l’affaire, on lui aura donc fait un très mauvais procès, et tous ceux qui y ont participé peuvent aujourd’hui se sentir mal à l’aise. Au nom des exigences supposées de la « transparence », ils adoptent des procédés qui relèvent de l’inquisition. »

Mais le problème est-il bien là ? On remarque d’ailleurs à quel point les réactions des internautes sont éloignées de celles de beaucoup d’éditorialistes.

Rien d’étonnant à ce que les politiques tentent de contrôler le Net... Certains journaux étrangers ont même supposé l’affaire Mitterrand destinée à détourner l’attention de la loi Hadopi !

Résumons : les internautes trouvent Frédéric Mitterrand suspect de pédérastie, ou de pédophilie pour les plus accusateurs, ambigü, évasif, tandis que bon nombre d’éditorialistes le jugent victime d’une cabale, sincère, émouvant, courageux et honnête !

Mais les internautes ne sont pas les seuls à être critiques

« «  Le Syndicat France Police a annoncé jeudi son intention de saisir le procureur de la République de Paris pour obtenir l’ouverture d’une enquête préliminaire contre Frédéric Mitterrand pour "infraction" à l’article 225 du Code pénal réprimant la fréquentation de prostitués mineurs.
« La confession de M. Mitterrand dans son livre ("La mauvaise vie", Robert Laffont, 2005, NDLR) suffit amplement à justifier l’ouverture d’une enquête préliminaire pour ces faits graves qui ne semblent pas être prescrits par la loi", affirme dans un communiqué Michel Thooris, secrétaire général de ce syndicat policier minoritaire.
Dans son livre "La mauvaise vie", le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand ne fait pas explicitement mention de rapports sexuels avec des prostitués mineurs en Thaïlande, employant seulement les termes "éphèbes", "garçons" et "gosses". »

Critique aussi, Denis Tillinac dans "Valeurs actuelles" :

« Chacun ses goûts et ses couleurs, ses pulsions, ses fictions,éventuellement ses dégoûts de soi. Ayant dirigé pendant dix-huit ans une maison d’édition sur la rive gauche de la Seine, j’ai fréquenté pas mal d’êtres à la marge, voire franchement irréguliers,en m’abstenant de juger leur moralité.Mais je sais jusqu’où un certain snobisme prétendument libertin, ou libertaire,peut légitimer par fausse bravade la transgression la plus nauséeuse. Je ne connais pas le neveu de Mitterrand, j’ai lu le chapitre “exotique” du récit autobiographique dont il est question ici et là.La prose vaut ce qu’elle vaut sur le plan littéraire ;en l’occurrence, elle ébauche les contours d’une personnalité peu compatible avec la dignité d’une fonction ministérielle. Peu m’importe que les passages les plus glauques (euphémisme) aient suscité l’indignation de tels responsables du FN ou du PS : le ton de sincérité que l’on perçoit dans l’évocation fiévreuse des bordels thaïlandais suffit à me convaincre que cette nomination aura été une bévue.
Et les amalgames quasiment staliniens de ses défenseurs les plus véhéments (« ordre moral », selon Moscovici, rappel des « heures sombres de notre histoire », selon Bertrand) trahissent au mieux une inculture historique navrante, au pire un mépris scandaleux pour les victimes de l’Occupation. »

Ainsi que Michel Onfray, qui songe aux victimes, et répond joliment à BHL :
« Le pire dans cet article : l’amalgame. Assimiler le violeur de petites filles et le pédophile pratiquant le tourisme sexuel à Léon Blum faisant l’éloge de l’adultère dans la Revue Blanche, à Malraux fumant de l’opium, à Rousseau écrivant ses "Confessions", c’est un paralogisme de normalien. Inutile d’argumenter : la mauvaise foi saute aux yeux. BHL, on le sait, trouve la pureté dangereuse mais ça n’est pas une raison pour trouver l’impureté délicieuse. »
(Libé)

Le coup de gueule de Jean-françois Kahn vaut lui aussi le détour :
« Si, comme l’a déclaré stupidement Xavier Bertrand, ce que raconte et écrit Frédéric Mitterrand dans son livre ne relève que de sa vie privée et ne nous regarde pas, alors le fait qu’un mari macho confesse, dans un ouvrage, qu’il bat sa femme comme plâtre ne nous concerne nullement non plus – vie privée, – et on peut lui confier le ministère de la Famille. »

Par souci d’objectivité, revenons brièvement à l’objet de la polémique, ici recensé par le Nouvel Obs, ou encore par LCI-TF1, peu suspect d’intransigeance envers le gouvernement :

« "La mauvaise vie" est paru en 2005 sans provoquer de critiques, notamment de la classe politique. Dans ce récit à succès (190 000 exemplaires) qualifié par un critique "d’autobiographie mi-réelle, mi-rêvée", le futur ministre revisite notamment son enfance à l’ombre d’une gouvernante qu’il déteste et son adolescence hantée par les blessures que lui vaut l’homosexualité. Il décrit également son goût pour la clandestinité, l’habitude prise très tôt de payer les étreintes des garçons et ces "foires aux éphèbes" où le mépris de celui qui est payé n’a d’égal que le mépris de celui qui paye. »

Le mot de l’éditeur laissait lui aussi planer le doute par des formulations tantôt claires « aujourd’hui on parlerait de « coming out ». », tantôt alambiquées à souhait : « L’autobiographie la plus juste n’est-elle pas celle de la vie qu’on aurait dû mener ? »

L’auteur lui-même jouait de cette ambigüité entre fiction et autobiographie, comme le rappelle Le Post.

Le Monde en ligne en a publié un long passage, dont voici quelques lignes :

« On rit un peu sans bien se comprendre, je lui refile les billets pour deux heures avec de quoi s’offrir une autre dent en or et il sort en chantonnant. Nous sommes seuls. Mon garçon n’a pas dit un mot, il se tient devant moi, immobile, le regard toujours aussi droit et son demi-sourire aux lèvres. J’ai tellement envie de lui que j’en tremble. »

Dans l’émission « Culture et dépendances », Franz-Olivier Giesbert avait déjà à l’époque tenté de lever cette ambigüité, qu’on peut soupçonner d’avoir été savamment entretenue :

« C’est dans l’émission "Culture... et dépendances" diffusée sur France 3 le 6 avril 2005 que Frédéric Mitterrand est allé le plus loin dans les explications, en prenant le temps de répondre aux questions sur la rumeur sur son attirance pour les "petits garçons".
"Peut-être, mais c’est pas vrai. Quand les gens disent "les garçons", alors on imagine toujours les petits garçons, explique Frédéric Mitterrand. Comment vous dire ?... Ça fait partie de ce puritanisme général qui nous envahit, qui veut toujours noircir le tableau, compliquer le tableau. Ça n’a aucun rapport. Et évidemment, je m’expose peut-être à ce genre de dangers puisque d’une part, je parle des garçons et des garçons que l’on cherche à droite et à gauche, et que je parle aussi de mon désir de paternité, et que de tout cela j’en parle franchement." Et lorsque Franz-Olivier Giesbert insiste sur les rumeurs qui entourent l’âge des "garçons’, il lui demande d’expliciter l’ambiguïté du terme même de "garçons", mot souvent employé par les homosexuels mais qui ne signifie pas, comme dans le langage commun, enfants. Frédéric Mitterand confirme cette explication : "Oui, les homoseuxels disent garçons à 60 ans, vous êtes un garçon pour moi, Franz Olivier-Giesbert", sur un ton humoristique. »

Outre le terme de « garçons », l’auteur a aussi parlé de « gosses » :
« Je sais l’inconscience ou l’âpreté de la plupart des familles, la misère ambiante, le maquereautage généralisé, où crapahutent la pègre et les ripoux. Les montagnes de dollars que cela rapporte quand les gosses n’en retirent que des miettes »
(Discours-Vie publique)

Quoi qu’il en soit, ce le livre n’avait à l’époque choqué personne, la critique avait été unanime, élogieuse.

Revenons à l’actualité : cette ambigüité, très utile sur le plan commercial, est devenue un boulet dont l’auteur peine à se dépêtrer. Une même gêne se devine dans nombre d’articles, malgré les soutiens empressés cités plus haut :

« NON, on ne peut accuser Frédéric Mitterrand de « pédophilie » à partir de ses écrits, dans la mesure où il n’évoque jamais l’âge des « garçons » ou des « gosses » croisés dans les bordels de Thaïlande ou d’Indonésie. Mais connaît-il seulement leur âge ?
OUI, il s’agit de "tourisme sexuel", aucun doute ne peut être émis à ce sujet. En revanche, affirmer qu’il en fait l’apologie est excessif : s’il confesse le plaisir qu’il en retire, il ne se montre pas prosélyte.
(...)Le tourisme sexuel est-il du ressort de la vie privée ? L’argument ne tient pas un instant. »
(L’Express, avant le passage de Mitterrand au 20h de TF1) 

Il est bon aussi de rappeler que la France a légiféré sur le tourisme sexuel en vue de le combattre. Car on l’oublie un peu, mais nos sociétés sont régies par des lois !

Le tourisme sexuel avec adultes n’est nullement répréhensible puisque la prostitution est légale en France ! Mais ça se complique lorsqu’il s’agit de mineurs :

"Cela devient un délit lorsqu’on se rend à l’étranger pour y commettre des actes qui sont interdits par la loi en France. Par exemple avoir des relations sexuelles tarifées avec des mineurs, puisque la prostitution des mineurs est interdite en France."" (Maître Eolas ici interrogé par le Post)

"S’il s’agit d’un mineur de moins de quinze ans, les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende. En outre, ces délits peuvent être poursuivis en France sans que les règles habituelles applicables aux délits commis par un Français à l’étranger (réciprocité d’incrimination, dénonciation officielle par les autorités du pays étrangers) ne s’appliquent."

Eh oui, le tourisme sexuel, lorsqu’il s’agit d’une aventure exotique avec une belle naïade séduite par notre charme personnel d’Occidental, n’est nullement répréhensible ; on peut même présumer qu’il occupe une place enviable au classement des fantasmes, qu’il s’agisse d’une nuit ou de mille et une nuits.

Ce n’est même pas l’apanage de ces cochons de mâles poussés par leur instinct à répandre leurs gènes dans chaque utérus fertile qui passe à portée de tir (si j’ose dire), puisque on sait maintenant que bon nombre d’Occidentales esseulées trouvent dans des contrées exotiques des amours plus ou moins tarifées , comme l’a illustré ce reportage de Zone interdite (M6).

Mais alors, où est le problème, y a-t-il seulement l’ombre d’un scandale ? Essayons de clarifier ce fouillis médiatique :


— Il ne s’agit pas d’homophobie.

— Il ne s’agit pas d’attaque contre la littérature, dont une des fonctions essentielles est justement d’explorer les tréfonds de l’âme, y compris dans ses recoins les plus malsains, sinon nous serions condamnés à ne lire que les voyages de Oui-oui au pays des fées, ou – comble de l’audace - les amours adultéres de l’infirmière et du chirurgien !

— Il ne s’agit pas de censure.

— Nul n’accuse F.Mitterrand de faire l’apologie du tourisme sexuel.

— Ses compétences comme ministre de la Culture ne sont pas en cause, bien au contraire : son choix a été bien perçu par tous les camps politiques.

— Il ne s’agit pas d’une atteinte à la vie privée, ni de critiquer l’usage de la prostitution, légale en France, mondialement répandue depuis la nuit des temps, quoique peu glorieuse.

— Il ne s’agit pas d’évènements imaginaires : alors qu’il lui aurait suffi de proclamer que c’était une totale fiction, ce qui aurait bien arrangé le gouvernement et les députés de l’UMP confrontés aux réactions choquées de leurs électeurs, il en a au contraire confirmé, au vingt heures de TF1, l’inspiration autobiographique, narré ses souffrances personnelles, mais en contestant qu’il s’agisse de souvenirs personnels exacts : « une vie qui ressemble effectivement à la mienne ».

Alors si rien de tout cela n’est en cause, d’où vient toute cette agitation médiatique, pourquoi tant de gêne au gouvernement, pourquoi tant de réactions indignées dans l’électorat de l’UMP, dans le courrier des lecteurs du Figaro, pourquoi tant d’éditoriaux outrés qui parlent de chasse à l’homme et défendent une littérature nullement attaquée ?


— Sa prise de position dans l’affaire Polanski a été pour le moins maladroite, le viol sur mineure ayant été reconnu depuis des décennies par l’intéressé. Et l’affaire de son témoignage de solidarité, où le privé se mêle à ses fonctions, est venue s’ajouter à ce fardeau :
« C’est officiel : Frédéric Mitterrand s’avère être un vrai boulet. Après ses écrits sur le tourisme sexuel, on découvre que, lorsqu’il était directeur de la Villa Médicis, il s’est fendu d’un témoignage de moralité plus une promesse d’embauche à l’Académie de France à Rome… pour deux mineurs poursuivis pour le viol d’une jeune fille de 16 ans. »
(Gaullisme)

— Là où certains ont vu du courage, nombre de citoyens ont vu des propos évasifs et ambigüs sur la part d’autobiographie dans son roman.

— Il a fait rire tout Internet par son « boxeur de quarante ans », lors de son entretien avec Laurence Ferrari :
« - Vous acceptez donc le fait d’avoir eu des relations sexuelles avec des garçons, en Thaïlande ?

—  Oui, ça m’est arrivé.

— Comment est-ce que vous pouviez savoir s’ils étaient mineurs, ou pas ?

— Attendez, attendez, quand même, vous reconnaissez quelqu’un qui a quarante ans : un boxeur de quarante ans ne ressemble pas à un mineur, enfin, franchement, allons. »
(Vidéo du passage de F.Mitterrand au vingt heures de TF1, sur Agora vox)
Comme l’ont fait remarquer nombre d’internautes, à quoi bon se payer un voyage en Thaïlande si c’est pour tomber sur un prostitué boxeur de quarante ans ? !

— On pourrait souhaiter moins d’apitoiement sur ses souffrances personnelles et davantage de remords, et de pensées pour les victimes.


—   Soyons factuels, limite vulgaires : dans l’affaire Frédéric Mitterrand, il s’agit surtout de savoir si notre ministre de la Culture s’est tapé des petits garçons, ou, en français plus châtié, s’il a eu recours à des prostitués mineurs, et si oui, de quel âge ?
C’est là l’essentiel, que nos médias rechignent à formuler aussi crûment, bien que Laurence Ferrari ait bien fait son boulot dans l’entretien ci-dessus.
Et, comme l’a souligné l’Express, quel client de la prostitution en Asie connaît l’âge de sa victime ?

Cet horrible soupçon, conforté par des propos peu convaincants, est-il compatible avec le poste de ministre de la culture de la France ? Pays qui ambitionne de lutter contre le tourisme sexuel et la prostitution infantile.
Car n’oublions pas qu’un ministre de la Culture est appelé à jouer un rôle de représentation à l’étranger : quelle crédibilité aura-t-il en voyage officiel, en Thaïlande ou ailleurs, lorsqu’il évoquera la lutte contre le tourisme sexuel ? Y aura-t-il des sourires en coin, les officiels étrangers sauront-ils gré à la France d’envoyer un expert reconnu en la matière ?

Cette simple suspicion, confortée par l’ambigüité entretenue par lui-même et ses éditeurs depuis le lancement de son roman, ainsi que par ses propos évasifs ou ridicules (« boxeur de quarante ans »), mériterait au moins une commission d’enquête.
Il ne s’aime guère lui-même, semble-t-il, mais nous-mêmes, l’aimons-nous comme ministre de la Culture ?

Ses brillants défenseurs auront beau faire assaut de lyrisme, les simples citoyens ont bien compris qu’une question triviale était au coeur de la polémique : quel âge, les garçons prostitués ?

Cette affaire nous interroge aussi sur les qualités morales que nous demandons à nos dirigeants... y compris dans leur vie privée. De quoi terrifier tous les politiciens du monde !

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