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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:27

Qui a dit que l’Union européenne est triste, n’intéresse personne ou manque de « glamour » ? Cette institution est au contraire capable d’irrésistibles effets comiques, car l’Inde, qui n’a pas réussi à se défaire de la langue de ses anciens colonisateurs, devient pour M. Orban, signataire au nom de l’UE, un modèle de bonnes pratiques sur le multilinguisme !

  « L’Union européenne et l’Inde, qui comptent chacune 23 langues officielles, signent une déclaration commune sur le multilinguisme »

« L’anglais peut être utilisé pour des motifs officiels et le pays comporte 22 langues officielles régionales. Cette riche diversité linguistique existe depuis le début de l’histoire de l’Inde et, au niveau local, elle est considérée comme tout à fait naturelle.
Cette similitude avec l’Union européenne concernant le paysage linguistique fait de l’Inde un interlocuteur privilégié pour l’Europe en matière de multilinguisme. Cette déclaration conjointe prévoit l’organisation de discussions et l’échange de bonnes pratiques sur une base régulière. »

Alors que, dans le monde entier, la décolonisation se poursuit sur le terrain linguistique, que l’Ukraine a « dérussifié » son enseignement supérieur, que les enseignants malais se rébiffent, que dans de nombreux pays arabes un mouvement grandit qui veut actualiser l’arabe standard sur le plan scientifique et le favoriser dans l’enseignement, l’UE choisit comme modèle le seul pays où quasiment personne ne conteste réellement la place de l’anglais comme langue nationale, sauf jadis un certain Gandhi :

« Le recours à une langue étrangère en Inde pour assurer l’enseignement supérieur a causé à la nation un préjudice moral et intellectuel incalculable. Nous sommes encore trop rapprochés de cette période pour mesurer l’énormité du dommage subi. Et c’est un tour de force presque impossible que d’avoir à juger nous-mêmes cette éducation dont nous sommes également les victimes.

Il me faut aussi préciser les raisons qui m’ont conduit à poser de telles conclusions. Pour ce faire, le mieux est, je crois, de faire part de ma propre expérience.

Jusqu’à l’âge de 12 ans, tout l’enseignement me fut donné en gujarati, qui est ma langue maternelle. J’avais alors quelques rudiments d’arithmétique, d’histoire et de géographie. Puis, j’entrai au lycée où pendant trois années encore, je reçus mon enseignement dans la langue maternelle. Mais le rôle du professeur était de faire rentrer l’anglais dans la tête des élèves par tous les moyens. C’est pourquoi plus de la moitié de notre temps se passait à étudier l’anglais et à maîtriser l’orthographe et la prononciation si arbitraires de cette langue. (...)

Les universités devraient être indépendantes. L’État ne prendrait à sa charge que ceux dont il a besoin pour ses services, et pour le reste, il encouragerait l’initiative privée. Il faudrait aussi, à tout prix et immédiatement, ne plus se servir de l’anglais pour assurer l’enseignement, mais redonner aux langues de chaque province la place qui leur convient. Je préférerais assister à la désorganisation temporaire de l’enseignement supérieur plutôt que de voir se perpétuer jour après jour ce gâchis criminel..."

Par cet accord entre l’UE et l’Inde, qui auraient une convergence de vues et de pratiques sur le multilinguisme, nous ne sommes pas loin d’un aveu que l’anglais est devenue LA langue de l’UE, et que, s’il ne l’est pas encore officiellement, beaucoup le souhaitent.

L’Ambassade de France, qui a participé aux réunions préparatoires, ne semble pas y avoir soutenu la langue française le moins du monde :

"Une première étape vers ce dialogue a été franchie en décembre 2008 avec la conférence sur le thème Multilingualism and Cultural Dialogue in Globalisation qui s’est tenue en Inde, à New Delhi, dans le contexte de l’Année européenne du dialogue interculturel (2008). Cette conférence était organisée conjointement par la Commission européenne, l’ambassade de France, sous la présidence française de l’Union européenne, la National Knowledge Commission indienne et la European Union of National Institutes for Culture (EUNIC-India Cluster)."

Comment dire poliment ce que l’on ressent ? Ah oui : la haute idée que se font d’eux-mêmes nos représentants n’est pas forcément partagée. Bah, du moment que le salaire tombe et que les légions d’honneur pleuvent, qu’importe l’opinion des citoyens ?

Citons quelques passages assez évocateurs des communications aux conférences préparatoires à l’accord :

« There are two distinct Indias : one that is comfortable in English and the one that isn’t. And when two young people, equally smart and intelligent, enter college, the one with English understands better, gets better grades. And when both enter the job market, the one with English gets a far better pay packet. »
(« 21 languages for the 21st Century », par Geeta Dharmarajan)

Est-ce là le destin de l’UE, un meilleur avenir professionnel pour ceux qui étudieront en anglais ?

« India, with its three-language strategy has shown a way, which Europe with its 1 + 2 model is now following. »
(communication du Dr Knopp - Indien Rede 1 - 2 : Linguistic Diversity : a Challenge and a Chance. Can Europe learn from India ?)

Décidément, ils sont mieux informés du côté de l’inde que nous autres en Europe, sur notre propre système, où 1+2 représenterait donc l’anglais pour tous en n°1. Ce serait officiel et personne ne nous aurait rien dit ?

L’intronisation de l’anglais comme langue officielle de l’UE semble donc assez proche... Le presque aveu vient d’en être fait par cet accord entre l’UE et l’Inde, qui auraient une convergence de vues et de pratiques sur le multilinguisme.

Mais, en pratique, cette convergence consiste essentiellement à faire chapeauter la Babel des langues par l’usage officiel de l’anglais !

Quand on sait que la propension à tirer sur le messager est une solide tradition historique, qui tiendra ce rôle ? Courage fuyons, mieux vaut que l’aveu se fasse en Inde, à l’autre bout de la terre !

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