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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:37

Beaucoup le contestent, arguant que toutes les langues sont difficiles par certains aspects, faciles par d’autres, que c’est subjectif. Et que si l’on veut arriver à un bon niveau, proche de celui d’un natif, ou à un « simple » niveau fluide, ce sera toujours long, exigeant et difficile.

Mais avant de parler des autres langues, parlons de ce que nous connaissons tous : notre propre langue. Il est incontestable que la maîtrise de notre langue natale (en admettant que nous y soyons arrivés) nous a demandé un temps inestimable, au sens propre d’impossible à estimer. Car depuis la toute petite enfance nous vivons en immersion complète, en interaction permanente avec notre environnement linguistique, avec des proches qui nous ont régulièrement corrigés par cette expression si pratique dans toutes les langues : "On ne dit pas comme ça !"

De plus, cette correction maintes fois répétée les premières années nous a été faite dans un contexte affectif très fort (l’expression "langue maternelle", même si c’est celle du père, indique bien ce lien affectif) qui renforce les souvenirs et facilite tous les apprentissages. Plus tard, la méthode change, mais nos progrès sont toujours liés à l’enfance, l’âge d’une sensibilité exacerbée, des émotions fortes et marquantes.

Malgré cela, bien rares sont ceux qui maîtrisent toutes les subtilités du français ou qui auraient été capables de faire un sans-faute aux fameuses dictées de Bernard Pivot...

Pourquoi les langues sont-elles difficiles ? J’ai demandé à mon chien et à mon chat, ils ont répondu "ouaf" et "miaou", ce qu’on peut traduire sans trahir leur pensée par : "C’est le propre de l’homme". Chacune des langues de la planète - et pas seulement les "grandes langues de culture" - est le fruit de millénaires d’évolution, c’est pourquoi on compare souvent la diversité linguistique à la diversité biologique.

On sait aussi que les "enfants sauvages", s’ils ont été privés trop tôt de cet apprentissage, n’acquerront jamais un langage normal, comme si les connexions cérébrales ne pouvaient plus se former, mais nous laisserons de côté la neurophysiologie - trop compliqué !

1. Essayons de lister les difficultés des langues, en vrac :

— Les alphabets différents.

Pour nous, tout autre que l’alphabet latin : grec, cyrillique, arabe, par exemple, ou des idéogrammes (plusieurs milliers, en chinois). A remarquer que même dans des alphabets ou des langues qui nous sont théoriquement plus familiers, certains sons peuvent être de vraies difficultés pour des Français (par exemple la jota espagnole, le kha arabe, le x russe qui correspondent à peu près au même son).

— La phonétique plus ou moins régulière, voire chaotique (anglais), dont l’accent tonique variable (anglais, russe etc.).

— Des procédés sonores inhabituels pour nous, comme les nombreuses gutturales en arabe, les langues tonales où le ton modifie le sens du mot (chinois), ou, beaucoup plus rares, les claquements sonores du xhosa (langue du peuple boshiman du Kalahari, rendu célèbre par le film Les dieux sont tombés sur la tête).

Le français lui non plus n’est pas facile pour les étrangers sur le plan phonétique, avec les "e" muets, les nasales "on", "en", "an", ou la distinction entre "u" et "ou" (dessus/dessous) évidente pour nous mais pas facile du tout pour d’autres.

— Les conjugaisons, celles des verbes réguliers et irréguliers (spécialité française bien connue des Français, ou mal connue...).

— Les temps verbaux utilisés seulement à l’écrit, comme le passé simple en français. Les temps désuets, utilisés seulement dans certaines tournures (il eût été préférable, etc.)

— Les déclinaisons des substantifs (russe, polonais, tchèque...).

— La richesse du vocabulaire (synonymes, doublons).

— Les idiomes : un trop grand nombre de tournures idiomatiques rend la langue très difficile (anglais).

— La dérivation lexicale, qui peut être plus ou moins régulière.

— Les exceptions.

— L’argot, ou plutôt les divers argots (toutes langues).

— Les termes techniques, le jargon des métiers (toutes langues).

— Les accents régionaux (toutes langues).

— L’humour, les plaisanteries, à cause des références culturelles, les chansons à cause de la distorsion phonétique (toutes langues).

2. Certaines de ces difficultés méritent des précisions :

— Le vocabulaire exige un considérable effort de mémoire, mais cette difficulté peut encore être accrue de deux façons : par les doublons, comme on l’a vu plus haut pour l’anglais, mais également par l’existence de plusieurs racines (radicaux) différentes pour le même sens.

Quelques exemples en français : le substantif parole correspond à l’adjectif oral, ville correspond à urbain, oncle donne avunculaire ! Cheval, jument, poulain, étalon sont quatre mots qui ont un lien logique et qui pourtant sont formés de racines étymologiques différentes.

— L’irrégularité de la dérivation lexicale peut accroître la difficulté du vocabulaire.

En français, plusieurs suffixes différents sont utilisés pour indiquer les métiers : des suffixes fréquents comme -iste (pianiste), -ier (plombier), -eur (professeur), cohabitent avec des formes plus rares comme peintre, acrobate, écrivain... Quarante, cinquante, soixante, et donc pourquoi ne pas poursuivre en adoptant septante, octante et nonante, logiques et réguliers, plus naturels pour les enfants, plus efficaces pour l’apprentissage du calcul ? Ces variantes sont d’ailleurs autorisées sur tout document administratif français, y compris sur les chèques.

— Les exceptions : toute exception et toute irrégularité est une surcharge pour la mémoire de l’apprenant, en ce sens qu’il faut d’abord apprendre la règle, puis les exceptions. Or, l’anglais, et aussi le français, en sont truffés, et si nous n’y prêtons le plus souvent guère attention, c’est que depuis la prime enfance nous avons appris à bloquer nos réflexes logiques et à faire barrage au raisonnement naturel, à l’assimilation généralisatrice. C’est un mécanisme naturel de la pensée qui fait spontanément dire aux petits *je boivais au lieu de je buvais, dès lors qu’ils ont appris l’infinitif boire et l’imparfait du premier groupe, et qu’ils veulent l’appliquer pour montrer avec fierté qu’ils ont compris. Quelle déception lorsqu’on les corrige !

Un exemple anglais : pour dire "les enfants devront", au lieu de former ce pluriel et ce futur régulièrement, "the childs will must", on doit dire "the children will have to".

D’autres exemples français : on peut garer une voiture, mais pas la "dégarer", alors que l’on peut "faire" et "défaire", "monter" et "démonter", "couvrir" et "découvrir", etc. De même, presque tous les enfants ont un jour utilisé "plus bon" au lieu de "meilleur".

C’est ce mécanisme naturel de la pensée qui fait le charme des mots d’enfants, et c’est pourtant ce naturel que l’apprentissage des langues doit bloquer par des réflexes conditionnés, "on ne dit pas comme ça" ! Heureusement, on a oublié quelles frustrations intellectuelles cela représente... car c’est loin, mais pour les langues étrangères, il en va tout autrement : nous sommes pleinement conscients des difficultés et nous ne disposons pas d’autant de temps à y consacrer que toute l’enfance.

Il faut remarquer que les langues, malgré une relative rigidité et une norme à laquelle veillent Académie, lettrés, dictionnaires (qui en fait suivent l’évolution) ainsi que les professionnels (correcteurs, enseignants, grammairiens), sont vivantes, foisonnantes, et manifestent régulièrement une envie de suivre cette assimilation généralisatrice, de dériver des mots selon les principes propres à chaque langue : depuis quelques années, "imposition" a connu un glissement de sens depuis "la taxation" jusqu’à signifier également "le fait d’imposer quelque chose". "Positiver" est la dérivation de "positif". "Solutionner" est dérivé de "solution" et, quoique parfois qualifié de barbarisme, a pu entrer dans le Littré avec la mention "critiqué".

Remarquons qu’on a remplacé un verbe difficile à conjuguer, "résoudre", par un verbe du premier groupe. Une sorte d’inconscient collectif linguistique manifeste donc une volonté naturelle de dérivation logique, mais également le désir que cette dérivation aille dans le sens de la simplicité.

Ainsi, on voit que chaque langue a ses difficultés, mais aussi ses éléments faciles :

- Le chinois est facile par sa grammaire régulière et cohérente, son absence de verbes irréguliers, mais difficile par sa prononciation, ses tons, son écriture par idéogrammes et ses homonymies.

- Le russe est redouté pour ses déclinaisons de substantifs (comme d’autres langues slaves : ukrainien, polonais, tchèque, etc.) Moins connu est le fait que son accent tonique est variable.

- L’allemand est réputé difficile au début, mais plus facile à mesure que le niveau augmente, un peu à l’inverse de l’anglais où les "fluents" désespèrent de pouvoir un jour se faire passer pour des natifs.

Pour pouvoir comparer la difficulté des langues entre elles comme on pèse des légumes, il faudrait donc attribuer des coefficients à chacun des critères objectifs de difficulté, et faire une moyenne... Mais ça paraît effectivement difficile et subjectif ! Et à notre connaissance, aucun linguiste ne s’y est risqué.

On ne peut donc pas comparer les difficultés respectives des langues. Pourtant...

3. Pourtant, si les facteurs qui rendent les langues difficiles sont identifiables, on peut donc envisager d’agir sur eux.

En fait, cela a déjà été fait, à plusieurs reprises : Lomonossov pour le russe, Dante en italien (controversé), Eliezer Ben-Yehuda qui est à l’origine du renouveau de l’hébreu, et pour l’indonésien à partir du malais. En France, la loi du 6 décembre 1990 a réformé l’orthographe, après une rude bataille, mais ses recommandations ne sont pas suivies par tous les enseignants. De plus, les anciennes formes cohabitent avec les simplifications autorisées, ce qui ne facilite pas les choses...

Si la simplification de diverses langues vivantes a été réalisée en agissant sur certains paramètres, on peut donc supposer qu’une langue construite qui agirait simultanément sur l’ensemble de ces facteurs, dans la mesure du possible, en restant cohérente et assez expressive pour fonctionner comme une vraie langue, serait très largement moins difficile à étudier.

Si de plus une telle langue laissait une grande liberté pour appliquer une dérivation lexicale régulière et systématiser l’assimilation généralisatrice étudiée plus haut, elle serait très souple et laisserait aux locuteurs une sensation de liberté et de créativité. Bref, une telle langue serait idéale comme langue auxiliaire pour la communication internationale.

Il est grand temps que l’Onu ou l’Unesco réunissent des linguistes avec mission de créer une telle langue, pour résoudre enfin le problème de la Tour de Babel et de la barrière des langues. Est-il concevable qu’au XXIe siècle, alors que l’humanité s’est enfin rendu compte que ses problèmes étaient liés et ne respectaient pas les frontières - écologie, réchauffement climatique, sous-développement, disparition des espèces et des langues (environ 6000 actuellement), que nous ne disposions pas encore d’une langue de communication moins difficile que les autres, que pourraient apprendre à un bon niveau non seulement une "élite" dont la formation, le métier et les déplacements lui permettent d’être polyglotte, mais aussi la plupart des gens ?

Nota. Une étonnante nouvelle vient de me parvenir : une telle langue existerait depuis plus d’un siècle ; les gouvernements et les grands médias feraient tout pour bloquer son développement, pour des raisons idéologiques, politiques et économiques. Son nom serait espéranto, je n’en sais pas plus pour l’instant.

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