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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 18:16

L'homme qu'on nous présente depuis quelques semaines comme le président de la république n'est manifestement pas Nicolas Sarkozy.

Écartons d'emblée l'hypothèse d'un extra-terrestre revêtu d'une apparence humaine : NS a beau être hyper-atlantiste, admirateur de Bush et de ses fanatiques du lobby militaire, pétrolier et messianique, les séries « V » ou « Les envahisseurs » restent de la SF. Quoique...
L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est qu'on a remplacé notre président par un Sarkosozy !

Techniquement, ce sosie est assez réussi : visage, voix, carrure - c'est du bon boulot, digne des meilleurs maquilleurs du cinéma, mais pour le reste, non.
La montre, OK, ils n'ont pas commis l'erreur de remplacer sa belle et coûteuse montre par une tocante en plastique.
Mais le gars est un mauvais mime : où est passée l'agitation qui faisait les délices des humoristes et des imitateurs ? Ces tics nerveux qui faisait tressauter son épaule comme si un socialiste l'avait mordu à la cheville ? Où sont sa pêche et son bagou de bonimenteur ? 
L'imposteur nous rejoue la force tranquille de Mitterrand, alors que notre Nicolas, c'était la force fébrile.

Et cette gentillesse, cette douceur inusitées ? Rendez-nous notre NS, le vrai, celui du verbe haut et cru, capable de renvoyer l'insulte à un quidam, bien protégé par un service d'ordre d'une ampleur encore jamais vue, le président le plus coûteux de la Ve en déplacements et service d'ordre, l'homme dont l'Histoire retiendra les paroles historiques « Casse-toi, pauv'con !  », faisant oublier les saillies d'un Chirac pourtant réputé pour la verdeur de ses métaphores (en privé).

Et cette conférence devant huit chaînes de télé, alors que notre NS, le vrai, fuyait les journalistes comme la peste ?
(Il n'a pas tenu ses promesses de deux à trois conférences de presse par an.)

D'ailleurs, son équipe, forcément dans la confidence, tâche de contrebalancer cette mauvaise imitation en dézinguant à tout va la moindre intervention publique de François Hollande, au point que les médias les désignent déjà sous la sobriquet collectif de « snipers ».

Même les plumes du sosie sont à côté de la plaque : le Sarkozy nouveau semble se gargariser de l'adjectif « social » ; il se préoccupe des malheureux ouvriers dont les emplois sont délocalisés, et le sort des ouvrières de Lejaby lui tire presque des larmes, au point de les inviter à l'Élysée. On croirait Jaurès ressuscité.

Il promet une TVA sociale, il parle social, et probablement rêve-t-il social. D'ailleurs, pour ses prochaines vacances, l'Élysée cherche un camping une étoile, de préférence social – si vous avez une adresse à petit prix sur la Côte d'Azur...

Qui peut croire qu'un président fasciné comme lui par la réussite et le fric ostentatoire, au point d'aller se reposer de son succès électoral sur le yacht de Bolloré, visite l'Amazonie dans une pirogue sans carré VIP et sans douche ? (Qu'il a fait rajouter dans l' « Air Sarko One ») Il se préoccuperait de neuf morts au fin fond de la jungle entre bandes d'orpaillage illégal ? 

Et toutes ces mesures annoncées ? Après avoir explosé le budget comm et sondages, multiplié les ruineux partenariats public-privé (prisons en location, « Pentagone à la française »), offert une niche fiscale de 20 millions d'euros aux grandes entreprises, voulu pistonner son fils à la tête de l'Epad, le Sarko nouveau serait devenu le comptable rigoureux des deniers de la nation ?


"Je gère", c'est son leitmotiv actuel, comme un bon père de famille. Mais le vrai Sarko ne gère pas : il cogne ! Il guerroie, écrase les dictateurs après les avoir royalement reçus, résout le conflit georgien, pacifie le Caucase, le Proche, le Moyen voire l'Extrême-Orient tout en regardant de haut Merkel et Obama, sauve l'euro chaque mois, et il a, grâce à la loi Hadopi, inspiré au FBI la fermeture de Megaupload ; quant à ses rivaux de l'UMP et à ses adversaires du petit pays qu'il dirige (avant un plus grand destin), il ne valent pas la salive nécessaire pour en parler.

Ce battant éternel serait donc devenu cet homme craintif qui attend le dernier moment pour annoncer qu'il se représente ? Non, je ne peux croire qu'il ait organisé lui-même cette mauvaise substitution pour prendre des vacances avec sa petite famille, sentant ces élections mal barrées : notre Sarkozy se serait battu jusqu'au bout, en fauve blessé. Jamais il n'aurait cautionné une imposture aussi mal fichue.

Et que fait son pote Squarcini, a-t-il engagé tous les moyens de la DCRI pour le retrouver ?

Car si le citoyen qui veut réélire Nicolas Sarkozy mérite le respect républicain pour le sacrifice de deux dimanches d'élections, j'en appelle à l'Élysée au nom de ceux qui veulent voter contre lui : rendez-nous Nicolas Sarkozy, le vrai, celui de la niaque et du bling-bling ! Nous voulons virer l'authentique, pas son sosie. Qu'on ne nous gâche pas notre petit plaisir électoral ! Et notre illusion d'agir sur la marche du monde...

(Pour aller plus loin : une analyse de la subjectivité du choix des photos)

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