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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 15:39

Au SIAL 2010 (Salon International des professionnels de l’Agroalimentaire) à Paris, on a pu voir un produit nommé "Sojasun" avec une mention en espéranto « sen aldonaĵoj » (sans additifs) bien en évidence. Modeste mais significative apparition professionnelle d’une langue que beaucoup en France croient mort-née !

Ce produit laitier est fabriqué par la société Triballat Noyal (également productrice des produits biologiques de la marque Vrai). Le siège de cette société est à Noyal sur Vilaine.
(Leur site)

Pour info : « sen aldonaĵoj » = sans additifs : le radical est don- (donner, à l’infinitif doni), auquel s’ajoute des affixes : le préfixe « al », le suffixe «  » qui est le produit ou l’objet, la finale « o » des substantifs, et le pluriel « j ». Pour la prononciation, c’est en gros "al-do-NA-joï", accent tonique toujours sur l’avant-dernière syllabe.

Pourquoi cette société a-t-elle choisi l’espéranto ? Laissons-la répondre elle-même lors d’un entretien avec le CFIA, une organisation professionnelle  :

« Demain, c’est aussi construire une culture européenne. Qui dit « culture européenne », dit « communication »… « Nous nous sommes dit que l’esperanto pouvait être un modèle » explique Olivier Clanchin. Lorsque l’on ironise sur le sujet espéranto, le président sourit : « Hé bien… là aussi, comme pour le Bio ou le soja, des gens ont envie d’y croire. Nous y avons cru pour les autres projets, et ça a marché… alors, l’esperanto, pourquoi pas ? Cela en vaut la peine, il faut essayer, c’est positif d’être prêt à relever des défis ! » L’entreprise est un bon vecteur pour tester ce concept. Du moment qu’il y a du collectif avec des gens n’utilisant pas la même langue, l’esperanto peut être un véhicule cohérent qui se maîtrise 10 fois plus vite que l’anglais.
« N’oublions pas que nous sommes une Europe à 27. Si nous avions tous une langue commune, cela accélérerait pas mal de démarches. De plus, dans la logique du développement durable, là où l’on parle de réduction d’emballage, comment faire avec autant de langues que de pays pour un seul produit à exporter ? Lorsque vous achetez un produit électroménager combien y a-t-il de kilos de papier, de notices, dans toutes les langues ? Je pense que la langue du pays, l’anglais, puis l’esperanto pourraient suffire. Enfin, l’esperanto est la seule langue équitable… car personne ne naît avec. »

Un journal régional avait présenté ce projet il y a un an et demi : lorsque Triballat a acquis son premier outil de production à l’étranger (Integralimenti à Forli, près de Bologne), Olivier Clanchin, son président, a eu l’idée d’essayer l’espéranto comme langue de communication avec ses filiales à l’étranger.

Ces dernières années, la communication internationale professionnelle a utilisé soit l’anglais (économie, sciences, etc.), soit les langues locales - car les entreprises se sont aperçues que pour vendre un produit, le plus efficace, et de loin, est de communiquer dans la langue du client.
Cette innovation récente, quoique modeste, est donc une bonne nouvelle pour tous ceux qui pensent que l’espéranto est l’espoir d’une communication internationale efficace et équitable, pas seulement entre les gens, mais aussi professionnellement : c’est à notre avis la langue la plus adaptée pour les ONG.

On peut donc espérer le développement d’un affichage bilingue français-espéranto, ou, pourquoi pas dans le cadre européen, fr-angl-Eo.

L’espéranto, un siècle et des poussières après sa naissance, est toujours une langue à part, on le voit bien à cette situation paradoxale : bien vivant, international, présent sur tous les continents, très dynamique sur la Toile et sur le terrain, mais semblant toujours poser un problème aux « élites », intellectuels à la française, hommes d’influence des médias ou officiels, qui ne savent qu’en penser, quelle attitude adopter.

Alors que les médias régionaux ont présenté l’initiative de cette entreprise sans clichés et sans préjugés, de grands médias comme le Nouvel obs ou les infos télévisées boycottent jusqu’au mot « espéranto » ! Certains enseignants disent même aux élèves que c’est une langue morte, un essai raté... et l’espéranto n’est toujours pas autorisé au bac en option, alors que 57 langues y sont possibles !

En somme, on semble parfois perpétuer les réticences de la France qui a jadis bloqué l’espéranto à la Société des Nations alors qu’il aurait pu être recommandé comme langue internationale. Dans quelques pays il est davantage soutenu officiellement : en Hongrie, en Pologne ou en Chine (site, festival de Nankin) par exemple, mais en général son développement passe par les gens et les bonnes volontés, tout simplement.

Au fait, c’est quoi l’espéranto ?

Une langue construite, à partir des quelques langues très utilisées fin 19e, la seule langue construite qui se soit développée jusqu’à la reconnaissance internationale officielle, la seule à se développer et à trouver des locuteurs à chaque génération, minoritaire et méconnue mais présente sur tous les continents, très largement plus facile que, par exemple, l’anglais ou le français du fait de sa régularité, neutre car indépendante d’une ethnie ou d’un pays.

C’est donc en quelque sorte la langue équitable pour une communication internationale où chacun doit faire un effort voisin - légèrement plus important pour les Asiatiques à cause du vocabulaire, mais ce problème se pose également à eux en anglais, la difficulté phonétique en plus.

Cette spécificité et la propension naturelle de chaque pays à privilégier le développement de sa propre langue, surtout les « grandes langues », ainsi que la pression considérable pour faire de l’anglais la langue de l’Union Européenne font que sur la question de la communication internationale, nous sommes toujours dans l’affrontement, la « guerre des langues », plutôt que dans la réflexion et l’expérimentation objective.
 
D’ailleurs n’en est-il pas de même avec la « guerre des monnaies » dont on parle régulièrement ces temps-ci ? L’usage d’une monnaie nationale comme monnaie internationale permet au pays concerné de manipuler l’économie en sa faveur en faisant tourner la planche à billets, et même si la mise en place d’une monnaie internationale de référence serait très difficile (comment fixer la valeur respective de chaque monnaie ?), le besoin et l’idée sont bien là, et l’analogie avec la "guerre des langues" est évidente.

Espérons qu’aux guerres succèdera le bon sens - celui de l’intérêt commun.

(Nota : la traduction pour l’entreprise a été réalisée par l’entreprise Lingua force)

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Published by Krokodilo - dans Espéranto
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commentaires

Sebĉjo 07/01/2011 00:49


Interesa artikolo, dankon!


Jean-Jacques DUMONT 02/12/2010 21:51


Bonjour,
J'ai lu avec intérêt certains de vos billets.
Voici une analyse courte qui peut-être retiendra votre attention.

La séquence est relativement simple:
- La langue est l'influx nerveux des sociétés.
- La langue est ce qui caractérise le mieux l'appartenance à une communauté nationale.
- C'est au sein de la communauté linguiste nationale, qu'ont été bâties toutes les solidarités (services publics, retraites par répartition, sécu, éducation nationale gratuite, etc …).
- C'est au sein des communautés linguistes nationales que l'expression des peuples (la démocratie) peut s'exprimer; qu'ont pu voir le jour les conquêtes sociales qui ont renforcé en retour la
nation; car c'est au sein de ces communautés linguistes nationales que le peuple partage sa valeur suprême: sa langue.
- L'Europe n'est pas une communauté linguiste. Par contre, l'oligarchie européenne, occidentale (et au-delà) est quasiment monolingue: elle pousse pour que toutes les élites de la terre se parlent
en anglais, au détriment de toutes les autres langues nationales.
- L'égalité devant l'éducation n'est plus assurée du fait de l'apprentissage impossible de la langue anglaise. En effet, les sons très variés et très étalés en gamme de la langue anglaise, la
rendent difficile à maîtriser à l'oral, sans des heures et des heures de pratique, qu'un long séjour dans un pays anglophone peut procurer. Cela donne un avantage considérable aux jeunes des
familles aisées ayant pu séjourner une année dans un pays anglophone. Lorsque certains de ces élèves sont de retour, l'oligarchie peut y trouver facilement son vivier pour se perpétuer.
- Au plan des médias, l'offensive est de taille: par exemple sur les radios: plus de chansons italiennes, espagnoles, kabyles, brésiliennes…! plus de raï, plus de salsa !
Pourquoi ? Parce que cela n'est pas en anglais!
- Pour des raisons historiques et géopolitiques, la langue anglaise est bien le média principal pour l'application du néolibéralisme au niveau planétaire, avec au passage la fin des nations.
- Permettez que des nations collaborent entre elles dans une langue de travail à l'international autre que l'anglais et la gangue mortifère du néolibéralisme se relâchera.
- Au contraire, poursuivez avec la tendance actuelle de faire parler et écrire les élites entre elles uniquement en anglais, alors les nations disparaîtront et avec elles tous les progrès sociaux
qui ont pu être gagnés dans le cadre des communautés linguistes nationales. Disparaîtront également la variété des expériences sociales humaines. Ne restera alors qu'un seul ensemble de valeurs
pour vivre en société (enfin ce qu'il en restera), un monde plat, contraire à toute logique naturelle qui consiste au contraire à diversifier les expériences sociales et culturelles pour que
l'humanité toute entière puisse en bénéficier.
- Il est vrai que les pays émergents ne veulent pas imiter forcément les pays occidentaux. Mais ils sont actuellement obligés de parler l'anglais pour communiquer à l'international, souvent même
pour échanger simplement avec des pays tous proches d'eux. Qu'ils poursuivent dans cette voie et ils subiront le même sort que les pays européens: la remise en cause progressive des solidarités;
cela se produira à plus long terme pour eux (en particulier pour la Chine) que pour l'Europe qui a fait pour l'instant de l'anglais la lingua franca de ses "élites", mais cela se produira tout de
même de manière inexorable, peut-être dans 20 ou 30 ans.
- C'est parce que l'espace Soviétique et les pays de l'Est parlaient le russe comme langue d'échange qu'ils ont pu tenter un autre modèle pendant 70 ans. Ils auraient échangé en anglais, leur
expérience n'aurait pas duré longtemps.
- C'est parce que l'espace hispanophone est suffisamment grand, que plusieurs pays d'Amérique Latine s'engagent depuis plusieurs années sur des voies de progrès.
- C'est parce que l'espace chinois dispose du mandarin comme langue d'échanges inter-ethniques que les chinois tentent une expérience où le politique est encore au-dessus du marché. Qu'ils fassent
davantage pénétrer l'anglais dans leurs élites et il en sera fini de leur spécificité.
- Ainsi, même si cela semble à première vue utopique, la seule clé pour inverser la progression mortifère du néolibéralisme (et de ses corollaires que sont la chute des nations, des solidarités et
l'aplatissement des diversités et des cultures) consiste à ce qu'une autre langue de travail à l'international prenne son envol et surpasse à terme la langue anglaise.
- Il y en fait deux candidats possibles: l'espagnol et l'esperanto.
- L'espagnol (400 millions de locuteurs, plus facile (beaucoup) à comprendre à l'oral que l'anglais.
- L'esperanto (langue en progression en Chine et ailleurs) est également un excellent candidat, car il pourrait sauver les langues nationales, donc les nations et inverser la tendance pour enfin un
retour au progrès social. Il pourrait en particulier se combiner avec la reprise par les nations de leur capacité de battre monnaie, capacité perdue en 1973, perte qui est l'une des causes
principales de la dette publique.
L'esperanto a aussi l'avantage de la simplicité (10 fois plus rapide à apprendre que l'anglais, construction en lego comme le chinois, d'où son succès modeste mais croissant là-bas). Il est surtout
neutre, ce qui fait que des pays comme la Chine, le Japon, la Corée et la Russie pourraient le pousser politiquement pour des coopérations économiques et scientifiques. L'Allemagne suivrait (pour
mieux exporter vers ces pays), puis la France, les autres pays latins et ainsi de suite…
- L'espagnol dispose de l'avantage de la masse. S'il triomphait, cela ne serait pas un mal pour le français, également langue latine. S'appuyant sur un contexte géopolitique différent de la langue
anglaise, l'espagnol ne devrait pas remettre en cause l'existence des langues nationales au sein des élites comme peut le faire l'anglais. Par contre, l'avantage tiré par les jeunes allant
perfectionner leur espagnol dans un pays hispanophone existerait; toutefois ce phénomène serait plus léger que dans le cas de l'anglais, du fait de la plus grande simplicité des sons espagnols qui
fait que cette langue est plus aisée à enseigner à l'oral à l'école.
- Que cela soit le succès de l'espagnol ou de l'esperanto, le français gagnerait de toute façon le terrain perdu dans le monde du travail en général (grandes entreprises), ainsi que dans le monde
des sciences et des techniques; car oublier sa langue dans les sciences ne fait pas avancer la compréhension fine des concepts et décourage les jeunes des pays d'Afrique et d'ailleurs qui font
encore confiance au français pour décrire la science.
- La diversité culturelle y gagnerait aussi, surtout avec l'esperanto, langue neutre. Elle y gagnerait aussi avec l'espagnol, car on pourrait s'attendre à une sidération moindre des élites envers
cette langue qu'elle ne l'est aujourd'hui envers l'anglais.
Pour les programmeurs, les chansons "internationales" ne se limiteraient pas aux chansons en anglais (sous prétexte que c'est la seule langue que ces personnes connaissent en plus de leur langue!);
on verrait resurgir des chansons en italien, en grec, portugais, corse, espagnol, arabe, allemand, …La diversité du monde enfin ! dans le respect des peuples et des nations.

- Maintenant l'équation est claire: soit le succès de l'un de ces candidats (l'esperanto qui est le meilleur candidat ou alors l'espagnol) pour la langue de travail à l'international, soit la
régression des nations, des solidarités et des diversités. Espérons que certains pays émergents comprendront les enjeux, car en Europe, il est à craindre qu'il ne soit déjà trop tard. Il en
reviendrait alors aux peuples de ces pays émergents de nous montrer la voie.

Cordialement et bravo pour vos articles.
Jean-Jacques.Dumont@wanadoo.fr


Krokodilo 07/01/2011 23:24



Merci, pour vos encouragements et votre commentaire. Justement, au sujet de l'espagnol, je voulais en faire en 2e langue au lycée, mais l'année où l'on devait choisir, il n'y avait pas de prof
(pas de poste), donc j'ai fait italien.


Pour les chansons, j'ai néanmoins remarqué que sur les radios régionales, la diversité était bien plus grande, les salsas que vous évoquez y sont. Evidemment, je suppose qu'entre l'Alsace, le
pays basque,  la Catalogne ou la côte d'Azur, l'influence du voisinage doit être déterminante, en tout cas la différence est très nette d'avec Nostalgie, par exemple, très anglosaxonne bien
que nombre de tubes de ma jeunesse y passent. Le formatage n'est pas si total ni si répandu, c'est plutôt une spécialisation, un créneau différent pour chaque radio. mais mes enfants sont
bombardés de chansons anglophones sur NRJ je crois. En fait, même si je milite pour l'espéranto, j'apprécie moi-même une bonne part de cette culture, Beatles, blues, reggae, Rolling stones, Sade,
et même de la country !