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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:07

Ce départ était rendu nécessaire par la volonté du gouvernement de créer une holding qui regrouperait tout l’audiovisuel extérieur français, France24, RFI, et TV5 monde pour partie.


TF1 possède 50% des parts de France 24 ; on pourra lire, par exemple les explications du site Challenge.

Précisons que l’audiovisuel extérieur français, ce sont les télévisions que les Français financent mais ne peuvent regarder, puisque eux sont à l’intérieur ! A-t-on idée de regarder la télé au lieu de travailler plus, non mais !

La naissance de France 24 est rappelée sur Wikipedia, et remarquablement détaillée sur Bakchich.info qui explique les méandres de sa création, où se mêlent politique et business. "Eurosport", filiale à 100% de TF1, a beaucoup participé à la naissance de France 24 (les locaux sont en face, à Issy-les-Moulineaux) et y a gagné de juteux contrats sans que France 2 puisse en discuter... Ils rappellent aussi que le but principal de TF1, en entrant dans le capital, était d’empêcher la diffusion de France 24 sur la TNT et l’ADSL, afin de ne pas faire de l’ombre à son bébé, LCI.

Un citoyen naïf, à l’âme simple, se dirait que TF1 n’ayant déboursé que 18500 euros à la création (les frais de constitution), ayant réussi à bloquer la diffusion de France 24 sur le numérique, ayant obtenu de bons contrats pour sa filiale "Eurosport", n’ayant pas déboursé un sou pour le fonctionnement de la chaîne dont l’Etat seul a supporté le coût des 88 millions d’euros annuels, étant de plus sur le point de recevoir le fabuleux cadeau de la suppression de la pub sur France 2, allait se montrer beau joueur et céder ses parts gratos, mais ce citoyen-là ne comprend rien au business : quand on a des copains au coeur de l’Etat, il faut en tirer le plus possible !

Comme le pensait en avril 2008 "Ecrans", un site de Libération.fr, « Ça s’inscrira dans une négociation globale, avec par exemple la suppression de la publicité sur France Télévisions. »

Pour tout un chacun, cela signifiait qu’en échange de tous ces cadeaux successifs TF1 renoncerait à toute prétention pour quitter une chaîne dont la moitié lui a été offerte sur un plateau par le président Chirac et le gouvernement Raffarin. Mais non, le gouvernement a cédé et lui a offert 2 millions pour son Noël : 2008, année faste pour TF1, le champagne va couler à flots !

Des sommes folles avaient été évoquées : TF1 aurait demandé jusqu’à 90 millions d’euros !

Le moins qu’on puisse dire, c’est que cet accord final n’a pas été beaucoup commenté par les médias. Mieux : il a été présenté par Le Figaro comme un succès de l’Etat ! Au motif que les prétentions de TF1 de 90 m ont abouti à 2 minables millions :

« France 24 : un tout petit chèque pour TF1 :
(...) Un succès pour les pouvoirs publics qui, il y a à peine trois mois, se voyaient demander par TF1 la somme de 90 millions d’euros pour s’éclipser sans histoire. »

Trop forts à TF1 : demander une fortune pour se goinfrer sans soulever de protestations ! Ils lisent Machiavel au petit-déjeuner, ou Sun Tzu ? A moins que notre gouvernement ne soit trop faible ? Chacun jugera.

"Télérama" se montre moins naïf que "Le Figaro" :

« Les contribuables en tout cas apprécieront car, dans l’intervalle, c’est l’Etat qui a intégralement financé le budget de fonctionnement de France 24 (88 millions d’euros en 2008). Mieux ou pire, Marcel Rogemont, député SRC d’Ile-et-Vilaine, a indiqué que France 24 payait 700 euros par minute les images qu’elle achetait à TF1, alors que TF1 n’offrait à France 24 que 400 euros par minute pour ses images. C’est sans doute ce qu’on appelle un accord gagnant/perdant. »

"L’Express", lui, se montre pince sans rire grâce à des guillemets bien placés qui leur permettent d’ironiser sur les « petits millions » :

« Dans l’entourage de la ministre, on précise que la somme accordée à France Télévisions d’une part, et TF1 d’autre part, pour qu’ils se retirent de France 24 au profit de l’Etat représenteraient "quelques petits millions". »

Si un Français a besoin urgent de « quelques petits millions » qu’il écrive vite au Ministère de la culture !

L’affaire est néanmoins assez embrouillée, car d’après Télérama, il a fallu insister beaucoup pour que la ministre Albanel daigne détailler aux députés les conditions précises de sortie de TF1 , qui ne se fait pas pour solde de tout compte, mais avec la poursuite de certains contrats de vente d’images, ce qui n’est pas pour éclaircir la situation.

« Après négociations, France Télévisions et TF1 recevront chacune deux millions d’euros d’indemnités. France 24 signera plusieurs contrats d’exclusivité avec ces deux groupes qui lui fourniront des images de sport, d’actualité et d’archives. »
("Le Monde")

En outre, deux licenciements récents ont rappelé l’ambiance délétère qui règne à French24, cette Voice of France soupçonnée dès sa création d’être la voix du prince, cette télévision anglophone (et faussement polyglotte) financée par des Français qui ne peuvent pas la regarder... et dont le statut privé-public assez malsain laissait supposer qu’elle serait difficile à gérer.
Un article récent d’ Agora Vox en parle.

Il nous semble que la seule issue honorable pour French 24 est de fermer boutique, ou d’être démantelée ou fusionnée dans cette télévision publique extérieure en cours de formation, qui devrait d’ailleurs utiliser les images de France 2 et France 3, inutile de faire doublon.

Dès sa création, il était manifeste que, si l’on avait vraiment voulu une télévision polyglotte, il eût été à la fois plus économique et plus efficace de soutenir le développement d’Euronews, ou de participer à la création d’une véritable télévision publique européenne qui regrouperait les forces des différentes chaînes publiques, lesquelles mettraient une partie de leurs images à disposition. On ne cesse de nous répéter qu’il faut construire l’Europe, qu’il faut de grands projets, qu’il faut créer un esprit européen, une âme, et il n’existe même pas une télévision européenne (Arte, seulement franco-allemande, est déjà anachronique avec ses 2 langues), alors même que ce média, malgré ses dérives possibles dans le bas étage type télé-réalité, reste un puissant outil culturel pour toucher des dizaines de millions de personnes. Non : la logique européenne qui prévaut actuellement est de renforcer des groupes privés tels que TF1 et M6.

Mais la naissance de cette holding ne règle pas tout, car les autres pays francophones ne veulent pas se retrouver obligés de financer une voix de la France, dans laquelle ils ne feraient que signer le chèque :

Sur "La Libre Belgique," le Pr P.Musso (université de Rennes) fait un parallèle avec l’Italie et parle du risque de dérive à la Berlusconi suite à la loi sur l’audiovisuel français que le gouvernement tente en ce moment de faire passer :

« Pourquoi privilégier la télé privée plutôt que le service public ? C’est le choix politique actuel. Mais on aurait pu choisir de renforcer la coopération entre les services publics européens. Dans l’aéronautique, ce fut le cas avec Airbus qui a damé le pion à Boeing ou Ariane espace qui l’a emporté sur la Nasa. Il existe des entreprises publiques encore fortes telles que la BBC, la RAI, la ZDF, la RTBF et même France Télévisions qui pourraient s’associer afin de créer un très grand groupe européen. »

Même thème développé par Pinsolle, blogueur associé de Marianne :
« République « irréprochable » ou république des copains ? »

Il est rappelé notamment que TF1 semble n’en avoir jamais assez : des députés voulaient que le créneau dégagé par la suppression de la pub sur France 2 soit occupé par des messages civiques et éducatifs, ce qui supprimerait le risque que des spectateurs soient accrochés par le démarrage de la soirée sur France 2 !

Mais trêve de sinistrose. La bonne nouvelle, c’est que la France est à nouveau riche ! On se croyait surendettés, les caisses vides... Mais pas du tout. La preuve : on flambe à tout va ! 400 millions à Tapie sans que l’Etat ne s’y oppose, 2 millions à TF1, des milliards pour les banques, des golden parachutes comme s’il pleuvait des parachutistes, 292% d’augmentation du budget communication du gouvernement en un an selon le "Canard enchaîné", et hier, une soudaine augmentation des fonctionnaires par ce nouveau ministre de la relance ! Tant qu’on y est, il est urgent de nommer un ministre des pesticides, de la misère sociale, du réchauffement planétaire et des intempéries. Youpi, haut les coeurs ! Portez vos bijoux à 15000 euros sans honte et sans traitement d’image !

Alors, écrivons tous au Père Noël de l’Elysée, il semble avoir la hotte bien garnie, mais peut-être seulement pour ses copains... Pris en flagrant délit de favoritisme, le Père Noël n’est plus ce qu’il était !

 

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