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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 13:05

Un article de Alice Liu, traduit de la revue espérantophone "Monato" (mai 2010) – le traducteur étant également responsable du choix des liens hypertexte.


Ce n’est pas la Saint-Valentin qui presse les Chinois vers leur domicileavant le 14 février, mais la traditionnelle fête de printemps.
(Wikipedia)

La date varie d’une année sur l’autre entre la dernière décade de janvier et la deuxième décade de février, et tombe le premier jour de l’année lunaire chinoise. Les Chinois festoient sept jours.
La réunion familiale est longuement attendue par les Chinois. Au seuil du Nouvel an chinois, le foyer attire comme un aimant tous ceux qui sont au loin depuis longtemps. Quelle est la nature de cette force ? La culture. Il est émouvant d’assister à la télévision, avant la fête, à l’exode des passagers dans les aéroports et dans les gares.

La fête est appelée ainsi parce qu’elle tombe au début du printemps, la première saison de l’année, quand renaissent dans la nature diverses formes de vie. Dans la culture chinoise, la fête de Printemps est marquée par un dîner familial qui réunit les générations, par l’explosion de pétards qui, pense-t-on, chassent les mauvais esprits, par les vœux du Nouvel an qu’on présente aux autres en signe d’harmonie, et par l’accrochage au mur, ou de part et d’autre de la porte d’entrée, de devises parallèles qui expriment l’aspiration au bonheur. Sans ces traditions, les Chinois perdraient une culture très ancienne.

A grande échelle

La migration de la fête du Printemps, la plus grande de l’histoire humaine, s’étale chaque année sur une quarantaine de jours. Cette année, elle a commencé le 30 janvier. Les avions, les trains, les autobus et les bateaux sont pris d’assaut. Le Ministère des chemins de fer chinois avait estimé qu’aux alentours de la fête du Printemps, les trains transporteraient 210 millions de personnes, soit 5,25 millions par jour. Chaque jour, du 6 au 12 février, 180 000 passagers sont montés dans les trains à la gare occidentale de Pékin, avec un pic à 310 000 passagers.
On s’imagine bien que les billets soient difficiles à obtenir. Bien qu’on puisse en acheter dans les gares ou auprès de leurs agents, ou les commander par téléphone, textos et Internet, on n’est pas sûrs du tout d’obtenir des places assises. Il faut faire la queue pendant des heures dès le petit matin, avant le début de la vente des billets. A Pékin, trois gares ferroviaires fonctionnent jour et nuit avec 410 guichets de vente, y compris ceux qui sont réservés aux étudiants et aux travailleurs originaires de la campagne. Pendant cette période circulent 91 trains supplémentaires.

Bondés

Cependant, voyager signifie parfois souffrir. Le 25 janvier, le train entre Shenzhen et Xinjiang s’est arrêté seulement quatre minutes à la gare de Dongguan, où plus de 1500 passagers attendaient. Les conducteurs ont aidé les passagers à grimper par les fenêtres du train. Cette scène a été photographiée et diffusée sur Internet. Le site Dayang a dit que dans le train de Guangzhou (Canton) à Xinjiang, toutes les places assises étaient occupées, les gens étaient entassés dans les couloirs, dans les sas entre les wagons, dans les toilettes, et même sur les dossiers des sièges.
Dans la région de Guangdong, 130 000 ouvriers issus de la campagne sont revenus chez eux en motocyclette, dans les provinces de Guandji, Guizhou, Hunan et Sichuan, par souci d’économie. Ils voyageaient avec casque et imperméable, seuls ou à plusieurs. Les autorités locales ont envoyé 20.000 policiers pour réguler le trafic et installer sur la route des aires de repos pour les voyageurs.

Spéculation

Avant et après la fête du printemps de l’année 1993, les prix des billets de train furent temporairement augmentés pour modérer le trafic en certains endroits. Cela n’a cependant pas pu diminuer le nombre de passagers. Depuis 2008, les billets de train ne sont plus augmentés pendant les festivités. De nouvelles règles ont été fixées pour limiter l’achat de billets en grand nombre, afin d’en freiner le marché noir. Ainsi, pour acheter un billet, il est nécessaire de fournir une pièce d’identité ou une de la vingtaine d’autres attestations - comme pour les billets d’avion.

Ces nouvelles mesures ne semblent pas avoir été efficaces, et de nombreuses personnes les critiquent sur Internet. Un forumeur a émis cette opinion : « Les règlements ne peuvent pas augmenter la capacité du trafic, ils causent au contraire davantage de blocages, parce que la technologie pour falsifier les attestations est plus avancée que celle qui permet d’imprimer les billets. »

Infrastructure

A côté des solutions provisoires, la Chine a fait de grands investissements dans les infrastructures. Ces quatre dernières années, on a construit une ligne de train à grande vitesse, sur plus de mille kilomètres. Selon le ministère chinois des chemins de fer, en 2012, les régions reliées par les TGV représenteront 95% de la population. A ce moment-là, le temps de transport sera considérablement réduit. Par exemple, le voyage entre deux grandes villes comme Wuhan et Canton, distantes de 1068 kilomètres, prendra moins de trois heures, c’est-à-dire huit de moins qu’aujourd’hui. Le voyage entre Pékin et Hong-kong ne dure déjà plus 24 heures, mais seulement le tiers.
 
La raison principale de cette migration à grande échelle réside dans le fait que le développement économique des diverses régions de Chine est déséquilibré. De nombreuses forces vives, qui ne sont pas nécessaires, quittent les villages pour les villes et les petites villes pour les métropoles. Par rapport à la façade maritime orientale, les autres régions demeurent relativement pauvres.

Stagnantes

Au début de la politique de « réformes et ouverture », les villes du littoral oriental, comme Shenzhen, Canton, Shanghai et Dalian, furent les premières à nouer des relations commerciales avec les pays étrangers, et l’économie y connut un rapide développement. Mais d’autres régions, surtout les provinces occidentales, comme le Sichuan, le Yunnan, le Tibet et Qinghai, ont stagné. C’est pour cela que les habitants des régions pauvres, surtout ceux faiblement éduqués, ne veulent et ne peuvent trouver dans les villes orientales que du travail manuel peu qualifié.
Certains migrants craignent de revenir chez eux. Le journal "Jeunesse chinoise" a fait une enquête en ligne, à laquelle 1840 personnes ont répondu. 69,4% ont déclaré avoir peur de « perdre la face » (humiliation), parce qu’ils ne pouvaient gagner suffisamment d’argent pour s’afficher devant leurs parents et amis. D’autres craignent la forte affluence, le mariage forcé par les parents, les attentes de banquets fastueux et l’argent à offrir aux enfants pour le Nouvel an.

La migration à grande échelle est un phénomène unique, propre à la Chine. On peut espérer que lorsque les politiques favorables aux paysans se seront concrétisées, comme par exemple la suppression d’impôts agricoles, des subventions pour acheter des appareils ménagers électriques, un soutien financier à la culture du coton ou le soja et d’autres plantes agricoles, les paysans pourront prospérer chez eux plutôt que de gagner péniblement leur vie dans les villes.

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