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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:45

Pour marquer le cinquantième anniversaire de la signature des Traités de Rome, le Parlement européen a tenu, le 9 mai, Journée de l’Europe, une séance spéciale avec des lauréats européens de Prix Nobel. L’un d’eux a évoqué la barrière des langues comme un frein majeur à la naissance d’une identité européenne. En France, aucun journal ni aucune télévision nationale n’a rapporté l’événement. Pourquoi ? (Dans le cas contraire, merci de me le faire savoir).

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Texte

Reinhard Selten est un économiste allemand né le 5 octobre 1930. Pour ses travaux sur la théorie des jeux, il a reçu en 1994 le Prix Nobel en sciences économiques, avec John Harsanyi et John Nash. Il est aussi connu pour ses travaux sur la rationalité limitée, et peut être considéré comme l’un des pères fondateurs de l’économie expérimentale. Il est professeur émérite à l’Université de Bonn. Il a produit des œuvres en espéranto, et a soutenu la branche allemande du parti Europe-Démocratie-Espéranto aux élections européennes.

« Reinhardt Selten a d’abord exprimé son "honneur et sa joie" d’être accueilli au Parlement à l’occasion des 50 ans de l’Europe, soulignant que "l’intégration économique a progressé de manière stupéfiante", et rappelant que l’union monétaire qu’on croyait impossible est un "grand succès". A ce sujet, il espère que "l’indépendance de la Banque centrale restera intacte" avec le traité constitutionnel. Il a ensuite appelé à la nécessité d’une identité européenne forte. Pour lui, ce déficit d’identité est lié au problème linguistique, et estimant que la domination de la langue d’une nation n’était pas acceptable, il a plaidé pour l’enseignement de l’espéranto, qui "permettrait une solution neutre". »

« Pour le moment, ce sont les élections régionales ou nationales qui attirent toute l’attention ; cela devrait être plutôt les élections européennes. Il devrait aussi y avoir un changement institutionnel mais ce n’est pas tout. La langue est aussi un domaine important pour développer une identité européenne : l’espéranto serait utile dans ce sens. Et il n’existe toujours pas de journal quotidien qui soit distribué et lu partout en Europe.

Voici un extrait de son allocution, version originale en allemand, traduite en français d’après la version espéranto :

« Ein wichtiges Hindernis auf dem Weg zu einer starken europäischen Identität sind die innereuropäischen Sprachbarrieren. Dieses Sprachproblem bedarf einer Lösung. Die Dominanz einer Nationalsprache kann nicht die Antwort sein. Auf die Dauer ist nur eine neutrale Lösung akzeptabel. Keine Nation darf benachteiligt werden.

Eine leicht erlernbare Plansprache wie Esperanto ermöglicht eine neutrale Lösung des Sprachproblems. Eine zweite Fremdsprache wird sehr viel leichter erlernt als die erste. Der Zweitspracheffekt ist so stark und Esperanto ist so leicht, dass es günstiger ist, erst Esperanto zu lernen und dann eine nationale Fremdsprache, als nur diese Fremdsprache allein. Das ist durch Schulversuche wissenschaftlich erwiesen. »

« La barrière des langues au sein de l’Europe est un obstacle important sur le chemin d’une plus forte identité européenne. Ce problème linguistique demande une solution. La suprématie d’une langue nationale ne peut être la solution. Sur le long terme, seule une langue neutre est acceptable. Aucune nation ne doit être désavantagée. »

"Une langue facile à apprendre comme l’espéranto permet une solution neutre du problème linguistique. On apprend plus facilement une seconde langue étrangère que la première. L’effet d’une seconde langue est si fort, et l’espéranto est si facile, qu’il est plus favorable d’apprendre l’espéranto en premier, et ensuite une langue nationale, plutôt que cette langue étrangère seule. C’est scientifiquement prouvé par des tests scolaires. Quelques pays pourraient d’abord faire un traité sur l’enseignement scolaire de l’espéranto. On pourrait ensuite étendre ce traité aux autres pays." (Traduction de la deuxième partie par le site SAT-Amikaro : http://www.esperanto-sat.info/ )

Pour faire bonne mesure et confirmer le boycott et les réticences de nos médias traditionnels à aborder le thème de la barrière des langues dans l’UE, de l’hégémonie de l’anglais toujours plus évidente dans l’UE, voici une autre info récente que vous ne verrez probablement pas commentée beaucoup :

Début juillet, le groupe libéral ALDE a organisé dans le Parlement européen un séminaire ouvert au public sur le thème de la discrimination linguistique dans l’Union européenne. Une dizaine d’orateurs ont parlé, entre autres le Pr François Grin, dont le rapport (2006) a été boycotté par tous les médias français. Il a présenté à nouveau les diverses solutions linguistiques possibles pour l’UE, essentiellement le plurilinguisme, l’anglais, l’espéranto, se refusant à choisir en tant qu’expert, car ce choix dépend des critères retenus : coût pour chaque pays, aspect démocratique, efficacité, ou autres facteurs. Etaient également présents Giorgio Pagano pour l’ERA (Esperanto Radikala Asocio) et Renato Corsetti, président de l’UEA (Universala Esperanto Asocio), et Marco Cappato pour le MEP (Parti radical, Italie).

Si vous souhaitez une confirmation de la conférence débat, sur le site de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe

ou en anglais sur le site Eurolang :

« The sociolinguist and economist François Grin discussed how the European Union’s 23 official languages mean up to 506 theoretical language combinations for interpretation and translation. He illustrated that, if there were a language policy and plan, that various mechanisms could facilitate the practical implementation of multilingualism at an EU level whilst keeping overall costs within 1 % of the total EU budget. »

Il faut remarquer, tant sur le site de l’ALDE que sur Eurolang, l’absence de toute mention de l’espéranto, pourtant largement analysé parmi les solutions possibles, et malgré la présence d’une association française et une italienne ! Pourquoi ?

Conclusion :

Cette fois-ci, dans mon article, aucun argumentaire sur l’espéranto ni sur les inconvénients de la solution anglais lingua franca de l’UE (ce sera pour une prochaine fois), rien que de l’info brute, de l’officiel estampillé Europa francophone (si, si, ça existe... un peu), confirmé sur l’Europa anglophone - si, si, ça existe... beaucoup !

A chacun de réfléchir, de se demander pourquoi certaines infos sont boycottées et moins commentées que les maillots de bains de l’été ou les bouchons sur la route des vacances.

A l’intelligence collective de dire si elle approuve la conclusion abrupte de Cavanna, dans La Belle Fille sur le tas d’ordures (L’Archipel, 1991) :

« Vous ne voulez pas de l’espéranto ? Vous aurez l’anglais. Bien fait pour vos gueules ! »

P.-S.

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