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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 18:07

 

La boisson Red Bull autorisée en France. Demain peut-être le "poulet-javel" étatsunien... Les dérives sanitaires de l’UE.



1. Christine Lagarde vient d’autoriser la commercialisation en France de la boisson Red Bull, contenant de la taurine, passant outre l’avis défavorable de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, qui souhaitait attendre fin 2008 les résultats d’une étude complémentaire de l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments).

Cette boisson était interdite en France depuis 1996, suite à des avis défavorables et répétés du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF), en raison notamment "d’effets neuro-comportementaux indésirables (...) de la taurine", un de ses composants, estimé dangereux par l’AFSSA, mais elle était autorisée dans 25 pays européens. L’acheter à l’étranger ajoutait un petit goût d’interdit, et le frisson du contrebandier lorsqu’on en ramenait pour les copains !

La taurine est un acide aminé présent dans l’alimentation, mais ici consommé à environ 500 fois la dose habituelle. En outre, toute la pub de cette boisson est un plaidoyer masqué pour le dopage des jeunes (stimulant, énergétique, etc.)

 Sa version jusqu’alors interdite va donc remplacer le modèle déjà en vente, à base d’arginine faiblement dosée, sous réserve d’un avertissement la déconseillant aux enfants et aux femmes enceintes. Le groupe a retiré la plainte qu’il avait déposée contre l’état français... auquel il demandait la modique somme de 300 millions d’euros à titre de dédommagement !

"Surtout, la réglementation européenne récente oblige désormais les pays de l’Union à faire la démonstration de la toxicité d’un produit. La charge de la preuve incombe donc aux pouvoirs publics et plus à l’industriel. Or, aux yeux de Bercy, le dernier avis de l’AFSSA en date du 12 novembre 2007 est jugé un peu léger. "Les doutes de l’Agence, c’est une chose, mais cela ne suffit pas à démontrer la dangerosité du produit", justifie un haut fonctionnaire de Bercy."

On peut s’étonner que la décision finale revienne au ministère de l’économie et non à celui de la santé... Il nous semble que si l’on a cédé par manque de preuve établies de la toxicité de cette boisson, et devant le culot de cet industriel qui réclamait une énorme indemnisation, la première chose à faire est de lancer des études de toxicité et un suivi des consommateurs, et, en cas de toxicité avérée, de rendre la monnaie de sa pièce à ce groupe en lui réclamant au minimum quelques milliards d’euros pour empoisonnement des Français !

En outre, la soumission de la santé publique à des impératifs économiques (sont-ils toujours si impératifs que ça ?) nous paraît être une dangereuse dérive de la France et de l’Union européenne, qui viennent d’autoriser la commercialisation du stock d’huile frelatée ukrainienne (coupée à l’huile de moteur), excepté la Grèce qui a même interdit toute l’huile en provenance d’Ukraine depuis le premier janvier.

Les médias français ont été d’une grande discrétion sur le coup, impossible de connaître la liste des quelques 200 produits qui vont utiliser ce stock (quelques marques ont été citées par "Le canard enchaîné").

2. Dès la mi-juin, l’Union européenne va essayer de nous imposer le "poulet-javel" (procédé américain de nettoyage intensif des poulets en raison du manque d’hygiène et de normes en amont).

Le commissaire européen à l’industrie, G. Verheugen, a convaincu 6 pays, et va prochainement tenter d’emporter la décision (source : "Le canard enchaîné" 28/05/08).

Après-demain, les Etats-Unis tenteront de nous faire accepter un autre produit douteux toujours refusé par la France, leur bœuf à l’hormone de croissance, et de nouveau par le biais de l’UE...

La construction européenne implique-t-elle de renoncer à se fixer des règles sanitaires ? D’accepter les desiderata des USA, d’adopter leur mode d’alimentation et leurs normes ? Les USA dont la sévérité de l’agence alimentaire, la FDA, est très surestimée, on l’a bien vu dans le documentaire sur Monsanto diffusé sur Arte (de Marie-Monique Robin, et son livre "Le monde selon Monsanto"). En France même, le lobbying des semenciers a obtenu une loi tout à fait scandaleuse, par laquelle la responsabilité d’une éventuelle contamination d’un champ bio sera non pas celle du fabricant des semences, mais celle du cultivateur !

Les USA peuvent bien manger ce qu’ils veulent, battre tous les records d’obésité, mais comment l’UE accepte-t-elle de se coucher devant leurs menaces de procédures devant l’OMC – où ils sont tout-puissants...

Le transfert de souveraineté à l’UE n’est pas seul en cause dans ce désintérêt pour l’écologie. L’idéologie actuelle du gouvernement s’oriente vers une déréglementation du droit du travail, vers un démantèlement de la sécurité sociale au profit des assurances privées, une transformation des services publics en simples entreprises mises en concurrence, dont certaines font des choses formidables, mais dont le but premier n’est pas et n’a jamais été le bien public mais le profit, le plus grand et le plus rapide profit possible. Seul un état fort peut songer au bien-être de ses citoyens. Ou une Europe forte et soucieuse du bien public plus que de l’intérêt de telle ou telle groupe industriel.

Parfois, pourtant, l’UE résiste aux pressions énormes du monde de l’industrie, comme en votant le protocole Reach, édulcoré mais bien réel, qui obligera à tester une grande partie des substances chimiques – que nous ingurgitons depuis longtemps ! Mais souvent l’UE cède, en une espèce de mouvement de balancier qui irait une fois vers les multinationales, une fois vers les citoyens.

Autre exemple de cette vision méprisante des états et de l’intérêt public : le projet d’organisation de la pharmacovigilance (surveillance des médicaments) en Europe. Tel qu’il est en préparation, il confie pratiquement tout aux industries pharmaceutiques elles-mêmes, les mettant dès le départ en situation de conflit d’intérêt. Ce sont elles qui recueilleraient les données, jugeraient "qu’une relation de cause à effet est au moins raisonnablement possible" et feraient la première analyse des données, avant de transmettre (ou pas !) les infos au centre de pharmacovigilance de l’OMS. Dans ce projet, les agences nationales seraient quasiment court-circuitées, sans aucun moyen d’étude, soumises au bon vouloir des compagnies pharmaceutiques, et l’on sait à quel point elles sont passées maîtres en manipulation des médias, des médecins et des patients - par le biais des associations et des sites "d’aide" (en anglais, car, au cas où vous l’ignoreriez, la Commission a construit une UE anglophone, au mépris des textes fondateurs de l’Europe).

La construction européenne, c’est bien joli, mais à chaque pas le risque est grand d’un affaiblissement des Etats et de la mise en place d’une Europe ultralibérale où le marché est censé se réguler lui-même.

Rappelons que l’industrie en général a soutenu pendant quasiment un siècle – avec l’aide d’administrations complaisantes et d’experts liés aux firmes – que l’usage de l’amiante ne présentait pas de risque sanitaire, alors que le risque cancérigène était connu depuis le début du 20e siècle. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, une pharmacovigilance aux mains de l’industrie pharmaceutique serait plus qu’inquiétante.

Quand tirera-t-on les leçons de tous les scandales sanitaires du siècle passé, amiante, distilbène, sang contaminé, hormone de croissance ? Il ne s’agit pas de freiner tout progrès scientifique, ni de verser dans un mythique risque zéro – surtout quand dans le même temps on accepte la roulette russe de la circulation automobile, - mais de simple bon sens : une ou plusieurs agences sanitaires indépendantes des industries est le minimum à exiger de l’UE.

3. Un acte révolutionnaire : boire de l’eau !

Finalement, cette modeste affaire de boisson nous pose une grande question : celle de la croissance. Quel type de croissance doit-on privilégier ?

L’avenir de l’Humanité passe-t-il par la mise à disposition de chaque être humain de Red Bull, Fanta, Coca-cola, Pepsi-cola, Perrier, Schweppes, Orangina, Gini, Limonette, Bidule à bulles, Machin sans bulles, etc. ?

Personnellement, nous pensons que l’avenir est à la décroissance, ou plutôt, en termes plus optimistes, à l’alter-croissance.

C’est en ce sens que boire de l’eau est révolutionnaire !

Pendant des siècles, pour faire la révolution, on avait en gros quatre options :

— la révolution à la française, avec massacre de nobles, de bourgeois et de curés

— la révolution bolchevique, une variante de la précédente

— la révolution militaire, encore appelée "coup d’état", avec largage des opposants par avion militaire au-dessus de l’océan

— ou enfin la révolution religieuse pour installer une théocratie fanatique.

Toutes ces révolutions ont leurs charmes, et gageons que nous en verrons encore quelques-unes bien sanglantes, mais il faut reconnaître que tout ça est un peu dépassé, totalement ringard, aussi barbare que douteux quant aux résultats.

Le vrai révolutionnaire est aujourd’hui un militant écolo, qui boit de l’eau ! Car boire de l’eau, c’est dire à notre ministre de l’industrie qu’elle n’a pas à passer outre les recommandations du Ministère de la santé, c’est exiger d’avoir de l’eau potable et sans pyralène à l’inverse des poissons du Rhône, sans nitrates, sans pesticides, sans factures salées - c’est un signe de solidarité avec les millions de gens sur Terre qui n’ont pas cette chance...

Et ce n’est que le début de la révolution de l’alter-croissance, car, sans forcément devenir tous végétariens, il faudra aussi que nous diminuions fortement notre consommation de bœuf, la protéine la plus coûteuse à produire, la moins écologique : la fabrication de ces protéines nécessite beaucoup de céréales pour nourrir ces gros bestiaux qui crachent du méthane – et quand je dis "crachent" je me comprends ! 1,4 milliards de vaches !

Mieux vaut privilégier la volaille et les poissons s’il en reste et s’ils survivent aux antibiotiques à forte dose, fréquents dans les fermes maritimes.

Les révolutionnaires les plus ardents auront aussi à cœur de boycotter les courses de F1, inutiles et polluantes, de voyager moins en avion, de respecter les limitations de vitesse, voire de proposer de les ramener à 80 sur route et 120 sur autoroute...

Longtemps l’archétype du mâle a été dans la plupart des cultures le chasseur ou le guerrier (c’est en général le même, qui change juste de proie), défenseur de son peuple et accessoirement conquérant. Mais le vrai mâle de demain sera végétarien, tout au plus se permettra-t-il des œufs et du poisson deux fois par semaine, et la bonne vieille poule au pot le dimanche. Pas de panique : un peu de charcuterie sera probablement possible, ainsi que du fromage ! Je ne sais pas s’il séduira autant les reproductrices que le fier guerrier, mais l’avenir est à lui ! J’en vois d’ici qui trouvent cette révolution un peu déprimante ; qu’ils se rassurent, avec la guerre de l’eau qui s’annonce, les occasions de prouver sa bravoure et sa virilité ne vont pas manquer.

En outre, s’il y a une chose dont on peut être sûrs, c’est qu’avec l’inexorable augmentation des prix du pétrole, la démographie, l’émergence des pays en voie de développement, l’épuisement des ressources, les crises des marchés financiers hors de tout contrôle, si vous n’allez pas à la décroissance, c’est la décroissance qui viendra à vous !



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