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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:23

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas de foot, mais de langues, deux annonces de renforcement de la coopération linguistique dans le cadre scolaire et universitaire de la Tunisie.

  Lu sur WMC économie, dont je cite en intégralité la brève, car ça vaut son pesant de pudding :

« Selon le nouvel ambassadeur du Royaume-Uni à Tunis, M. Christopher O’Connor, son pays est en train d’apporter les dernières retouches à un vaste programme de coopération avec la Tunisie en matière d’apprentissage et de maîtrise de la langue anglaise.
Ce programme vise à renouveler, dans les écoles, lycées, universités, centres de recherche et administration l’apprentissage de l’anglais.
Il s’agit de toute évidence d’une bonne nouvelle lorsqu’on sait que la maîtrise de l’anglais est devenue de nos jours un passeport incontournable pour réussir dans beaucoup de domaines. »

On remarquera l’effet d’annonce : un communiqué assez triomphant, publié avant même que le pays concerné n’annonce officiellement ces mesures ! Le fair-play se perd un peu outre-Manche, on dirait, ou M. l’ambassadeur veut justifier son salaire ?
On remarquera aussi le coup bas : toujours rappeler le cliché de l’anglais indispensable pour la réussite sociale et professionnelle – bon, il est presque honnête, il a dit dans beaucoup de domaines, pas dans tous ! Citons pêle-mêle des métiers où l’anglais est indispensable à un haut niveau : artiste-peintre, dessinateur de BD, plongeur de haut vol, footballeur professionnel, champion d’échecs, scaphandrier, mathématicien, écrivain, et, surtout, interprète franco-chinois.
On remarquera aussi que l’anglais n’a aucun scrupule à tenter de s’imposer sur les dernières zones d’influence de la francophonie...

Il est piquant de mettre en parallèle une récente déclaration de la France :

« La France va consentir un effort pour la promotion de l’enseignement du français en Tunisie. La conseillère de coopération et d’action culturelle, Mme. Laurence Haguenauer, a donné les grandes lignes de ce programme, au cours de la conférence de presse organisée par Serge Degallaix, ambassadeur de France à Tunis, L’envoi d’enseignants tunisiens en France pour parfaire leur formation en langue française est examiné par les deux gouvernements. »

Le reste de l’article détaille diverses mesures, tant au secondaire qu’au niveau universitaire.

Que conclure de ces deux annonces à peu de temps d’intervalle, dont la coïncidence est frappante ?

Que la guerre des langues est permanente, cette espèce de lutte d’influence aux frontières impalpables, silencieuse, sans dégâts ni victimes visibles.

Que malgré la place grandissante de l’anglais dans l’UE, sa suprématie ne s’arrêtera qu’avec la capitulation générale. En matière de guerre des langues, il n’y a pas d’armistice, et les dernières zones d’influence du français - Vietnam, Liban, Maroc, Tunisie, Algérie, Afrique noire - sont ou seront toutes sollicitées par l’anglais, se verront proposer aide et subventions par la GB ou les USA pour développer leurs enseignements, accepter dans les meilleures conditions les enfants de l’élite politique locale, recruter leurs meilleurs élèves pour les facs et labos anglophones, et au final s’imposer en une ou deux décennies comme la première langue étrangère à l’école primaire et secondaire. Pas de pitié entre amis et frères Européens !
Plus on cède à l’anglais, plus il prend !

Cet exemple aux frontières maritimes de l’Europe nous rappelle que la question linguistique de l’Union européenne est aussi boycottée par les médias qu’importante pour le futur de l’UE, si futur il y a... Espérons que le thème de la barrière linguistique sera enfin discuté dans les médias pendant la campagne des élections européennes.

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