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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:46

Les matchs entre la Scientologie et l’État français se suivent et se ressemblent : l’État prend une claque à chaque rencontre !



Malgré la pudeur des télévisions à ce sujet et la timidité des députés, dont une poignée seulement a demandé une commission d’enquête, on sait que la Scientologie vient de marquer un superbe point lorsque l’Assemblée nationale lui a évité par avance la dissolution !
Celle-ci avait été requise par le procureur (jugement le 27 octobre prochain), mais cette possibilité a maintenant disparu - et ce, même si la présumée « erreur collective » des députés était corrigée au plus vite - faute de rétroactivité.
(« Non rétroactivité de la loi pénale plus sévère, on ne pourrait l’appliquer à l’affaire qui a été jugée. » selon le blog de Maître Eolas.)

Reprenons un peu l’historique des rencontres équipe de France-Sciento

1983 : première plainte.
Les policiers-enquêteurs trouvent le dossier solide, voire accablant, et recommandent la mise en accusation : la Scientologie est en difficulté, l’issue du match est incertaine à la mi-temps.
Mais la juge alors en charge favorise les négociations entre plaignants et Scientologie. On soupçonne des transactions financières occultes, et, comme on dit dans le foot, à quoi ça sert d’avoir plein de blé si on peut pas s’en servir ?
Plusieurs plaignants retirent leur plainte : la première manche est pour la Sciento ! 1-0.

« Reprenons le fil. Nous sommes en 1998 à Paris. Nicolay Fakiroff, avocat d’une des victimes de la secte, s’inquiète de l’inertie du dossier auprès du juge d’instruction, Marie-Paule Moracchini. Quinze ans se sont déjà écoulés depuis la première plainte » (Bakchich.info, article rapporté par le site prévensectes)

Bref, on joue les prolongations : le match s’éternise, les spectateurs s’ennuient.

Quand soudain survient un incroyable retournement de situation : on s’aperçoit qu’un tome et demi du dossier a disparu du palais de justice !

On reconnaît les sportifs d’exception à leur capacité à se surpasser dans les grandes occasions ! L’équipe de France est sonnée par ce corner venu d’on ne sait où.

« Stupeur : à la faveur des diligences de l’avocat, on constate qu’une partie du dossier d’instruction a disparu. Un tome et demi s’est volatilisé, peut-être dans le cabinet du juge, peut-être dans les couloirs du Palais de justice de Paris. Qu’à cela ne tienne, il y a certainement des copies. Non ! Contrairement à la règle et à l’usage, Marie-Paule Moracchini n’a pas photocopié les pièces. Gênant, très gênant. »
(Bakchich.info)

La Scientologie a-t-elle marqué un joli but, ou un membre de l’équipe de France a-t-il marqué contre son camp ? On ne le saura jamais, car l’enquête n’aboutira pas, le ou les coupables n’ont jamais été identifiés.
Qu’ils soient ou non à l’origine de ce coup fumant, ne soyons pas mesquins : comptons une manche pour la Scientologie : 2-0

S’ensuit un embrouillamini, une succession de juges en charge du dossier, des rencontres incertaines dans les bureaux feutrés de la Justice, où aucun des adversaires ne prend le dessus. Le match s’enlise à nouveau.

Mais en marge des prétoires, la Scientologie marque un joli but : Tom Cruise est reçu par N.Sarkozy en août 2004, puis passe à TF1 au 20 heures ! Le score s’aggrave : 3-0

Ceci dit, il faut relativiser cette victoire : de très nombreux dictateurs ont eu les honneurs de la France, aussi bien à l’Elysée qu’au défilé du 14 juillet, et encore récemment la Patrouille de France a été envoyée faire son spectacle devant le colonel Kadhafi, dans l’espoir d’avoir du gaz bon marché, et de vendre – enfin – quelques rafales. Les infirmières bulgares ? Quelles infirmières ? Elles sont libres, non ?
Tom Cruise et la Sciento, au moins, n’ont pas de sang sur les mains (encore qu’en lisant "prévensectes", on s’interroge...), seulement des dollars, des francs, des marks et des euros – en fait, ils acceptent toutes les monnaies...

Le match se traîne à nouveau, dans l’indifférence quasi-générale, jusqu’en Octobre 2007 où on siffle la fin de la partie : non-lieu ! La Sciento emporte le match par 4 manches à 0.

« Qui a dit que la scientologie ne réalisait pas de miracles ? Au terme de 25 années d’instruction – oui, vous avez bien lu, un quart de siècle, ce qui en fait la plus longue instruction de l’histoire judiciaire française ! - une vingtaine de membres de la secte, poursuivis pour « escroquerie et exercice illégal de la médecine » ont bénéficié, en octobre 2007, d’une très discrète ordonnance de non-lieu rendue par un juge parisien. »
Bakchich.info sur prevensectes

25 ans de procédure ! Un record de France, ça mérite bien qu’on leur accorde un point bonus : 5-0.
Vous croyez qu’ils allaient sortir le champagne et fêter la victoire comme le premier sportif venu ? C’était mal les connaître : ils ont illico contre-attaqué !

Quand on a vraiment l’esprit sportif, on n’hésite pas à saluer les qualités de l’adversaire. Reconnaissons donc l’exceptionnelle combativité de la Scientologie et la pugnacité de ses attaquants qui savent pousser la France dans ses retranchements et la forcer à jouer en défense :

« Les scientologues entreprennent, eux aussi, de poursuivre l’Etat pour « faute lourde ». Les dysfonctionnements de la justice ont empêché qu’ils soient jugés dans un délai raisonnable, plaident leurs avocats. La justice va se montrer plus généreuse avec la secte qu’avec ses victimes : en 2005, l’Etat est condamné à verser 109 400 euros aux scientologues poursuivis. »
(Bakchich même article)
 
L’équipe de France doit dédommager ses adversaires ! Très fort : 6-0 !

Et aujourd’hui, en septembre 2009, l’Assemblée nationale sauve par avance la Scientologie d’une éventuelle dissolution, superbe but dans la lucarne : 7-0. Mais tiré par quel buteur ?
Résumé des faits par Le Monde.

Il n’y aura semble-t-il pas de commission d’enquête parlementaire, pas même une petite « enquêtouille » : les députés ont parlé d’une « erreur collective ».
L’écriture collective, ce n’est pas facile : avez-vous déjà essayé de tenir un stylo à huit ou dix ?

« En réalité, c’est une des petites mains du Gouvernement qui a rédigé cette proposition avant qu’elle ne soit transmise à Jean-Luc Warsmann, qui a joué les idiots utiles. Il m’est impossible de l’identifier. » (Maître Eolas)

Il y a bien quelques journaux et quelques personnalités qui s’interrogent :
« La Scientologie a-t-elle infiltré la Chancellerie ? » (Nouvel obs)

« Après le tollé, la controverse. L’article 124 de la loi "de simplification et de clarification du droit", adoptée le 12 mai par les députés, provoque une polémique entre la commission des lois de l’Assemblé nationale et la chancellerie.
Qui, des députés ou des juristes du ministère de la justice, a supprimé la disposition numéro 1 de l’article 131-39 qui consacre la dissolution de la personne morale condamnée pour escroquerie, permettant ainsi à l’Eglise de scientologie d’échapper à une peine qui l’aurait définitivement contraint de cesser ses activités en France ? Qui a tenu la plume ? »
(Nouvel obs)

Celui ou celle qui a rédigé cet article a-t-il été influencé (terme pudique, quasi-poétique pour une éventuelle infiltration de la Scientologie dans les plus hautes sphères du pouvoir), a-t-il agi sur la suggestion d’une plus haute autorité ? On ne le saura pas. C’est une démocratie, pas le temple de la vertu et de la transparence !

Vous aurez remarqué le « progrès », je reprends car c’est assez frappant :
1998, scandale, enquête : l’enquête n’aboutit pas.
2009, scandale : pas d’enquête !

Encore bravo, on peut accorder un point bonus à la Scientologie pour ce remarquable progrès dont bien des délinquants voudraient profiter. 8-0

Selon un récent article du Monde en ligne, "Pour le Syndicat de la magistrature, au-delà du sort judiciaire réservée à la Scientologie, cette affaire révèle "les conditions déplorables dans lesquelles on fabrique du droit en France".

Les plus rationalistes expliquent que la Scientologie a bénéficié de la dépénalisation du droit des affaires qui se camoufle derrière une prétendue simplification du droit.

Mais pas du tout : cette affaire révèle la chance surnaturelle de la Scientologie, son destin béni des Dieux.

Pour tout dire, entre la France historiquement catholique et protestante, quoique laïque, avec son Dieu fatigué qui peine à remplir ses églises faute de miracles, et la Scientologie dont la puissance tutélaire affiche une forme divine, je m’interroge... Je ne suis pas loin de penser que c’est une vraie religion, protégée par un Dieu doté de pouvoirs bien supérieurs !

D’ailleurs, l’article litigieux nous est arrivé directement du ciel, on le comprend bien à la lecture de cette analyse du Monde :

« "L’alimentation de ces textes provient de plusieurs sources. Un spécialiste du droit pénal a dû rédiger cette partie du texte", estime M. Blanc. Qui est ce spécialiste ? Un magistrat ou un juriste de la chancellerie ? Un administrateur de la commission des lois ? Le rapporteur ne le sait pas, pas plus que la chancellerie. "Ce n’est pas quelqu’un de chez nous. Cette partie du texte nous est arrivée comme ça et n’a jamais donné lieu à la moindre remarque", assure-t-on à la direction générale des affaires criminelles et des grâces, un service de la chancellerie. »

Un consensus semble s’établir sur le fait que cet article s’est écrit tout seul !
Lourdes n’a qu’à bien se tenir, les miracles ont maintenant lieu à Paris, c’est quand même plus moderne qu’une vieille grotte dans une montagne perdue.

Cette insolente succession de victoires et de miracles commence à m’inquiéter. La France n’est pourtant pas la première démocratie venue : pays des droits de l’homme, des Lumières, puissance nucléaire, siège permanent à l’ONU, alors que la Scientologie n’a qu’un gros yacht en guise de porte-avion.
 Le Dieu de l’argent serait-il plus fort que le nôtre ? C’est vrai que la France laïque entretient des rapports difficiles avec les dieux en général : nous auraient-ils lâchés ?

Réponse le 27 octobre lors de la prochaine rencontre, jour du jugement dernier : on verra bien de quel côté est le vrai Dieu !


Nota : si vous voulez une analyse juridique fine de cette incroyable bavure de nos députés, délectez-vous avec le blog de Maître Eolas, fort clair même pour des non-juristes.

Entre autres choses, on y comprend qu’il y a trop de lois, trop vite et trop mal rédigées, que la plupart des propositions de loi soi-disant issues de nos députés proviennent du gouvernement, que les députés ne lisent pas les lois qu’ils votent, que les magistrats ne lisent pas le Journal officiel, dont la version électronique met plusieurs semaines à paraître, raison pour laquelle une peine devenue illégale a pu être requise sans que les avocats de la Scientologie – pourtant pas des manchots – s’en soient aperçus ! Et c’est la MIVILUDES tant décriée par la Scientologie, qui a révélé l’affaire ! Ce serait drôle si ce n’était pas triste.

« Là, je trouve Jean-Luc Warsmann gonflé, et je pèse mes mots.
Non seulement il n’assume pas sa responsabilité bien qu’il affirme le contraire puisque pour lui, c’est une responsabilité collective (et quand c’est la faute à tout le monde, c’est la faute à personne), mais en plus, il se scandalise que le parquet ne réalise pas immédiatement ce que lui même ne réalisera que quand la MIVILUDES sortira l’affaire. »

Et dans son précédent billet, cet avertissement bienvenu à notre démocratie :

« (...) une anecdote peut-être pas si anecdotique que ça vient opportunément attirer l’attention sur le danger de ces lois fourre-tout, passées par proposition de loi donc sans examen par le Conseil d’État (la proposition Warsmann 3 sera bien soumise au Conseil d’État, grâce à la réforme Constitutionnelle de juillet 2008). On en arrive à faire voter n’importe quoi au législateur sans que celui-ci ait la moindre idée de ce qu’il vote.
Démonstration. Qui peut faire frémir car elle touche au droit pénal. »

« Au-delà de ce que cette affaire peut éventuellement révéler de la capacité d’influence de cette organisation religieuse, elle met en lumière un véritable danger pour la démocratie créé par l’inflation législative, voire la diarrhée législative selon le mot d’un professeur de droit (quelqu’un sait de qui est cette délicate expression qui a fait florès ?). Les parlementaires n’exercent plus aucun contrôle des textes qui passent devant eux et votent à l’aveugle. Il suffit d’une main bien placée pour faire passer des textes opportuns sans que quiconque ne réagisse. »

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