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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 16:45

Il est parfois proposé d'intégrer les Jeux Olympiques handicapés, ou paralympiques, dans les Jeux, comment dire... normaux ? Vrais ? Je ne sais comment le formuler sans être politiquement incorrect.

 

Petit rappel historique :

le nom de "paralympiques" vient des Jeux de Stoke Mandeville, nés en 1948, destinés aux paraplégiques vétérans de la seconde guerre mondiale. Puis développés ensuite aux USA en plusieurs compétitions, avant d'être intégrés à l'olympisme.

 

Intégrer, mais comment ?

On pourrait associer à chaque discipline une épreuve handisport.

On pourrait aussi fusionner, c'est envisageable dans quelques disciplines, mais cela semble problématique car, en cas de lourde défaite, l'athlète handicapé serait placé dans une situation humiliante. Inversement, si une prothèse faisait un jour courir ou nager plus vite que les meilleurs athlètes non-handicapés (j'allais dire normaux), ce serait la polémique assurée. Cette idée qui naguère aurait fait sourire est devenue plausible depuis les stupéfiantes performances de coureurs munis de prothèses dynamiques aux deux jambes.

« Stupéfiantes » est le mot juste : nous entrons dans l'ère du dopage par handicap ! On n'arrête décidément pas le progrès.

Ici ou là, on critique les médias pour la faiblesse de leur couverture des épreuves paralympiques : quelques brèves à la fin des infos, quelques lignes noyées dans les pages intérieures. Les journalistes sportifs veillent pourtant à garder le même ton lyrique et enthousiaste que pour les « vrais Jeux », à user des mêmes formules sur le dépassement de soi, tandis que les cameramen font des prouesses pour éviter de cadrer les tribunes désertes.

Mais on oublie de s'interroger soi-même : combien d'épreuves paralympiques avons-nous regardées dans notre vie, bien installés avec la réserve de bière et de chips à portée de main ? (En intégralité : ne trichez pas !)

Allez, avouons ce secret de polichinelle  : les Jeux paralympiques tels qu'ils sont – séparés, presque relégués – ne font pas recette, hormis auprès des familles, amis, entraîneurs et personnels du sport. Nous participons donc tous d'une certaine hypocrisie.

 

Au fait, qui peut participer aux Jeux paralympiques ?

« L'objectif est de faire concourir ensemble des athlètes ayant des aptitudes fonctionnelles comparables. Dans chaque handisport, on définit des catégories. Ainsi en athlétisme, il y a des épreuves de course pour les aveugles, pour les malvoyants, pour les amputés qui courent avec une prothèse et des courses en fauteuil roulant. » (Wikipedia)

On pourrait croire que c'est simple, mais non : la définition même de handicapé éligible pour ces compétitions n'est pas évidente.

— Vous voulez courir le 100m handicapé parce qu'il vous manque deux doigts ?

— Mais c'est la main droite, monsieur l'inspecteur !

— M'en fous. Refusé.

Sont-ils réservés aux handicaps de naissance ? Non, puisque on peut avoir perdu une jambe et y participer.

Sont-ils réservés aux handicaps physiques de naissance ET acquis ? Pas seulement, puisque on vient récemment d'accepter à nouveau les handicaps mentaux – qui avaient été exclus en 2004 après des cas de tricherie, de fraude et des problèmes de classification.

En fait, nous n'avons pu trouver de définition du handicap « éligible » aux jeux paralympiques.

 

Mais les handicapés « officiels » sont-ils les seuls à être handicapés ?

De nombreuses maladies gênent considérablement la vie… Faut-il pour autant créer une épreuve handisport pour les pontages coronariens de plus de 50 ans ? Ou les diabétiques ? La maladie serait-elle exclue du champ des Jeux ? Non, lorsque son évolution a causé une amputation ou une forte baisse de la vision.

 

Faut-il alors définir plus précisément les critères, faire passer des tests ?

— Non monsieur, le lancer de poids avec un bras articulé muni de quatre pistons turbocompressés n'est pas réglementaire : un seul piston par bras est autorisé.

 

Fraude, dopage et politique n'ont pas épargné les Jeux paralympiques !

Un athlète malvoyant a été vu en train de regarder le panneau d'affichage et exulter au vu des résultats !

La politique aussi est déjà là : pour un petit pays, il est plus facile d'intégrer les Jeux paralympiques que des disciplines où depuis des lustres quelques pays squattent les places d'honneur - le niveau des compétitions y est plus accessible.

Quant au dopage, il y sera bientôt présent, s'il ne l'est déjà – il n'y a aucune raison qu'une activité humaine soit préservée de fléaux qui ont tout envahi. Moi-même, pour écrire ce modeste papier, j'ai eu recours à plusieurs tasses de café.

On voit que tout ça est assez empirique et incertain.

S'il s'agit de montrer que les handicapés peuvent se dépasser, accomplir des exploits que nombre de citadins lambdas ne songeraient même pas à tenter, les Jeux ne sont pas nécessaires : une équipe de pneumologues et de pédiatres a fait faire l'ascension du Mont Blanc à un groupe de jeunes asthmatiques, et ici de l'Aconcagua.

 

Comparativement à l'élite du sport, nous sommes finalement tous des handicapés, c’est le principe même des Jeux  : voir s'affronter les meilleurs sportifs du moment (la fameuse devise : mens sana in corpore sano, dopage excepto, ou accepto – je ne m'en souviens jamais). À côté de cet élitisme assumé, les Jeux paralympiques font pièce rapportée – ce qu'ils sont d'ailleurs historiquement, l'antiquité n'en ayant jamais eu l'idée : barbares ou moins hypocrites ?


Je n'irai pas jusqu'à dire que les Jeux paralympiques nous servent d'alibi, de caution morale. Et si cette discussion vous a laissé penser une seconde que j'étais partisan de leur suppression pure et simple, c'est que vous avez mauvais esprit - olympique. Une telle idée serait de nature à m'attirer les foudres des bien-pensants, outre une avalanche d'anathèmes.

 

Le seul argument en faveur des jeux handicapés qui me semble pertinent et dénué d'hypocrisie, c'est la banalisation du handicap par sa médiatisation, l'entretien d'une image positive, volontariste. Un refus de l'exclusion.

Reste que c'est au quotidien que des millions de handicapés sont confrontées à l'exclusion, et non à la grand-messe du sport où ils sont entourés et même choyés.


A-t-on seulement demandé à tous s'ils ne préfèreraient pas que les sommes investies dans les Jeux soient consacrées à améliorer l'accessibilité des lieux publics, à vaincre les obstacles du quotidien, plutôt qu'à offrir l'ivresse télévisuelle à une poignée d'entre eux, durant quelques petites semaines ?

 

De toute façon, je ne regarde guère non plus les véritables JO, ce haut lieu de la corruption, du sport-business, au bilan carbone déplorable, outre l'aspect nationaliste ambigu et quelque peu malsain qui voit chaque nation comptabiliser soigneusement ses médailles et le pourcentage d'or et d'argent. Celui qui pisse le plus loin n'est pas encore sport olympique mais, sait-on jamais, l'audience féminine en serait peut-être soudainement stimulée !

 

J'avais naguère prédit que les prochains JO seraient exclusivement numériques et virtuels.

Je me suis lourdement trompé, et peut-être suis-je encore dans l'erreur. J'espère qu'on me pardonnera mes digressions sur les Jeux, tous les jeux, manifestement issues d'un esprit malade... Tiens, peut-être vais-je postuler dans la catégorie journaliste-citoyen, handicapé par rapport aux vrais journalistes professionnels – preuve qu'on est toujours le handicapé de quelqu'un.

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