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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:24

Sur-titre
Titre :
Pourquoi nous sommes tous des cobayes...
Sous-titre
Descriptif :
Chapeau

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, du moins sous la plume des esprits bien faits, et il arrive parfois que l’on tombe ainsi sur une explication lumineuse qui vous frappe comme une évidence.
C’est à mon avis le cas de cet extrait du livre d’Annie Thébaud-Mony, «  Travailler peut nuire gravement à votre santé », où il est expliqué comment l’histoire des risques professionnels s’apparente à de l’expérimentation humaine !

VOIR EN LIGNE :
Texte
« Selon Lorenzo Tomatis, qui a dirigé le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pendant douze ans (1982-1993), les industriels ont acquis un rôle d’« acteurs » influents au sein même des instances d’expertise du CIRC : ils ont réussi à imposer une hiérarchie des critères scientifiques de classement des cancérogènes dans le cadre du processus d’expertise établissant la liste officielle des substances reconnues cancérogènes.
 Ce choix met l’épidémiologie en position dominante, par rapport aux autres disciplines scientifiques, dans la détermination des agents cancérogènes. Les substances dont la cancérogénicité est démontrée par des travaux expérimentaux in vitro (sur des cellules animales le plus souvent) ou in vivo (sur l’animal vivant lui-même), ne sont plus prises en considération tant que l’hypothèse de cancérogénicité pour l’homme n’est pas vérifiée via les études épidémiologiques. En d’autres termes, en matière de qualification officielle des cancérogènes, seule l’expérimentation humaine vaut preuve.
 Cette expérimentation humaine est menée sans le consentement des travailleurs et des populations soumis aux risques – ainsi transformés en cobayes – jusqu’à ce que les épidémiologistes admettent que le nombre de morts ou de malades est « statistiquement significatif ». Rappelons ici qu’en épidémiologie des cancers, compte tenu du délai entre exposition et survenue de la maladie, il faut entre vingt et cinquante ans avant de pouvoir établir statistiquement l’existence d’un lien – possible, probable, certain ? – entre un type de cancer et une substance toxique !
(...)
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors que les pays européens, en particulier la France, se dotaient de systèmes de protection sociale, le principe de précaution aurait pu prévaloir comme une des décisions politiques nécessaires en matière de prévention des cancers.
Une discipline expérimentale, la toxicologie industrielle, aurait dû s’imposer alors comme référence scientifique pour déterminer les limites du droit des industriels à faire commerce des produits dangereux. En effet, la toxicologie, domaine pluridisciplinaire à la croisée de la chimie, de la physique et de la biologie, permet d’identifier, en amont de la survenue du cancer, les mécanismes de cancérogenèse et la toxicité des produits en expérimentation in vitro puis in vivo.
 Pourtant, en dépit d’un demi-siècle d’expansion de l’épidémie de cancer, le choix politique qui perdure est celui imposé par les industriels : à savoir la quête de « preuves statistiques » de la toxicité des milliers de produits chimiques, des poussières ou des rayonnements auxquels sont exposés les travailleurs. Cela signifie attendre de pouvoir compter les morts ! »

Percutant, non ?

L’auteure parle également des rapports de force entre industrie et science, et des chercheurs sous influence. Par exemple, il est établi que l’interruption de la production d’amiante aurait pu se faire dès 1960, les éléments scientifiques étaient alors largement acquis ; le lien entre certaines pathologies pulmonaires et l’amiante avait été évoqué dès le début du 20e siècle !

Il est maintenant avéré que l’exposition aux pesticides est responsable d’une plus grande fréquence de la maladie de Parkinson chez les agriculteurs, et probablement aussi de malformations génitales par exposition in utero. Or, on en trouve jusque dans le vin !

Le raisonnement de l’auteure cité ci-dessus ne s’applique donc pas seulement aux travailleurs exposés durant près d’un siècle à l’amiante, au plomb, à la silice du charbon (silicose), au benzène, et qui sont aujourd’hui encore les plus à risque (environ 5 millions de tonnes d’agents chimiques cancérogènes ou reprotoxiques utilisés en 2005 en France), car en ce qui concerne les pesticides, ce raisonnement s’applique à toute la population, des bébés au vieillards !
Nous sommes tous des cobayes !

Une veille sanitaire et une expertise indépendante, avec mention systématique des conflits d’intérêts (càd. scientifiques sous contrat avec l’industrie concernée) est un minimum à demander dans l’UE, qui pourtant s’apprête à confier la surveillance des médicaments à l’industrie pharmaceutique elle-même !

Récemment, le protocole Reach sur les produits chimiques ( publié au journal officiel de l’UE le 30 décembre 2006) a été l’objet d’un lobbying d’une ampleur encore jamais vue, pour édulcorer le texte, notamment par Bayer et Basf, mais aussi par les USA et l’administration Bush, et ils ont en grande partie réussi, même si on peut aussi présenter cet accord comme un progrès en matière d’écologie, comme la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. 

Ouf ! Après ce sujet indigeste, il faut ouvrir les fenêtres et respirer un grand bol d’air chargé de petites particules, mais seulement après avoir mis le masque acheté en prévision de la pandémie de grippe...

Nota : l’extrait du livre et ces explications parcellaires sont basés sur l’énorme travail de documentation et de synthèse réalisé par l’équipe de La revue Prescrire, pour son numéro spécial d’août 2009, Environnement et santé.
Les erreurs, digressions ou hors-sujets, par contre, sont tous de l’auteur !
 
Un article du Canard enchaîné sur les pesticides, signé J-L Porquet, trouvé sur le blog Krokette, facile à lire en zoomanrt une fois.
P.-S.


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