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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:45

Qui joue peut-être son avenir en France, malgré la complaisance et les soutiens officieux dont elle semble avoir régulièrement bénéficié.

N’ayant aucune info particulière, je vous propose un petit tour d’horizon de la question.


Le procès de la Scientologie s’est ouvert ce lundi 25 à Paris, et, cette fois-ci, ce ne sont pas quelques personnes isolées qui sont poursuivies, mais la Scientologie en tant que personne morale.
Sa condamnation pour escroquerie en bande organisée pourrait entraîner sa dissolution, comme l’explique Le Monde en ligne  :

« Ce procès en correctionnelle aura lieu jusqu’au 17 juin. Les personnes physiques encourent jusqu’à dix ans de prison et 1 million d’euros d’amende, les personnes morales une amende cinq fois supérieure et l’interdiction d’activité, ce qui aboutirait à la dissolution du groupement en France. L’enjeu est donc crucial pour ce mouvement fondé aux Etats-Unis dans les années 50 par l’écrivain de science-fiction Ron Hubbard, qui revendique aujourd’hui des millions d’adeptes dans le monde. »

L’ordre des pharmaciens est également un des plaignants, car la Scientologie est aussi poursuivie pour usage illégal de la pharmacie

Son statut diffère selon les pays : religion, association, société commerciale ou secte.
Elle est considérée comme une secte ou une association dangereuse en Allemagne, Italie, France, Belgique, Autriche, Russie, alors qu’elle a au contraire obtenu en 2007 au Portugal un statut de religion, et que la Suède lui donne même le droit de célébrer des mariages, selon la revue Fédération française des psychologues et de psychologie.
L’harmonisation européenne s’annonce difficile !

Richissime, (non imposable aux USA en tant que religion...), la Scientologie s’est offert les services de ténors du barreau ; en outre, plusieurs plaignants se sont rétractés après arrangements financiers… Même tactique que celle utilisée par les églises aux USA après les multiples scandales de leurs prêtres pédophiles et les évêques qui les couvrent : l’argent, c’est fait pour servir !

L’avis de Jean-Michel Roulet, l’ancien président de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), sur le site Prévensectes

« - En France comme dans les autres pays, la scientologie essaie, par tous les moyens, d’éviter le scandale. On le constate en particulier par le nombre de personnes qui se désistent après avoir porté plainte. La scientologie n’hésite pas à les payer, c’est-à-dire à perdre tout ce qu’elle a gagné, pour ne pas avoir de plaignants. Parce que son objectif aujourd’hui est d’être respectable, elle cherche donc à éviter les condamnations judiciaires pour amorcer un processus de reconnaissance. […] »

« Il n’y a pas en France de législation d’exception sur les sectes. Il existe des textes pour protéger les victimes, mais aucun texte répressif pour s’attaquer aux sectes précisément. Cette situation profite à la scientologie. Toutes les lois visées dans les procédures la concernant relèvent donc du droit commun. Ce sont des soupçons d’escroquerie, d’exercice illégal de la médecine, d’infractions à la législation du travail… Sur cette base, la scientologie, se présentant toujours comme une religion, s’efforce de faire croire que les procédures pénales qui la touchent s’apparentent à de la discrimination religieuse. »

Un riche document sur You Tube, passé sur Canal plus, instructif, où l’on voit Tom Cruise reçu par N.Sarkozy en 2004, puis passant à TF1 au 20 heures, où l’on voit comment N.Sarkozy n’a pas d’avis arrêté sur la Scientologie (alors qu’il a été ministre de l’intérieur), et comment un policier de la section sectes des renseignements généraux, auteur d’une thèse sur la Scientologie, a été muté pour qu’il n’enquête plus sur les sectes. Et depuis, selon la porte-parole de la Scientologie, ils ne trouvent plus porte close au ministère de l’intérieur...

Un article de Libé en ligne
Europe 1
Comme on pouvait s’y attendre, c’est sur les sites des adversaires déclarés de la Scientologie que l’on trouve les choses les plus étonnantes :
Le site Prevensectes a fait une formidable compilation d’articles de différents journaux français et étrangers, sur des faits et des comportements trop vite oubliés de la Scientologie, et dont l’accumulation donne le vertige.
 
clos après 25 ans d’instruction ! 25, record de France… Un tome entier de documents disparus du palais de justice ! Autre record…

« Stupeur : à la faveur des diligences de l’avocat, on constate qu’une partie du dossier d’instruction a disparu. Un tome et demi s’est volatilisé, peut-être dans le cabinet du juge, peut-être dans les couloirs du Palais de justice de Paris. Qu’à cela ne tienne, il y a certainement des copies. Non !
Contrairement à la règle et à l’usage, Marie-Paule Moracchini n’a pas photocopié les pièces. Gênant, très gênant. »

Le comportement de la magistrature devant la Scientologie défie l’entendement du citoyen de base.
Encore récemment, le parquet a requis le non-lieu général. Or, le parquet, c’est le gouvernement…

D’autant que les éléments matériels semblent accablants et le délit constitué depuis longtemps : 500% de bénéfices à la vente d’un électromètre censé permettre une évaluation émotionelle du sujet testé, prétention unanimement contesté par tous les experts scientifiques, un appareil de 800€ maxi vendu jusqu’à 5000€ ! Sans compter les innombrables livres et stages que les nouveaux adeptes sont très, très vivement encouragés à acheter...

« Un autre exemple, lui aussi connu et significatif, est offert par la Scientologie, qui affirme sa mission d’église et prétend à un état d’esprit pseudo-scientifique. Tout le monde connaît la « machine » destinée au progrés mental des adeptes. L’aiguille du cadran sert de boussole psychique aux scientologues lorsqu’ils sont « audités » : celle-ci indique les changements censés survenir en eux-mêmes lors de l’exercice. » (Rapport Vivien, 1983)

Une page qui intéressera plus particulièrement les lecteurs d’Agora vox, la Scientologie et Internet

Sur le site Antiscientiologie, le témoignage (France-culture) d’une ancienne adepte qui y a passé 20 ans, détaillé, posé, parfois émouvant, et surtout édifiant.

Pour savoir jusqu’où peut aller la scientologie, quelles méthodes elle peut utiliser - très inquiétant. Tout cela paraît incroyable, pourtant le psychiatre Abgrall qui a beaucoup oeuvré contre la Scientologie avant de passer la main devant les incohérences gouvernementales, a lui aussi été victime de ces manœuvres d’intimidation et de ces menaces.

Qu’attend la France pour interdire enfin, comme l’a fait l’Allemagne, cette secte qui a ruiné des tas de gens et use de méthodes d’intimidation et de harcèlement plus que douteuses ?

Déjà le rapport Vivien, alors député-Vice président de l’Assemblée nationale, dénonçait en 1983 la rapacité de la Scientologie qui ruinait et endettait ses victimes :
« Cette secte n’avoue pas de but explicitement religieux. Elle préfére proposer des techniques d’épanouissement mental. A quel prix ?
Des pressions morales sont exercées sur l’adepte (pressions qui expliquent en partie la difficulté de quitter le groupe), comme le démontre le contrat de travail, article IV, § 2
« Dans le cas oú M., Mme, Mlle... romprait son contrat, il/elle sera tenu de rembourser l’Eglise pour toute la formation reçue dans le cadre de ce contrat ». (tarifs pouvant atteindre 52 000 F, en 1981, pour un seul cours), ainsi que l’article VI : « Le présent contrat est prévu pour une durée de cinq ans. Il ne pourra prendre fin qu’en cas de faute grave ou de force majeure » (1).
(...)Le prosélytisme de l’Eglise de scientologie n’hésite pas devant les tactiques d’infiltration »
(Nota : en milieu scolaire et dans les médias)

Un rapport de la MILS (ancêtre de la Miviludes), recommandait déjà sa dissolution.

« Au contraire, en 1995, un rapport d’enquête parlementaire qualifie la scientologie de « secte ». Quatre ans plus tard, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mils) la classe également comme secte « absolue » et recommandait même sa dissolution. »
http://www.francesoir.fr/faits-dive...
L’Express aussi a relaté en 2000 les avis contradictoires sur cette dissolution :
http://www.lexpress.fr/informations...
« Last but not least », la Scientologie semble devoir plein de pognon à l’Etat français :
« Il serait temps, enfin, que l’Etat ne ferme plus les yeux sur une dette de 48 millions de francs envers le fisc et l’Urssaf impayée par la secte depuis 1995. »

L’influence du lobbying étatsunien en faveur de la Scientologie est bien explicité dans cet entretien du Nouvel obs avec le politologue Paul Ariès, ainsi que l’aspect hautement matérialiste de cette prétendue religion :

« Le Nouvel Observateur. - Les sectes, « un non-problème en France » ? Que vous inspirent ces propos tenus - en partie démentis - par Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président ?
Paul Ariès. - Ce discours est révoltant parce que les sectes ne sont pas un phénomène marginal : elles sont à la fois des entreprises à fragiliser les individus et une machine de guerre contre les valeurs de la République. Elles sont liées, du reste, à la mondialisation, qui se réalise sous égide américaine. Avec l’effondrement des forces progressistes, les Etats-Unis recommencent à exporter leurs sectes dans le cadre d’une « guerre des dieux » qui risque bien d’être un événement majeur du XXIè siècle. La position du gouvernement français s’inscrit ainsi dans la logique d’importation de cette révolution conservatrice mondiale, symbolisée par la victoire électorale de Nicolas Sarkozy. »
« (...) mais justement parce qu’elle colle au pire de la modernité quand elle considère l’homme comme une marchandise et affirme que le salut serait à vendre [jusqu’à 400 000 euros pour un « chemin de vie », NDLR]. Sous prétexte de « libérer » l’homme de ses faiblesses, elle profane l’humain et sacralise en retour l’argent, la technique, le marché. La « technologie du bonheur » qu’elle propose, la « dianétique », destinée à rendre puissant, débouche en fait sur une déshumanisation, une remise en question du sentiment d’individualité, et au final sur la soumission au groupe. »

L’entretien se conclut en disant que la parole est désormais au citoyen. Pas faux : chacun est libre de boycotter tout film de Tom Cruise, et de juger ces jours-ci le comportement de la magistrature (25 ans pour le procès précédent, et un gros dossier « égaré »), et celui du gouvernement à l’issue de ce procès contre la Scientologie.

Chose curieuse, si la scientologie semble avoir de nombreux soutiens, ils se cachent tous !
Ce serait pourtant intéressant de savoir qui ose défendre un groupe qui fait signer des contrats d’un milliard d’années..., preuve inénarrable de leur côté délirant, inquiétant, d’un groupe qui a du monde une vision totalitaire, où les opposants et les critiques sont des « suppresseurs »… bonjour la vie démocratique.

Ah si, parfois un ou une courageuse se dévoile, plus ou moins involontairement : il est bon de rappeler la polémique de février 2008 :

« Les sectes "sont un non-problème" en France, affirme Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président Nicolas Sarkozy, dans un entretien publié mercredi dans l’hebdomadaire VSD. Et encore : "Quant à la Scientologie, "je ne les connais pas, mais on peut s’interroger. Ou bien c’est une dangereuse organisation et on l’interdit, ou alors ils ne représentent pas de menace particulière pour l’ordre public et ils ont le droit d’exister en paix".
Ces mots ont aussitôt été démentis par un communiqué de l’Elysée : "Je n’ai jamais tenu les propos qui me sont prêtés par l’hebdomadaire VSD", assure Emmanuelle Mignon. »
L’Exress en ligne
L’Express papier de la semaine dernière a d’ailleurs fait un gros dossier sur la Scientologie.

Selon un article de Bakchich.info de février 2008, le gouvernement cherche à mettre fin à la Miviludes. Peut-être, selon d’autres articles, en la fusionnant au sein d’une entité de surveillance des droits en tout genre (la Halde, etc.), la justice étant chargée d’intervenir au coup par coup, lorsqu’un délit est constitué, abandonnant plus ou moins toute idée de surveillance et de prévention.

Rappelons que tout récemment, l’UE a envoyé des enquêteurs auditionner la Miviludes elle-même ( !) pour savoir si son action ne portait pas atteinte aux libertés de pensée (signalé par le Canard enchaîné)

Malgré toutes ces pressions et incertitudes sur son avenir, la Miviludes est toujours là, et a récemment fait de nouvelles propositions.
Car il faut savoir que les sectes ne sont pas définies dans la loi française ; la Miviludes ne se préoccupe donc que de dérives sectaires - définies par une liste de critères, comme ceux de l’Assemblée nationale, où figurent en bonne place les exigences financières ahurissantes et la rupture d’avec le milieu d’origine, ce qui va de pair avec la soumission mentale.

M. Georges Fenech, nouveau président de la Miviludes, préconise dans un rapport de septembre 2008 l’évolution vers un statut législatif de cet organisme chargé d’observer et d’analyser le phénomène des mouvements à caractère sectaire.

Il propose également d’"intégrer un module sur les +dérives sectaires+ dans l’enseignement de la psychiatrie légale".

Il souhaite aussi "favoriser la création d’un observatoire européen sur les dérives sectaires et l’harmonisation des jurisprudences des Etats membres".

Selon 20 Minutes , il souhaite aussi la publication évolutive des mouvements sectaires :
« Afin de ne pas tomber dans l’écueil d’un listing rapidement obsolète et arbitraire, « notre référentiel respectera le contradictoire », a expliqué le président de la Miviludes. Autrement dit, « les organisations mentionnées pourront faire leurs observations et éventuellement modifier leurs pratiques. Ce travail de recensement sera à la disposition des professionnels. La question de le publier ou pas est actuellement soumise à l’arbitrage du Premier ministre », a ajouté Georges Fenech, qui prône une mise en ligne sur Internet, comme cela se fait en Belgique. »

Les victimes de la Scientologie sont naïves, faibles, crédules, et tout ce que vous voulez, mais chacun peut connaître des périodes difficiles où l’on est fragilisé.
Le rôle d’un état n’est pas seulement de protéger les intérêts de (au hasard) Bernard Tapie et ses 40 patates, le groupe Bouygues, les opérateurs téléphoniques ou les grossistes de la musique, c’est aussi de protéger la veuve et l’orphelin, les faibles et les malades.
C’est le rôle d’un état de rendre difficile l’action des charognards qui fondent sur les économies des malheureux gogos, tandis qu’ils flattent les puissants en leur envoyant leurs vedettes de cinéma et de la chanson.
C’est même l’honneur d’un état de défendre ses citoyens.

Ce procès est décisif, car la Scientologie est si habile, si riche et si puissante que pareille occasion ne se reproduira pas de sitôt.

Notons qu’elle peut être dissoute même si elle gagne son procès ! Question de conviction et de courage politique. Et si elle ne l’est pas, il faudra s’en souvenir au moment de choisir son bulletin de vote.
La Scientologie s’attaque à des gens fragilisés, blessés par la vie. Rendons-lui la pareille : sans être réellement affaiblie, elle a en France un genou à terre, c’est normalement le moment idéal pour porter le coup de grâce !

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