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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 14:48

dans une tribune libre du Monde en ligne. Il a rappelé le mythe de Babel, la multitude des langues, dont les nombreuses formes des langues ou dialectes régionaux, et précisé que les langues peuvent aussi être un facteur d’isolement, voire de xénophobie, faute de compréhension mutuelle.


Après quoi il a rappelé la naissance de l’espéranto (Eo), et ses buts clairement définis, ambitieux : faciliter l’intercompréhension des hommes, de toute l’humanité.

« A l’autre bout de la langue de fermeture, locale, étroite, xénophobe, il existe une langue d’ouverture, globale, vaste, cosmopolite, universelle : l’espéranto. »

Il ne tombe pas dans le piège de ne voir dans l’anglais qu’une langue neutre. Derrière une langue, de multiples intérêts sont en jeu :

« Vérité de La Palice, elle est langue dominante parce que langue de la civilisation dominante. Parler l’anglais, même mal, c’est parler la langue de l’Empire. Le biotope de l’anglais a pour nom le dollar.

Mais cette langue agit aussi comme un régionalisme planétaire : elle est également fermeture et convention pour un même monde étroit, celui des affaires, du business, des flux marchands d’hommes, de choses et de biens. »

Avec son talent habituel de philosophe et de polémiste, sans être le moins du monde ni locuteur de l’Eo (à ma connaissance) ni militant espérantiste, il a ciselé quelques belles envolées, et une formule que j’ai bien aimée : « une utopie concrète ».

« L’espéranto propose d’habiter une langue universelle, cosmopolite, globale qui se construit sur l’ouverture, l’accueil, l’élargissement ; elle veut la fin de la malédiction de la confusion des langues et l’avènement d’un idiome susceptible de combler le fossé de l’incompréhension entre les peuples ; elle propose une géographie conceptuelle concrète comme antithèse à la religion du territoire ; (...) »

Le monde est ainsi fait qu’il n’est pas toujours facile d’aller à contre-courant des clichés ou des opinions majoritaires, surtout lorsqu’on est connu ; la plupart des médias roulent pour l’anglais lingua franca, et n’évoquent que rarement l’anglicisation de l’Union européenne, de crainte de paraître anti-européens... Quant à l’espéranto, seule la presse régionale évoque régulièrement les associations locales et les congrès annuels ; parfois la presse en ligne, plus timidement. Citons aussi les chroniques d’Albert Jacquard sur France Culture, en 2003 et 2004.

Mais peu de Français savent que quelques député(e)s français et européens y sont favorables, ou que c’est une alternative tout à fait crédible à l’anglais comme langue de communication européenne et mondiale : plus facile, donc plus démocratique (moins élitiste), plus équitable et plus internationale. Et l’Éducation nationale le refuse toujours en option au bac...

Michel Onfray, en tout cas, n’aura pas à rougir des personnalités qui se sont un jour déclarées favorables à l’espéranto : qui ne serait flatté de côtoyer Gandhi, Tolstoï ou Sapir, pour ne citer qu’eux ?
« Quelques citations sur l’espéranto »

 Mais le plus étonnant reste encore les réactions des lecteurs (il faut être abonné pour réagir), où l’on voit ressurgir vieilles craintes internationalistes, clichés et préjugés, en des déclarations à l’emporte-pièce qui témoignent surtout de la méconnaissance du sujet et d’une absence de réflexion sur la géopolitique des langues. 

Rappelons quelques évidences :

L’espéranto ne vise nullement à remplacer toutes les langues, à devenir la langue unique ni du monde, ni de l’Europe – ce serait aussi impossible qu’absurde, car chacun aime sa langue « maternelle » (qui est parfois paternelle) ou natale.

L’espéranto est aussi un plurilinguisme ! Français + Eo + autre langue selon les besoins professionnels, les langues locales ou régionales, les envies ou les traditions familiales. C’est un plurilinguisme rationnel, organisé pour surmonter - enfin - la barrière des langues, toujours d’actualité quoi qu’en disent les promoteurs de l’anglais mondial, malgré des investissements financiers et humains considérables durant des décennies.

Le plurilinguisme anglais-français-allemand, prôné officiellement par l’UE (mais officieusement abandonné au profit du seul anglais), s’il flatte notre amour-propre et notre propre amour du français, ne peut guère être qualifié d’équitable envers les 24 autres langues officielles de l’Europe... ou les 6 à 7000 autres du monde ! Et surtout, surtout, il n’a en rien permis de donner enfin à toute l’humanité le moyen de bavarder ou de clavarder.

A l’époque de la mondialisation, la barrière des langues n’est-elle pas anachronique ?

Promouvoir une langue simple et internationale n’empêchera nullement la traduction des romans en français, ni un pilote de chasse en formation d’apprendre l’anglais d’aviation pour apponter sur un porte-avion étasunien, ni un commercial de faire un peu de chinois - sachant que la meilleure langue pour vendre est celle du client.

Son artificialité est à peine supérieure à celle de la plupart des langues (beaucoup ont été remaniées : italien, russe, hébreu, indonésien etc.), puisque les mots (les radicaux) sont naturels, et pour certains millénaires - majoritairement latin-grec, un tiers germaniques et divers.

On confond souvent simplicité et simplisme : une langue simple, débarrassée des anomalies grammaticales, des scories du temps confusément empilées, peut être tout aussi précise et expressive.

L’Eo n’est pas parfait, mais c’est la langue construite la plus internationale et la seule qui ait convaincu au point de renouveler ses locuteurs à chaque génération et de se développer depuis plus de 120 ans : en quelque sorte le meilleur article en magasin dans le rayon "langue construite", le meilleur candidat comme langue de communication équitable.

L’espéranto, selon la formule d’Onfray, c’est « une utopie concrète », un plurilinguisme rationnel, la volonté d’essayer la raison plutôt que la sempiternelle lutte d’influence des langues, un rêve rationnel dans un monde de brutes cultivées où chacun veut imposer à l’autre sa propre langue.  

Quelques liens

Par souci d’équité, sur Le Point, un récent article de F. Martel qui est d’un avis diamétralement opposé, favorable à l’anglais à un point étonnant... Son titre est d’ailleurs explicite :" Français, pour exister, parlez English ! "

Un article en espagnol qui reprend l’historique des langues construites :

« Las lenguas de Babel »

Son défaut est qu’il les met toutes sur le même plan, ou plutôt s’il reconnaît que l’espéranto est la seule langue construite qui se soit réellement développée, il conclut sur le klingon, qui n’est qu’un jeu anecdotique, comme si l’auteur du papier voulait éviter de porter un jugement de valeur sur les différentes langues construites, sur leur vie réelle.

Sur Agoravox, le mythe de Babel, la version biblique et la babylonienne, moins connue.

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commentaires

Marie-Jeanne Verny, mcf occitan, agrégée lettres modernes, secrétaire-adjointe fédération des enseignants de langue et culture d'oc 07/10/2010 13:41


Sur notre site, des réactions à l'article de Michel Onfray : http://www.felco-creo.org/mdoc/index_fr.php?categ=ideas,
mais aussi de nombreuses informations sur l'occitan, les langues régionales et la diversité linguistique.
Cordialement, MJ Verny


LECLERCQ Jean-Marc 25/07/2010 11:37


Onfray a fait une bonne analyse sur l'esperanto, malheureusement il l'a fait preceder d'un paragraphe catastrophique sur les langues dites "regionales" qu'il a qualifie de "porteuse de xenophobie"
sans expliquer pourquoi (est-ce expliquable ?). Resultat : polemique sur son mepris des langues de France a part le francais et l'esperanto encore passe pour une utopie fumeuse. Merci quand-meme,
Monsieur Onfray...