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8 novembre 2009 7 08 /11 /novembre /2009 01:54

Je souhaite apporter ma pierre au grand débat sur l’identité nationale lancé par Nicolas Sarkozy, en proposant de moderniser notre fière devise « Liberté, égalité, fraternité », devenue désormais un peu obsolète, désuète, voire ringarde.


Lorsqu’un génie aussi modeste qu’anonyme a eu l’idée de rebaptiser nos mairies en hôtels de ville, que n’a-t-il songé aussi à dépoussiérer ce vieux slogan ? « Fraternité », non mais, quelle drôle d’idée !

Chacun a constaté que l’idée même de nation française est abandonnée par nos dirigeants : la langue française est délaissée au profit de l’anglais, on organise des cursus anglophones dans certains établissements supérieurs - pour des étudiants qui autrefois seraient venus étudier en français, et on ne soutient plus notre langue au sein de l’UE, où elle fut jadis langue de travail.

Les citoyens eux-mêmes ne sont plus défendus par un État dont ce devrait être le rôle premier : nos impôts locaux vont démesurément augmenter, sitôt les élections passées, à cause des emprunts contractés auprès de banques qui y ont glissé de nombreux produits « toxiques » (selon l’expression consacrée par la crise) : mal ficelés, obscurs, indexés sur des ratios volontairement complexes, et qui se sont avérés désastreux. Les intérêts de ces emprunts frôlent parfois les taux usuraires !
(Le Conseil général de Seine-Saint-Denis a une dette faite à 97% de produits toxiques, la ville de Saint-Etienne doit faire face à des intérêts jusqu’à 24% !)
(source Marianne n°654)

L’État aurait tout pouvoir pour contraindre ces banques voyous à renégocier ces prêts, quitte à brandir la menace de la nationalisation.

Il le pourrait, car qu’y a-t-il au-dessus d’un État ? Rien ou peu de choses, on le voit bien lorsque l’un d’eux s’entête comme l’Iran avec le nucléaire.

Il le devrait, car ne pas le faire serait faire payer aux citoyens les dérives ahurissantes des requins de la finance qui ont mené la planète au bord d’une crise mondiale de l’ampleur de celle de 1929, ont tendu la sébile aux nations pour être sauvés de la faillite, se sont déjà refait une santé grâce à la générosité sans limite des gouvernements, entre autres de l’État français qui s’est contenté d’une charte de bonne conduite !

L’État pourrait défendre ses citoyens, mais il ne le fait pas.
 
Il faut donc prendre acte que nous sommes entrés dans une ère nouvelle, où la devise « Liberté, égalité, fraternité » n’a plus cours. Où la solidarité est remplacée par la concurrence libre et non faussée chère à l’UE, le communautarisme, le copinage, le clanisme, l’esprit de corps (Frédéric Mitterand bondissant au secours de Roman Polanski, sans mesure ni réflexion), la protection des grandes fortunes, des multinationales et des banques (refus d’une taxation exceptionnelle sur les banques).

La construction européenne favorise d’ailleurs le renouveau des langues régionales, tandis que l’influence de la langue française dans l’UE n’est plus qu’un souvenir, pour construire au final une Europe anglophone chapeautant de grandes régions transfrontalières, l’État français semblant relégué au rang de dépeceur de la puissance publique.

Il est donc évident que l’idée même de nation et d’identité française est obsolète.

L’heure n’est plus à une identité nationale, mais à une mosaïque identitaire, une version française du communautarisme anglosaxon qui reflètera la diversité sociale et culturelle de la France.

Cette noble devise « Liberté, égalité, fraternité » n’a donc plus de raison d’être : chaque collectivité doit revendiquer sa propre identité, ce qui est finalement le summum de la décentralisation !

Mais, conscient que ma proposition « Garde à vue, jungle et copinage » est imparfaite et susceptible de ne pas emporter l’adhésion de tous, je suggère que chaque commune organise des élections, afin de choisir démocratiquement la devise qui représentera le mieux ses citoyens.

Ainsi, selon les sensibilités, une ville pourra orner sa mairie d’un « Casse-toi pauv’con ! », ou d’un très actuel « Bonus, golden parachutes et primes », ou encore d’un plus classique « La France aux Français », comme d’un énergique et social « La France aux travailleurs ».
 
D’ailleurs, quelques esprits éclairés ont déjà débaptisé des noms de rue ou d’école sous des prétextes hypocrites, quand ils eussent dû le faire au grand jour au nom du libéralisme !
Ainsi, à Carpentras, une crèche Zola a-t-elle été rebaptisée "Les petits berlingots", parce que certains parents et élus voyaient dans Zola une connotation trop populiste, misérabiliste :
 
— Ta fille va à l’école Zola ? Quel courage ! Moi, je n’aurais jamais pris ce risque ; est-ce qu’ils ont du pain à la cantine ?
A mon avis, un jour ou l’autre, une mère de famille offusquée viendra réclamer  :
— C’est vous qui avez traité mon fils de berlingot ?

La voilà, la vraie liberté, offerte par le libéralisme : que chaque ville rebaptise toutes ses rues selon les opinions politiques de ses concitoyens, voire – pourquoi pas – s’attaque aussi aux statues : « Pour ou contre la statue du général Toujoursaubureau ? »

Ainsi, en débattant de la légitimité des rues aux noms d’homosexuels, de polygames, de socialos, laïques, communistes, nazis, néonazis, antisémites, sémites, pacifistes et autres catégories diverses, nous nous assurerons des années de polémiques, de débats municipaux enfiévrés, de batailles de comptoir homériques, une ambiance locale assurée pour les siècles des siècles !

Et pendant ce temps, les vrais problèmes seront oubliés...
 

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