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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 00:14

Et que les autres langues sont marginalisées, leurs enseignants bientôt obligés de se reconvertir dans une autre matière, devenant bicompétents comme d’autres sont bisexuels, à la recherche de leur identité scolaire, avec le vague sentiment d’avoir été floués.

En réponse au « plan d’urgence pour les langues » (on se demande où est l’urgence !), diverses associations de défense de la langue française ont publié un communiqué commun, intitulé
« Les associations de défense du français répondent à N. Sarkozy ... »

Il y est reconnu, du bout des lèvres que l’anglais est parfois ( !) imposé :

« En effet, faute d’une véritable politique en faveur de la diversification de l’enseignement des langues étrangères, ces mesures vont se traduire par une place toujours croissante de l’anglais dans l’enseignement au détriment des autres langues étrangères, cette langue étant majoritairement choisie par la plupart des élèves, voire imposée de fait.  » (c’est moi qui souligne)

Il ne leur a fallu que quatre ans... Trêve de mauvais esprit, l’ambigüité bien française (car c’est tout de même l’ex-langue de la diplomatie...) vient du fait qu’il y a réellement plusieurs langues à l’école primaire, mais jamais de choix !

Mais du moins la dérive du gouvernement et du ministère est-elle enfin reconnue pour ce qu’elle est : une politique volontariste en faveur de l’anglais, hypocrite et inavouée :

« Donc, par défaut, par lecture inverse, tout le monde aura compris que la fausse grande ambition pour les langues affichée par le Président de la République visait d’abord l’anglais. »

C’était évident depuis longtemps, et une anecdote rapportée l’an dernier par
Le Point (18/12/2008 N°1892 p.11
par Hervé Gattegno, Fabien Roland-Lévy) mérite toujours d’être connue :

"En anglais SVP !
Étonnement des éditeurs de quotidiens et magazines français présents à l’Élysée le 12 décembre, dans le cadre des états généraux de la presse. La trentaine de participants, réunis autour du conseiller Nicolas Princen, ont été surpris que les débats se tiennent en anglais alors que tout le monde était français à l’exception de Josh Cohen, dirigeant de Google News, venu de New York, et de Mats Carduner, patron de Google France."

Le ridicule ne tue pas encore et ne tuera jamais personne, heureusement ! Certains conseillers du Président se soucient visiblement peu de ses déclarations. »

Il ne s’agit pas d’anti-américanisme, mais d’un choix nécessaire entre diversité linguistique et tout-anglais, d’une réflexion sur la place du français dans l’Europe, et une réflexion la communication entre Européens, sur l’esprit européen.
 
— La traduction ne peut se concevoir pour chaque citoyen, elle serait possible (quoique structurellement difficile, coûteuse et complexe) au niveau administratif de l’UE, pour tous les documents et réunions, toutes les coopérations, à la condition expresse qu’on le veuille vraiment.

— Le plurilinguisme a prouvé qu’il conduisait au tout-anglais - tout simplement parce que c’est une vue de l’esprit : combien de nos dirigeants maîtrisent deux langues étrangères ? Et ils prétendent amener tous nos lycéens de terminale à des qualifications que peu d’universitaires possèdent ! C’est totalement absurde, démagogique et irrationnel. En outre, deux, si la première c’est l’anglais, ça veut dire à fond sur l’anglais et des bribes de la deuxième langue étrangère... Pourquoi apprendrais-je l’allemand (ou le français) si tout le monde parle anglais ? Voilà ce que chaque Européen se dira, avec raison.

— Restent donc pour l’UE l’anglais d’une part, financièrement, humainement et politiquement injuste, très difficile et phonétiquement irrationnel - et l’espéranto d’autre part, peu connu mais conçu pour la communication, infiniment plus simple, plus rapide à apprendre, donc démocratique, efficace, équitable car demandant un effort voisin à tous les Européens.

Il n’y a pas photo : si l’on raisonne en économiste ou en industriel, après étude de marché et tests comparatifs, c’est l’espéranto le plus adapté, le meilleur rapport résultat/investissements, et de loin.

Si l’on raisonne en termes militaires, la guerre des langues, c’est l’anglais qui l’emporte, de très, très loin.

Le choix de la force ou le choix de la raison...

Cette contestation de l’hégémonie de l’anglais n’est nullement de l’anti-américanisme
, ni un avis partagé uniquement par des espérantophones convaincus :

Hubert Vedrine,
dans un entretien avec le Nouvel obs cette semaine (5-11 novembre), parle de l’identité française, et nous encourage à ne pas céder à l’auto-dénigrement, au masochisme :
 "Il nous faut réapprendre à nous aimer, trouver enfin point d’équilibre sans une glorification anachronique du passé (Louis XIV, Napoléon, la patrie des droits de l’homme...) en refusant l’idée que nous ne serions plus qu’une puissance moyenne condamnée à raser les murs sans rage expiatoire."

Dommage qu’il ne parle pas une fois de la question de l’anglais dans l’UE, au sujet de laquelle il dit pourtant :
"Et je ne suis pas sûr que les Européens, malgré tous leurs atouts, aient l’énergie mentale pour constituer un des pôles de ce monde et cesser d’être une succursale du système américain."

Rappelons que par les accords Blum-Byrnes, en 1946, en échange de l’annulation de la dette et un nouvel emprunt, la France a accepté des quotas de films américains, ce qui a favorisé l’implantation de la culture américaine, et a grandement ouvert la voie à son hégémonie actuelle.
Non que je n’aime pas "Desperate housewives" ("Beautés désespérées"), "Stargate" ou autres séries (j’ai un faible pour la SF). Ils font du super-boulot, mais le fait est là : l’UE administrative est anglophone de fait, le français est en déclin, on organise des filères spéciales anglophones pour Erasmus mundus (autant d’étrangers qui ne viendront pas étudier en français) ; Sciences-PO vient de le rendre obligatoire, il est imposé à l’école primaire et souvent en 6e, faute de choix. Mon épicerie vent des « pocket bag » plutôt que des sacs de poche...

Les profs de langue et les associations signataires du communiqué demandent donc, à juste titre, une clarification entre le tout-anglais et la diversité linguistique, entre l’anglais imposé et le choix, mais sans aller jusqu’à imaginer la liberté totale de choisir sa ou ses langues étrangères, pourtant possible et relativement simple à l’heure des technologies de la communication.

Comme la nouvelle lubie du président est l’enseignement de matières scolaires dans une langue étrangère, idée saugrenue hélas partagée par certains profs de langue dans l’esprit du « toujours plus » (plus de postes, plus d’heures, plus de voyages linguistiques, moins d’élèves), ils demandent aussi le maintien de toutes les disciplines fondamentales en français.

On croit rêver ! Ils ont déjà accepté que l’histoire et le sport soient anglicisés, offerts en sacrifice au nouveau Moloch  ?

L’historie dérangerait-elle les dirigeants, parce qu’elle analyse l’impérialisme politique ou culturel ? Mais le sport, alors ? Ah oui : des lycéens trop en jambes risqueraient de manifester dans les rues de Paris dès le printemps !

Non : ce sont toutes les disciplines qui doivent être enseignées en français, et pas seulement les fondamentales !

Et quelle honte ! A quel renoncement en est-on arrivés qu’il faille supplier notre président pour que les matières scolaires importantes échappent à l’anglicisation ?! Demande-t-on que les ministères importants demeurent francophones ? Euh... mauvais exemple, la Défense et les Finances étant déjà plus que partiellement anglophones...

L’UE n’ose toujours pas affronter ouvertement la question de la tour de Babel, de la communication, ni en débattre au grand jour, expliquer aux Français que le prix à payer pour la construction européenne, c’est le déclin du français et la toute-puissance de l’anglais.
Cela dit, le débat commence petit à petit à poindre le bout de son nez :
dîner-débat le 17 novembre, sur le thème « Faut-il parler anglais pour être européen ? », avec la participation entre autres de Quatremer, journaliste de "Libération" spécialisé sur les questions européennes.

Mais à ce rythme-là, quand le débat aura atteint le Parlement européen, nos bébés liront déjà Shakespeare sur leur « netbook » !
 

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