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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 18:36

Dans tous les journaux on a lu que ces Jeux de Pékin furent une grande réussite, notamment la cérémonie d’ouverture durant laquelle la Chine a puisé dans son histoire, et patati et patata que je te ressorte le refrain sur la Chine plurimillénaire à côté de laquelle notre TGV et notre Airbus font nouveau riche... Aveuglés par cette cérémonie certes grandiose, culturelle (les merveilleux idéogrammes animés par vagues comme une imprimerie virtuelle), réellement magique, les journalistes sont passés à côté du message essentiel : au-delà du folklore sur les idéogrammes et la Grande Muraille, la Chine a discrètement lancé au monde un message d’avenir : les Jeux de demain doivent être numériques, adaptables et virtuels !

Peu l’ont compris, pourtant les indices étaient clairs :


— Des feux d’artifice en partie numériques – soi-disant pour des raisons techniques... Quelques mauvais esprits ont parlé de tricherie, de faussaires, sans percevoir le côté visionnaire.


— Le visage de la petite chanteuse substitué par un autre, jugé plus avenant, plus occidental ou dieu sait quoi. Au fond, quelle importance ?


— Des âges de gymnastes variables selon les documents, des âges virtuels pour ainsi dire... Là encore, le même message : on se fout de leur âge, du moment qu’elles arrivent à plier leurs vertèbres en huit. Un spectateur est un esthète, pas un officier d’état-civil !


— Une liberté de la presse virtuelle...


— Une égalité des deux langues olympiques, français et anglais, égalité également virtuelle !


— L’accord avec le CIO, pour une amélioration du repas de midi servi en prison aux opposants, n’a été que virtuellement appliqué...


— Un boycott de la France lui aussi virtuel – personne n’est fichu de dire si on a été boycottés ou non ! A peine peut-on savoir si notre président a assisté aux Jeux – ou pas, tellement son passage a été rapide ! Saluons-le pourtant, lui dont la présence quasi-virtuelle aux Jeux en fait le prince de la modernité : lui seul a compris le vrai message des Chinois !


— Une démocratie virtuelle... Ça, tout le monde le sait !


— Un communisme virtuel lui aussi, avec des îlots de capitalisme si vivaces et prospères qu’ils font pâlir d’envie nos meilleurs capitalistes.


— Une pollution virtuelle : bien présente toute l’année comme une chape de poussière grisâtre qui voile Pékin, voilà qu’elle disparaît soudain pour la durée des Jeux. Mais qu’en ont-ils fait ? Sous quel tapis volant ont-ils glissé toute cette poussière céleste ? Ils sont quand même fortiches, faut le reconnaître. La France peine à dépolluer ses eaux en Bretagne, les pesticides sont partout (1er consommateur mondial) et, eux, c’est à la demande : vous voulez trois semaines sans pollution ? Pas de problème : hop !


— Le bruit court même que quelques pays pauvres, qui n’avaient pas les moyens d’envoyer leurs athlètes aux Jeux, ont fait défiler des Chinois grimés, arborant le drapeau du pays en question.

Le message chinois est clair : pourquoi s’embêter encore avec ce machin si compliqué à organiser, si coûteux quand on ajoute la corruption, les trafics de billets, la sécurité du populo et des officiels, le déplacement de millions de personnes, cette manifestation de masse si dérangeante pour tout le monde – même les commerçants se plaignent que les touristes fuient les Jeux.

Alors qu’il serait si simple de faire des Jeux 100% virtuels.

Une cérémonie d’ouverture et de fermeture confiée aux studios Pixar, ou à ceux de Miyazaki au Japon, voire sous-traitée à la Chine, dont la réputation en matière de contrefaçon n’est plus à faire.

Et là, fini de mégoter : on peut donner dans la démesure, on peut imaginer reconstituer une bataille entre Sparte et Athènes avec des millions de soldats virtuels (qui en réalité devaient être quelques centaines)... Il faut voir grand, façon Guerre des étoiles ou Seigneur des anneaux, sans limites.
 
Fini le casse-tête de la lutte contre le dopage : qui voudrait faire pisser un hologramme ?

Et pensez aux perspectives : des Jeux à la demande, des sportifs façonnables à volonté ! Les mécènes se frottent déjà les mains car, pour mille fois moins cher, ils vont pouvoir demander le sportif de leur choix : muscles fins ou épais ? Type slave, asiatique, sud-américain, afro-américain, noir, blanc, jaune, vert, violet, bleu ? Pommettes saillantes ou effacées ? Championne élancée, musculeuse, plantureuse, pulpeuse, androgyne ? Mettez-moi donc la tête de Tom Cruise, mais avec le sourire de Will Smith, les yeux de Paul Newman, la mâchoire de Redford, les fesses de... C’est au choix du client, le rêve de tout sponsor !

Evidemment, quelques dérives seront possibles, lorsque les Jeux seront attribués à quelque gouvernement extrémiste : genre faites-moi des Jeux tout blancs, façon aryen, ou tout en muscles façon Sparte. On pourrait même tomber dans des Jeux politiquement corrects, avec des athlètes ni trop gros ni trop maigres, ni brutes épaisses ni rachitiques, ni blanc ni noirs ni jaunes, gris en somme, genre raffiné limite ennuyeux. Mais on pourra éviter cet écueil si on prend garde de maintenir la diversité physique du sportif.

Et les records, vous pensez aux records ? Peut-être l’ignorez-vous, mais c’est un miracle si des records ont encore pu être battus aux Jeux de Pékin, car – avec ou sans dopage – nous sommes proches des limites physiologiques, même de celles de l’homme-augmenté genre Wonderwoman, Bionikos, Hormonoïde ou Perfuseman. L’ennui nous guette ! Les spectateurs risquent de quitter leur poste pour s’en aller faire du sport par eux-mêmes ! Imaginez la cata pour les mécènes et les médias : des gens qui font du sport au lieu de le regarder ! Quasiment la fin de notre civilisation.

Naturellement, dans une phase de transition, pour ne pas nuire aux intérêts des athlètes, les Jeux de Londres pourraient garder quelques sportifs en chair et en os, mais pourquoi les obliger à des déplacements qui gâchent leurs vacances d’été ? On peut parfaitement les faire concourir en multiplex ! Et le soir, retour dans leur foyer, loin de la froide chambre d’un hôtel tristounet façon Formule 1.

Ce seraient en outre les Jeux les plus écologiques depuis l’Antiquité – où la circulation automobile et aérienne était fort limitée : on comptait seulement quelques oiseaux survolant les athlètes en lâchant leurs augures et leurs chiures sur la piste. Bref, l’air était pur en ce temps-là, et le bilan carbone parfait. Voilà l’esprit qu’on pourrait retrouver ! Car vous aurez remarqué que personne n’a osé faire le bilan carbone des Jeux de Pékin... Tous ces voyages en avion, moyen de transport polluant s’il en est...

Alors, pour 2012, smog de Londres ou air pur, il faut choisir ! Le cent mètres dans de vertes prairies, le saut en hauteur en franchissant une branche d’arbre ? Franchement, quelle sorte de canoë-kayak préférez-vous regarder : entre des murs de béton ou dans une rivière cernée de merveilleuses parois rocheuses virtuelles ?

Et l’obscénité des piscines ? Non, je ne parle pas des maillots moulants... mais des millions de mètres cubes d’eau potable – à peine chlorée – qui ne servent qu’à nager, sauter ou plonger, des images indécentes pour les millions de personnes qui n’ont jamais vu d’eau claire de leur vie.

D’ailleurs, les responsables ne s’y sont pas trompés. Paul Deighton, du comité d’organisation des Jeux de Londres, a dit : "Nos Jeux iront plus loin sur l’environnement, 90 % des matériaux générés par la démolition du parc olympique seront recyclés."

Pfiouu, ça fait petit bras car, avec des jeux virtuels, ce serait 100 % ! Rien à recycler, car rien à construire !

En parlant de construction, fini l’injustice entre grandes et petites nations, qui ne peuvent être candidates aux Jeux en raison de leur coût  : avec cette réforme, la construction de bâtiments flambants neufs exigée par les Jeux, véritables travaux pharaoniques des temps modernes, deviendrait inutile, et chaque pays, aussi petit fût-il, pourrait se porter candidat ! Ce serait un vrai retour aux valeurs de l’olympisme.

Fini toutes ces perturbations dans la vie des habitants, plus besoin d’arrêter les usines.
Les forces de l’ordre pourraient enfin passer leurs vacances d’été en famille. Et les milliers de petits gymnastes qu’on entraîne comme des Spartiates retourneraient tout bonnement à l’école...

Les organisateurs des jeux de Londres vont-ils oser ? Vont-ils suivre la voie de la modernité que les Chinois ont éclairée pour nous – celle des jeux 100 % virtuels ? Peut-être sommes-nous encore trop attachés à nos vrais athlètes, ceux et celles qui mouillent le maillot et que des années d’effort ne rebutent pas.

Pour motiver nos dirigeants, rappelons-leur qu’avec des jeux virtuels, les médailles d’or, d’argent et de bronze seraient elles aussi virtuelles : toujours ça d’économisé !
Alors, numériques ou pas, les prochains JO ? Réponse dans quatre ans...

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