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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:42

Chacun sait que l’anglais est très présent dans le commerce, certaines sciences, le monde du spectacle, le sport de haut niveau, le journalisme, la politique internationale, mais pas forcément autant qu’on le pense. Tous ceux qui en ont l’expérience savent que pour vendre quelque chose dans un pays, il est plus efficace de parler un peu la langue locale qu’un mauvais anglais.

1. Une étude récente

Selon une étude réalisée pour la Commission en 2006 par le CILT, le centre national britannique des langues, récemment publiée, chaque année, des milliers d’entreprises européennes passent à côté d’occasions commerciales et de contrats du fait de leur manque de compétences linguistiques. 

Mais contrairement à une opinion trop répandue, ce n’est pas le niveau en anglais qui pose problème, mais bien le manque de commerciaux pouvant communiquer dans la langue du pays concerné :

« Si l’étude confirme l’importance de l’anglais en tant que langue commerciale mondiale, d’autres langues sont largement utilisées en tant que langues véhiculaires. Elle indique notamment que toute une série d’autres langues sont nécessaires pour assurer le succès des relations commerciales. Sont notamment citées au rang des langues les plus importantes les principales langues européennes, comme l’allemand, le français et l’espagnol, mais également, de plus en plus, d’autres langues du monde telles que le mandarin, l’arabe et le russe. »

2. Des exemples récents :

La diversification linguistique va être privilégiée par une autre entreprise : Skyrock, radio numérique en vogue chez les jeunes, stimulée par le succès de ses Skyblogs, va prochainement lancer des versions allemande, anglaise, espagnole et néerlandaise de ses blogues. (Source : le Nouvel observateur.)

De même, nombre d’entreprises françaises de dimension européenne ou mondiale ont été déçues de leurs efforts pour imposer l’anglais comme langue en interne des réunions ou des documents de travail, à coups de stages de perfectionnement, et admettent maintenant que les employés sont plus efficaces dans leur propre langue.

Ci-après des extraits d’un article du journal "Les Échos" en ligne du 10/02/06 :

"Le « tout-anglais » montre aujourd’hui ses limites. Après avoir donné la priorité à la pratique intensive de la langue de Shakespeare, 77 % des entreprises utilisent le français comme langue de travail.

(...)

Et pourtant, le « tout-anglais » montre aujourd’hui ses limites. « On assiste à un retournement. Les entreprises sont en train de revenir vers le français », affirme Guilhène Maratier-Decléty, directrice des relations internationales de l’enseignement au sein de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

(...)

C’est d’abord le groupe Renault, qui, après avoir désigné l’anglais comme langue officielle en 1999 suite à l’alliance passée avec Nissan, a reconnu les limites de cette stratégie. En 2001, Louis Schweitzer reconnaissait ainsi : « La langue a été une difficulté un peu supérieure à ce que nous pensions. Nous avions choisi l’anglais comme langue de l’alliance, mais cela s’est révélé un handicap avec un rendement réduit de part et d’autre. »

(...)

Plus récemment, début 2005, AXA Assistance a mis en place une « commission de terminologie » destinée à préserver la communication interne du groupe des influences anglo-saxonnes grandissantes. Étonnant pour une entreprise dont les réunions de cadres dirigeants se font en anglais et qui exige de ses collaborateurs une maîtrise parfaite de cette langue. « L’utilisation du « franglais », notamment, était telle que la communication interne s’en trouvait brouillée. Le langage était parfois abscons et flou, et certains termes étaient utilisés sans que certains salariés connaissent réellement leur signification », explique Catherine Hénaff, directrice des ressources humaines et de la communication interne du groupe."

Outre le commerce, un exemple dramatique vient récemment de nous rappeler que nous pensons mieux dans notre langue (sauf exceptions rarissimes) : les accidents de radiothérapie dont un mortel. La notice du nouveau logiciel était en anglais, et cela a joué comme cofacteur. Comme dans les accidents aériens, pratiquement toujours causés par le cumul de différents problèmes, la langue n’était pas la seule cause, mais un facteur dans la chaîne. Le Ministre de la santé vient d’annoncer que c’était interdit et allait être rappelé : communiqué de presse du 6 mars 2007 : "Accident de radiothérapie survenu à Épinal" (Format PDF)

"Par ailleurs, il reste 5 centres de radiothérapie équipés de logiciels en anglais alors qu’ils sont interdits. L’agence française de sécurité sanitaire contrôle actuellement leur remplacement. On peut rappeler que les centres de radiothérapies, les hôpitaux qui s’en équiperaient comme leurs fournisseurs s’exposent à des poursuites judiciaires."

C’est peut-être le début d’une prise de conscience, puisque plusieurs syndicats ont fait des actions en justice pour rappeler aux employeurs le droit de travailler dans sa langue, dans laquelle en outre on est plus efficace.

Quoi qu’il en soit, il est donc plus prudent, plus simple et plus légal de ne pas imposer à des gens qui ne le souhaitent pas de réfléchir et de travailler dans une langue étrangère.

3. L’exemple de la Grande Bretagne

L’Angleterre vient de publier une réforme de l’enseignement des langues qui délaisse les langues européennes pour favoriser l’ourdou (ceci en rapport avec la communauté pakistanaise de la GB), l’arabe et le chinois, dans le but avoué que ses enfants soient plus compétitifs sur le marché du travail, pendant que les nôtres sont invités à commencer l’anglais de plus en plus tôt, voire à la maternelle selon le souhait de quelques politiques mal inspirés ou mal informés...

Ainsi, l’Angleterre suggère officiellement de délaisser les langues européennes, montrant au passage un souverain mépris des recommandations européennes de favoriser l’étude d’une ou deux langues des autres pays européens.

D’autre part, elle reconnaît implicitement que l’anglais n’est pas suffisant pour le business et que des langues de grande diffusion comme l’arabe ou le chinois pourront être utile à leur jeunesse dans la compétition à l’embauche.

4. L’anglais est-il sur le déclin ?

Question un rien iconoclaste, car nul n’ignore que l’anglais est bien évidemment très présent dans le monde du commerce, dans le monde du spectacle, celui des sportifs de haut niveau, le tourisme, les relations diplomatiques, l’aviation, dans les revues scientifiques et les congrès, mais pas pour toutes les sciences (pas les mathématiques où le français reste fort), etc.

Pourtant, bien que cela ne soit pas encore évident, l’anglais a peut-être échoué dans sa prétention à devenir une vraie langue internationale accessible à tous.

Par exemple, malgré que l’anglais soit depuis des lustres la langue de l’aviation, lorsque des pilotes américains ou européens doivent participer à une mission spatiale russe, il est impératif qu’ils apprennent pas mal de russe, l’énorme notice de la navette, et un niveau pour discuter avec le sol si besoin.

Malgré les énormes efforts en tous genres - financiers, d’influence et de lobbying - déployés pour faire de l’anglais la lingua franca de monde, il faut toujours autant d’interprètes à l’ONU, dans les congrès scientifiques et à l’Assemblée européenne.

Le déclin de l’anglais est en tout cas visible sur Internet, où il est passé de 100% à 35%, il se voit maintenant dans les entreprises, et se verra peut-être progressivement confirmé dans d’autres domaines, bien que l’Union européenne et une partie des élites de notre pays essaient manifestement de l’imposer comme lingua franca, soutenues par un lobby puissant, riche et généreux : les USA ont récemment promis une énorme somme au Brésil (qu’ils aident déjà financièrement dans leur lutte contre les narcotrafiquants).

Extrait du Monde.fr, du 07.03.07 :

« Le président américain a aussi annoncé le déblocage de 75 millions de dollars pour offrir des bourses d’études aux jeunes défavorisés qui voudraient apprendre l’anglais. »

5. Quelle leçon faut-il tirer de l’étude britannique citée en introduction ?

Qu’il faut faire pareil : diversifier !

La récente réforme française de l’enseignement des langues à l’école primaire est totalement irrationnelle, quand on sait qu’on impose de force l’anglais dans la grande majorité des cas, sans aucun choix des parents (parfois l’allemand ou la langue régionale), et de plus en plus tôt, transformant ainsi ce qui devait être une initiation aux langues en spécialisation précoce dans l’anglais, alors que dans l’enfance on ne sait pas si on sera commercial en Chine, graphiste vidéo à Hollywood, botaniste au Brésil, ou électricien à Marseille, France.

Laissons à l’école primaire son rôle privilégié de découverte, de polyvalence, et arrêtons cette fuite en avant vers le tout-anglais, au profit éventuellement d’une initiation linguistique plus large, suivie au collège d’une vraie diversité linguistique, ce qui ne sera possible que si l’enseignement des langues devient plus souple, comme le préconisait le rapport détaillé du Sénateur Legendre.

6. Quelle place pour l’espéranto dans les entreprises ?

Je devance les critiques en rappelant de suite que l’espéranto est très minoritaire, et très marginal par rapport à la diffusion de l’anglais. C’est dit.

Il n’existe pas l’équivalent de la revue médicale de haut niveau "Nature" en espéranto, c’est redit ; à noter qu’il n’existe pas non plus l’équivalent en français, et que ça va de mal en pis pour le français dans les sciences...

Pourtant, personne ne connaît l’avenir. Si réellement l’anglais a franchi son pic de diffusion, comme d’ailleurs le pétrole l’a fait ou le fera bientôt, et si les langues déjà internationalement répandues comme l’espagnol, l’allemand, le français, le chinois, reprennent du poil de la bête, il y a de la place pour une langue internationale, neutre et facile comme l’espéranto.

Personne d’ailleurs ne pense qu’il soit bon, ou seulement possible, de remplacer l’anglais partout et d’un seul coup.

Rien n’empêche que des sites commerciaux soient en deux ou trois langues, dont l’anglais. Certains sites d’infos européens sont bâtis sur ce principe de plurilinguisme européen. Parallèlement, l’idée d’une langue auxiliaire neutre et simple comme l’espéranto fait son chemin petit à petit, et nous allons en donner quelques exemples récents, eh oui !

Une boite de vente d’artisanat de Madagascar qui a son site en français et espéranto, et peut discuter par téléphone en anglais-français-espéranto. J’ignore totalement qui a monté ça, si c’est une boite sérieuse, mais c’est certainement une idée d’avenir.

Autre exemple, une maison de retraite en Thaïlande, qui non seulement a mis son site en 4 langues dont l’espéranto, mais à plus long terme espère réaliser des économies dans la formation de son personnel si une partie de la clientèle européenne parle un peu espéranto.

La page d’accueil de la ville de Montpellier, en huit langues dont l’espéranto. Là, c’est uniquement la page d’accueil, mais c’est une première en France pour une grande ville.

Un site russe tout récent de vente de chansons à l’unité en MP3, dont l’interface est en 3 langues : russe, anglais et espéranto (Eo) :

Certes, à l’échelle du commerce mondial, c’est peu, mais comme le dit le beau dicton : les grands voyages commencent par un petit pas. Et rappelons-nous que Linux a commencé sous les moqueries, et pourtant aujourd’hui nombre d’entreprises l’utilisent en multiposte... Or, sur bien des points, l’espéranto mérite son surnom de Linux des langues : simplicité, neutralité, efficacité, gratuité, fiabilité, code "open source", noyau stable. Donc, on ne connaîtra l’avenir que demain !

7. Nos futurs commerciaux sont dans nos écoles primaires !

En guise de conclusion, un aperçu des débats et des pressions qui s’exercent sur l’enseignement.

Le vrai débat se situe donc entre la diversité des langues et le tout-anglais : le Haut Conseil à l’évaluation de l’école a été dissous et rebaptisé Haut conseil à l’éducation, un mois seulement après avoir rendu un avis préliminaire sur le rapport Grin, dans lequel il analysait très franchement le problème politique de l’anglais en France et en Europe, et signalait les fortes pressions reçues pour que l’anglais soit obligatoire au primaire, comme faisant partie du "socle commun de connaissances" dans le rapport Thélot, qui a finalement choisi une solution plus neutre, l’initiation à une langue, mais hypocrite, car la réalité c’est l’anglais obligatoire sans choix, dans la majorité des écoles primaires.

"(...) que la commission nationale du débat sur l’avenir de l’École a préconisé que « l’anglais de communication internationale, qui n’est plus une langue parmi d’autres, ni simplement la langue de nations particulièrement influentes » soit une des compétences du « socle commun des indispensables » que tous les élèves devraient acquérir, et... que les réunions de l’Union européenne qui ne bénéficient pas d’un service de traduction simultanée adoptent systématiquement l’anglais comme langue de travail, nonobstant toutes les déclarations officielles sur le multilinguisme européen. »

(« Quelle politique linguistique pour quel enseignement des langues ? » L’avis du HCEE (octobre 2005)

« Le Haut Conseil de l’évaluation de l’école a cessé ses fonctions en novembre 2005, suite à la création du Haut conseil de l’éducation, institué par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école du 23 avril 2005. » Soit un mois après son rapport détaillé sur l’aspect politique des langues, où en plus il osait citer l’espéranto officiellement...

Vous avez dit shocking ?

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