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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:06

Depuis le printemps 2008, il s’appelle désormais Measles-mumps-rubella. La prescription dans une langue étrangère est illégale, mais, fort heureusement, sa dénomination officielle sera MMRvaxPro° (doc. en pdf), limitée aux acronymes, et le packaging – heu, je veux dire l’emballage, la présentation – offrira en sous-titre une phrase explicative en français « vaccins vivants associés contre la rougeole, les oreillons et la rubéole ».

  1. La rougeole n’est pas une maladie du passé : un canton de Suisse a récemment connu suffisamment de cas pour qu’on puisse parler d’épidémie.

Ce n’est pas une maladie bénigne, pas plus que les oreillons, puisque toutes deux peuvent avoir des complications sévères (pneumonie, encéphalite, surdité, ainsi que orchite pour les oreillons, risque malformatif).

2. L’explication technique donnée par le groupe Sanofi-Pasteur-MSD, c’est qu’il ne s’agit plus du même vaccin ; l’albumine humaine sérique a été remplacée par de l’albumine humaine recombinante, et la quantité de virus des oreillons (atténué) a été augmentée, dans le cadre d’une harmonisation des vaccins des différents pays de l’Union européenne.

Un essai clinique de non-infériorité a été mené en double aveugle, en vue d’une AMM (autorisation de mise sur le marché) européenne.

A noter que, selon la commission de transparence, ce « nouveau » vaccin MMR n’apporte pas d’amélioration du service médical rendu (ASMR V), c’est-à-dire qu’il n’est ni plus efficace, ni mieux toléré.

Sur le sujet complexe de l’AMM européenne (née en 1995), on se réfèrera à divers articles :
Revue des affaires sociales
La revue prescrire a fait une excellente synthèse de l’AMM européenne versus reconnaissance nationale.
Sur Wikipedia
Un article sur l’AMM européenne conditionnelle :
« La revue Prescrire a toutefois noté la tendance de la Commission européenne à oublier de plus en plus la protection de la santé publique et à privilégier la compétitivité des firmes pharmaceutiques. En particulier, lors de l’élaboration de la Directive 2004/27/CE et du Règlement (CE) 726/2004, il a fallu toute la détermination du Collectif Europe et Médicament et d’autres représentants de la société civile, pour éviter que le cadre législatif qui s’applique aujourd’hui au médicament ne s’écarte pas des objectifs de santé publique. »

L’UE concentre ainsi tous les conflits d’intérêts, tous les influençages, depuis la bataille pour faire accepter la publicité des médicaments (rebaptisée informations des consommateurs !) jusqu’à la gestion de la pharmacovigilance, dont les modalités ne sont pas encore fixées : l’UE va-t elle en confier les rênes à l’industrie pharmaceutique, ou à une agence européenne indépendante ? Les conflits d’intérêt des experts seront-ils rendus publics ?

« Lorsqu’émerge une affaire de pharmacovigilance, la chute des cours boursiers de la firme impliquée montre à quel point ces affaires sont préjudidciables aux intérêts économiques des firmes (a)(6,8). Confier aux firmes les missions de recueil, d’alerte, d’analyse, et d’information sur les effets indésirables de leurs médicaments, c’est les mettre dans une situation de conflits d’intérêts insurmontables. Pourtant, les propositions de la Commission vont dans ce sens. »
(Article récent sur les enjeux de la pharmacovigilance européenne)

3. Ainsi, conséquence de l’AMM européenne - on remplace une terminologie française, bien connue des parents, par son équivalent anglophone, ce qui ne va pas dans le sens de la transparence et de l’éducation.

De traduction et d’emballage différencié par pays et par langue, il n’a jamais été question ! Cela peut paraître anodin, car le vaccin MMR est sous-titré en français, mais il faut bien comprendre que ce n’est qu’un premier pas vers une généralisation de l’anglais dans l’UE, qui gagne progressivement tout l’espace public, les médicaments mais aussi l’étiquetage des aliments (il y a déjà eu plusieurs tentatives), les jouets, etc. Au travers du vocabulaire de nombreux métiers, c’est chaque langue qui est menacée, atteinte, car l’harmonisation européenne est synonyme de normalisation, d’une standardisation qui se fait en anglais sans qu’aucun débat ni vote n’ait eu lieu à ce sujet.

Pour ceux qui l’ignoreraient encore, l’UE n’est pas plurilingue, mais anglophone, comme l’atteste, parmi de nombreuses autres coopérations professionnelles, le site de l’EMEA (European Medicines Agency)
Et la discussion concernant ce vaccin
Pour la traduction, faire une demande à la Commission européenne !

4. On commence par les vaccins, mais demain ce seront peut-être les enfants qui seront rebaptisés par l’UE à la mode anglophone. Avez-vous remarqué la multiplication des Kevin, des Kate et Cindy dans les écoles ?

Déjà, il y a peu, ma fille a vécu en classe une étrange expérience, digne de la série « La quatrième dimension » : leur professeur d’anglais leur avait demandé à tous de se choisir un prénom à consonance anglophone (encore qu’il doit exister des André ou des Antonio en GB, mais passons), et à chaque cours de poser l’étiquette sur leur table, afin qu’ils s’adressent entre eux par leurs nouveaux prénoms ! Cette dépersonnalisation a duré plusieurs mois ! Terrifiant lavage de cerveau, non ? Heureusement, une remplaçante est arrivée, qui a trouvé ça trop prise de tête : rendez-vous compte, elle doit déjà mémoriser une trentaine de prénoms de sa nouvelle classe (à multiplier par plusieurs classes), elle ne va pas en plus se casser la tête avec une trentaine de pseudos !

Avouons qu’il y a là quelques éléments troublants.. D’aucuns, plus paranos que moi, pourraient penser qu’il s’agit là de ballons d’essai, de tests préparatoires à une anglicisation massive des noms et prénoms de tous les Européens...

Conclusion

Trêve de complots, et restons-en aux faits avérés : la prescription dans une langue étrangère est probablement illégale en France (ce qui est raisonnable, considérant le risque d’erreurs des médecins et de malentendus avec les patients), et c’est seulement la dénomination en acronymes MMR qui a permis cette astucieuse anglicisation de la dénomination, à l’occasion d’une AMM européenne (autorisation de mise sur le marché). Regrettons que l’Institut Pasteur soit complice de ce recul du français. Gageons que ce ne sera pas le dernier exemple : à quand F ou I (pour Flu ou Influenza) pour le vaccin européen antigrippal ? Hier les jouets, aujourd’hui un vaccin, demain l’étiquetage alimentaire, après-demain... L’UE poursuit sa marche linguistique vers le tout anglais.

(Nota : les lecteurs les plus attentifs auront deviné que, si l’article est informatif, le chapitre 4, quoique véridique, est farfelu et à prendre au second degré).

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