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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:20

Oui, c’est un titre racoleur, mais je ne fais que calquer mon attitude de journaliste-citoyen sur celle des journalistes professionnels d’un média réputé, dont la valeur éthique est reconnue.


Quand j’ai découvert aujourd’hui, affiché sur de grands panneaux publicitaires à l’intention du grand public, la une du dernier numéro, « Les plantes guérissent tout (ou presque) », ça m’a fortement interpellé, scotché même.

Sous cette proclamation hardie est incrustée une liste d’affections.

Cette mise en page provoque inévitablement chez le lecteur la conclusion que toutes les maladies citées peuvent être guéries par les plantes, car la précautionneuse mention "ou presque" est déjà oubliée sous le coup de la surprise :
"Comment, on peut guérir tout ça avec de la phytothérapie, et je n’étais pas au courant ?"

Passe encore pour la dépression, l’insomnie ou des troubles digestifs, formulation des plus floues qui regroupe toutes sortes d’affections dont certaines guérissent toutes seules... Mais quid de l’arthrose ?

Déjà du temps lointain de mes études, l’arthrose, véritable épine dans le chemin de croix du vieillissement, ne se guérissait pas, mais les connaissances et la médecine évoluent. Aurais-je raté une FMC (formation médicale continue) ? Mea culpa, je reconnais en avoir raté plusieurs...
Pourtant, à la lecture régulière de deux revues médicales, je ne me souviens pas avoir lu cette information, qui serait une véritable bombe médicale et vaudrait à coup sûr le prix Nobel à son auteur – d’autant que c’est un problème qui concerne au premier chef les pays occidentaux et les dirigeants âgés, ce qui peut aider...

Décidément, non - l’arthrose ne se guérit pas. Tout au plus peut-on calmer les poussées inflammatoires et soulager les douleurs, sans oublier que le grand progrès dans ce domaine réside dans la chirurgie prothétique : on ne compte plus les prothèses du genou et les prothèses totales de hanche. Quelques médicaments prétendent ralentir l’évolution de l’arthrose, mais le moins qu’on puisse dire, c’est que leurs études ne sont pas exemptes de faiblesses méthodologiques et ne sont guère concluantes.

Mais alors, qu’en conclure ? Que ce grand journal aurait menti sciemment ? Avec la caution d’un professeur responsable d’enseignement de phytothérapie à la faculté de Montpellier, caution universitaire dont la photo orne aussi la une ?

Le Conseil de l’Ordre des médecins va-t-il se montrer aussi réactif et sourcilleux qu’il le fut naguère avec les pionniers de l’avortement, des traitements substitutifs aux toxicomanes ou du non-paiement des cotisations... et poursuivre cet honorable professeur pour mensonge et escroquerie, ou complicité avec une manœuvre douteuse d’un journal ?
 
On espère que la torpeur estivale épargnera au thérapeute une telle ignominie.

D’ailleurs, je suis sûr que dans les pages intérieures, le ton de bonimenteur de la couverture a disparu pour laisser la place au raisonnable, mais je ne vais pas acheter un hebdo qui use de pareilles méthodes juste pour vérifier si le fond est plus honnête que la façade !

Je gage qu’il y aura un sage rappel que la pharmacopée est née des plantes et de la nature : la poudre des Jésuites, la pénicilline du moisi, le mâchonnement de la feuille de coca dans un but antalgique et coupe-faim, etc., sans parler de la tradition millénaire en ce domaine de la médecine chinoise. Dont acte.

Qu’en conclure ?

Allez, c’est l’été, on a envie de soleil et de joie, pas d’amères récriminations, aussi proposerai-je une conclusion au choix : une pessimiste et une optimiste.
 
La pessimiste d’abord :
peut-être que les nécessités du commerce l’emportent sur la rigueur déontologique, que la fragilité financière des journaux passe avant l’éducation du public, ce qui nous amène à trouver des horoscopes, des astrologues thésardes et autres fadaises plein nos médias. Peut-être qu’on se contrefiche de l’éducation du public, puisque les programmes de l’école primaire semblent avoir été expurgés de toute référence à l’évolution et à la durée géologique, sous l’influence du mouvement créationniste, comme expliqué dans cet article de Tom Roud sur AVox.
L’optimiste, maintenant :
peut-être qu’au journal Le point, comme parfois à la Poste, à EDF ou dans les banques, on case comme stagiaires durant l’été quelques-uns des enfants des employés, et que l’enthousiasme juvénile d’un apprenti journaliste l’aura emporté sur la rigueur professionnelle. Peut-être l’avocat du journal a-t-il fait rajouter en catastrophe, en l’absence de toute la rédaction partie à la plage, le prudent « ou presque » !

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