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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:49

A l’occasion du 26 septembre, journée européenne des langues, il nous a paru utile de rappeler que le domaine des langues vivantes est un terreau favorable aux clichés.

Tout le monde s’accorde sur le fait que l’alternative à l’anglais comme lingua franca de l’Union européenne est le « plurilinguisme raisonné ». Oui, mais lequel ? Voyons quelques aspects souvent négligés sur le plurilinguisme.

En premier lieu, quel est le problème ?

Si l’on prétend créer une Europe citoyenne, il faut au minimum que lesdits citoyens se comprennent entre eux !

L’UE a fonctionné au début avec trois ou quatre langues de travail, mais ce système a glissé vers le tout-anglais, officieux mais bien visible. Au niveau administratif, un tel système est possible, bien qu’il soit peu rationnel de recruter des hauts fonctionnaires sur leurs compétences linguistiques plutôt que sur leur connaissance de tel ou tel domaine technique.
Mais au niveau citoyen, chacun doit pouvoir communiquer à la fois dans sa langue avec son administration et avec un autre Européen, c’est la moindre des choses si l’on veut construire une identité européenne. Mais comment communiquer entre Européens ?

Quelques pays proches fonctionnent avec deux, trois ou quatre langues officielles (Luxembourg, Belgique, Suisse, USA - espagnol presque officiel), mais il suffit de lire leurs journaux qui relatent régulièrement les tensions et les difficultés d’organisation, pour comprendre que l’UE s’illusionne (ou nous embobine) en prétendant faire la même chose avec 25 langues ou plus. On ne peut faire suivre chaque personne d’une vingtaine d’interprètes, et même si chacun connaissait quatre langues à un niveau utile, cela ne permettrait pas à tous les Européens d’échanger quelques phrases entre eux du fait du nombre de combinaisons possibles.

- Notre cerveau est limité, notre temps aussi, et les connaissances actuelles dépassent de loin tout ce qu’un homme, même doué, peut espérer apprendre. Pourquoi quatre ou cinq langues plutôt que d’autres domaines de la connaissance ?

- Le plurilinguisme géographique n’existe que sous la contrainte, des circonstances historiques et sociales, dans des pays qui se sont retrouvés avec plusieurs langues nationales ou de nombreux dialectes (Belgique, Suisse, Luxembourg, Inde, nombreux pays d’Afrique). Ce n’est pas une partie de plaisir : ce plurilinguisme pose à ces pays d’énormes problèmes structurels dans l’éducation, et il est source de tensions dans la société.

- Le plurilinguisme individuel existe là où il a toujours existé : familles multiculturelles, pays ou régions plurilingues, vocations professionnelles des linguistes, interprètes, traducteurs, professeurs, nécessités professionnelles des expatriés, des commerciaux, des diplomates, des politiques et journalistes, sans oublier le simple goût des langues ! Mais prétendre l’imposer à tous, de sorte que tous les citoyens de l’UE arrivent à un bon niveau dans 2 ou 3 LV étrangères (outre la langue régionale ou familiale) et s’y maintiennent toute leur vie est une chimère, et un gros mensonge qui a fait le lit de l’anglais.

- Les pays qui développent le plurilinguisme tôt dans l’enseignement le font au détriment d’autres matières : imagine-t-on que le Luxembourg qui consacre près de 50% du temps scolaire aux langues, n’en subit pas les conséquences dans d’autres domaines ? La récente et calamiteuse réforme de l’école primaire avec une prétendue initiation aux langues où l’anglais est imposé (aucun choix le plus souvent) a pris des heures au français, alors qu’un récent rapport officiel confirme le faible niveau en français de pas mal d’élèves en fin de primaire.

- Les gens n’ont pour la plupart ni le temps ni l’envie d’apprendre deux langues étrangères à un haut niveau ! Ni le désir d’aller au cours du soir chaque semaine pour s’y maintenir.

- Imposer des films en VO est une lubie : on veut se relaxer, pas suivre des cours du soir toute notre vie dans trois langues différentes ! Et qui va obliger ses gosses à regarder des dessins animés en VO ?! D’ailleurs, en VO dans quelle langue ? Là encore l’anglais aurait la part du lion...

- Le plurilinguisme individuel et la diversité linguistique sont deux choses différentes. Le plurilinguisme tel qu’il est actuellement ne pousse en fait qu’à adopter l’anglais en LV1. Il suffit de voir l’Italie et le Portugal qui l’ont rendu obligatoire à l’école, et la France qui l’a fait officieusement par sa réforme de l’école primaire hypocritement appelée initiation « aux » langues. Ce plurilinguisme-là ne respecte pas l’égalité des Européens puisqu’il en avantage certains d’une façon éhontée.

Qui mieux que l’Union européenne aurait pu l’expliquer ?

L’UE, tout en déclarant soutenir le plurilinguisme, a confirmé qu’il faisait le jeu de l’anglais dans un de ses propres rapports !

« Il n’y a guère d’intérêt, - comme le reconnaît la Commission, - à ce que progresse le nombre des polyglottes dès lors que leur deuxième ou troisième langue est l’anglais. Une telle évolution favorisera encore la prédominance et l’extension de l’anglais comme lingua franca de l’Union européenne. Ce qu’il convient, entre autres, d’encourager c’est l’apprentissage de langues n’appartenant pas au même groupe linguistique, par exemple d’aider des personnes parlant le gallois à apprendre le polonais. L’apprentissage de l’anglais constitue en lui-même un secteur d’activité dynamique et rentable, ce dont profitent les États anglophones (en particulier l’Angleterre et les États-Unis), ce qui signifie qu’il n’a pas besoin d’un soutien supplémentaire de la part de l’Union européenne. »

Source : Rapport sur un nouveau cadre stratégique pour le multilinguisme, (2006/2083(INI)) Commission de la culture et de l’éducation. Rapporteur : Bernat Joan i Marí.

Bon constat, mais vœu pieux, car aucun politique ne mettra en place un système coercitif obligeant les parents à choisir le polonais, le suédois ou le portugais en première langue. Si la haute administration parle anglais, les parents d’élèves choisiront l’anglais en LV1, c’est aussi simple que ça.

- C’est également le point de vue exprimé dans l’encyclopédie gratuite en ligne Wikipedia :

« En matière d’enseignement, nombre de spécialistes doutent que l’Union atteigne un jour son objectif d’Européen trilingue [1]. En pratique, l’anglais est systématiquement l’une de ces deux langues, et en général la première. L’apprentissage de l’anglais étant considéré par beaucoup comme une nécessité, l’apprentissage d’une troisième langue passe au second plan. »

- C’est aussi le règne de l’arbitraire : ainsi, en France, en vertu d’un accord entre la France et l’Allemagne où chaque pays doit soutenir la langue de l’autre à l’école, il arrive qu’on ne puisse pas faire espagnol près de l’Espagne ni italien près de l’Italie, mais allemand, oui ! Que cela soit utile est incontestable, puisque l’Allemagne est notre premier partenaire commercial, mais cela montre bien la cacophonie et l’éparpillement des niveaux décisionnels en matière d’enseignement des langues, décisions où les parents jouent surtout le rôle de boucs émissaires qui choisiraient préférentiellement l’anglais et seraient responsables du « tout-anglais »...

- Le plurilinguisme, c’est le règne du chacun pour soi ! Chacun soutient sa langue régionale et celle du pays voisin : français-breton, suédois-norvégien-anglais, corse-français, italien-anglais, hollandais-français en Belgique, les Suisses le français, le romanche, l’italien, l’alémanique (plus ou moins l’anglais...), etc. etc. Certains régionalistes ont déjà plaidé ouvertement pour un affaiblissement du français qui irait de pair avec une fédération des régions dont l’anglais serait la langue internationale commune, exit le français ! C’est du sentiment national qu’il est aussi question, de la langue partagée, de fierté nationale aussi car la modernité serait tout soudain une exclusivité anglosaxonne.

Bref : en matière de plurilinguisme, chacun plaide pour sa paroisse et pour la version du bi ou trilinguisme qui lui est la plus utile personnellement !

Dans ces conditions, notre temps et nos cerveaux étant limités, une communication facile entre tous les Européens ou entre tous les humains n’est pas pour demain. C’est probablement pour cela qu’on ne parle pas de la bénédiction de Babel, mais bien de la malédiction.

- Le tout récent vote par l’Assemblée nationale du protocole de Londres l’a amplement prouvé : après la création de la télévision France 24, une chaîne d’infos en anglais maquillée en plurilingue, après l’anglais au primaire (qui a même failli être inscrit dans le socle commun de connaissances du rapport Thélot), après que nombre d’universitaires ont baissé les bras et renoncé à lutter contre l’hégémonie des publications de langue anglaise, le prochain pas que beaucoup souhaitent, c’est l’officialisation de l’anglais comme langue de l’UE.

Il y a quelques années, le commissaire européen grec Anna Diamantopoulo avait lancé une campagne pour faire de l’anglais la seconde langue officielle du pays, sans succès. Un chroniqueur économique de TF1 avait plaidé pour faire de l’anglais la langue unique au même titre que l’euro, un de nos ministres avait dit que l’anglais n’était plus une langue étrangère, quant aux organisations européennes, elles sont quasiment toutes anglophones (liste dans mon précédent article du 26/09).

Selon le projet de traité de l’UE, un vote du Conseil à l’unanimité pourra changer le fonctionnement linguistique de l’administration européenne. Or, si l’on considère que ce fonctionnement est déjà anglophone, et que de nombreuses voix en demandent l’officialisation... il n’est pas absurde de penser que l’anglais lingua franca de l’UE, c’est pour bientôt.

"Article 290

Le régime linguistique des institutions de l’Union est fixé, sans préjudice des dispositions prévues par le statut de la Cour de justice de l’Union européenne, par le Conseil statuant à l’unanimité."

(Projet disponible par le site du journaliste Quatremer)

Pourtant, cette évolution vers un bilinguisme européen langue nationale-anglais aurait de lourdes conséquences.

- Quels sont les inconvénients de l’anglais comme lingua franca de l’Europe ?

C’est une grande injustice, pour de nombreuses raisons. Brièvement :

Injustice financière : la GB (et les USA) tirent une fortune de l’usage de leur langue. Le rapport Grin, qui évaluait ce flux financier à 10 milliards d’euros par an, n’a jamais été contesté, seulement boycotté...

Quasi-monopole des natifs sur toutes les traductions et interprétations vers l’anglais, soit, dans un tel système, la plus grosse part des traductions.

Injustice humaine dans toute situation ou un natif discute avec un non-natif.

Injustice commerciale dans toute réunion ou négociation entre des natifs et des non-natifs, dans la rédaction et l’étude des contrats. Bientôt, si le protocole de Londres est signé, des documents en anglais auront valeur juridique sur le sol français.

Injustice scientifique : un article paru dans une revue non anglophone n’a aucune chance de rapporter des points dans un classement établi par des anglophones. Les natifs parlent davantage dans les congrès, les autres étant gênés de montrer leur manque de maîtrise de l’anglais. Cela pousse la science européenne à adopter les méthodes de financement, les normes, les acronymes, le vocabulaire, les voies de recherche, le mode de pensée lui-même de la science anglosaxonne, voire à faire de l’Europe un simple sous-traitant de cette science. Les grandes revues scientifiques, par leurs comités de lecture, sont toutes dirigées par des anglophones, avec un possible favoritisme ou une rétention d’information - le temps d’informer des équipes amies. En outre, tout le temps qu’un scientifique a passé à acquérir un bon anglais, le chercheur concurrent l’a consacré à ses travaux, ou à sa guise. L’un gagne des années, l’autre en perd tout autant ! Naturellement, c’est aussi valable pour les commerciaux et les politiques, et finalement pour tout le monde !

Injustice politique : tous les organismes internationaux seront dirigés soit par des natifs soit par des "fluent english" acquis à leur cause et à leur façon de voir. Absurdité politique de choisir la langue du pays le moins européen, qui n’a pas adopté l’euro.

Injustice linguistique, car un usage plus large de l’anglais dans l’enseignement universitaire comme en Suède ou en Norvège et dans la société en général est un grand risque d’appauvrissement de la langue nationale, notamment par une perte progressive de son vocabulaire technique et scientifique, faute de l’utiliser et de l’actualiser.

Et ridiculement injuste, lorsque dans une réunion où est présent un seul anglophone, tous doivent discuter en anglais, révérence oblige.

Contraire à l’esprit d’égalité culturelle et linguistique censé animer la construction européenne.

Non seulement c’est injuste mais illégal : l’UE a dans ses statuts le respect de la diversité des langues, et de leur égalité en droit. Sauf si le futur traité prévoit la possibilité de voter en petit comité un changement du fonctionnement linguistique... Et, curieusement, c’est ce qui est prévu !

- Favoriser une langue européenne ayant peu de locuteurs, pour limiter l’injustice, est une solution parfois suggérée, sans trop de conviction. Ce pourrait être par exemple le basque, le maltais, etc. mais solution peu convaincante à mon avis, parce que ces langues sont aussi difficiles que d’autres et ce système poserait de nombreux problèmes d’organisation.

- Variante : choisir une langue morte comme le latin, qui pose les mêmes problèmes, en pire, par manque de locuteurs et de vocabulaire actualisé.

Conclusion

Le plurilinguisme raisonné, oui, mais lequel ? Là est le vrai débat que nous devons ouvrir en Europe. Quelles sont les diverses solutions ?

On a vu qu’en pratique : le plurilinguisme actuel, c’est un bilinguisme langue nationale-anglais, que beaucoup veulent officialiser.

Nombre de défenseurs de la francophonie souhaitent un plurilinguisme raisonné avec deux ou trois langues de travail, qui permettrait un rééquilibrage en faveur du français et de l’allemand, en gros un retour à la situation de l’UE à l’arrivée de la GB. Il y aurait donc deux catégories de langues : les grandes langues, qui sont langues de travail autant que langues de culture, et les petites langues, qui sont langues d’inculture... Heu, non, il ne faut pas le dire comme ça, c’est vexant. Mais tant que les langues de deuxième catégorie s’écrasent lamentablement, voire rendent l’anglais obligatoire, pourquoi effectivement ne pas continuer dans cette voie ?

Notre proposition de plurilinguisme raisonné, c’est l’apprentissage de l’espéranto pendant deux ans en fin de primaire ou début de collège pour tous les Européens. Puis, le choix d’une autre langue vivante ou deux, au collège et au lycée selon les filières.

Quels avantages à ce plurilinguisme ?

- Tous les Européens disposeraient d’un moyen de se comprendre, ce qui n’est pas le cas actuellement, grâce à une langue neutre, internationale et largement plus facile, donc démocratique car accessible au plus grand nombre.

- L’espéranto est perçu par les enfants comme un jeu, du fait de sa structure en "Légo" (langue isolante et agglutinante comme le turc ou le chinois), et n’est donc pas intimidant comme le français ou l’anglais dont l’irrégularité phonétique, les exceptions ou les idiotismes ont bloqué et dégoûté des langues bien des élèves.

- Comme cette langue colle aux structures grammaticales de base de nombreuses langues, c’est une bonne initiation linguistique pour aborder la deuxième langue étrangère. Ne dit-on pas que c’est la première langue étrangère étudiée qui est la plus difficile ? Raison de plus pour que celle-ci soit facile.

- La deuxième langue étrangère serait alors choisie librement, en fonction de la famille, des goûts ou de l’avenir supposé de l’enfant, hors de l’obligation ressentie actuellement par les parents de le coller à l’anglais ! C’est ce qu’on leur fait croire, alors que, par exemple, pour commercer et vendre quelque chose, chacun sait qu’il vaut mieux parler un peu la langue du pays, même modestement. Personne ne sait si un enfant travaillera avec la Chine, les USA ou l’Amérique du Sud, il est donc inutile de se spécialiser trop tôt.

Quoi que vous pensiez de cette variante de plurilinguisme raisonné, n’est-il pas étrange qu’aucun débat n’ait lieu à Bruxelles à ce sujet, et qu’aucun de nos grands médias écrits ou télés n’en parle jamais de l’anglophonie galopante de l’UE ? Autant le dire franchement : sous le masque du plurilinguisme et le refrain "étudions les langues", ils roulent tous pour l’anglais !

Les élites et les décideurs politiques, les faiseurs d’opinion, le "showbiz", les commerciaux, tous ou presque ont appris plus ou moins d’anglais, et leurs enfants aussi. Ils sont acquis à la cause de l’anglais lingua franca de l’Europe. Pourquoi envisageraient-ils de chercher une solution plus juste ou plus équitable qui les obligerait à apprendre une ou plusieurs autres langues, même facile, leur faisant ainsi perdre une supériorité culturelle (supposée) durement acquise ?

Seuls des politiciens altruistes et visionnaires sont capables de réfléchir à une solution à long terme qui ne leur rapporterait à court terme et personnellement aucun avantage. Quelques députés ont attiré l’attention de l’Assemblée nationale et de Bruxelles sur ce problème, saluons-les. Est-il nécessaire de préciser qu’ils n’ont pas été entendus ?

Saluons aussi les quelques médias régionaux et en ligne qui abordent ces difficiles questions de la diversité linguistique et de la barrière des langues : Agoravox naturellement, le blog du journaliste Quatremer, Le Taurillon, et plus rarement Courrier international et Marianne en ligne, La Libre Belgique, et pardon si j’en oublie.

Affaire à suivre ! Prochain épisode : le vote définitif par le Sénat du protocole de Londres qui obligera les PME à traduire à leurs frais les brevets depuis l’anglais pour savoir si une idée est déjà protégée... et qui donnera jurisprudence à des textes en anglais sur le sol français (la partie descriptive des brevets ne sera pas traduite). Donc, vous pouvez envoyer un courriel à votre sénateur si vous le souhaitez.

Biblio :

Mon précedent article

Deux exemples viennent du livre de B. Lecherbonnier, Pourquoi veulent-ils tuer le français ?, éd. Albin Michel (je précise qu’il n’est pas du tout en faveur de l’espéranto).

Un extrait de Charles Xavier Durand publié sur des listes de diffusion après les assises du plurilinguisme, dont l’auteur a accepté la présentation sur le site Parole à tous.

Un article de Claude Piron (ex-traducteur à l’ONU et l’OMS, pour l’anglais et le chinois, psychologue) qui étudie en détail les diverses solutions possibles pour la communication internationale.

Tout récemment, il a enregistré une série de dix conférences de dix minutes visibles sur Youtube, traitant chacune d’un aspect de la communication internationale, domaine qu’il connaît bien, avec de nombreux exemples dans diverses langues, des détails techniques sur l’interprétation, des explications sur le coût de la barrière des langues pour l’UE, des anecdotes - bref, une mine d’informations pertinentes sur un sujet complexe présentées de façon claire et concise.

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