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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 22:17

Un des habitants les plus occupés de la ville allemande Herzberg am Harz est certainement son maire, Gerhard Walter (GW). Mais notre correspondante à Herzberg, Małgosia Komarnicka (MK), a pu le convaincre de trouver un peu de temps pour répondre à quelques questions, en exclusivité pour "La Ondo de Esperanto".
 
Car Gerhard Walter est le premier maire de la première et actuellement la seule ville-espéranto (1) au monde. Ce n’est pas sa seule caractéristique. Il est toujours souriant, chaleureux, amical ; pendant les rencontres officielles, il trouve toujours le temps d’échanger quelques mots presque avec chaque personne ; mais le plus important, c’est qu’il apprend l’espéranto, et il trouve toujours un moment pour les espérantistes. Les premières questions ont porté sur l’espéranto.

(Interview paru dans le mensuel espérantophone La Ondo de Esperanto 2010, N°6, traduit par krokodilo).
 
MK : Êtes-vous conscient d’être un maire unique et atypique ? Principalement parce que vous défendez et soutenez ouvertement l’espéranto ?
GW : Oui. Je suis un peu comme Don Quichotte. J’ai vite remarqué que beaucoup de mes collègues n’ont pas réalisé que l’espéranto est une chance.

MK : Pourquoi apprenez-vous l’espéranto ?
GW : Parce que des citoyens d’Herzberg, très actifs, enseignent cette langue et travaillent en sa faveur. En tant que maire, je dois le refléter.

MK : En apprenant l’espéranto, vous vous êtes déjà fait une idée de ses avantages et ses inconvénients. Pouvez-vous nous les indiquer ?
GW : Les avantages : la rapidité d’apprentissage. Les inconvénients : de trop nombreux préjugés, et un manque de soutiens à des postes influents.

MK : Selon vous, existe-t-il des perspectives pour l’espéranto dans le futur ? La Pologne peut-elle jouer un rôle particulier dans son développement ?
GW : Je pense que l’espéranto restera encore un « hobby » pendant des décennies. Imaginez si les Britanniques devaient demain conduire à droite... Les structures sont trop rigides. En Pologne, cela pourrait être plus facile qu’en Allemagne. Là-bas, on pourrait à mon avis « décréter » que l’espéranto est quelque chose de positif. Parfois, on doit pousser les hommes vers leur bonheur. En Allemagne, c’est difficile.

MK : Selon vous, l’espéranto pourrait-il être une « langue-pont » entre les hommes des divers peuples ?
GW : Tout à fait. Je le vis tous les jours à Herzberg. Il y a quelques années je n’aurais pu imaginer que, par exemple, des Asiatiques et des Africains communiquent entre eux par l’espéranto, et non en anglais !

MK : A votre avis, quelle devrait être la première qualité d’une langue internationale ?
GW : Je répondrais que l’espéranto est très facile à apprendre – surtout pour ceux qui ont déjà appris le latin, l’anglais ou le français.

MK : Selon vous, l’idée d’une langue internationale rapprochant les hommes est-elle trop idéaliste dans le monde qui est le nôtre aujourd’hui ?
GW : Oui – c’est ainsi.

MK : En tant que maire de la ville-espéranto, vous rencontrez souvent des espérantistes. Quel souvenir gardez-vous principalement de ces rencontres ?
GW : Des gens sympathiques, très engagés – malheureusement trop peu nombreux à des postes influents.

MK : Au Parlement européen, il y a une forte opposition à l’espéranto comme langue européenne commune, bien que l’espéranto se soit montré une solution efficace pour la communication internationale. D’après vous, quelle est la raison de cette attitude ?
GW : Chaque homme s’en tient à ce qu’il a appris – dont il dépend. C’est seulement lorsque l’espéranto sera enseigné à l’école comme une vraie alternative que l’idée aura sa chance.

MK : L’idée de l’espéranto est, d’une certaine façon, idéaliste. Les hommes, pris individuellement, réalisent leurs rêves au moyen de cet idéalisme. Les politiciens et les professionnels des langues trouvent des arguments contre l’espéranto. Pourquoi, d’après vous, n’existe-t-il pas de consensus sur les qualités linguistiques de l’espéranto ?
GW : Comme je l’ai déjà dit, chaque homme pense d’abord à lui-même. Pourquoi chacun n’apprendrait-il pas d’abord l’anglais, l’espagnol ou le français ? L’espéranto n’a pas actuellement de lobbyistes qui parlent en sa faveur.

Comme le maire de Herzberg avait encore un peu de temps, notre correspondante a décidé de lui poser quelques questions sans rapport avec l’espéranto, pour mieux faire connaître sa personnalité aux lecteurs.

MK : Quelle est votre règle de vie ?
GW : Avoir une attitude positive – alors on réussit (presque) tout.

MK : Quelles sont vos forces et vos faiblesses ?
GW : Mes points forts sont une bonne santé, une bonne mémoire et une attitude positive face à la vie. Mes points faibles sont l’autoritarisme, le désir de convaincre les autres ; j’écoute mal.

MK : Y a-t-il quelque chose que vous ayez atteint laborieusement ?
GW : Des notes moyennes ou bonnes à mon examen d’entrée (j’étais seulement dans la moyenne).

MK : Vous avez de nombreuses activités. Arrivez-vous à concilier vie privée et vie professionnelle ?
GW : Seulement difficilement. Plus je suis maire, plus il y a de travail qui m’attend. Cela empiète sur mon temps libre et donc sur ma vie familiale.

MK : Qu’est-ce qui vous détend le plus ? Comment passez-vous votre temps libre ? Quel est votre loisir préféré ?
GW : Autrefois, écouter de la musique me reposait, de la musique apaisante, par exemple "Amazing grace" par Judy Collins et d’autres.

MK : Êtes-vous curieux du monde ? Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans le monde ?
GW : J’ai un côté un peu Faustien (2), je ne quitte pourtant presque pas ma circonscription. Dommage que l’on soit juste un hôte de passage dans ce monde...

MK : Aimez-vous la lecture ? Quel livre avez-vous lu dernièrement ? Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ?
GW : Je ne lis pas de romans. Ma littérature est faite de lois, de décrets, de protocoles, etc. Sur une île déserte, il y aurait trop de travail.

MK : Je vous remercie vivement d’avoir consacré tout ce temps à notre entretien. Tous mes vœux de succès !

(Entretien réalisé par Małgosia Komarnicka)

(1) Le nom de "Ville de l’espéranto" (Die Esperanto-Stadt), adopté en 2006 par décision du Conseil municipal, apparaît désormais sur la page d’accueil du site web de la ville allemande de Herzberg am Harz.
(Sat-Amikaro)

(2) Ndt : probable allusion à la curiosité intellectuelle qui motivait Faust, et non à son pacte avec le Diable.

Article original également sur La Ondo de Esperanto en ligne.

Article en allemand, sur ce maire atypique et, selon nous, en avance sur son temps.
 
par Krokodilo (son site) vendredi 11 juin 2010

 

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