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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:26

Le journal The Economist lance le cri de victoire de la langue anglaise !
Leur rafraîchissant souffle de vérité vient de fracasser le mur d’hypocrisie qui entoure la question des langues dans l’Union européenne.
Ce chant de victoire n’est pas venu d’un quelconque supporter anglais qui aurait trop forcé sur la Guinness, mais d’un journal économique de référence à l’échelle mondiale, comme dit Wikipedia. Et pourtant, cet article tonitruant n’a donné lieu à aucun commentaire dans nos médias...


Le titre de l’article est assez clair : "English is coming" (12 février 2009), quoiqu’un peu ambigü : l’anglais arrive, soit, mais faut-il s’écarter sur son passage, le saluer ? Ou arrive-t-il comme un des cavaliers de l’Apocalypse ?

Cet article est si vigoureux, sa franchise tranche tellement avec les fadaises qui remplissent sur ce sujet les colonnes francophones et européennes, qu’il nous a paru utile - sanitaire même - d’en faire la recension.
Les quelques extraits cités seront en anglais, car nous n’avons pas la prétention de le traduire correctement ; du reste, tout Européen véritable n’est-il pas censé comprendre l’anglais ? Ah oui, j’oubliais : ce n’est pas encore officiellement la langue de l’UE... sauf si l’on en croit cet article !

Lequel, en effet, ne s’embarrasse pas de subtilités politiques, ne ménage pas la susceptibilité et la fierté identitaire des peuples de l’UE. Un article que l’on pourrait résumer par « L’anglais a gagné », ou encore : « Vae victis », selon le mot célèbre d’un autre envahisseur, venu de Rome celui-ci. La morgue des vainqueurs est décidément toujours la même à travers les siècles, d’où qu’ils viennent.

Par une métaphore basée sur un jeu de plage, il nous est expliqué que la résistance linguistique et politique à l’hégémonie de l’anglais s’est comportée comme les murs de sable qui résistent longtemps, mais qui, une fois contournés et endommagés, voient les digues s’effondrer rapidement : « European efforts to resist the rise of the English language have now reached the same point. »

En outre, de graves accusations sont lancées contre nos médias, accusés d’avoir été complices de la victoire de l’anglais, ni plus ni moins ! Voyez plutôt :
 
"The latest Anglo-surge comes from the European press, with a dramatic increase in the number of heavyweight publications launching English-language websites, offering translated news stories and opinion pieces. (...) But the new development involves big, established national journals, whose bosses want to be more visible in English. Der Spiegel, a German newsweekly, has founded a pan-European “network” linking up such websites. A Dutch daily, NRC Handelsblad, joined a few months ago, followed by Politiken from Denmark."

Encore un peu et ils les accusaient de traîtrise, de collaboration avec l’ennemi, voire de haute trahison !

Gageons que nos grands journaux vont avoir à cœur de se défendre contre cette ignoble accusation en rédigeant des réponses bien senties... et que French 24 – cette télé en anglais qui coûte aux Français, si généreux en temps de crise, 160 m/an (80 avant que TF1 en parte les poches pleines) - va, elle aussi, sonner le rappel de ses troupes et clouer le bec à ces arrogants journalistes.

« The trio are in talks with newspapers in France and Spain. They are eager to expand into eastern Europe, though the credit crunch is likely to slow progress (an online English edition can cost half a million euros a year in translation fees). »

Ah tiens, ce n’était pas une question de morale, mais de pognon : une édition anglophone supplémentaire, ça coûte la peau des fesses, et c’est à la crise économique que les médias français doivent d’avoir moins soutenu l’anglais que d’autres !

Quant aux médias en ligne, d’après The Economist, c’est pire :

« Beyond this network, a non-exhaustive trawl finds English-language websites of big newspapers in Germany, Italy, Finland, Greece, Spain, Romania, Poland, Bulgaria and Turkey. Many are recent ventures. »

Mais notre mauvais esprit nous a égarés ; si les médias ont basculé vers l’anglais, ce n’est pas seulement pour le bizenesse, mais aussi par idéalisme, si, si, c’est marqué là :

« Editors’ motives are a mix of idealism and commercial ambition. Bosses at Spiegel have a political dream to create a platform where “Europeans can read what other Europeans think about the world,” says Daryl Lindsey, who runs the magazine’s international edition. »

Effectivement, divers commentateurs ont fait remarquer qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune opinion publique européenne, aucun débat citoyen : l’UE reste cloisonnée par la barrière des langues, chacun chez soi faute de pouvoir dialoguer. Les grands médias se sont donc rangés à l’idée que le débat public européen se fasse dans la langue du descendant de Shakespeare, descendant de l’avion avec son bagage à main et sa valise : l’anglais d’aéroport.

Accessoirement, c’est aussi la langue de l’élite, des maîtres du monde, et c’est bien pratique pour les journalistes :

« But an English presence is also a “calling card” when pitching to international advertisers. It has proved helpful to journalists seeking interviews with world leaders. »

Au passage, nous apprenons que nous ne sommes pas les seuls à croire que le reste du monde attend impatiemment notre avis en anglais, ces illusions sont parfois partagées aussi en Allemagne : « Kees Versteegh of NRC Handelsblad talks of creating a European “demos”, but also admits to frustration at publishing some “very fine pieces” in Dutch that the rest of the world never notices. »

Mais venons-en au vif du sujet, car ces piques n’étaient que des passes d’armes, simple échauffement avant l’attaque frontale :

« The evidence points to the imminent collapse of the European Union’s official language policy, known as “mother tongue plus two”, in which citizens are encouraged to learn two foreign languages as well as their own (ie, please learn something besides English). »

Deux lignes et demi seulement, mais quelle force, quelle cruauté !

Le rêve d’égalité des peuples et des langues est balayé sans ménagement, les trois langues de travail ne sont même pas évoquées, considérées comme une simple tactique d’une bataille appartenant déjà au passé. Le multilinguisme, lui, grandiose et mythique projet européen, est chassé d’un revers de raquette digne de Wimbledon.

L’intercompréhension, cette imposture universitaire, n’a même pas droit de cité dans l’article ! Dur, dur... Quant au rapport dit "du groupe d’intellectuels sur le multilinguisme", dont la proposition d’une langue adoptive (comme troisième langue) ne faisait qu’entériner l’anglais comme deuxième langue, mais sans oser l’écrire clairement, est moqué avec une élégance toute britannique...

Ce que nos intellectuels, nos politiques, nos eurocrates et nos journalistes pour la plupart n’osent pas dire, The Economist, lui, l’écrit franchement :
« This is a clear win for English. »

Sonnez trompettes ! Dommage qu’il n’y ait pas le son dans leur journal, ça ferait du bruit...

Mais le journaliste, venant subitement de se souvenir qu’il était Européen lui aussi, donc quasiment un frère, nous concocte vite fait un couplet pour adoucir son communiqué de victoire :

« But paradoxically, it does not amount to a win for Europe’s native English-speakers. »

Ouais, bon, a-t-il dû se dire, va maintenant falloir trouver en quoi cette écrasante victoire de l’anglais est un problème pour nous autres les native english... « There are several reasons for this. » Mouais, mais lesquelles ? Pfouu, quel casse-tête. Si mon patron m’avait pas dit de calmer le jeu, j’aurais bien fini mon article par « This is a clear win for English. », ça avait quand même plus de gueule, non ?

Enfin, allons-y, faut bien passer de la pommade à ces froggies et leurs amis Allemands :


- Ca ne favorise pas l’importation d’un mode de pensée anglo-saxon, comme certains ont pu le prétendre dans les domaines législatif, scientifique, politique, culturel et économique : « European politicians long feared that the use of English in the EU would lead to the dominance of Anglo-Saxon thinking. They were wrong. » Y a même des non-natifs pour confirmer que ces accusations sont des conneries : « English is merely “an instrument”, says Mr Versteegh of NRC Handelsblad, not “a surrender to a dominant culture.” »


- Et aussi, ça permet aux Européens de discuter entre eux, car avant l’anglais, l’Europe, c’était un peu comme si un Mandchou voulait papoter avec un aborigène : « The example of newspapers is instructive : thanks to English (and the Internet), a genuinely pan-European space for political debate is being created. »


- En plus, la pensée anglo-saxonne ne risque pas de dominer le débat européen, pour l’excellente raison que nos concitoyens s’en contrefichent ! « There is a second reason why Anglophones are not about to dominate European debate : they do not want to. British readers have access to an unprecedented range of news and ideas from Europe in their mother tongue. They show little interest. » Ils ont suffisamment de lecture en anglais !

En outre, les jeunes Anglais, prétendument européens, se désintéressent des langues étrangères : « Such parochialism may be linked to a fall in language-learning, accelerated since 2003, when foreign languages became voluntary in England and Wales for pupils over 14. »

Ils savent pertinemment que sur le continent, les Européens sont si serviles devant la nouvelle noblesse de langue qu’il suffit d’un seul anglophone dans une salle pour qu’automatiquement on adopte cette langue, même si tous les autres comprennent le français ou l’allemand ! Alors, la recommandation de la Commission d’étudier la langue de ses voisins, on s’en tape !

« Under his “maxi-min rule”, Mr van Parijs observes that speakers at EU meetings automatically choose the language that excludes the fewest people in the room. They do not use the language best known, on average, by those present (which in some meetings will still be French). Instead, they seek the language that is understood, at least minimally, by all. Thanks to EU enlargement to the east (and poor language skills among British and Irish visitors to Brussels), this is almost always English. »


- Et la prétendue influence considérable des lobbys anglophones est une fable, car personne ne comprend les native english !

 « In Brussels, native English-speakers are notoriously hard for colleagues to understand : they talk too fast, or use obscure idioms. »

« Mr van Parijs has a prediction : Europeans will become bilingual, except for Anglophones, who are becoming monolingual. In other words, just when the British should be happy, some nasty storm clouds are gathering. You could say it sounds rather like a day at the British seaside. »

L’hégémonie de leur langue rapporte entre 15 et 20 milliards d’euros par an au Royaume-Uni (estimation du rapport Grin, commandé par l’Éducation nationale, disponible en ligne mais enterré par les médias...), plus la récente certification en langue des lycéens de toute l’Europe (inutile, ou qui pouvait être réalisée par nos professeurs), qui va rapporter quelques dizaines de millions supplémentaires, et ils se plaignent...

Jamais contents !

Malgré sa brutalité et son arrogance de vainqueurs par KO, la franchise de cet article est réjouissante, loin de l’hypocrisie qui règne au parlement et à la Commission.

Reste un petit détail : The Economist a-t-il raison, l’anglais a-t-il gagné ?

Aujourd’hui - oui, leur constat est incontestable, tous les métiers qui coopèrent sur le plan européen le font en anglais (à l’exception du juridique, et peut-être de la poste), et l’UE se comporte à l’étranger, notamment en Asie, comme un commis voyageur de la langue anglaise, un missionnaire du British Council.

Mais ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas forcément demain.

D’aucuns pensent que le déclin de l’anglais est déjà programmé, et ce, pour diverses raisons :


- Tout empire a une fin, et cette hégémonie prendra fin elle aussi. Rien n’est définitif.


- La décolonisation se poursuit sur le terrain des langues : dans le monde arabe, de nombreuses voix souhaitent accélérer la mise à jour et l’harmonisation du vocabulaire afin de couvrir tous les champs lexicaux actuels, l’espagnol s’impose sur tout un continent, l’Afrique réfléchit à la possibilité de recevoir un enseignement dans sa propre langue (celle dans laquelle on pense le mieux).


- On considère de plus en plus que recevoir un enseignement dans sa langue dite « maternelle » est un droit, certes peu reconnu et difficile à systématiser, mais le réveil des langues est d’autant plus vif que personne n’ignore la disparition prochaine de milliers de langues dont les locuteurs sont rares.


- L’anglais s’est dialectisé au point des les anglophones britanniques, étatsuniens, australiens, d’Afrique du sud, d’Inde et d’ailleurs peinent à se comprendre entre eux, mais également à comprendre les non natifs qui causent dans un étrange anglais d’aéroport, quand ce n’est pas un vulgaire « kitchen » ou « broken english »...


- On pourrait soutenir que l’anglais a échoué à devenir la langue internationale, car malgré les efforts pharaoniques consentis depuis un siècle par de nombreux pays en faveur de l’enseignement de cette langue, le budget traductions de l’UE est de 3 milliards d’euros par an. Qui plus est, c’est une course sans fin : on vient de réaliser qu’on va manquer d’interprètes d’anglais, du fait même qu’on l’utilise dans les réunions, et comme langue-pivot pour les combinaisons rares !

Certains ne voient d’autre issue que dans la poursuite de cette fuite en avant : imposez l’anglais de la maternelle à la maison de retraite, et vous verrez les résultats ! Finançons des stages d’été en anglais, attachez les enfants devant des dessins animés en VO, supprimez les films en français du « prime time » et le Français seront bientôt tous bilingues, ce qui signifie curieusement, selon notre ministre Darcos, français-anglais ! Pur délire, aveuglement ou complicité ?

On sent pourtant comme un frémissement européen en faveur de l’espéranto, seule autre solution pour doter les Européens d’un moyen de se comprendre.

Rappelons qu’un milliard de Chinois peuvent discuter à l’aise grâce au mandarin, quand quelques malheureux millions d’Européens en sont incapables... No comment. Il s’agirait d’un multilinguisme organisé : chacun sa langue, l’espéranto comme langue seconde commune, beaucoup plus rapide à apprendre, laissant donc du temps si nécessaire, pour l’étude d’une ou deux autres langues selon les besoins professionnels, les affinités, les origines régionales ou familiales.

J’ai bien dit frémissement, restons réalistes, surtout dans un des pays les plus réfractaires à l’espéranto, langue construite, simple et neutre, européenne par son vocabulaire, internationale par sa grammaire (agglutinante : préfixes et suffixes, mots composés, et langue isolante aux racines invariables).

Mais je vous sens venir, vous voulez des preuves, comme Saint-Thomas, qui avait bien raison, alors en voici quelques-unes :


- Il est soutenu par divers députés européens. Récemment, Mme Novak, slovène, a proposé des amendements en sa faveur.

Et contrairement au boycottage de la question linguistique par nos médias, un journal espagnol en a parlé , citant également Marco Cappato, du parti radical italien, qui a lui aussi proposé des amendements similaires.


- L’Unesco a officiellement reçu à Paris les représentants de quelques organisations représentatives de l’espéranto - dont le mouvement, international, est très éparpillé, décentralisé en de très nombreux clubs locaux et organisations.


-  Le Parlement polonais avait voté une résolution en sa faveur


- Reinhardt Selten, prix Nobel d’économie, en avait également parlé devant le parlement, lors de la journée de l’Europe


- Deux députées suisses avaient proposé l’UEA (organisation pour la promotion de l’espéranto) au prix Nobel de la paix.


- Plus surprenant et tout récemment, l’Union européenne elle-même vient d’accepter sur son site une version en espéranto d’un document.
La page sur laquelle se trouve ce document (voir « self assesment grid », en pdf, langues au choix)


- Les commentaires de la visite de Strasbourg en bateau peuvent être écoutés en espéranto, bravo !

Sauf erreur, aucune de ces infos n’a eu l’honneur de paraître dans nos grands médias ! Honte à eux, et vive Internet, le nouveau contre-pouvoir du contre-pouvoir qu’est (que fut ?) la presse !

A chacun de décider s’il veut que l’UE soit anglophone, le choix de l’élitisme (coût, difficulté, séjours), de l’injustice et de la force, ou soutient l’espéranto comme langue véhiculaire des Européens, dans le respect de toutes les langues de l’Union, choix de la raison et de la démocratie (beaucoup plus facile, donc accessible au plus grand nombre).

On peut voter EDE (Europe-démocratie espéranto) aux européennes, mais on peut aussi commencer d’apprendre l’espéranto par soi-même, Internet est riche de bonnes surprises.

Développement équitable versus UE à deux vitesses, la raison contre la force, l’équité contre l’injustice, on voit combien le choix est difficile !

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