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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 22:58

 

 Une pétition en faveur de la suppression des notes à l’école a récemment fait les beaux jours des médias, et fut souvent suivie de débats passionnés ; mais il est une note peu connue, bizarre et entourée de mystère : la note de participation.

Déjà, son existence même est une énigme : pas facile de trouver des explications officielles à son sujet sur les sites du Ministère. Certains vont plus loin et affirment qu’elle n’existe plus dans les établissements scolaires ; or, mon expérience actuelle de parent m’a prouvé le contraire.

Cette note est manifestement ensorcelante, voire maléfique, car elle possède l’étrange faculté de diviser le monde des enseignants en deux groupes opposés.

D’une part les professeurs de langue vivante, qui veulent de la participation, de l’oral, de la spontanéité, toujours plus d’oral, du moins pour ceux qui croient les nouveaux dogmes pédagogiques – car les plus prudents se rappellent l’aventure des maths modernes et de la méthode globale pour apprendre à lire. Ceux-là continuent d’utiliser les manuels et les dialogues préétablis type « This is the kitchen », associés à une dose d’oral judicieusement calculée selon la forme du moment et l’humeur générale de la classe... tandis que leurs collègues veulent que les langues étrangères surgissent quasi-spontanément dans la bouche des élèves : « participez : racontez votre weekend ! » Mais comment expliquer qu’on a fait de l’auto-tamponneuse quand on ne connaît pas le terme ?

Dans l’autre camp, on trouve quasiment tous les autres profs, qui donneraient père et mère pour que leurs élèves ne participent que lorsqu’on le leur demande, après avoir poliment levé la main et sollicité l’autorisation de parler, pour avoir une classe studieuse et silencieuse comme celle de notre bon Topaze...

D’ailleurs, ils se vengent des perturbateurs grâce à cette note  :
« Un élève qui bavarde beaucoup aura automatiquement moins de 10. »

Ils peuvent aussi par ce biais laisser s'exprimer des tendances sadiques latentes et méconnues en eux, en critiquant méchament les élèves après les avoir fortement incités à participer davantage :

- Hi, hi, hi ! (rire sardonique du professeur X ), ou encore : "Vous êtes nuls, vous ne parlez pas anglais, personne ne va vous comprendre comme ça..." (exemples réels, quoique il ne s'agisse pas d'anglais ni du professeur X ).

Cette étonnante note de participation possède donc aussi des vertus curatives pour les professeurs !

Bart Simpson devait nous apporter son témoignage, mais étant occupé à fixer un tourniquet d’arrosage de jardin sur le robinet d’eau froide des toilettes de son école, c’est notre Toto national qui va nous livrer son expérience de la participation scolaire, leurs personnalités étant d’ailleurs étonnamment proches :
c’est le premier jour d’école, la maîtresse explique à la classe comment lever la main pour demander l’autorisation de parler pendant le cours. Immédiatement, Toto lève la main.
- Oui, Toto, qu’y a-t-il ?
- Rien, M’dam’, je vérifiais juste le système.

Autre élément qui nous fait penser qu’il y a quelque maléfice sous roche : beaucoup de profs ne savent pas comment appliquer cette note. On pourrait croire qu’il ne s’agit que des affres inévitables des petits nouveaux : « Je me demande comment je vais m'y prendre pour mettre une note de participation cette année. Comment vous y prenez-vous ? Auriez-vous une grille qui pourrait peut-être me donner des idées ? Merci pour vos réponses. ».

Mais non, les professeurs expérimentés sont aussi tourmentés que les nouveaux par cette chose. D’ordinaire, c’est simple : copie juste - on a 20, tout faux - c’est le zéro ; c’est carré, net et impartial.
Là, rien de cette lumineuse clarté, celle qui a fait dire à Boileau « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement (...) », et sur les forums de profs, on sent à quel point ils sont perdus, car chacun y va de sa méthode personnelle.
Certains partent de 10 sur 20, puis ajoutent des points ou en retranchent selon le comportement positif ou anti-socail des élèves – on comprend à peu près. Mais d’autres appliquent une méthode qui montre bien qu’ils ont fait des études supérieures :
« A la fin du trimestre, le nombre de pointages devient le numérateur de la fraction et le nombre d’heures, le dénominateur. Certains ont par exemple 17/17, d’autres 0/17. Je n’intègre la note qu’avec un faible coefficient, et seulement si elle augmente la moyenne. »
Parfois, des éléments matériels sont ajoutés comme critère, par exemple si le crayon et la gomme sont bien rangés : « c’est-à-dire préparations à domicile réalisées, documents en ordre, matériel disponible demandé (...) »

On voit que le prof principal devra veiller à en préciser les modalités en début d'année :

- M'dam", si on a participé à un braquage, ça compte ?
- Seulement dans l'école...

Non content d’inquiéter les élèves, cette note maléfique culpabilise les profs : « J'ai honte mais ma note de participation est souvent faite à la dernière minute parce que je n'ai qu'1 ou 2 notes d'oral et elle est faite à la tête du client. »

« (ex : celui qui participe pas ou n'importe comment, qui bavarde...et qui a eu 18 en poésie et ben il aura une mauvaise note pour rééquilibrer la note d'oral !) Je sais c'est pas bien.

« Ma note de participation est aussi faite à la dernière minute (juste avant les bulletins) et basée sur mes souvenirs du trimestre, l'impression que m'a laissé chaque élève... J'ai cependant des critères précis : le volontarisme de l'élève , sa présence à l'oral / la pertinence de ses réponses (même si elles sont fausses, elles ont un rapport avec la question) / la clarté de son intervention (voix) / la correction du langage (phrases complètes, niveau de langage correct) / le respect des règles (lever la main...) et l'écoute, le fait de pouvoir rebondir sur ce qui a été dit. »

On salue l’artiste, dont la méthode est tout à la fois pifométrique ET basée sur des critères précis !

Enfin, malgré les angoisses et les soucis qu’elle a donnés aux profs, cette note de participation est tenue pour quantité négligeable durant les conseils de classe, la cinquième roue du carrosse (sur vingt), chacun connaissant pertinemment sa subjectivité - une note de seconde zone d’éducation prioritaire en somme. 

Soyons justes : malgré sa bizarrerie - la note étrange venue d’ailleurs - on peut aussi y voir la petite touche de poésie dans un monde qui ne jure que par l’évaluation et l’optimisation !

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