Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 18:04

Ce vieux cliché semble se confirmer au sujet de la guerre des langues, car à l’heure où les pays nordiques, si souvent cités en modèles par nos médias, se posent des questions sur le futur de leurs langues, sur la survie même de ces langues dont le vocabulaire scientifique et la vitalité ont été gravement affaiblis par l’usage de l’anglais dans l’enseignement supérieur et dans de nombreux domaines de la vie civile, la France suit bêtement le même chemin au lieu de tirer les leçons de leurs erreurs.

La Norvège s’interroge :

"Le ministre norvégien de la Culture craint que l’utilisation croissante de l’anglais en Norvège ne pose une menace à l’existence même de la langue norvégienne. Trond Giske, qui est issu de l’aile gauche du Parti travailliste au pouvoir, prépare actuellement une déclaration officielle du gouvernement dont l’objectif n’est autre que d’assurer la survie du norvégien.

Le stortingsmelding (livre blanc) de Trond Giske sera déposé fin avril. Il traitera de la menace que pose l’influence croissante de l’anglais sur la langue norvégienne, non seulement en raison d’internet, mais également à cause de l’émergence de l’anglais en tant que langue commune du monde entier. "Des langues et dialectes partout dans le monde sont en train de tomber en désuétude, affirme Trond Giske. Le norvégien fait maintenant face à des pressions entièrement nouvelles, à cause du développement d’internet et des médias."

La Suède s’interroge :

"A ce jour, la Suède n’a pas de langue officielle. Le gouvernement veut mettre un terme à cette situation et légiférer pour faire du suédois la principale langue du pays. Le journal salue cette initiative. Le statut de la langue suédoise n’est plus aussi évident que dans le passé. Dans certains milieux, notamment chez les personnes avec un haut de niveau de formation technique, médicale et scientifique, le suédois a été quasiment remplacé par l’anglais. C’est ce qu’on appelle une perte de domaine. Les défendeurs de la langue redoutent que le suédois ne subisse, au cours des prochaines années, un recul similaire dans d’autres secteurs du monde du travail et de la politique. (...)"

Le Danemark s’interroge :

"Chargée par l’État de rédiger un rapport sur la situation de la langue danoise, une commission d’experts (’Sprogudvalg’) recommande le maintien du danois en tant que langue scientifique face à l’anglais, de plus en plus utilisé dans l’enseignement supérieur. (...) Le système d’éducation, le marché du travail et les médias ont davantage besoin de renforcer leur connaissance du danois. (...) La pauvreté linguistique se développe partout et, si nous n’exigeons pas de la jeune génération un bon niveau de danois, nous ne faisons que les desservir."

Le Maghreb s’interroge parfois lui aussi sur le poids de la francophonie, aussi vexant que cela puisse être pour nous, habitués que nous sommes à voir le français présenté comme librement adopté, phare du monde, porteur de valeurs éternelles, etc., de même que l’anglais est parfois présenté comme une chance pour le monde :

"Malgré leurs ressources matérielles élevées, les riches ne font pas l’effort d’apprendre la langue de l’autre." (Ahmed Moatassime)

Les pays nordiques commencent à ouvrir les yeux sur les risques de l’anglicisation à outrance ; pourquoi ne tire-t-on pas les conséquences de leurs erreurs avant qu’il ne soit trop tard ?

En multipliant les cours en anglais (déjà anticonstitutionnels), plutôt que de faciliter le séjour et les études en français des étudiants prometteurs, en participant au processus de Bologne et aux programmes Comenius et Erasmus mundus, qui, tous, favorisent à terme le développement de l’anglais et le recul du français dans les sciences et dans le monde, nous creusons un peu plus notre tombe linguistique, à l’instar du suédois et du norvégien que pratiquement personne ne songe plus à étudier.

Partager cet article

Repost 0

commentaires