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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 17:29

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Dit comme ça, on pense à une mauvaise blague, mais il n’en est rien.
Une réflexion sur la privatisation de nos forces armées est bien engagée au sein du gouvernement, dans les états-majors et au sein de « think tank » discrets et influents qui regroupent nombre d’officiers généraux et de membres éminents du lobby militaro-industriel.

Historiquement, les mercenaires ont une solide tradition pleine de hauts faits d’arme. Ils ont occupé des fonctions prestigieuses : pensons aux gardes suisses du Vatican. Ils incarnent depuis l’antiquité le culte du guerrier, commun à de nombreuses cultures, de la philosophie spartiate aux célèbres samouraïs.

Récemment, les États-Unis ont expérimenté les armées privées en Irak et en Afghanistan, à une échelle encore jamais vue, et avec succès : le vrai coût de la guerre peut être masqué aux parlements, et on peut toujours leur attribuer les bavures éventuelles. De toute façon, les drones sont dirigés depuis le pays par des civils sous contrat avec le Pentagone. Les guerres modernes ont de moins en moins besoin de soldats classiques : pourquoi salarier tant de fonctionnaires, quand l’heure est aux coupes claires dans la fonction publique ?

En France même, le développement des polices municipales a été très avantageux : la mégalomanie des élus locaux a été comblée par le fait d’avoir « leur » police, l’État s’est désengagé de certaines missions de service public trop coûteuses et a taillé dans les budgets formation de la police ; pourquoi gaspiller des centaines de balles en formation quand une seule bien placée suffit ?

Qui ignore la réputation de discipline des écoles privées ? Nos prisons seront demain en crédit-bail, et notre Pentagone à la française sera construit par Bouygues en location-vente. Tous les signes sont là.

D’une manière générale, sous l’impulsion des accords du GATT et de AGCS, relayés par l’UE, la notion même de service public s’efface devant celle de la marchandisation et de la mise en concurrence des biens et des services, y compris l’eau potable, l’éducation - et maintenant l’armée.

Le commerce des armes est, depuis longtemps, international : on ne marchande plus avec les Arabes comme des marchands de tapis, mais entre clients et marchands de mort : ti m’rachètes tes vieux zavions français tout pourris, et j’ti prends quelques Rafales, mais ti’m fais un prix pour l’ilectronique.

La guerre s’est internationalisée, professionnalisée ; après le matériel, il était inévitable que le commerce des hommes eux-mêmes s’ensuive au 21e siècle.
Les troufions ont cédé la place aux pros ; maintenant, les pros eux-mêmes deviendront les mercenaires des multinationales, bardés de « high-tech ». Après quoi celles-ci loueront leurs services aux États, au prix fort.

Areva, très bientôt privatisée, est pressenti pour « manager » (gérer, en français) la force de frappe nucléaire – ils ont une grosse expérience, tant pour frapper des citoyens au porte-monnaie que pour « subventionner » tous les réfractaires, citoyens, élus ou scientifiques. Ils connaissent le nucléaire, l’arme financière et la guerre psychologique n’ont pas de secret pour eux : ils sont fin prêts.

Avantage annexe : il sera facile de rentabiliser nos forces militaires privées. Là où jadis quelques scrupules ou d’obscures notions d’éthique bridaient les États, là où des accords internationaux nous empêchaient d’intervenir, seul le profit guidera nos décisions : la chose militaire sera enfin gérée comme une société, avec en balance les coûts et les profits, le retour sur investissement. Si telle mission paye bien, rapporte du gaz ou du pétrole, OK, on fonce ! Si c’est pour libérer des femmes voilées dont on ne sait même pas si elles sont jolies, tout en protégeant leurs trafiquants de drogue de maris, on passe !

Appliquant strictement le modèle marchand à notre défense stratégique, ils feront largement appel à la publicité pour baisser les coûts d’exploitation : nos missiles balistiques seront équipés de bandeaux publicitaires « Ce missile vous est offert par Pschittola, la boisson qui pétille ! » ou « Famas, le fusil qui vous rattrape ! », « Bad Luck, le drone qui vous voie », « le missile de croisière s’amuse », etc. Pourquoi la guerre serait-elle toujours triste, privée de la jeunesse et de la joie de vivre qui débordent de nos écrans ? D’ailleurs, avec de tels slogans publicitaires, ne vendra-t-on pas plus facilement notre production ? Eurosatory avec les nanas du salon de l’auto, ça aurait quand même plus de gueule, non ?

Mieux : Areva ou Thalès savent aussi rationaliser la production : pourquoi mettre tant de plutonium dans nos bombes atomiques ? Je prends le pari qu’en quelques mois, ils auront diminué de moitié la taille de nos missiles, et donc de nos sous-marins nucléaires, ce qui veut dire des ports plus petits, et au final une meilleure empreinte écologique.

Avec quelques brainstormings et en boostant les process, je pense qu’on pourra raccourcir la piste d’envol du Charles-de-Gaulle, au lieu de la rallonger comme des militaires subventionnés.

On peut prévoir quelques troubles sociaux, car, pour des questions de coût, les équipages de La Royale seront naturellement Maltais, Ukrainiens ou Indiens, comme dans la marine marchande. Honnêtement, les cargos font leur job correctement, non, avec leurs équipages cosmopolites et privés ? Ce sera pareil pour les sous-marins nucléaires et les porte-avions.

Naturellement, les centres de commandement seront externalisés, et le PC de Taverny transféré à Pekin ou New-Delhi.

Ultime étape de cette privatisation de la force de frappe, et de l’armée dans son ensemble : privatiser l’État, et transférer le pouvoir aux multinationales – ne riez pas, c’est en cours...

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