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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 18:03

Pourquoi ne propose-t-on pas aux enfants dyslexiques de faire de l’espéranto ?

1. Qu’est-ce que la dyslexie ?

La définition n’est ni claire ni univoque. Le plus souvent, on utilise ce terme pour des troubles de la lecture, de l’identification des mots écrits, qui ne proviennent ni de lésions cérébrales ni de difficultés auditives ni de problèmes éducatifs ou sociaux.

La dyslexie sur Wikipedia

Une présentation de la dyslexie dans un article du CNRS

2. Il est probable que c’est un trouble multifactoriel, où la génétique joue un rôle.

C’est d’ailleurs afin de préciser les facteurs cérébraux, cognitifs et génétiques qu’a été lancée l’étude Neurodys, qui va durer trois ans et à laquelle participent des équipes de recherches de neuf pays européens.

Présentation de Neurodys

Présentation par le CNRS, en anglais...

3. Mais la phonologie de la langue maternelle joue aussi un rôle dans la survenue d’un trouble dyslexique.

Il a été confirmé que les langues très difficiles sur le plan phonétique, comme l’anglais et, dans une moindre mesure, le français, ont un fort taux de dyslexie. Le décodage phonologique y est difficile. Inversement, les langues assez régulières, comme l’espagnol et l’italien, connaissent un faible taux d’enfants dyslexiques. Ou, plus exactement, l’éventuelle prédisposition étant probablement identique dans les deux populations, des dyslexies modérées passent inaperçues dans ces pays.

"Physiologiquement, les Anglais, les Français et les Italiens sont égaux devant cette maladie.

En revanche, comme le souligne une étude menée par une équipe internationale de chercheurs (...), l’égalité s’arrête au cerveau. Ainsi, il y a deux fois moins de dyslexiques chez les petits Italiens de 10 ans que chez les jeunes Américains.

C’est le mystère de la variabilité de cette prévalence d’un pays à l’autre que les chercheurs ont voulu percer.

Pour cela, ils ont mené une étude comparative sur 72 dyslexiques de langue maternelle française, anglaise et italienne. La dyslexie se manifestant par un trouble de l’apprentissage du langage écrit, les scientifiques se sont adressés à des étudiants, c’est-à-dire à des personnes ayant un bon niveau d’étude. En effet, comme ils le soulignent dans la publication, il leur fallait "éliminer les autres causes de retard dans la lecture comme, par exemple, de faibles capacités générales ou un manque d’éducation." En France et au Royaume-Uni, les étudiants étaient volontaires, mais, en Italie, les dyslexiques n’étant pas repérés, un travail de détection a été nécessaire. Tous ont ensuite été soumis à différents tests afin d’évaluer les aptitudes intellectuelles et de lecture, puis à l’imagerie du fonctionnement cérébral.

Au point de vue physiologique, la tomographie à émission de positons (TEP) offre des images du cerveau en fonctionnement dont l’interprétation est sans ambiguïté. Quelle que soit leur langue maternelle, les dyslexiques présentent une activité cérébrale réduite au niveau de la partie inférieure du lobe temporal gauche.

(...) En revanche, les Italiens lisent nettement mieux et plus rapidement que les Français et les Anglais.

Ces résultats ne sont pas surprenants si on plonge dans la structure même des langues. Avec plus de mille manières différentes, très exactement 1 120 graphèmes, d’écrire la quarantaine de sons (phonèmes) qui composent celle chère à Shakespeare, les dyslexiques outre-Manche sont les plus mal lotis. En matière de complexité, l’anglais tient le haut du pavé des langues dites "irrégulières".

En Europe, il est accompagné par le français qui a à son actif 190 graphèmes pour 35 phonèmes. Ces deux langues sont donc un véritable casse-tête pour dyslexiques. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre pour exemple les différentes façons d’écrire le son [o] : o, ot, ots, ocs, au, aux, aud, auds, eau, eaux, ho, ô, etc.

De son côté, l’italien et ses 33 façons d’écrire 25 sons appartiennent aux langues dites "régulières". Cette régularité faciliterait grandement son apprentissage, mais rendrait difficile le dépistage des dyslexiques."

Cette étude clinique a été coanimée par Jean-François Démonet, chercheur Inserm à l’hôpital Purpan de Toulouse, et menée auprès d’étudiants français, anglais et italiens (les résultats ont été publiés il y a quelques années dans la revue Science).

"A l’inverse, les petits Britanniques, Danois et Français y passent des années. Et, devant la complexité de leur orthographe très irrégulière, ils se retrouvent vite en grande difficulté s’ils sont dyslexiques."

Ces différences phonologiques entre langues conditionnent aussi, pour tous les enfants, la vitesse d’apprentissage de la lecture dans les différentes langues. En Finlande, par exemple, les enseignants estiment que les enfants apprennent à lire en 3 mois.

La même étude que ci-dessus est également rapportée par le journal La Croix.

Certains y voient un argument en faveur d’une réforme de l’orthographe du français, mais c’est un autre débat.

4. En ce qui concerne les langues étrangères à l’école, la conclusion est évidente.

Mieux vaut éviter qu’un enfant dyslexique commence jeune une langue peu régulière. Il est en effet illogique sur le plan pédagogique de pousser un enfant dyslexique à faire de l’anglais (imposé à 86 % des enfants du primaire, sans choix possible) avant qu’il n’ait fait des progrès en français (lui-même déjà difficile sur le plan phonétique) grâce aux séances d’orthophonie.

Il y a deux options logiques :

— ne pas du tout lui faire débuter de langue étrangère avant qu’il n’ait fait de nets progrès en français ;

— ou lui recommander une langue régulière.

"À tel point que pour les dyslexiques sévères, les spécialistes recommandent de les dispenser de l’anglais écrit", explique Ariel Conte, psychanalyste et président de Coridys (Coordination des intervenants auprès des personnes souffrant de dysfonctionnements neuropsychologiques). (...) Ce constat est aujourd’hui connu des enseignants de l’Education nationale, des linguistes, des psychologues et des neurobiologistes. Mais pas encore très bien expliqué."

Pourtant, malgré cette unanimité, l’anglais continue d’être imposé sans choix à la plupart des enfants du primaire...

Personnellement, en tant que praticien, je trouverais tout à fait licite de faire un certificat de contre-indication à l’anglais pour un enfant dyslexique.

Au passage, il est regrettable qu’il se trouve toujours des gens pour profiter de la souffrance humaine, assez peu scrupuleux pour vendre telle ou telle méthode miracle basée sur des théories qui ne reposent sur aucune base scientifique, qui n’ont fait l’objet d’aucune publication sérieuse et convaincante, et qui prétendent avoir un appareil à rééduquer l’oreille à différentes langues... La dyslexie et la tour de Babel sont pour certains un véritable fromage.

5. D’où une interrogation supplémentaire : pourquoi ne pas proposer, comme initiation à une langue étrangère, la plus régulière de toutes : l’espéranto ?

Cette régularité est attestée par un organisme tout ce qu’il y a d’officiel, le CIEP, qui vient d’obtenir du gouvernement l’organisation de futurs tests linguistiques :

"Le CIEP a remporté, avec l’Institut Cervantès, l’Institut Goethe, l’Université de Salamanque, l’Université pour les étrangers de Pérouse, Cambridge-ESOL et Gallup, un appel d’offres lancé par la Direction générale de l’éducation et de la culture de la Commission européenne. (...) Le CIEP est chargé de la conception des tests de français et coordonnera aussi l’enquête en France."

Voici la page sur la régularité phonétique, dont un passage traite des langues agglutinantes :

"(...) Cette description pourrait peu ou prou s’appliquer aussi au coréen, au tamoul et autres langues dravidiennes, au swahili et, à un moindre degré, au hongrois et au finnois. L’espéranto en offre des exemples frappants. Soit la racine invariable san, affectée d’un suffixe -a qui la rend adjectivale, l’ensemble sana signifiera ’sain’(...) La signification de gemalsanularoj, sanigistino, sanigistedzino, sera facile à reconstituer : respectivement ’tous les patients hommes et femmes’, ’femme docteur’, ’femme d’un docteur’."

A cette qualité de totale régularité phonétique se rajouteraient d’autres avantages : les qualités propédeutiques de la langue elle-même sur le plan grammatical et linguistique, l’apprentissage de racines germaniques et latines qui se révélera toujours utile et, sur le plan psychologique, un regain de confiance en soi, auquel s’ajoutera le plaisir d’étudier une langue "Légo" (agglutinante).

Seul élément qui freine cette idée - les réticences envers l’espéranto, irrationnelles, mais encore vivaces en France, et le manque d’information qui est la conséquence du boycott des médias et du refus du ministère de l’Éducation nationale de le rendre possible en option au baccalauréat.

Dommage que parents et orthophonistes ignorent cette possibilité.

Le statut de l’espéranto en France étant assez obscur, rappelons que la vielle circulaire Bérard qui l’interdit dans le cadre scolaire est toujours en vigueur (la France était alors langue diplomatique "number one" et y voyait un dangereux concurrent potentiel), mais qu’il est autorisé dans les écoles en dehors du temps scolaire, selon le bon vouloir du chef d’établissement. Rappelons aussi qu’une expérimentation a été conduite à l’école primaire en 2006, rapportée par France 3 Nord (reportage repris par la suite dans l’émission C’est mieux ensemble), auprès des enfants du primaire, une série de cours faits par un professeur de maths à la retraite, Michel Dechy. Reportage visible en ligne.

La version espéranto d’un dessin animé éducatif produit par la BBC pour diverses langues étrangères a aussi beaucoup de succès auprès des enfants.

Conclusion

On peut se demander pourquoi l’anglais continue d’être imposé au primaire aux enfants dyslexiques, malgré la quasi-unanimité des pédagogues et des scientifiques sur le rôle de la phonologie plus ou moins difficile des langues dans la genèse de ce trouble.

Et puisqu’il est admis qu’il vaut mieux proposer à ces enfants une initiation à une langue régulière, pourquoi ne pas leur proposer la plus régulière de toutes, l’espéranto, qui obéit à la règle : un son égale une lettre, une lettre - un son, c’est-à-dire une correspondance phonétique de 100 % ?

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commentaires

Emmanuel 19/05/2016 16:22

Bonjour,
Merci pour cet article. Etes-vous au courant d'une référence sur la prévalence de la dyslexie dans d'autres langues régulières, comme l'espagnol, l'allemand ou le turc ?
Par ailleurs, avez-vous connaissance de tentative de graphie régulière du français ?
Merci,
Emmanuel