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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:12

En insistant sur le fait que les administrations doivent absolument disposer d’interlocuteurs polyglottes, et y développer toutes les langues du pays.

  Ce rapport est publié dans le cadre de la charte des langues régionales :

« La Charte est un traité unique au monde.
C’est la seule convention contraignante visant la sauvegarde des langues régionales et minoritaires à l’échelle internationale. Elle est ouverte à tous les Etats. Une partie de ces langues encourent un risque de disparition et la Charte entend contribuer à leur sauvegarde et à leur développement. Elle exige des mesures concrètes pour promouvoir ces langues dans la vie quotidienne. Elle a pour objectif d’enrayer le processus de déclin de certaines langues. »

Cette charte prévoit un suivi pour veiller à son application, suivi qui passe par les rapports d’un groupe d’experts sur les différents pays signataires. Pas de rapport en ce qui concerne la France, donc, qui n’est pas signataire, et peut-être non sans raisons, comme nous allons le voir.

Le rapport européen lui-même (en pdf)

Le trouver en français (pdf) n’a pas été une mince affaire :
« de s’assurer de la présence de toutes les langues régionales ou minoritaires dans les services publics de l’Etat »

Les régionalistes ont été les premiers à répercuter l’info, ce qui n’a rien de surprenant si on considère qu’il s’agit d’une lutte d’influence entre les langues.
En catalan
Un site breton a lui aussi rapidement répercuté l’info.

Article traduit du catalan : MónDivers.cat :

« Le Conseil de l’Europe considère que l’État espagnol fait peu usage des langues statutaires comme le catalan, le basque et le galicien et souhaite que l’asturien, l’aragonais, le portugais, bénéficient d’une meilleure protection

Le rapport européen critique le fait que l’État espagnol n’ait pas encore résolu les problèmes de connaissance et usage des langues catalane, basque et galicienne dans le domaine judiciaire ou dans les grandes entreprises d’Etat. Ainsi, le texte réclame que l’Espagne garantisse qu’un “pourcentage adéquat” de son personnel dédié aux territoires à langue propre différente au castillan connaisse ces mêmes langues. “Les autorités espagnoles n’ont pas pris de mesures significatives pour surpasser les problèmes identifiés”, regrette le rapport.(…)

En Galice, le rapport regrette que le nombre d’élèves recevant un enseignement en galicien soit très faible.

Dans les Asturies, les experts rappellent que l’asturien n’est pas encore reconnu comme langue officielle, et citent les “obstacles pour la promotion” de la langue “en particulier dans le domaine de l’enseignement”.

Pour finir, le rapport critique de nouveau les autorités espagnoles pour ne pas avoir apporté d’information à l’Europe sur les autres langues parlées dans les frontières de l’État. Il s’agit du portugais à Olivença (Extremadure), de l’arabe à Ceuta, l’amazigh à Melilla, et des deux langues gitanes, le rom et le caló. »

Sur le site Eurominority (sic !) :

« Le rapport européen critique le fait que l’État espagnol n’ait pas encore résolu les problèmes de connaissance et usage des langues catalane, basque et galicienne dans le domaine judiciaire ou dans les grandes entreprises d’Etat. Ainsi, le texte réclame que l’Espagne garantisse qu’un "pourcentage adéquat" de son personnel dédié aux territoires à langue propre différente au castillan connaisse ces mêmes langues. "Les autorités espagnoles n’ont pas pris de mesures significatives pour surpasser les problèmes identifiés", regrette le rapport. »

Quelques remarques :

L’Espagne pourrait légitimement rétorquer : « De quoi je me mêle ? ». Se faire critiquer alors que la Catalogne est quasiment autonome ! Et que le Pays basque n’a pas grand-chose à lui envier, c’est un peu fort de café.

La France a peut-être bien fait de ne pas ratifier la charte des langues régionales, car cela eût impliqué de légaliser et systématiser leur usage dans toute l’administration - on imagine le casse-tête structurel… - mettant à mal une certaine unité nationale dont la construction a demandé des siècles d’errements chaotiques.

Rappelons que, selon l’article 2 de la Constitution, “La langue de la République est le français” et que cette unité, difficilement acquise et non sans violence, a permis des avancées démocratiques, des lois communes, des échanges et une mobilité au sein du pays lui-même.

Le défi est aujourd’hui de trouver aux langues régionales une place légitime, tout en conservant le français comme ciment national.

Néanmoins, cette non-ratification de la charte fait toujours débat en France, d’autant que nombre de pays européens l’ont signée : cf. wikipedia.

L’UE qui soutient des langues minoritaires, c’est l’hôpital qui se fout de la charité, quand on voit à quel point l’UE est devenue anglophone de fait... méprisant et négligeant d’utiliser en son sein les 27 langues officielles, ou la presque centaine de langues utilisées sur son territoire. Même les 3 langues de travail ne sont pas réellement utilisées sur un pied d’égalité ! Facile de faire la leçon aux autres…

Ces rapports de suivi de la charte des langues régionales ont pour but officiel le soutien aux langues menacées, mais n’y a-t-il pas d’autres enjeux cachés derrière ces nobles motifs ? Oui, bien évidemment : les éternelles luttes de pouvoir entre langues, mais peut-être aussi les différents avenirs possibles de l’Europe.

Par le biais des langues régionales et de leur défense, l’UE ne s’attaquerait-elle pas aux États, à la puissance nationale ? Faute d’avoir su définir les contours d’un projet européen, on a bâti avec de nombreux contremaîtres, mais sans architecte ni plan... pour aboutir à une structure bancale, ni coopérative ni fédérale, toute entière faite de fragiles compromis.

Et finalement, en dernier ressort, ce qui s’oppose à la montée en puissance de l’UE vers une structure fédérale forte, ce sont les États nations.

En favorisant le régionalisme et la multitude de langues existant dans chaque pays, l’UE n’aurait-elle pas comme une volonté inconsciente d’affaiblir les États, de les désagréger ? Pour s’écrier ensuite : « L’État, c’est moi ! », avant de s’apercevoir que quelqu’un l’avait déjà dit !

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