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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:35

Qui n’a entendu, à l’école ou dans les médias, le cliché de « l’anglais facile » ? Du cliché à la propagande, il n’y a qu’un pas... Remarquons tout d’abord que si cette facilité était réelle, les professeurs n’auraient nul besoin de le répéter sans cesse ! De même, il y a longtemps que les conférences internationales et les congrès scientifiques n’utiliseraient plus ni traducteurs ni interprètes ; or, leur nombre est sans cesse croissant, notamment dans l’Union européenne (UE).

1. Rappelons-en les principales difficultés :- La principale est sa phonétique irrationnelle. L’absence de règle pour l’accent tonique implique que la prononciation de chaque mot doit être apprise séparément ! Cela rend la lecture peu efficace pour progresser, et une immersion linguistique prolongée devient indispensable pour acquérir un bon niveau.

- L’orthographe est difficile. Impossible de déduire la prononciation d’un mot à sa lecture.

- Les tournures idiomatiques sont innombrables (comme "Eastern Europe" et "East Africa").

- Un cliché fréquent dit que oui, la phonétique n’est peut-être pas commode, mais que ce serait compensé par une grammaire facile, car quelques verbes simples et courts sont très utilisés. En fait, cela ne facilite rien : en s’associant à une trentaine de particules, les dix verbes les plus fréquents de l’anglais (be, come, go, run, take, etc.) forment 13 000 des verbes les plus courants de cette langue ! Bien malin qui s’y retrouve. Et il existe 283 verbes irréguliers.

- De nombreuses relations grammaticales ne sont pas exprimées, aboutissant à de faciles confusions pour les étrangers. L’anglais est donc flou, ce que les professeurs qualifient poétiquement de "langue contextuelle", c’est-à-dire qu’il faut parfois toute la phrase pour comprendre le sens, et que souvent des gens pensant avoir un niveau correct ne remarquent pas telle ou telle ambiguïté : par exemple le titre intitulé "Short Breathing Exercises", qui peut se traduire par "brefs exercices de respiration" ou par "exercices de respiration brève".

- Le vocabulaire anglais est très riche du fait de sa double origine latine et germanique, ce qui aboutit souvent à des doublons (liberty/freedom). Il n’est pas rare qu’une seule de ces formes soit la bonne dans telle ou telle expression. Homonymies et polysémies sont très nombreuses. Cette richesse n’est qu’apparente car elle n’apporte rien au sens mais augmente grandement la difficulté.

- Le fait de baigner dans les chansons anglophones depuis l’enfance, la non-traduction des titres de films, ainsi que le nombre croissant d’anglicismes dans certains milieux - médias, mode, journalisme ou revues "people", monde du spectacle, économie, politique, sciences - nous donne une fausse impression de familiarité avec la langue, et nous fait surestimer notre niveau.2. Rendons grâce aux esprits lucides : nombre de linguistes, de polyglottes et de pédagogues l’avaient déjà écrit, mais la pression de l’économie, du politique et du dogmatisme est si forte que de tels avis sont étouffés.

Citons Claude Hagège, par exemple, qui dans un entretien au Figaro, déclarait :

(Propos recueillis par Marie-Laure Germon, 30 juin 2004)

"- Pourtant, vous avez plusieurs fois dit et écrit que l’anglais était tout sauf facile à maîtriser...

- La réputation de facilité de l’anglais est totalement absurde. Winston Churchill remarquait avec esprit que l’anglais était certainement la langue la plus facile à parler mal. Seulement, les entreprises françaises vivent dans l’illusion que l’anglais fait vendre, et sa « maîtrise » est donc devenue le préalable à la tenue de n’importe quelle réunion scientifique ou projet à visée extra-nationale."

Ou encore, un site québécois sur les mensonges de l’anglais.

Ces sites étant très détaillés, je ne citerai qu’un seul exemple, tiré d’un article linguistique et humoristique de Claude Piron, "Vraiment masos, ces Terriens !"

Des millions de gens prononcent le A de la même façon, même dans des langues d’alphabets différents comme le grec ou le russe. Mais en anglais, non :

"(...) ici, l’Angleterre - la même lettre a rarement cette prononciation pourtant universelle, elle correspond à toute une gamme de sons différents. Regardez ces mots écrits et écoutez comment je les prononce : bad, all, father, courage, face. Quelque chose entre "a" et "è", "o", "â", une sorte de "i", "éy"."

Ou le témoignage d’un interprète sur les congrès médicaux :

« L’anglais parlé par un Indonésien est-il, dès la première seconde, compréhensible pour le Brésilien qui se dit anglophone ? Permettez-moi d’en douter. J’ai écrit, ailleurs, qu’au cours de congrès médicaux internationaux, l’anglais parlé par des orateurs français était souvent totalement inintelligible pour les participants australiens, néo-zélandais ou pakistanais, parce qu’il n’y avait pas un seul, je dis bien un seul, accent tonique qui fût correctement placé. Alors, que dire des malheureux Japonais, Suédois et autres Mexicains dont la langue maternelle n’est pas l’anglais ! Les seuls membres de l’auditoire qui le comprenaient étaient les autres Français dans la salle. »

3. Rappelons que la GB a un nombre d’enfants dyslexiques élevé, et sa phonétique aberrante n’y est certainement pas pour rien.

Le français a 35 phonèmes (les sons), l’anglais 46. Mais ces sons peuvent être écrits de différentes façons (o, eau, aux, au, haut, etc.) : le français a 190 graphèmes, l’anglais 1120 !

Le taux de dyslexie est nettement plus élevé en Angleterre qu’en France, et inexistant en Italie, ou plutôt, comme ce nombre est très faible, il n’est pas réellement dépisté.

(Article paru dans Science : Jean-François Démonet de l’unité Inserm [Institut national la santé et de la recherche médicale] de l’Hôpital Purpan de Toulouse a mené la partie française de l’étude. Le reste de l’équipe est composé de scientifiques italiens, anglais, canadiens.)

Bien que ce sujet soit peu exploré et que les causes de la dyslexie soient probablement multifactorielles, il est clair qu’il y a un lien entre la phonétique plus ou moins difficile de la langue et la dyslexie.

En France, les enseignants estiment qu’on apprend à lire au CP, en un an.

En Angleterre, les enseignants estiment ce temps d’apprentissage de la lecture à trois années.

Dans les langues avec moins de graphèmes, quelques mois suffisent pour passer de l’alphabet aux syllabes et à la lecture : finnois, polonais, tchèque, russe, indonésien...4. Enfin, la France vient de reconnaître officiellement que l’anglais était une langue difficile !

Comment ?

Eh bien, par la voix du ministère de l’Education nationale et du Bulletin officiel (BO) sur l’enseignement de l’anglais :

BO n°6, 25 août 2005, programme des collèges LV anglais.

"L’anglais est en effet, contrairement aux idées reçues, une langue difficile pour les francophones, en particulier à l’oral.(...)

IV Phonologie

"... en effet, la segmentation syllabique de la chaîne parlée française s’oppose au caractère accentuel de la chaîne parlée anglaise, dans laquelle les phénomènes de réduction peuvent poser des problèmes de compréhension." (...)

" Le schéma accentuel du mot est immuable et doit à ce titre être appris pour chaque mot nouveau. Un accent mal placé peut déformer totalement un message, voire le rendre inintelligible."

Les pédagogues de l’Education nationale confirment donc, en pédagol, surnom du langage de la didactique, la phonétique chaotique de l’anglais et ses conséquences sur l’apprentissage.Conclusion : chaque fois qu’un journal ou qu’un enseignant répètera le cliché de « l’anglais facile », rappelons-lui, poliment mais fermement, qu’il s’agit au mieux d’une erreur, au pire de pur « lobbying » !

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