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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 18:41

Ce titre est un peu pompeux, mais il m’a été inspiré par la fréquentation régulière de ce phénomène également appelé journalisme participatif.

L’augmentation exponentielle du nombre de gens qui s’expriment sur la toile (journalisme citoyen, forums, encyclopédies gratuites en ligne, etc.) a selon nous un effet sur le français lui-même.

Tout d’abord, il convient de discuter un peu de ce qui définit le bon français, le français correct, juste, du français fautif. Notion moins évidente qu’il n’y paraît à première vue.
Certes, il y a les grandes catégories : le français classique ou langue soutenue, le français courant, l’argot ou les argots, les parlers professionnels, les parlers ou expressions locaux, sans oublier toutes les expressions qui nous viennent des autres pays francophones.
Un seul exemple : les Québécois disent parfois "doubler" une classe, et un redoublant est "un doubleur", ce qui, au passage, est bien plus logique.
Quelques québécismes

Mais, finalement, qui définit ce qui est fautif, y a-t-il seulement un français fautif ?

Oui : tout le monde conviendra que "je viendra" est fautif, idem pour toutes les grosses bévues. Mais pour les détails ? Qui décide ? L’Académie française ne sert pratiquement à rien, car si en France on se réfère souvent aux dictionnaires pour trancher, le leur est d’une lenteur désespérante. On peut néanmoins s’accorder sur le fait que les dictionnaires réputés définissent ce qui est considéré comme juste. Pourtant, ils ne font qu’entériner l’usage en intégrant les nouveaux mots ou expressions, et en virant les désuets pour faire de la place aux petits nouveaux ! Les versions en plusieurs tomes gardent malgré tout les anciennes formes.
 
Mais les mots ne naissent pas dans les dictionnaires ! Ils naissent un jour, souvent de père et mère inconnus, et sont adoptés suffisamment souvent pour être pleinement acceptés.

Or, autrefois, les seuls à influer sur ce mécanisme étaient essentiellement les écrivains et les journalistes, qui formaient en quelque sorte un filtre entre la langue orale et l’entrée dans les dictionnaires, par le pouvoir qu’ils avaient d’accepter ou de rejeter les nouveautés, ou de créer pour le plaisir leurs propres néologismes.

La question des anglicismes n’est qu’une partie de ce phénomène qui concerne tous les milieux et tous les pays francophones. Ici, un intéressant article de la médiatrice du "Monde" sur les anglicismes et les barbarismes.

Par ailleurs, nombre de traducteurs sont capables de produire une belle langue classique - s’ils sont suffisamment payés et s’ils disposent d’assez de temps ! - mais ils sont tenus au respect de l’auteur et ne peuvent innover que si celui-ci le faisait déjà dans sa propre langue.

De nos jours, ces producteurs d’écrit se sont vus renforcés par de nombreuses autres personnes. Au point que certaines erreurs de français, si on fait une recherche Google, peuvent revenir presque aussi fréquentes que la forme juste !

Quelques exemples de nouveautés :

— "imposition", au sens de l’acte d’obliger à quelque chose, est ainsi récemment entré dans la langue ;

— "sourcer" un article (en indiquer les sources, les références) ;

— "plussoyer" : approuver un commentaire…

Ainsi, chacun d’entre nous se voit octroyer la liberté de créer et de produire le résultat sous les yeux critiques des lecteurs... Et pourquoi pas ? Sous réserve de respecter le fonctionnement habituel de la langue, par les deux mécanismes les plus fréquents : la dérivation (à l’aide des préfixes et suffixes) et les mots composés.

Qu’appelons-nous le fonctionnement habituel de la langue ? Par exemple, toutes les finales en "-ing" des anglicismes sonnent très peu français : "footing", "cocooning", "string", "coaching"… "Coachage" serait préférable s’il fallait vraiment abandonner "précepteur", "entraîneur", "tuteur", "gourou", "maître à penser", etc. ! De même que le mot "mail", prononcé meïlll ! "Mél" ou "courriel" font plus français.

Autre exemple, issu d’un mot d’enfant. Les enfants utilisent spontanément ce qu’on appelle l’assimilation généralisatrice ; dès qu’ils ont compris un des mécanismes de la langue, ils l’appliquent fort logiquement à tout ce qu’ils connaissent déjà ! Malheureusement, nous sommes souvent amenés à leur répondre ainsi :

- On ne dit pas comme ça !

- Pourquoi ?

- Parce que c’est comme ça.

Garer/dégarer :

"Jack Bauer dégara sa voiture blindée, non sans avoir vérifié qu’il n’y avait pas de bombe sous le châssis, que le ventilateur ne cachait pas de diffuseur de virus Ebola, et que le dessous du volant ne dissimulait pas une goutte de cyanure mortelle. Je me demande si je ne vais pas accepter ce poste peinard de garde-pêche au bord du lac, - se dit-il in petto. - Je me donne 24 heures pour me décider."

De nos jours, chaque personne qui aura lu cette proposition de garer/dégarer une voiture, conforme à la construction classique à l’aide du préfixe "de" (faire/défaire), pourra décider de l’utiliser à son tour - ou pas !

On peut aussi de soi-même décider de réactiver des mots anciens, comme Bernard Pivot qui encourage à faire revivre des expressions oubliées.

Personnellement, dans divers forums sur les langues de l’UE, nous avons réanimé le peu usité "polyglottisme", plutôt que "multilinguisme" ou "plurilinguisme" (certains veulent réserver un des termes à un pays ou une région dotée de plusieurs langues officielles, mais ce n’est pas encore acquis).

Conclusion

Le phénomène appelé journalisme participatif, ou citoyen, quelle que soit l’opinion qu’on a sur son utilité ou sa qualité, permet à tout un chacun une liberté d’expression nouvelle, et, de ce fait, accélère probablement l’évolution de la langue, sa réactivité à toutes les innovations, d’où qu’elles viennent, qu’il s’agisse d’anglicismes ou de trouvailles d’autres pays francophones.
 
Autrefois, les nouveaux mots étaient souvent le fait des professionnels qui entérinaient (ou pas) les évolutions de la langue orale, et glissaient leurs propres trouvailles.

Aujourd’hui, sur internet, le nombre de producteurs d’écrit s’est considérablement accru par la multiplication des courriels, forums, débats, articles, etc. Notre rôle dans l’évolution de la langue s’en est certainement trouvé accru.

En d’autres termes, chacun peut devenir acteur de sa langue, bien plus qu’avant l’explosion de la toile, par la création de mots ou d’expressions, et par l’utilisation de ceux qu’on a lus et qui nous ont plu. Alors : à nos plumes !

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