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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 19:25

Ou comment truquer facilement quelques études scientifiques.

VOIR EN LIGNE :
Texte
Soyons direct : les firmes de type multinationale ou grosse société nationale mentent comme elles respirent, et n’ont que faire de la santé publique, tant qu’elles n’y sont pas incitées par la poigne d’un état ou la vigilance des acteurs de la société civile. Certes, les états ne sont pas des anges, mais qu’a-t-on inventé de mieux, sous réserve de prévoir des contre-pouvoirs par des élections libres, des assemblées, une vie associative et des médias indépendants ?

Laissons à d’autres le soin de développer la défense des industriels, qui ont de fait quelques arguments à faire valoir, en général l’emploi et son double le chômage, la concurrence internationale, la mondialisation et les incertitudes scientifiques, l’investissement, l’innovation, la nécessité du profit, la rémunération des actionnaires...
Naturellement, en disant qu’ils se moquent de la santé publique, on ne prétendra pas qu’ils vont jusqu’à vidanger le circuit de refroidissement de la centrale nucléaire voisine sur votre pelouse (quoique les armateurs vidangent sans scrupules dans la méditerranée ou devant le littoral Atlantique...), les choses sont plus subtiles que ça, et heureusement, les ingénieurs font leur boulot en améliorant les techniques et la sécurité ; amen. Voilà pour la défense.


Reste que les infos circulent mieux depuis Internet, et qu’il y a toujours quelque part des gens honnêtes qui font de vraies études scientifiques.
Eux dont autrefois la voix était étouffée, noyée dans le flot de contrevérités et de dissimulations, ou leur parole délaissée par les médias, peuvent voir aujourd’hui leurs analyses circuler beaucoup plus facilement.

 Il est maintenant tout à fait évident que pendant tout le vingtième siècle, les grandes entreprises ont menti, triché, truqué les études, corrompu ou compromis les scientifiques et les politiciens, saboté la réputation et la carrière des gens honnêtes, manipulé les médias, tout ça sur des sujets aussi divers et aussi graves sur le plan sanitaire que le plomb dans le carburant automobile, l’amiante, le benzène, la dioxine, les médicaments, le nucléaire, les pesticides.
les menteurs jouissent d’une retraite paisible et prospère, tandis que les scientifiques honnêtes ont subi les pires avanies. Il est même probable que les plus gros menteurs sont tous décorés de la légion d’honneur.

Il est même possible que les mensonges continuent, et que les mêmes méthodes éprouvées soient encore utilisées !

Le plus récent exemple de ces stratégies fut l’intense lobbying européen de l’industrie chimique pour édulcorer le protocole Reach.

J’entends déjà la critique : voilà des accusations bien lourdes sans aucune preuve !
Internet permet de faire circuler les preuves des agissements de ces nuisibles, de faire connaître au grand public des enquêtes et des livres comme par exemple ceux-ci :

L’Histoire secrète du plomb, Marcia Angell (ex-directrice du new England Journal of medecine, Ed. Allia, paris 2005,
La vérité sur les compagnies pharmaceutiques, comment elles nous trompent et comment les contrecarrer, du même auteur, Ed. Mieux-être
Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin
Travailler peut nuire gravement à votre santé, Annie Thébaud-Mony,
Le grand secret de l’industrie pharmaceutique, de P. Pignarre

On pourrait penser que la désinformation requiert les services de prodiges des mathématiques, comme pour imaginer les produits financiers tels que la titrisation de prêts douteux, mais non, il suffit de techniques artisanales, de trucs de bonimenteurs, simples et efficaces comme toutes les techniques d’escrocs peaufinées depuis que le monde est monde, depuis que des hommes trompent les autres ...

Des chercheurs (Gennaro V. et Tomatis L.) ont soigneusement vérifié les études épidémiologiques financées ou soutenues par l’industrie pétrolière, sur les effets toxiques de l’exposition professionnelle à certaines substances, et ils ont relevé de nombreux biais méthodologiques aboutissant à une large sous-estimation des risques au travail.

Qui s’étonnera que 60% des études conduites par des chercheurs indépendants de l’industrie mettent en évidence un risque, contre 14% de celles financées en tout ou partie par l’industrie ?

A titre d’exemple, voici quelques-unes de ces astuces toutes simples :

La dilution :
ne pas séparer les travailleurs exposés (ou soupçonnés d’être exposés) de tous ceux de l’entreprise concernée, ce qui dilue fortement le risque et peut fortement le sous-estimer in fine.
La répartition erronée :
mal répartir les travailleurs, par exemple en mettant des gens exposés dans le groupe témoin des non exposés. Dans certains cas, on a conclu que les travailleurs exposés étaient en meilleure santé que autres !
Témoins mal choisis
Si on compare à la population générale, car les travailleurs sont – en moyenne- en meilleure santé, du fait que la population générale comprend des inaptitudes totale ou partielle à l’emploi.
Choisir un temps d’exposition trop court, pour des affections qui peuvent se révéler des années ou des décennies plus tard (cancers).
Interpréter l’absence de surveillance comme une absence d’exposition.

On ajoutera l’obstruction, la rétention de données, la non-publication d’études défavorables, le gain de temps, les experts salariés ou subventionnés par les firmes, la pression sur les opposants, sur les supérieurs des scientifiques rétifs, sur l’administration, les politiques, les médias ; et on comprendra l’étendue de la panoplie anti-vérité à leur disposition !

Il est bon de rappeler que l’UE s’apprête à confier la surveillance des médicaments aux compagnies pharmaceutiques... à déstructurer les réseaux nationaux déjà en place au profit de structures européennes totalement opaques où les labos seront juges et partie, pourront faire jouer toute la gamme des manœuvres dilatoires, comme cela a été le cas pour le Vioxx° et le Zyprexa°.
Grâce à l’UE, ces firmes seront encore mieux armées pour mentir !

Il faut soutenir le Collectif Europe et médicament, fort de 60 organisations de 12 pays membres de l’UE, qui a fait de nombreuses contre-propositions à cette idée ultralibérale et délirante.

Au fait, savez-vous qu’un médicament, pour obtenir son autorisation, ne doit pas montrer qu’il apporte au patient quelque chose de plus que les autres médicaments disponibles sur le marché, mais simplement qu’il n’est pas pire ?!

Il faut savoir que l’Europe que l’on construit est ultralibérale et anglophone.
 
Autrefois, les gens croyaient tout ce qui était écrit dans les journaux "mais c’est écrit dans le journal !" ; aujourd’hui, nous avons tendance à croire ce que disent les études scientifiques. Or, elles peuvent être truquées, mal faites, biaisées, mensongères, voire imaginaires (récente affaire aux USA d’un médecin ayant publié une vingtaine d’études fictives, très favorables aux médicaments étudiés), elles peuvent même être enterrées lorsqu’elles déplaisent aux commanditaires !

Seul un état fort peut équilibrer le poids phénoménal de ces multinationales dont le seul horizon est la courbe des profits.
A l’échelle de l’Union européenne, notre avenir ou celui des générations suivantes est conditionné par les choix que nous ferons, de lâcher la bride à l’industrie en les intronisant juges et partie, ou de créer de véritables instances de santé publique, indépendantes, dont les experts publieront leurs conflits d’intérêt, qui ne cèderont ni au chantage, ni au lobbying, ni à la corruption.

(Nota : ces explications parcellaires sont basées sur l’énorme travail de documentation et de synthèse réalisé par l’équipe de La revue Prescrire, pour son numéro spécial d’août 2009, Environnement et santé.
Les erreurs, digressions ou hors-sujets sont tous de l’auteur !)

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