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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 18:05

Le Premier ministre, François Fillon, vient de rendre un bel hommage à la langue anglaise en prononçant son discours de Washington en anglais.

Il s’est même chaleureusement excusé de son accent français, sur le mode de la plaisanterie, faisant ainsi preuve de psychologie, car il est toujours bon de flatter les puissants et de se montrer humble devant eux.

Les télévisions françaises, aux infos de vingt heures, ont mis en valeur ce discours plutôt que d’autres en français qu’elles auraient pu choisir, témoignant à leur tour de l’importance qu’elles accordaient à ce changement d’attitude envers l’anglais, un tournant linguistique dont elles ont immédiatement mesuré l’ampleur historique et les conséquences.

On est loin de l’attitude arrogante et naïve, combattive, de de Gaulle, qui fut celle de toute une époque où la langue française rivalisait avec l’anglais, et même le devançait dans l’Union européenne, un sursis facilité par l’adhésion tardive et peu enthousiaste de la Grande-Bretagne à l’Union. Le français était jadis langue de travail de l’UE (il l’est encore, mais surtout sur le papier), et langue de l’unité militaire franco-allemande. Mais le temps du réalisme a sonné, la force européenne et tous les états-majors militaires utilisent maintenant la langue de la force et de la modernité : l’anglais.

Une anecdote datant de la Seconde Guerre mondiale, vraie ou fausse, reflète bien un état d’esprit révolu : à la fin d’une discussion tendue entre Churchill et de Gaulle, après que Churchill a conclu d’un vigoureux "No !", de Gaulle se tourna vers son interprète et lui dit : "Interprète, traduisez !" Impensable aujourd’hui.

Cet hommage appuyé, approuvé et relayé par nos télévisions, préfigure une nouvelle ère, où les étudiants du monde entier pourront suivre des cours en anglais dans toute l’Europe, y compris dans notre vieux pays crispé. Déjà, le contrôle des certifications d’anglais (selon le CECRL, relativement récente échelle de langue) a été confié à l’université de Cambridge, sans s’attarder sur les états d’âme de nos propres professeurs, qui pourraient se sentir humiliés d’avoir été jugés inaptes à certifier eux-mêmes le niveau de leurs élèves. Le rapport Attali ne conseille-t-il pas expressément de faire davantage appel aux professeurs natifs, en lieu et place de nos profs de langue à l’accent un peu trop France profonde ? Le surcoût occasionné par le recrutement massif d’anglophones natifs à la télévision France 24, ainsi que dans nos universités (pour Erasmus mundus), et bientôt dans les écoles secondaires pour les programmes Emile (enseignement d’une matière en anglais) ou les écoles primaires, pourra être avantageusement compensé par la mise en retraite anticipée d’un nombre équivalent d’enseignants d’anglais francophones. De plus, la diminution du nombre d’étudiants étrangers désirant apprendre le français sera une importante source d’économies.

Mais la conséquence la plus importante de ce changement d’attitude d’un gouvernement français, traditionnellement braqué sur la défense sourcilleuse et un brin paranoïaque de la langue française, c’est l’officialisation proche de l’anglais comme lingua franca de l’Union européenne.

C’est ainsi, toutes les guerres finissent un jour ou l’autre, les guerres linguistiques comme les autres. Certains travaillent depuis longtemps en faveur de l’anglais, comme nos amis du blogue "Agir pour l’anglais".

En découvrant ce discours en anglais de François Fillon, un nom que retiendra l’Histoire et le monde de la francophonie, les journalistes ne s’y sont pas trompés ! Ils l’ont compris comme la vieille cérémonie rituelle clôturant tous les conflits, l’hommage rendu au vainqueur par le vaincu.

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