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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:44

Le programme Erasmus fête en cette année 2007 ses vingt ans, et nombre d’articles ont vanté sa réussite sans se montrer avares de qualificatifs flatteurs : « Le programme européen le plus ancien et le plus couru », « cette jolie réussite », etc. De son côté, le film culte « L’Auberge espagnole » a fait beaucoup pour populariser l’idée et le faire connaître de la jeunesse. Vous connaissez sûrement : c’est le film où les étudiants discutent en anglais à Barcelone.

Mais au-delà des clichés, il est moins connu qu’Erasmus est devenu un cheval de Troie de l’anglais dans le monde universitaire, particulièrement par son volet Erasmus Mundus, lancé en 2002, et réellement démarré en 2004. C’est un sous-programme qui promet d’accélérer le déclin de la langue française dans les sciences, comme un virus informatique caché derrière une façade avenante.

Comment cette vision pessimiste et paranoïaque peut-elle être vraie alors que tous les médias encensent Erasmus ? Eh bien, nous allons le voir, preuves à l’appui.

1. Erasmus première version

Ses buts officiels sont définis ici : Programme Erasmus.

On remarquera que ce sont la mobilité et la dimension européenne qui sont mentionnées comme but du programme Erasmus, alors que l’amélioration de la formation de l’étudiant n’est même pas citée, puisqu’elle pourrait aussi bien se faire dans son propre pays, sinon mieux. Car c’est dans sa propre langue qu’on pense le mieux - sauf exception, celles des pays où la formation supérieure se fait souvent dans une langue étrangère.

Pour la période 2007-2013, Erasmus dispose d’une enveloppe budgétaire de 2,79 milliards d’euros. Erasmus a-t-il apporté quelque chose aux étudiants en terme de compétences professionnelles ? On ne sait pas. Suivre des cours de haut niveau dans une langue qu’ils maîtrisaient mal a-t-il été utile à ces étudiants ? On ne sait pas. Erasmus a-t-il amélioré la coordination entre les universités concernées, leurs performances ? Aucun rapport à ce sujet.

Il n’y a eu aucune évaluation officielle du programme, comme si le seul fait d’exister suffisait à justifier son existence. Erasmus est-il donc seulement un stage linguistique ? Apparemment oui, mais là encore aucune évaluation n’a été faite sur le niveau en langue du pays d’accueil, avant et après !

En l’absence de bilan officiel, nous nous sentons libres d’évaluer nous-mêmes les buts et les résultats d’Erasmus : c’est le plus coûteux système de stages linguistiques jamais imaginé !

2. Et maintenant, Erasmus Mundus, le tout jeune volet d’Erasmus, signé en 2002, débuté en 2004.

Programme Erasmus Mundus

A lire sur A.FR.AV, un des sites qui défend la francophonie, l’avis de Charles Durand qui le premier a donner l’alerte sur les effets pervers d’Erasmus Mundus.

Pour la période 2004-2008, Erasmus Mundus dispose d’une enveloppe budgétaire de 230 millions d’euros. Erasmus Mundus est mis en oeuvre par la Commission européenne via des appels à propositions publiés au mois de mars de chaque année, sur le site Europa.

Selon mes calculs, dix-huit programmes sont en anglais, un bilingue dont l’anglais, un trilingue dont anglais, un bilingue sans anglais, un plurilingue inclassable, un quadrilingue sans anglais (des excentriques ?), soit environ 78% exclusivement anglophones, 8,6% bilingue dont l’anglais, 13% divers. Donc au total sur les programmes retenus en 2007, environ 87 % offrent l’anglais, dont 78% l’anglais exclusif !

Si vous souhaitez vérifier ou voir les autres programmes agréés en 2007 :

Erasmus Mundus

List of Masters Courses selected under Action 1

General questions about the programme

On a souvent du mal à croire qu’en France, certaines universités organisent des cours en anglais. C’est que cet aspect fait l’objet de très peu de publicité... Les universités concernées ne seraient-elles pas complètement fières de cela ?

CONCLUSION :

Erasmus "de base" n’a d’autre but que de développer le sentiment européen, aussi bien chez les étudiants que chez les professeurs, réalisant ainsi un coûteux système de stages linguistiques et de création d’un sentiment européen. Aucune évaluation n’a été faite de ce que cela apporte aux étudiants dans leur domaine professionnel.

Le tout jeune volet nommé Erasmus Mundus (2004), par sa conception, incite très clairement les universités à développer un cursus de deuxième cycle en anglais. En 2007, selon nos calculs 78% des cursus agréés sont exclusivement en anglais, ce qui veut dire que l’on fait venir en France des étudiants hors UE et que l’enseignement leur est donné en anglais.

Le fait que Erasmus Mundus favorise l’anglais est-il l’effet pervers d’une idée généreuse ou un plan concerté de la Commission européenne avec le soutien d’un puissant lobby ? A chacun de se faire une opinion au vu des tous les éléments, à la condition de lire en anglais dans le texte, car la majorité des documents européens sur Erasmus ne sont disponibles qu’en anglais...

Nos élites sont partagées, et cela ne simplifie pas les choses : si certains universitaires sont agacés de devoir souvent écrire leurs articles en anglais, d’autres sont réellement persuadés que c’est indispensable à tout scientifique, et se sont laissé convaincre par la promesse d’un plus grand rayonnement mondial qu’apporteraient les programmes Mundus aux universités françaises, outre les subventions dont certaines manquent cruellement...

Convaincues par ce miroir aux alouettes des subventions et du prestige, ces universités entérinent l’idée que la langue de la science est l’anglais, que modernité, haut niveau et international sont synonymes d’anglais, que le « know how » (lu sur une présentation française) est anglais.

Par le biais des subventions européennes, la France finance maintenant elle-même le déclin du français dans les sciences et soutient la diffusion toujours plus large de l’anglais en Europe. Ainsi se met en place une machine infernale qui promeut l’anglais du primaire au deuxième cycle et aux doctorats.

Nous sommes invités par l’UE à creuser nous-mêmes notre tombe linguistique, à la condition d’acheter la pelle, de fournir la main-d’œuvre et de payer les salaires des croque-morts !

Que le français repose en peace.

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