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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 20:20

1. Résumé de la première partie :

Erasmus est un relatif insuccès en France, ce qui est confirmé par le fait que les bourses n’ont pas toutes trouvé preneur.

  Il existe certes de nombreux et sincères témoignages favorables, enthousiastes même, mais cela serait également le cas avec de nombreuses activités, à l’âge des découvertes, qu’il s’agisse de plongée sous-marine en Grèce ou de randonnée polyglotte sur la route de Compostelle.

Un tel programme, coûteux et complexe à organiser, qui utilise une partie des ressources administratives et financières des universités, devrait être évalué sur des critères techniques tels que l’apport aux étudiants dans leur domaine professionnel et/ou en langues étrangères, niveau avant et après.

D’ailleurs, d’autres témoignages vécus signalent les défauts inhérents au système lui-même, comme sur ce blogue, favorable à Erasmus mais lucide :

« Le grand point noir du programme Erasmus, paradoxalement, c’est le communautarisme. Les étudiants Erasmus forment une véritable communauté dans leur ville ou leur campus d’accueil. Leur origine européenne, intra-l’UE mais pas seulement (Suisse, Turquie, Norvège), est un premier facteur de rapprochement. Le problème de la langue est vite résolu au sein de la communauté : l’anglais est la langue Erasmus, maniée avec plus ou moins de talent selon le pays d’origine, mais toujours la base de toute communication.
(...)
Pour ce qui est des cours, il faut faire la distinction entre deux types de séjour Erasmus : ceux dans lesquels les cours sont donnés dans la langue du pays (le cas en général en Allemagne, en Espagne, en France, en Italie et en Angleterre) et les autres, où les cours sont dans l’immense majorité des cas dispensés en langue anglaise (pays d’Europe Centrale et Orientale, pays d’Europe du Nord). Dans les premiers, les étudiants Erasmus suivent les cours des étudiants locaux et sont donc amenés plus facilement à les rencontrer. Mais dans les seconds, il arrive fréquemment que les cours en anglais soient préparés pour les Erasmus. Ainsi un Erasmus peut suivre deux semestres dans son pays d’accueil sans jamais travailler avec un étudiant du cru.
(...)
Mais dans les pays de l’Est ou les pays scandinaves, malgré des cours de langue locale subventionnés par l’UE, les Erasmus, qui ne sont pas forcés de suivre ces cours, n’acquièrent qu’une connaissance partielle et insuffisante de la langue locale, limitant leurs chances de s’intégrer.
(...)
L’état d’esprit de la communauté Erasmus est également un facteur majeur de ce fort communautarisme caractérisé par une intégration très forte en interne, et un décalage net entre la communauté et le contexte social.
(...)
Mais aux bornes de la communauté, la magie n’opère plus. La profusion de bons sentiments passe peu au dehors de ses frontières. Nombreux sont les Erasmus revenant de leur séjour avec très peu de connaissances linguistiques, historiques ou culturelles sur l’endroit où ils ont vécu. Une minorité d’entre eux, lorsqu’ils ont séjourné dans un pays où la langue n’était pas celle de leur enseignement, rentre en gardant des contacts avec des locaux.
(...)
Pour tous ceux qui ont participé à l’aventure Erasmus, nous savons que la partie académique est loin d’être, in fine, ni la plus enrichissante, ni la plus mémorable. »

En outre, Erasmus n’est accessible pour l’instant qu’à une infime partie des étudiants (à peine quelques pour cent). Avant d’en exiger l’extension, la moindre des choses serait d’en faire une évaluation objective.

2. Le sursaut

Vous pensiez peut-être que l’UE allait admettre une erreur ou un échec ? C’est mal connaître les eurocrates, qui ne doutent jamais d’être les nouveaux Messies chargés de guider les nations fatiguées vers des lendemains libéraux et fédéraux.

En premier lieu, même si Mme Pécresse s’est laissée aller, dans un moment de petite forme européenne, à parler d’échec, il fallait relativiser : un verre est à moitié vide ou à moitié plein, c’est bien connu. Erasmus n’est donc pas un échec, mais un succès relatif !

On a donc conclu qu’il fallait le renforcer ! Mieux : qu’il fallait le diversifier, l’adapter à tous les métiers, à toutes les populations, au point que chaque maman d’un nouveau-né, en choisissant le prénom de son bébé, se dise : « Tiens, et si on l’appelait Erasme, Erasmus, ou encore Erasmussen ? »

Une stratégie à plusieurs étages avait été depuis longtemps mise en place : faire mousser le film de Cédric Klapish « L’auberge espagnole », où tous les étudiants discutent de sexe et d’amour en anglais à Barcelone, créer des sites Internet pleins de témoignages favorables, et surtout pimenter l’ensemble d’utiles précisions sur les fêtes Erasmus...

Faire savoir que les étudiants Erasmus en connaissent un rayon question java, nouba, teufs et autres afters...

Ou encore communiquer sur les Erasmus-party in Paris.

C’est de la « comm. » veille comme les vestales de l’antiquité, mais c’est du sûr...

3. L’explosion : étendre le concept à toutes les professions.

La police fut choisie pour ce premier essai hors milieu universitaire, et l’Erasmus policier fut lancé avant l’été 2008 :
On imagine les sarcasmes : ces policiers-touristes, hors de leur juridiction et même de leur pays, seraient-ils autorisés à porter une arme ? Si non, porteront-ils un pistolet en plastique pour préserver la dignité de la fonction ? Ou un pistolet à bouchon (dont la flottaison est meilleure) adapté aux interventions maritimes ? Il fut donc décidé qu’ils ne porteraient pas d’armes et feraient équipe avec les locaux.

Tout le monde allait faire de l’Erasmus, vendre de l’Erasmus, partout, dans toute l’Europe !

Après les policiers, les militaires - pas de jaloux !

« Le Conseil européen a adopté lundi une déclaration lançant l’initiative européenne pour les échanges de jeunes officiers, sur le modèle du programme universitaire Eramus. Dans un communiqué, la présidence française de l’UE précise que ces échanges ont vocation à "renforcer l’interopérabilité des forces et de développer la culture européenne de sécurité et de défense". Les officiers concernés pourront "suivre une partie de leur formation dans un autre Etat membre". »

Il semble même que cette brillante idée soit française :
« Europe : Paris propose un Erasmus militaire
(...) Elle pourrait aussi confirmer le lancement, le 16 décembre à Coëtquidan, d’un tel Erasmus qui fera, assure le général de Lardemelle, « émerger compréhension mutuelle et partage de valeurs communes, c’est-à-dire une culture européenne ».

« Enfin, la France veut promouvoir des projets favorisant l’émergence d’une culture commune comme des échanges de formation des officiers, sorte d’ERASMUS militaire, ou la création d’un Collège européen de la Défense. »

Etant donné que l’Otan et Eurofor sont anglophones, que nos soldats ont fait un stage d’anglais avant de partir pour l’Afghanistan, on devine quelle sera l’orientation culturelle de l’Erasmus militaire.

Une fois les forces de l’ordre « érasmées », on créa l’Erasmus des apprentis :
« Promouvoir l’apprentissage et encourager la mobilité des apprentis en Europe »

On a failli avoir un Erasmus des handicapés, mais ça a été noyé dans le projet des apprentis - les handicapés, ce n’est pas assez glamour pour Erasmus ?

On a même les domaines Erasmus (en haut, sous le titre relations internationales)

On avait déjà, of course, pléthore d’ Erasmus Busines Centers

Des « Architecture and Spatial Design ERASMUS partners »

Passons sur les innombrables schools, instituts, et autres centres Erasmus.

Marosa Montañés Duato, présidente de l’association des femmes journalistes de la Méditerranée, à Valence, a déclaré, très en phase avec l’UE :
« On devrait inventer un Erasmus pour les journalistes. »

Erasmus, c’est même, selon le site Euractiv, la « baguette magique d’une Europe en marche »

D’ailleurs, je vous l’avoue, moi qui suis hype, branché comme pas possible, j’ai déjà un boucher Erasmus, une concierge Erasmus, un colocataire Erasmus, nettement moins intello qu’Erasme, mais par contre une concubine Erasmus qui voit en moi, elle aussi, « la baguette magique d’une Europe en marche »... Pour transporter en boîte mes deux colocs Erasmus, mon garagiste Erasmus m’a conseillé une voiture assemblée en Pologne par des ouvriers marocains délocalisés en Roumanie.

Ai-je besoin de préciser que nous ne mangeons pas bio (c’est déjà dépassé, ringard), nous mangeons Erasmus ! Si vous n’être pas encore dans le buzz, je vous explique : il faut que chaque plat provienne d’un pays différent de l’UE, par exemple une entrée de tapas, suivies d’un bigos (sorte de ragoût polonais, chou et viande) ou d’un bacalhau (morue à la portugaise), des knedliki (boulettes tchèques et slovaques), et en dessert un pudding, un semifreddo italien ou une brioche hongroise, le kürtőskalács. La classe !
Sous peu, tous les restos branchés auront leur menu Erasmus !
Et nous ne mangeons que des fruits transportés par des chauffeurs routiers Erasmus - vachement plus mobiles que les autres, les fruits sont plus frais.

4. L’UE, ou l’obsession de la mobilité

« À l’issue d’un appel d’offres lancé au début de 2008, l’institut ERICarts (European Institute for Comparative Cultural Research) a été sélectionné par la Commission européenne pour réaliser une étude. A cette fin, cet institut a collaboré avec une équipe composée de six experts expérimentés et de 38 correspondants nationaux. (...) L’équipe a développé une classification des principaux types de mesures et des objectifs de la mobilité et, dans la mesure du possible, a évalué leur impact et leur efficacité. (...) Cette étude présente également un certain nombre de recommandations concrètes aux acteurs nationaux et européens quant à la manière d’améliorer la mobilité des artistes et des professionnels de la culture. »

L’UE, c’est aussi l’usine à gaz, la machine à produire des rapports et à faire vivre des instituts...

Comme nous l’avions indiqué sur un autre article, les véritables préoccupations de Bruxelles étaient déjà explicites dans un avant-propos de Leonard Orban, commissaire au multilinguisme :

"Je suis très heureux de vous présenter cette sélection de projets européens de toute première qualité qui stimulent l’apprentissage des langues et la diversité linguistique. L’aptitude au multilinguisme aide à édifier des ponts entre les peuples et les cultures. Il contribue à la légitimité, la transparence et la démocratie du processus d’intégration européenne. Il encourage la mobilité de la main-d’œuvre, améliore l’employabilité et favorise la compétitivité. Il stimule la tolérance et l’inclusion sociale."

Les maîtres-mots de l’UE sont la mobilité des travailleurs, l’employabilité, la compétitivité, enjolivés de tolérance et d’inclusion pour faire passer la pilule de la dérégulation sociale, de la compétition à outrance et de la libéralisation des services publics, idéologie dont l’anglais lingua franca est la colonne vertébrale.

Le reste, les nobles motifs que sont le développement personnel, la fabrication de quelques Européens convaincus et la découverte des autres cultures, ne sont que les alibis culturels d’une mobilité souhaitée avant tout par les entreprises.

5. Et demain ?

Erasmus est donc devenu un label, voire une tarte à la crème ; il est partout, même sans aucun rapport avec les langues étrangères :
« Jeunes Européens - France : Mettre en place un Erasmus de la solidarité »

Mais ce n’est pas assez ; comment avancer toujours un peu plus vers un monde d’Européens polyglottes et vibrionnants ?

Eh bien, nous avons eu vent d’un incroyable projet, audacieux, rassembleur, mais également coquin, voire osé, qui va faire d’Erasmus le symbole éternel de l’Europe : « l’Erasmus de la fécondation » !

L’idée est née du succès rencontré par l’Erasmus policier - la plupart des commissariats ont spontanément proposé d’accueillir des policières Erasmus : "Des policières passent plus facilement inaperçues dans notre station balnéaire, et la surveillance de nos plages en est facilitée", nous a écrit un commissaire qui a souhaité rester anonyme et insistait sur l’excellence de ses locaux pour le personnel féminin. De nombreux candidats (et candidates) ont précisé qu’ils acceptaient les postes des stations nudistes. Certains ont postulé pour Djerba, dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée... des visionnaires.

Certes, quelques pays furent un peu choqués par l’idée. En Pologne, de nombreuses personnes pensent qu’envoyer des gens mariés surveiller des plages où le monokini est roi et la drague intense, serait favoriser l’adultère. L’UE ne devrait-elle pas légiférer sur la taille des bikinis, comme elle l’a fait pour le poisson ?

Nous ignorons combien de ces policiers et policières Erasmus trouvèrent un conjoint dans le pays d’accueil (statistiques indisponibles) ni s’ils eurent un enfant. Mais l’idée était née qui allait sauver Erasmus et l’UE : ce qui déclenche l’enthousiasme européen, ce n’est nullement l’apprentissage des langues, laborieux, exigeant et décourageant, mais tout simplement le plus vieux ressort du monde : le sexe ! Il fallait faire l’Erasmus du sexe !

Mais il fallait aussi lui trouver un nom plus politiquement correct qu’Erasmus du sexe, du cul ou de la baise...

Le nom n’est pas complètement arrêté, ce sera l’Erasmus de la fécondation, ou l’UCE, l’Union charnelle européenne.

Bien que tous les détails ne soient pas encore finalisés, les grandes lignes en sont connues :

Tout d’abord, le coeur de cible, c’est la jeunesse. Certes, l’UE n’a rien contre les rapports sexuels après trente-cinq ans, mais il est scientifiquement prouvé que les jeunes sont les parents de demain ! Ce sont eux qui présentent la meilleure probabilité d’engendrer de petits Européens :

"Recommandation du groupe d’experts : faire des périodes d’apprentissage à l’étranger la règle et non l’exception (...) Il recommande d’élargir considérablement l’éventail de possibilités de mobilité dans l’apprentissage offertes non pas uniquement aux étudiants mais aux jeunes en général, y compris, par exemple, les apprentis, les élèves du secondaire, ainsi que les jeunes chefs d’entreprise, artistes et bénévoles. (...) - pour favoriser la mobilité."

Chypre, symbole de rancœurs ethniques et territoriales d’un autre âge, sera transformé en île de la tentation européenne (elle a déjà une grosse expérience dans l’accueil et l’animation des fêtards), devenant ainsi un lieu paradisiaque où se mêlera l’élite européenne de demain.
Chypre réunifiée, en accueillant sur son sol fertile l’Erasmus de la fécondation, fermera une page sombre du passé tout en se tournant vers un avenir européen !

Car si l’école a échoué à fabriquer des Européens polyglottes et mobiles, gageons qu’un Erasmus de la fécondation aura toutes ses chances ! L’amour de son prochain de sa prochaine européenne, n’est-il pas le fondement cathodique de l’UE ? Qui ne voudrait savoir ce que 27 langues œuvrant en commun dans la recherche du bonheur peuvent accomplir comme miracle ?

Nul doute que l’Erasmus de la fécondation ne donne naissance à de nombreux petits Européens. Les scientifiques consultés assurent que les spermatozoïdes des grands Européens en frétillent par avance.
On prévoit déjà que les candidats seront nombreux, mais l’Erasmus de la fécondation ne sera en fait pas coûteux : les hommes ayant déjà deux bourses qui leur appartiennent en propres, seules les candidates femmes devraient être boursières.

En outre, cerise sur le gâteau, les enfants qui naîtront de ce programme seront probablement bilingues de naissance, mobiles parmi les mobiles puisque ayant de la famille dans deux pays, voire trois ou plus en cas de partouze... Ils parachèveront en beauté le grandiose rêve de la construction européenne.

L’UE du futur sera peuplée d’Européens voyageant de pays en pays, qui formeront ainsi un nouveau peuple de gens du voyage.

Les gitans avaient probablement pressenti la construction européenne, mais leur relative propension à rester entre eux les avait mis un peu à part. Disons qu’ils ont montré le chemin.
Peut-être les anciens gens du voyage et les nouveaux se croiseront-ils sur les routes de l’Europe moderne ? Prélude à une réconciliation entre deux modes de vie souvent antagonistes ?

Le Parlement européen ne saurait rester immobile devant ses citoyens si mobiles. Il est donc d’ores et déjà envisagé un Parlement itinérant, composé d’une petite centaine de mobilhomes en convoi, qui planteraient les yourtes chaque soir dans une ville ou un village différent, un retour à l’agora, réalisant enfin le rêve d’une vraie démocratie participative (car les citoyens locaux participeraient avec enthousiasme à l’installation des tentes), ainsi qu’au démontage.

Conclusion

Nous espérons vous avoir convaincus que les programmes Erasmus, loin d’être des échecs, portent au contraire en germe l’avenir de l’UE. En fait, l’ouverture aux autres et la construction européenne sont les principaux arguments mis en avant par ses défenseurs, que le niveau d’étude avant/après, ou en langues étrangères, ne préoccupe pas plus que ça.

Comme le montre le témoignage d’un ancien membre, grec francophone en Hongrie, c’est très utile pour perfectionner son anglais :
« J’aime particulièrement cette ambiance Erasmus. Nous partageons tous le même moyen de communication, l’anglais. Cela aide vraiment chacun à montrer sa personnalité aux autres. »

D’autre part, Erasmus, en subventionnant la mobilité sexuelle et le brassage intime des citoyens de toute condition, permettra la procréation d’authentiques vrais Européens, qui auront dans leurs gènes la mobilité et le polyglottisme prônés par la Commission !

Seuls de vils nonistes (ou doutistes dans notre cas) oseraient suggérer qu’avant d’étendre Erasmus à tous les étudiants (4% maxi actuellement, et combien la facture au final ?), on pourrait en faire une évaluation objective.

Mais faire cette remarque, c’est un peu comme cracher sur le Parlement européen, car il semble que les motifs d’ouverture aux autres cultures et de construction européenne l’aient rendu sacro-saint, intouchable : Erasmus est devenu une icône européenne ! Il est même étonnant que critiquer Erasmus ne soit pas déjà un délit ! Bon, je vous laisse, je crois que les gendarmes sonnent à ma porte.

(Nota : cet article est d’une mauvaise foi éhontée, seuls les faits sont authentiques, hormis l’Erasmus de la fécondation. Quoique...)

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