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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 13:07

Lu dans le journal télé du Nouvel Obs (semaine du 22 au 28/05/10), au sujet de l’émission « En route pour la grande école », qui a présenté le soutien scolaire mis en place en terminale dans un établissement du Pas-de-Calais avec l’aide de Sciences-Po Lille, lequel souhaitait élargir son assise sociale.

« Ses parents ont peu de moyens et elle finit par renoncer. L’école en France peine à corriger les handicaps de départ. « Si j’avais bossé correctement l’anglais depuis le temps que j’en fais, j’en serais pas là », dit Maxime. Mais il n’y est pour rien ! On enseigne mal les langues en France. Seuls ceux à qui leurs parents ont pu payer un séjour à l’étranger ont une chance d’être bien notés au concours. »
 
« On enseigne mal les langues en France »

Sur quelles études scientifiques se base une telle affirmation péremptoire ? Aucune. Seulement sur des comparaisons avec des pays nordiques qui ont abandonné leur propre langue à l’université ! Et chacun sait que les plus faibles en langues étrangères, sont (en moyenne) les anglophones, et de loin. Ce cliché du supposé mauvais enseignement des langues est aussi tenace que la gomme à mâcher du capitaine Haddock, qui passe d’un passager à l’autre, avant de lui revenir à la sortie de l’avion. Ce cliché-là passe d’un journaliste à l’autre avec une étonnante facilité – grandement aidé par la propagande de l’UE et par des journalistes ne connaissant probablement rien des questions politico-linguistiques.

Si l’on suit le raisonnement (?) de cette journaliste, « les handicaps de départ » consistent essentiellement à ne pas pouvoir se payer de « séjour à l’étranger » , en l’occurrence la GB ou les États-Unis, car ce handicap empêche d’avoir le niveau requis en anglais au concours d’entrée à Sciences-Po Lille.

En fait, elle prend le problème à l’envers : ce sont quelques écoles de Sciences-Po qui ont décidé, de leur propre chef, d’imposer l’anglais comme matière au concours d’entrée, avec un fort coefficient, alors qu’il y a à peine quelques années, cette école laissait le choix entre diverses langues comme matière « langue étrangère ».

Rappelons que les grandes écoles prétendent se soucier de la fracture sociale, s’inquiéter de la diminution du pourcentage d’élèves issus de milieux populaires (souvenons-nous de Césariot, le fils polytechnicien de Marius dans la trilogie de Pagnol), alors même qu’en imposant l’anglais, et lui seul, à un fort coefficient, elles ne font que l’aggraver !

La formation de « managers » de haut niveau qui est l’argument de toutes ces écoles ne représente qu’une poignée d’élèves par an ! Rien n’empêche les rares professions qui auront l’usage d’un niveau de grande maîtrise de se perfectionner durant leurs études.

Le directeur de l’IEP de Paris s’est d’ailleurs vu décerner le prix de la Carpette anglaise pour avoir imposé des cours en anglais (des matières du cursus enseignées en anglais) - ce qui est illégal.

Quelques précisions sur l’anglais à Sciences-Po et quelques liens dans la 2e partie de mon article sur Agoravox
Les tests d’anglais à Sciences-Po

Qui plus est, ces « élites » de quelques milieux spécifiques (surtout la finance et l’économie), n’en ont jamais assez : on lit déjà dans quelques conférences qu’il est souhaitable que leurs élèves aient à la sortie un niveau d‘anglais C2 (dans l’échelle CECRL en 6 niveaux), soit une maîtrise très rare, et que donc, en amont, l’école doit intensifier sa formation en, anglais. CQFD !

De cette exigence de quelques écoles supérieures favorables à l’hégémonie de l’anglais dans l’UE, la journaliste déduit comme eux que l’école publique, primaire et secondaire, doit s’adapter, s’aligner et produire des terminales dotées d’un meilleur niveau, ainsi de suite en cascade, jusqu’à des situations kafkaïennes où des parents stressés réclament des cours en anglais à la maternelle !
 
Et l’on voit prospérer le business de l’anglais et autres « baby-speaking » qui surfent sur l’angoisse parentale.

Selon l’un de leurs élèves, la certification en langue que Sciences-Po a confiée à un organisme dépendant du British Council revient à 300.000€ par an ! Or, l’IEP est un établissement public (à statut particulier) ; le tropisme anglophile d’une poignée de gens donc coûte des sommes inouïes au pays (rappelons au passage que la télé French 24, que nous n’avons pas le droit de regarder, nous coûte 100M/an).

La GB refuse l’euro, obtient régulièrement des dérogations, protège ses paradis fiscaux (les îles anglo-normandes et les trusts) - et, non contents de ça, il nous faut la soutenir financièrement !

La palme de l’esclavagisme linguistique et de la trahison des clercs va sans conteste à Sciences-Po Reims, qui a récemment choisi pour 2010 de faire TOUS ses cours en anglais ! Leur idéal pour l’avenir de la France est probablement la situation de la Norvège ou de la Suède, dont le vocabulaire scientifique et technique doit dater de plus d’une décennie, dont les enfants regardent les dessins animés en anglais, et dont quasiment aucun étranger n’envisage d’apprendre la langue...

Voilà le destin souhaité pour la France et pour l’Union européenne dans ces étranges écoles venues d’ailleurs, si étranges qu’il faudrait faire une radio de la main à tous leurs dirigeants pour voir s’ils n’ont pas une malformation du petit doigt, comme les extraterrestres de la vieille série télé Les envahisseurs... Car je ne vois guère d’autre explication à cette trahison des intérêts francophones au profit des intérêts anglophones – in fine, il ne s’agit que de pouvoir et de pognon.
 
Un petit groupe de gens ont décidé que l’anglais devait devenir la langue mondiale et la lingua franca de l’Europe, l’ont imposé au concours d’entrée, rejetant la diversité linguistique et l’égalité des peuples prônées à la naissance de l’Union, ont imposé des cours directement en anglais, et prétendent maintenant forcer l’ensemble des élèves de France à se plier à leur idéologie !

Et voilà comment une journaliste, consciemment oui pas, se fait le jeu des intérêts anglophones dans un hebdomadaire certes de qualité, mais qui a fait de l’anglicisation de l’UE un sujet tabou : pas un article, pas une ligne sur les questions linguistiques gênantes.

On pourra penser qu’il ne s’agit que d’un minuscule article d’un journal télé, sur une émission vite oubliée. Eh bien non ! Un journal télé touche des millions de lecteurs, qui eux-mêmes expliqueront à leurs enfants que si l’anglais est imposé à l’école primaire, c’est pour leur bien, que c’est la langue mondiale, la clé de leur avenir, et qu’ils en auront besoin s’ils deviennent dentistes, plombiers, maires, députés ou musiciens !

Cette « innocente » rubrique a de fait participé au formatage des esprits.

 

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