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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 22:16

Stupéfaction dans la magistrature : certains délinquants s’inspirent des déclarations de Michele Alliot-Marie pour justifier leurs crimes impardonnables.

On sait la polémique sur son comportement en Tunisie, sa présence pendant une révolution populaire dont elle n’a rien vu, rien su, les circonstances d’un ou plusieurs vols dans un jet privé appartenant à un milliardaire probablement proche du pouvoir de Ben Ali. Mais qui s’attendait à voir un retentissement de cette polémique jusque dans les tribunaux les plus ordinaires ?

Voici, par exemple, le compte-rendu d’une audience parisienne à laquelle a assisté notre chroniqueur judiciaire :

 — M. X, vous êtes accusé d’avoir participé à un braquage. Et votre affaire de trafic d’armes n’est même pas encore jugée ! Vous voulez battre un record ?

— M’sieu le juge, je suis une victime, comme des millions de Français, je prends la voiture. Quand je suis chômeur, je suis chômeur. Quand je suis en vacances, j'ai le droit d'avoir des amis. L'un d'entre eux a effectivement un jet – euh... je veux dire une affaire de voitures. C’est un chef d’entreprise respecté dans la cité. Il m’a pris en stop. Il m’a rendu un service en m’évitant un trajet par la route, qui est un peu sinueuse et éprouvante.

— Maître, c’est une impression ou votre client essaie de se servir du malentendu autour du séjour en Tunisie de Mme Alliot-Marie ? Si c’est le cas, expliquez-lui que se comparer à un ministre de la république qui n’a commis, lui, aucun acte délictueux, n’arrangera pas ses affaires.

(Conciliabule, chuchotements)

— Monsieur le juge, mon client me dit qu’il a quitté le bahut - euh... l’école - très jeune, et que son français argotique risque de choquer dans cet auguste lieu, il a donc simplement utilisé des formules qu’il a récemment entendues à la radio.

— Admettons. Mais rappelez-lui qu’on ne se moque pas impunément des ministres - lesquels, quoi qu’en disent certains médias, sont présumés innocents.

— Mon client aussi !

— Admettons !

 (Sourire général, ce juge étant connu pour aimer plaisanter à l’occasion)

— Et pour le trafic d’armes, Monsieur le juge, ajouta soudain le prévenu, ce n'est pas du matériel de guerre, c'est du matériel de maintien de l'ordre.

— Voilà que vous recommencez ! N’est-ce pas M. Baroin, porte-parole de l’Élysée qui a dit cela à France Info ? Maître ! Faites quelque chose !

 (Conciliabules entre l’avocat et son client)

— Faites excuz’, M’sieu l’juge, depuis que l’aut-bouffon, euh... le président Sarko a supprimé la police d’à côté...

— La police de proximité ?

— Trop mixité ?

— Proximité.

— Promesses cuitées ?

— Promiscuité : quand il y a trop de gens dans un petit espace.

— Aaaaah, ouais. Faut dire qu’y a trop de zonards en banlieue – et à cause de ça, on doit faire nous-mêmes le maintien de l’ordre. Entre les bandes de rebeus, de renois, de Chinois et de Gaulois comme moi, j’peux vous dire qu’y faut aut’chose que la bombe lacrymo de la ménagère de cinquante ans. C’est pour ça qu’on trimbalait un peu de matos dans le coffre.

— Un peu de matos ? Six revolvers, deux armes automatiques, trois grenades et un gilet pare-balles ?

— Quand le désordre est grand, l’armement s’alourdit.

- Maître, pour un citoyen obligé de parler argot parce qu’il a quitté l’école très jeune, votre client fait des alexandrins ! Il ne se paierait pas notre tête, par hasard ?

— Non, monsieur le juge, il fait du rap francophone, et pas mal du tout paraît-il, presque professionnellement, ce qui lui a évité la préventive pour ces quelques armes trouvées dans une voiture – laquelle ne lui appartenait pas.

— Oui, Aziz m’a pris en stop pour m’éviter 20 minutes dans le RER.

— Et voilà, maître, il recommence : MAM n’a-t-elle pas parlé de 20 minutes dans le jet tunisien de son ami ?

— Si fait, mais sa ligne de RER est réellement une des plus surpeuplées, et le trajet entre son quartier et le lieu de l’arrestation fait...

— Bon, bon, admettons. Mais non contents de transporter de quoi armer un commando, ils se sont fait prendre à cause d'un excès de vitesse.

— J'essaie de respecter les limitations de vitesse, il m'arrive d'être arrêté et verbalisé, comme tout un chacun il ne reste plus que sept ou huit points sur mon permis.

— Maître, cette fois votre client cite Olivier Marleix, le conseiller technique de Nicolas Sarkozy, récemment flashé... Décidément, votre client a une bonne mémoire. Et pour son information, personnellement, j'ai tous mes points sur mon permis.

C'est un sujet qui est déjà derrière nous. Il a fait un mea culpa, et voila, l'affaire est close.

— Maître, vous frisez l’outrage à magistrat ! Je crois que vous venez vous aussi de citer Baroin...

— Vraiment ? Inconsciemment, alors, votre honneur. Je vous fais mes excuses. J’ajoute qu’ils voulaient monter une affaire pour se réinsérer – qui promettait d’être prospère.

— Ouais, sur ma vie. Notre savoir-faire est reconnu dans le monde entier – en tout cas la cité d’à côté, la race de ta mère s’ils ont pas peur de nous. En exportant ce matos, nos forces de sécurité peuvent régler des situations sécuritaires de ce type. La paix des banlieues, on allait la donner !

— Mouii. Quoi qu’il en soit, c’est votre participation au braquage que nous jugeons aujourd’hui. M. X, qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

— Que Aziz, c’est pas un membre du clan Ben Ali ! Il est du clan des Siciliens !

— Bin voyons : Aziz le Sicilien ! fit le magistrat, déclenchant l’hilarité générale. Et pour les émeutes de banlieue, vous n’étiez pas au courant, je suppose ?

— Je les ai mêmes pas vues ! J’étais en vacances, m’sieu.

— Et le troisième larron, ce Tony, n’est-ce pas lui qui a été condamné pour attouchements sur mineur dans un club de sports ?

— Oui, un club de boxe, mais il croyait que l’autre avait quarante ans, rapport à ses cicatrices.

— Ça me rappelle bien quelque chose, mais passons, nous nous égarons. On ne va pas juger toute la bande à la fois. Quoique, maintenant que nous avons créé un délit de vol en bande organisée, il faudrait songer à les juger en bloc !

(sourires au tribunal – à l'exception de l’avocat de la défense)

— Et si vous me parlez de vol de cigares, de prise illégale d’intérêt ou du laboratoire Servier, je vous inculpe d’outrage à magistrat ! Moi aussi, je suis l’actualité... Bon, revenons au braquage. Cet Aziz, c’est bien un chef de gang ? L’enquête de police est édifiante !

— Plutôt une victime. Il a dû céder 20% de ses parts de son affaire de voitures à Ben, le vrai chef. Et depuis que les keufs l’ont serré, Aziz a pu récupérer l'ensemble de ses parts ainsi que la présidence du garage.

— Vous appelez "garage" un parc de voitures volées ?

— Mmm.

— Donc vous, la victime, êtes monté dans la voiture de cette autre victime, qui vous prend souvent en stop comme un ami, voiture qui s’est arrêtée devant une bijouterie, où vous les avez attendus en pensant qu’ils faisaient une course ? Vous croyez qu’on va avaler ça ?

C’est le souvenir que j’en ai. D’ailleurs, j’ai même payé mon transport en participant à l’essence.

— Vous avez la facture ?

— Aziz, c’est pas trop le genre facture : tout son bizness est en liquide, M’sieu l’juge. Mais, juré-craché, elle a été réglée.

— Monsieur le juge, les médias ont fait une campagne indigne d’acharnement contre mon client !

-- Maître, n’exagérons rien : ce n’est quand même pas le casse du siècle !
-- De toute façon, s’insurgea soudain l’accusé, la polémique, ça suffit ! J'ai répondu avec franchise et honnêteté à tout, je ne répondrai plus à rien.

 

Voilà. Nous sommes aussi choqués par le comportement de ces voyous que le fut notre reporter judiciaire (stagiaire). Même si celui-ci a précédemment expliqué pourquoi les Français ne veulent pas d'un gouvernement honnête, il est honteux que les délinquants s’inspirent des déclarations de ministres présumés honnêtes pour échapper au courroux des citoyens et au bras vengeur de la justice. Où va notre société ?

D’ailleurs, notre président n’a-t-il pas promis de nettoyer les cités au kärcher ? Comme l’a fort bien dit MAM : Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type  !

 

 Sources, références, documentation (en gros, toute la presse...) :

"La polémique, ça suffit ! J'ai répondu avec franchise et honnêteté à tout, je ne répondrai plus à rien", a notamment lancé à la tribune la ministre des Affaires étrangères. (Le post)

 “ Nous proposons que le savoir-faire qui est reconnu dans le monde entier de nos forces de sécurité permette de régler des situations sécuritaires de ce type. ”

 “ C'est la raison pour laquelle nous proposons aux deux pays [Algérie et Tunisie, ndlr], dans le cadre de nos coopérations, d'agir en ce sens pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité. ”

 "Comme des millions de Français, je vais en Tunisie"

Pour Patrick Ollier, Aziz Miled est "une victime" du clan Ben Ali. "Certainement, il connaissait le président Ben Ali, mais il a construit sa fortune de ses propres mains" et a été "spolié" par les Trabelsi.

Cet ami "est un chef d'entreprise respecté en Tunisie", a renchéri Michèle Alliot-Marie. Son adjoint chargé des Affaires européennes, Laurent Wauquiez, a dénoncé une "campagne indigne d'acharnement" contre elle.

 "C'était à l'invitation de Aziz Miled, un ami depuis plusieurs années, qui est le propriétaire d'une compagnie aérienne appelée Nouvelair. Aziz Miled était dans l'avion et les a emmenés, avec ses parents et son conjoint"

 "Mais Aziz Miled n'est pas un membre du clan Ben Ali"

“ ne s'est produit qu'à la fin de mon séjour, c'est le souvenir que j'en ai ”(en parlant du suicide du Tunisien)

"Il s'est fait prendre par un membre de la famille Trabelsi 20% de ses parts dans la compagnie aérienne ainsi que la présidence de cette société"

 "M. Miled est d'autant moins un proche de Ben Ali que les nouvelles autorités tunisiennes, après le départ de ce dernier et de sa famille, lui ont restitué l'ensemble de ses parts ainsi que la présidence de Nouvelair"

"En aucun cas, il ne s'agissait d'une faveur du clan Ben Ali"

 "Quand je suis ministre, je suis ministre. Quand je suis en vacances, j'ai le droit d'avoir des amis. L'un d'entre eux a effectivement une compagnie aérienne.

 Pas par la route, qui est “ un peu sinueuse et éprouvante ”, selon Le Canard, et peut-être aussi un peu trop longue pour ces deux vacanciers aux agendas de ministres (trois heures). Ils acceptent donc, comme un “ service ”

 ” “ J'ai payé mes vacances ”, affirme-t-elle, indignée que l'on puisse soupçonner le contraire. La facture de l'hôtel de Tabarka (propriété du généreux Aziz Miled), MAM ne se souvient plus à quel nom elle a été établie, fait-elle dire au Canard. Alliot ? Marie ? Ollier ? Mais, juré-craché, elle a été réglée.”

 “ Michèle Alliot-Marie s'est expliquée, elle a même fait son mea culpa, elle a dit qu'elle ne le referait pas. Je crois honnêtement que c'est un ultra-épiphénomène au regard de la situation au Moyen-Orient qui nous préoccupe beaucoup plus" ” (M. Baroin, rapporté par L'Express)

"C'est un sujet qui est déjà derrière nous. Ça montre qu'elle n'est pas droit dans ses bottes, elle a fait un mea culpa, et voila, l'affaire est close", a-t-il ajouté.

 "Ce n'est pas du matériel de guerre, c'est du matériel de maintien de l'ordre. Le processus était normal, il n'y a rien de choquant à cela"

« Le 28 janvier dernier, Olivier Marleix, conseiller général et maire d’Anet, en Eure-et-Loir, et conseiller technique de Nicolas Sarkozy, est flashé à 119 km/h sur une route, près d’Abondant. Un secteur routier limité à 70 km/h.(...) se trouve alors au volant d’une voiture appartenant au parc automobile de l’Elysée. (…) Et le vice-président du conseiller général reprend sa route… sans PV. (…) Tout en ajoutant : "J'essaie de respecter les limitations de vitesse, il m'arrive d'être arrêté et verbalisé, comme tout un chacun il ne reste plus que sept ou huit points sur mon permis". (Le Post)

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