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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 21:37

J’ai hésité entre vous entretenir de la crise financière et vous causer longuement de la pandémie de grippe américaine...

vous expliquer comment les antibiotiques sont inutiles, les antiviraux incertains, inutiles en prévention et « réservés » aux malades, leur improbable acheminement dans toute la France dans les délais (à administrer dans les tout premiers jours...), vous annoncer avec des trémolos d’inquiétude comment y en aura pas pour tout le monde en cas de pandémie niveau 6... Comment il faudra choisir entre la fabrication du vaccin contre celle-ci ou contre la grippe saisonnière, comment la Terre a été frôlée par un astéroïde il n’y a pas si longtemps, comment nous sommes tous condamnés à long terme, mais je me suis dit que vous allez l’entendre trois fois par jour dans les semaines à venir, et que la télévision allait prochainement dégorger de l’inquiétude jusqu’à la nausée !

Alors, j’ai finalement opté pour une anecdote qui date de l’ex-URSS.

Contrairement à ce que pensent les esprits chagrins qui critiquent tout ce qui est français et ne jurent que par les productions hollywoodiennes, le cinéma français était déjà à l’époque très apprécié du public soviétique, particulièrement les comédies en tout genre, avec Pierre Richard ou De Funès qui y étaient très connus, dans les films de Weber, Gérard Oury etc.

La comédie policière Les ripoux, de Claude Zidi, fut donc elle aussi un grand succès dans les villes de l’URSS. Il faut dire que le côté réaliste, l’accent de vérité porté par ce duo de flics - l’un jeune, idéaliste et ambitieux, l’autre désabusé et d’une rigueur morale toute relative, magouilleur à la petite semaine, corrompu mais humain - est internationalement reconnaissable. Quel pays n’a pas quelques policiers ripoux – excepté la France, je veux dire ?

Pourtant, les spectateurs ne pouvaient s’empêcher de trouver la fin bancale, en opposition au ton du film : ce flic déshonoré, ruiné, abandonné par son pote jamais venu le voir en prison, qui sort du pénitencier dans le brouillard, triste et solitaire - c’était exemplaire, mais ça ne cadrait pas avec l’ambiance générale de la comédie, sauf si le réalisateur avait absolument tenu à une fin moralisatrice.

Pas étonnant : la censure soviétique avait tout bonnement sabré le final où, après ses quelques pas dans la brume, Noiret entend soudain un bruit de sabots : ses amis ne l’ont pas abandonné, ils sont venus, ils ont même apporté avec eux le fruit de l’argent mal acquis, un canasson de course ! Quant à cacher l’amour du jeune flic incarné par Lhermitte pour une prostituée aussi séduisante que Grâce de Capitani, il aurait fallu couper la moitié du film... impossible.

Évidemment, en une époque où, dans la même année, on a eu droit aux malversations de Kerviel, aux parachutes dorés de banquiers renfloués par l’État, à l’escroquerie pyramidale d’un Madoff, le cheval de course de Noiret fait un peu petit bras... Mais pour la censure soviétique, le peuple ne devait pas penser que le crime pouvait parfois payer – en supposant que ledit peuple ne le sache pas déjà  !

Heureusement, même en ces temps préhistoriques d’avant l’ordinateur domestique, l’ancêtre d’Internet existait déjà : il s’appelait le bouche à oreille, merveilleuse source d’information, grâce à laquelle les gens se racontèrent assez vite la véritable fin de cette comédie. Et le peuple put avoir la confirmation qu’en France comme en Russie, le crime, petit ou grand, est parfois profitable...

Nota : toute ressemblance avec un crime ou un délit commis sur le sol français, ayant été profitable récemment à son ou ses auteurs, n’est que pure coïncidence. Les magistrats français sont promus en fonction de leur sens de la justice, de leur impartialité et de leur indépendance du pouvoir.

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