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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 21:58

Comme la pluie ou l'orage, les publi-reportages reviennent régulièrement dans les médias professionnels, à la différence qu'on les subit sans en être toujours conscients.


Conséquence de l'anglicisation de l'UE, les articles sur le faible niveau en anglais des uns ou des autres se multiplient comme la mauvaise herbe.

Dernier en date sur 20Minutes On-line, où on lit cette inquiétante nouvelle : « les Suisses pas très bons en anglais » et, plus précisément « derrière l’Allemagne et l’Autriche » - on mesure la gravité du problème !

C’est un constat d’expert :  « L’institut de recherche EF Education first a examiné les connaissances linguistiques en anglais de deux millions d’adultes répartis dans quarante-quatre pays à travers le monde. Avec le onzième rang, le classement de la Suisse n’est pas très brillant. »

Ledit expert en reste pantois : « Le résultat relativement médiocre des Suisses surprend les experts » mais, en bon expert, il en trouve illico la raison : « l’école primaire vient tout juste d’introduire des cours de cette langue pour des élèves relativement jeunes ».

Ouf ! Nous voilà rassurés  : finalement le problème n’est pas si grave car, en grandissant, tous ces petits Suisses deviendront (probablement) de bons anglophones, et potentiellement de bons Européens.

Notre experte préconise néanmoins une mesure radicale  : « Pour remédier aux lacunes chez les Suisses, Kolar recommande l’introduction en primaire, et dans l’ensemble du pays, de cours d’anglais. »

Mesure certes un peu dictatoriale, orwellienne, mais « C’est le prix qu’il faudra payer pour survivre dans un monde de plus en plus globalisé », estime-t-elle. »

Un autre article récent s’est penché sur cette inquiétante faiblesse mondiale, dans L’Express et l’Expansion en ligne :
« Les Français parlent moins bien anglais que les Portugais »
 (Les Portugais apprécieront d’être utilisés comme symbole de médiocrité anglophone)
« Un groupe privé d'enseignement des langues vient de publier un classement des pays qui parlent le mieux anglais. La France arrive au 17ème rang. »

Un autre facteur clé est identifié : « La Norvège, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et la Finlande occupent les cinq premières places du classement. Pourquoi ? Selon Yvonne Kolar, une des explications parmi d’autres réside dans le fait que ces pays diffusent le plus souvent les films anglo-saxons en version originale, contrairement à ce qui se pratique notamment en Suisse. »

Bande de feignasses ! Après le boulot, vous vous prélassez devant vos films en français, une bière à la main, les neurones en roue libre ? Eh bien, tremblez maintenant : voici venu le temps de la VO imposée ! Grâce à laquelle, demain, vous jacterez le globiche européen aussi bien que les demi-dieux Nordiques qui ne connaissent que la VO. Certes, ils perdent leur vocabulaire technique à force de rédiger la quasi-totalité de leurs thèses en anglais, mais le grand journalisme ne s’égare pas dans les détails.

Malgré ce professionnalisme affiché, un doute nous a saisis. En se renseignant sur l’experte et l’organisme privé cités dans les deux articles, que trouve-t-on ? Un institut spécialisé dans le business de l’anglais !

« First Education First (EF) (www.ef.com), est le plus grand organisme éducatif privé au monde. Fondée en 1965 avec pour mission de « briser les barrières géographiques, linguistiques et culturelles » qui séparent les hommes, le Groupe EF emploie 29 000 personnes dans 400 écoles et 75 bureaux répartis dans 51 pays. (...) EF possède la plus grande école d’anglais en ligne au monde, avec plus de 15 millions d’utilisateurs. Fondée en 1996, elle a pour objectif d’améliorer l’enseignement de l’anglais grâce à la technologie. (...) EF propose des cours d’approfondissement en anglais, des formations en anglais des affaires et en anglais spécialisé ainsi qu’une préparation au TOEIC® et au TOEFL®.

Certes, chaque papier a précisé que l’enquête a été réalisée par « un groupe privé », mais on est loin d’un article de fond qui citerait l’étude (en vérifiant sa pertinence), la replacerait dans le contexte de la guerre des langues, dans l’UE ou dans le monde.

On serait plutôt dans la fourniture clé en main d’une enquête, avec tout à la fois le constat (on est faibles), l'analyse (on est « en retard » - ah bon, nous serions donc dans une course à l’anglais ?) et les recommandations : imposer l’anglais au primaire et la VO anglophone aux futurs petits Européens.

Bref, la définition même du publi-reportage, à se demander si la boîte en question ne fournit pas l’article déjà rédigé... Le fait que l’article de l’Expansion soit anonyme et celui de 20minutes seulement signé d’un mystérieux sigle entre parenthèses, « (rga) », n’a bien sûr aucun rapport !

Une boîte, spécialisée dans l'anglais, qui étudie les niveaux d'anglais des différents pays, puis recommande dans les médias l'anglais à haute dose pour tous les enfants suisses et français, de mauvaises langues pourraient juger qu'on frise le conflit d'intérêt  !

Sans nier la qualité et le professionnalisme de nombreux médias, il nous semble qu’on y trouve un peu trop souvent des articles de complaisance, plus proches du business et de la publicité - comme ici pour apprendre l’anglais aux tout-petits, un autre thème récurrent ces derniers mois : « Le baby-sitting en VO ouvre une agence à Lille »

C’était la vengeance (lâchement anonyme elle aussi) d’un journaliste citoyen contre le grand journalisme professionnel !

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