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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 13:41
Présentation (note du traducteur)

Ce texte traite sous forme humoristique d'une question réelle en espéranto, celle de l'introduction de nouveaux mots ou, plus exactement, de nouvelle racines. La majorité des locuteurs penche pour une utilisation maximale des radicaux existants et des possibilités combinatoires et de dérivation, les racines nouvelles n'étant alors acceptées qu'en fonction de leur utilité réelle. Un exemple parmi d'autres : "ordinatoro" versus "komputilo" (suffixe "-ilo" des outils).

Anatomie simplifiée

de Raymond Schwartz (1894-1973) ("La ĝoja podio", Paris, 1949)
(traduit de l'espéranto)


L'an dernier, durant mon temps libre, dans la ravissante petite ville de Grande-Andouille, j'eus l'occasion de rencontrer mon ami Jacques Pommefrite, espérantiste de toujours. Et déjà, durant l'échange des habituelles et quasi-rituelles banalités, je pus constater chez Pommefrite une grande hostilité envers les néologismes. En soi, une telle constatation n'avait rien d'une surprise. Il existe bien aujourd'hui de nombreuses personnes, et même parfois des personnes normales, qui n'apprécient pas les mots nouveaux. Mais Jacques Pommefrite, d'après moi, "tirait sur la ficelle" un peu beaucoup, prétendant que le premier et le plus dangereux faiseur de néologismes était… Zamenhof lui-même !

 - Impossible, - décréta-t-il, - de dénombrer dans notre "Fundamento" tous les radicaux qui représentent seulement pour notre langue d'inutiles lourdeurs. Tiens, par exemple, ce "bretelle" d'aspect misérable ! Est-ce qu'un honnête "pince-pantalon" ne suffirait pas pleinement pour répondre à toutes les exigences de la morale et de la bonne éducation ? Mais viens donc avec moi à la rencontre du groupe de Grande-Andouille, où, aujourd'hui, je parlerai du corps humain !

Et je m'y rendis, et j'entendis.

- Mesdames et Messieurs, le corps humain est fait de trois parties. La première est la tête, sur le toit de laquelle poussent les fils-de-tête, parfois également appelés, à juste titre, forêt-à-poux. Pour cacher ou décorer les fils-de-tête, on met un couvreur-de-tête, qui joue également le rôle d'appareil-à-salut. Sur la façade-tête se trouvent deux regardeurs. Entre eux, se trouve le renifleur, qui - plus particulièrement durant les mois d'hiver - se transforme en une source-à-mucus. Sous la source-à-mucus s'ouvre le trou-à-manger, qu'encadrent deux bords-de-trou-à-manger. Très souvent, le bord-de-trou supérieur de l'homme mûr s'orne d'un filtre brossoïde, dont la principale utilité semble être d'empêcher que les vermicelles et leurs semblables ne disparaissent trop rapidement dans le trou-à-manger. Chez les charmantes demoiselles et les jeunes épouses, ces bords-de-trou-à-manger se nomment généralement des coussins-à-baisers.

Si nous entrons dans le trou-à-manger, nous voyons qu'il contient beaucoup de masticateurs - jusqu'à 32 - et un ordonnateur. L'ordonnateur veille non seulement à une juste répartition du travail de mastication, mais aussi au nettoyage des masticateurs et à l'expulsion, plus ou moins bruyante, d'éventuels gêneurs. Cet ordonnateur est ainsi très occupé et reste presque toujours à la maison. Il sort uniquement en de solennelles occasions et, même alors, seulement pour une courte durée.

Des deux côtés de la tête poussent les feuilles-de-tête, encore appelées écouteurs, dont le rôle pendant les jeunes années du petit de l'homme est essentiellement pédagogique. Pendant cette période ils sont également appelés "chair-à-pincer". Par la suite, ils empêchent l'appareil-à-salut de couvrir toute la tête.

Entre la tête et le buste se trouve le tube-à-cravate, qui est en quelque sorte un canal entre le trou-à-manger et le bocal-à-digérer. Des deux côtés du buste pendent les perches-à-signaux, aux extrémités desquelles s'agitent sans cesse les pinces universelles. Au centre du buste se cache modestement le nid à poussière, dont l'utilité est toute relative.

Pour se déplacer, l'homme possède deux perches-à-marcher, qui paraissent être des prolongements naturels de la chair-à-s'asseoir. De plus, les perches-à-marcher ont encore un autre rôle : chez les hommes, elles donnent une certaine rigidité au pantalon, tandis que chez les éléments féminins, elles confirment à cent pour cent le proverbe arabe qui affirme que "la beauté des bas de soie dépend du contenu".

L' extrémité de la perche-à-marcher se nomme chair-à-chaussure, ainsi appelée parce que c'est elle qui remplit la chaussure. Grâce à sa chair-à-chaussure, l'homme peut se tenir debout. Et maintenant, vous pouvez à-la-maison-aller.


Est-il nécessaire de dire que le système de Jacques Pommefrite ne m'a aucunement convaincu ?

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